Mais qui a tué le docteur Lenoir ?

Continuons ce soir avec la série d’articles légèrement ringards mais qui vont bien : parlons d’un jeu de société fort sympathique et plein d’attrait pour les amateurs de vie à l’anglaise. Top, je suis imaginé au début des années 40 par l’anglais Anthony Pratt à Birmingham et ma commercialisation intervient après-guerre. Je me déroule dans un manoir Tudor et emprunte beaucoup aux huis-clos à la Agatha Christie. Je suis  un jeu de société dans lequel les joueurs doivent se questionner à la recherche d’un meurtrier, je suis, je suis ?

Le Cluedo. Avec le Monopoly, le jeu dont petits et grands ne doivent pas se passer. Mais pour changer, je vais encore tourner nostalgique…  Car j’ai récemment acheté un Cluedo, de marque Hasbro à ma soeur pour son anniversaire. Pour dénicher une boite, j’ai dû fuir les grandes surfaces de jouets qui ne proposent plus qu’un Cluedo junior édulcoré et un Cluedo agent secret fonctionnant avec des boitiers électroniques… Heureusement, dans une petite échoppe tenue par un grand enfant, j’ai trouvé un Cluedo classique. Mais alors, quelle déception à l’ouverture de la boite : le manoir est transformé en Loft : la bibliothèque est devenue la salle de home-cinéma et le jardin d’hiver a été transformé en jacuzzi… où vais-je mettre mon mobilier en rotin, mon service à thé et mes petites cuillères en vermeil ? Bref, continuons à déballer. Diantre, les figurines n’existent même plus! A la place, de vulgaires rectangles de plastiques, colorés suivant les personnages…

Les personnages justement. J’en étais resté, pour les hommes, au colonel Moutarde, au révérend Olive et au professeur Violet. Remaniés eux aussi. Le professeur violet est asiatique. Why not, je ne suis pas contre la mixité. Si monsieur Olive est maintenant d’origine africaine, ce qui ne me choque pas plus, il n’est en revanche plus révérend. Pourquoi donc ? Et enfin pourquoi avoir dégradé le colonel au simple rang de Monsieur Moutarde ?  Pourquoi je vous le demande ?

Quant aux armes, ouf, les petites miniatures en métal sont toujours là. Mais nous avons perdu le fer à repasser (certes d’un modèle fort ancien) qui a été remplacé par la hache et une altère ; et surtout la clé anglaise. Oui, vous avez bien lus, la clé anglaise est passée à la trappe. Elle qui symbolisait à elle seule le jeu ! Au lieu de cela, on trouve un flacon de poison – pourquoi pas – et surtout un instrument contondant en forme de trophée… Je vous le donne en mille : un trophée de Star-Academy ! Passez-moi l’expression, dans quelle merde on est !

Bref, si par hasard, vous avez envie d’acheter un tapis de jeu de Cluedo pour passer un bon moment en famille ou avec des amis, achetez-en un vintage sur e-Bay ou dessinez le vous-même, mais fuyez Hasbro qui doit réaliser au moins 30€ de marge sur ces boites fabriquées en Chine!

Une courte annonce excessivement importante : à tous les amateurs de séries anglaise, la chaine TMC a décidé de diffuser en version française tous les samedi soir à partir de ce samedi-ci, la série de iTV intitulée Downton Abbey. Ce feuilleton événement imaginé par Julian Fellowes (co-scénariste de Gosford Park) décrit la vie de la famille Crawley et de leur domesticité à Downton Abbey, une demeure Anglaise dans les années 1910. Les héritiers de Downton Abbey ayant péri lors du naufrage du Titanic, la famille Crawley se retrouve dans une position délicate, les trois descendantes ne pouvant prétendre au titre de Lord Grantham. Or, le titre, le domaine et la fortune de la famille sont indissociables. Matthew Crawley, nouveau successeur et lointain cousin, arrive à Downton Abbey. Il y découvre un style de vie nouveau, avec des règles très strictes qui régissent la vie entre aristocrates et serviteurs.

Bref, un excellent moment de télévision, dans la droite ligne de Jeeves & Wooster ou Poirot.

Julien Scavini

La tête dans le trou!

Dans un trou vivait un hobbit. Ce n’était pas un trou déplaisant, sale et humide, rempli de bouts de vers et d’une atmosphère suintante, non plus qu’un trou sec, nu, sablonneux, sans rien pour s’asseoir ni sur quoi manger : c’était un trou de hobbit, ce qui implique le confort. Tolkien, au début de Bilbo Le Hobbit.

Alors que le froid nous tombe – que dis-je, s’abat –  sur nous et que le travail aussi en ce qui me concerne, l’envie du confort anglais se fait plus pressent. Et c’est systématiquement que je me remémore avec envie ces petites habitations et ce petit peuple de la Comté, en Terre imaginaire du Milieu, si agréablement mise en scène par Peter Jackson dans la trilogie du Seigneur des Anneaux. Une communauté de petits êtres attachants et attachés aux choses simples : la nourriture (la ‘boustifaille’), l’herbe à pipe (le bon ‘tobie’) et le plaisir de ne rien faire. Bref, le confort, ce qui implique aussi le vêtement.

Je ne sais comment Tolkien les a précisément décrit, mais chez les illustrateurs de la saga, le vestiaire des hobbits est directement issu de la tradition paysanne ouest-européenne et surtout anglaise des 17 et 18ème siècles. Sur un base de chemise avec ou sans col, certainement en lin : un gilet de longueur moyenne, puis un justaucorps (assimilable dans sa forme ici à une redingote, tout simplement avec des basques tombant droites), et s’il fait froid une grande cape. La culotte reprend la forme des braies courtes, autrement dit l’ancêtre des knickers, sans chaussettes évidemment, les hobbits n’ont pas de souliers mais des gros pieds velus.

Au delà, le semi-homme n’est pas mal fringué, bien au contraire, il ne rechigne pas à la coquetterie : velours moelleux, gilets rehaussés de broderies, fibules (agrafes) de cape en métaux précieux. Les formes également sont toutes en courbes, les cols des redingotes sont quelques fois châles et enveloppant. Certaines préciosités sont empruntées aux vêtements de l’aristocratie, ce qui ferait en fait des hobbits une sorte de classe moyenne paysanne, une société rurale rêvée.

Alors que les débats politiques nous parlent de retour au moyen-age et que les marchés financiers menacent de nous y envoyer pour de bon, je ne déteste pas voir dans ces vêtements folkloriques pleins de sources d’inspirations, notamment en ce qui concerne l’habitabilité (pouvoir varier le nombre de couche suivant la température par exemple) ou encore les couleurs. Les tons naturels de ces laines (que l’on imagine teintes artisanalement avec des mousses) sont très automnaux, assez agréables.

Le hobbit représentait une sorte d’anglais rêvé, quand les hommes (ceux du livre), cette sorte de ‘grande gent’ curieuse et lointaine figuraient les continentaux, nous par opposition. Le hobbit a construit une société à l’image de l’Angleterre rurale de Tolkien, loin de la mécanisation, et orienté vers ce terme tout british de cosiness pouvant signifier une atmosphère intime, douillette, mais assez intraduisible à vrai dire. Par exemple, l’architecte autrichien Adolf Loos utilisa tel quel ce terme pour décrire dans les années 10, sa conception des intérieurs, lui qui réalisa les salons tout en boiseries, en velours et en cuirs du tailleur viennois Knize… Ah le cosiness

Finissons sur la fin de la citation, pour le plaisir : Il y avait une porte tout à fait ronde comme un hublot, peinte en vert, avec un bouton de cuivre jaune bien brillant, exactement au centre. Cette porte ouvrait sur un vestibule en forme de tube, comme un tunnel : un tunnel très confortable, sans fumée, aux murs lambrissés, au sol dallé et garni de tapis; il était meublé de chaises cirées et de quantité de patères pour les chapeaux et les manteaux – le hobbit aimait les visites.

Julien Scavini

Soirée cuir !

Ce soir, penchons nous sur les pièces en cuir, éternellement à la mode et sur lesquelles je me penche depuis peu. Inutile d’espérer un discours sur le pantalon en cuir, non ; mais plutôt sur les blousons. Il est possible d’en trouver dans toutes les échoppes. Tous se valent ils, je ne sais pas. J’imagine que beaucoup des matières utilisées pour leurs confections viennent de chine. Par ailleurs, le processus de tannage  doit grandement influencer la durée de vie de la peau : effet du temps et donc de la patine, résistance à l’usure et aux plis. En revanche, au niveau de la coupe, il m’est possible de me prononcer.

Les blousons en cuir sont assez souvent attachés à la figure de l’aviateur. Si cette matière ancestrale a de tout temps été utilisée, elle a acquis des formes intéressantes grâce au travail des tailleurs des armées.  Le cuir est apprécié pour sa résistance, son endurance. Il est aussi thermiquement intéressant et (peut) protéger le corps des flammes. Deux modèles retiennent mon attention, deux classiques ! Le premier est le flying jacket heavy B3, datant de la seconde guerre mondiale. Avec, on pourrait vous croire descendant de votre bombardier, mais au moins, il est authentique ! Ce modèle-ci est d’ailleurs très reconnaissable à ses parmentures en moutons. Il possède traditionnellement une grande poche à cartes sur le devant et sa taille peut se resserrer grâce à des tirettes. C’est un blouson court, vous obligeant à porter un pantalon taille haute.

Le deuxième est un manteau croisé, plutôt court (pour la position assise) à grand col et manches raglantes, souvent ceinturé à la taille et possédant deux poches ventrales et une poche poitrine à rabat.  Ce modèle, digne des premiers temps héroïques de l’aviation est indéniablement élégant et très versatile.

Ces deux modèles sont trouvables aux puces, ou à défaut, la Mecque du surplus militaire : Doursoux qui en ré-édite de très beaux! Je ne suis pas spécifiquement un amateur de vêtements d’armées, mais quelques fois, c’est là que se nichent d’authentiques et robustes pièces. Puisqu’on me le souffle gentillement: Eastman Leather.

Ce soir également, une courte chronique de Stiff Collar Business :

  1. La marque Albert Arts dirigée par Albert Goldberg (article ici) réduit la voilure. Liquidation de l’enseigne à Paris (chez Old England) et baisse de capacité à Nice.
  2. Il semblerait que le groupe Richemont ait racheté les 2000m² du magasin Old England lui ayant par le passé déjà appartenu. L’idée serait d’en faire un vaste flagship dédié aux montres du groupe, dont Cartier. En recoupant avec l’information 1, Old England doit disparaitre. Triste nouvelle. Les touristes chinois sont visés par ce redéploiement à deux pas de la place Vendôme, sachant que leur panier moyen à Paris est de 1300€.
  3. Dormeuil a cédé toutes ses activités dans le prêt-à-porter et le sur-mesure à Smuggler. Aucune information sur le maintient à long terme de la marque Dormeuil. Par ailleurs, Dormeuil Drapiers Frères a déménagé l’intégralité de son business en Angletterre. Les tissus Dormeuil ne sont plus français (petit snif).
  4. La marque Brioni a été rachetée par le groupe de luxe PPR, qui compte en faire une marque de référence dans le luxe pour hommes. Notons également l’intention du fils de Bernard Arnault (groupe LVMH) de projeter Berluti sur une échelle globale, proposant en plus des souliers, des vêtements pour hommes.

Julien Scavini

La tendresse du moment

En feuilletant un beau livre récemment sur les architectures nouvelles, je me suis fait une réflexion : l’époque est à la mollesse ! Les formes sont onduleuses, fragmentées, facétisées, la ligne est courbe, incurvée et la spline fait référence. En général, l’architecture – comme les beaux-arts – exprime des mouvements profonds, révèle plus qu’elle n’induit l’époque et ses envies. L’époque serait donc celle de la courbe ?

On pourrait être tenté de dire oui également pour le vêtement. La chose est avérée qu’on le veuille ou non. Les vestes sont souples, perdent leurs épaulettes, souvent leurs toiles et quelques fois leurs doublures. Pourquoi pas ? De même, les cravates perdent leurs triplures pour n’être plus que de la soie pliée sept fois. Et les matières s’allègent, allant vers des fibres toujours plus fines, toujours plus moelleuses. Les cachemires ont la côte, les flanelles aussi!

Est-ce une régression ? Certainement pourrait-on dire, surtout pour nous Français qui avons l’habitude de fortement épauler les vestes, de couper des modèles tenus et tenant le corps. L’art tailleur a atteint une sorte d’apothéose technique dans les années 60. Ce n’était plus des habits mais des œuvres d’art qui sortaient des ateliers. Les poitrines étaient nettes, les pantalons tombaient parfaitement, l’époque et les tailleurs avaient horreur des plis. Ils étaient aidés par de lourdes étoffes.

Mais le chauffage central s’est développé, comme l’automobile ce qui bouleversa les habitudes. Maître Guilson me disait récemment ne couper qu’un manteau par an, au mieux… Le vêtement, comme tout objet, a plusieurs utilités : fonctionnelle et sociale (fonction de représentation). La première se développe, la seconde s’affadit.

Et la fonction recouvre à la fois l’utilitarisme (nombre et qualité des poches par exemple) et le confort fonctionnel. Ce registre se développe encore plus ! L’emmanchure haute donne du mouvement, la perte des toiles libère d’un poids ; la veste devient foulard ( plutôt que t-shirt). Les vêtements doivent être tendres ! En plus, les laines ne grattent plus. La technique se fait plus présente.

Pour conclure, ce n’est pas plus mal. Oui, je le dis, moins de poids, moins de dureté, plus d’aisance, ce n’est pas plus mal ! C’est aussi un défi technique qui nous fait avancer. Mais je pose une condition suffisante et nécessaire : toujours privilégier la souplesse à la mollesse !

Julien Scavini

Col qui monte, qui monte, qui …

L’une de mes préoccupations préférées est l’observation des nouveaux usages, des modifications et des tendances en matière de rapport au vêtement. Et surtout, des rapports qu’entretiennent ces modifications avec l’histoire de la mode homme. Ce soir, un peu de prospective toujours avec cette nouvelle affection de la jeunesse dont moi-même pour les vêtements à cols montants.

J’ai constaté, depuis cinq ans maintenant (je m’en souviens notamment au moment de l’élection de monsieur Sarkozy, soutenu par une jeunesse décomplexée) que le polo se porte col haut, c’est-à-dire col non rabattu, non repassé par maman. Les marques elles-mêmes communiquent allègrement de cette manière comme Vicomte A. ou Hackett. Si au début je pensais à un épiphénomène, j’en suis de moins en moins convaincu, tant les vêtements à col haut se développent.

Il suffit pour s’en convaincre de feuilleter des catalogues. Et la pièce maîtresse depuis trois saisons est le sweaters col châle, qui se retrouve à toutes les sauces, propulsé au plus haut par la tendance Ivy style. Cela fait deux.

Notons le classique parmi les classiques également est le pull sur-chemise à zip ou à boutons, souvent avec un col cheminé pour donner chaud. Même idée avec les vestes à col Danton, dont Arnys est assez familière, ou même certains trench-coat avec de tels encolures.

L’idée est souvent la même et synonyme de confort, de chaleur. Car ces cols entourent le cou, le protège, sans avoir recours à une écharpe. Ils sont parfait pour l’arrière saison, quand on ne peut prévoir avec exactitude la température qu’il fera.

Mais au delà, je ne peux m’empêcher de penser que les polos à col non rabattu sont synonymes d’autre chose. Puis qu’évidement, porté l’été, le besoin de chaleur ne se fait pas ressentir. Premièrement, cela fait un peu hautain, du moins très sûr de soi. C’était la caractéristique de la jeunesse dorée de l’ère Sarkozy, polo VA col haut avec RayBan. Mais deuxièmement, essayons de voir plus loin. Si l’on remonte un peu l’histoire du vêtement, les encolures basses sont une anomalie. Avant les cols mous sur les chemises, les cols hauts montaient… très hauts. Ils entouraient quasi entièrement le cou, comme une cheminée. Et encore avant, à l’époque romantique, ils étaient synonymes de nonchalance en même temps que de confort. Imagine-t-on Byron ou Goethe avec un col bas?

Dès lors, le col haut ne m’apparait pas comme une fadaise de la mode, mais comme un petit quelque chose de remarquable et d’inquiétant… Et si c’était la prémisse de quelque chose, d’un nouveau grand cycle de la mode masculine, à rapprocher du confort (toujours le même) du ‘sport-chic’ italien? Qu’en pensez-vous?

Julien Scavini

Bon plan et vidéo

Avant l’article de ce soir, quelques nouvelles de mes développements. J’ai pour l’instant stoppé le développement de l’offre chemise. C’est en effet un véritable (et très différent) métier, et je ne voudrais pas proposer un produit dont la qualité ne soit pas équivalente à celle de mes costumes. Mais cela reste à étudier.

Par ailleurs, le bon plan du moment : acheter un tissu et en confier la réalisation, la façon, au tailleur. J’ai, il y a quelques années, confié à Gambler place de la Madeleine un tissu pour confectionner une veste. Évidemment, j’avais bénéficié d’une intéressante décote. Je propose également cette offre, pour un costume à 1350€ à débattre, ce qui en fait une excellente affaire. Pour les tissus, la Mecque des coupons à Paris est Sacré Coupon – le Gentleman des Tissus, à Montmartre à Paris. Vous pourrez sans difficulté y trouver des pièces Dormeuil, de 1m30 à 4m, de toutes les qualités, et même des soies imprimées pour vos doublures.

De plus, j’interviendrai au Touquet-Paris Plage le 16 Octobre prochain où aura lieu la British Week, semaine de réjouissances placée sous le signe des sports et du chic Anglais. J’espère vous y rencontrer. Plus de renseignements ici.

Enfin pour égayer la matinée, je finis cette annonce par une vidéo extraite de la série How I Met Your Mother, à propos de l’amour de Barney pour les costumes (certes pas forcément très beaux mais…) :

Les vidéos Vodpod ne sont plus disponibles.

Julien Scavini

 

Les mains dans les poches

Et voilà, je ne publie pas le lundi soir et les bourses chutent le mardi matin! Diantre!! Mes excuses.

Bref, ce matin, une fois n’est pas coutume, étudions la façon de mettre la main dans la poche du pantalon. Cette anecdote m’a été soufflée par un ami. Je me suis empressé de la répéter lors d’un mariage récent, ce qui a mis beaucoup d’amis dans un profond doute : comment mettre ma main dans ma poche ? La bien séance veut d’ailleurs que l’on n’ait pas les mains dans les poches, votre grand mère vous le dirait! Mais bon.

Alors, petit croquis, avec une veste à deux fentes :

En A, la démarche anglaise. S’ils ont inventé la veste à deux fentes, c’est pour s’en servir. Il faut aller chercher loin les fentes, puis y insérer les mains en ramenant les pans de la veste. Ils se replient, le résultat est net.

En B, la méthode française, c’est à dire, aucune méthode. On cherche l’entrée du pantalon en soulevant la veste. C’est encore plus évident avec les vestes à une fente que nous adorons (enfin pas moi!)

Et la C, à l’italienne. Forcément nos amis ritals sont démonstratifs. Donc, il repousse la veste en arrière, ce qui découvre les garnitures avec le magnifique doublage. C’est éminemment ostentatoire mais c’est moins net que la manière du prince William. Ici, le tissu froisse, l’étoffe s’exprime.

Et vous, quelle est la vôtre ? Vous avez un doute? C’est fait pour 🙂

En France, nous sommes des gaulois latinisé envahis par des germano-saxons. Donc, nous pouvons choisir la méthode italienne ou la version anglaise, les deux seules variantes élégantes à mon avis.

Julien Scavini

L’homme le plus élégant du monde est …

Pour Stiff Collar, l’homme, que dis-je l’être supérieur, le plus élégant du monde est Sa Majesté l’empereur du Japon, plus connu sous un nom qui ne se prononce pas, Akihito. Fils d’Hirohito, il accéda au trône en 1989 et ouvrit alors l’ère Heisei du calendrier administratif nippon.

Récemment, je regardais la chaîne d’information continue NHK World lorsque j’aperçus la cérémonie de remise des lettres de créance des ambassadeurs à l’Empereur et fus saisi par l’implacable netteté des habits au palais de Tokyo. La jaquette, ou morning coat, y est portée mieux que partout ailleurs, à la fois par le personnel et par sa majesté – normal me direz-vous -. Il m’a même semblé que l’esthétique et la rigueur dépassaient de loin celles du palais de Buckingham.

Si les membres de familles royales sont souvent habillés pour le mieux, je trouve que rien ne surpasse en maitrise et en classicisme les mises de l’héritier du Trône du Chrysanthème. Car il n’a pas un physique facile, étant petit, fort et – surtout avec le temps –  légèrement voûté. Il possède également un cou très court. Bref, une physionomie pas évidente à habiller. Et pourtant, et pourtant, quelle prestance! Ses tailleurs ont réussi la gageure de la lui procurer. Même si la précision et le maintien japonnais aident beaucoup.Ces trois tenues que j’ai dessiné ce soir représentent un peu la quintessence de son répertoire. Il pourrait être aisé de rapprocher celui-ci de la garde robe d’un autre royal gentleman, le duc de Windsor, frère ainé abdicateur de George VI. Ils ont un peu les mêmes physiques courts et se ressemblent en jaquette. Mais au japon, point de motifs bariolés, point de vestes sport.

Trois tenues donc. A la ville, il me semble qu’il porte systématique le costume veste croisé sur pantalon large et droit. Ses vestons sont coupés sur deux boutons fonctionnels. Ce qui passerait pour un vieux croisé des années 80 prend ici tout son sens et augmentant le V des revers. Additionné à une veste courte, cela fait oublier sa taille. Et il ne se sert pas, malgré son rang ô combien important, de talonnettes comme M. Sarkozy.

Le costume d’apparat est aussi issu d’une tradition britannique. Il est d’ailleurs marquant de voir à quel point les codes anglais ont été intégrés à la culture japonaise, et pas de travers en plus! Costume donc constitué d’une queue de pie portant décorations, à l’instar de nombreuses Maisons européennes.

Enfin, toutes cérémonies appellent le port de la jaquette et là encore d’une divine façon. La couture de taille permet d’épouser les formes au mieux. Le pantalon à rayures, le gilet croisé, les gants, le haut de forme complètent l’ensemble.

J’entends souvent dire que telle ou telle tenue n’est pas adaptée à telle ou telle morphologie. Souvent par excès de pudeur. Tout peut aller à tout le monde pourvu que ce soit revendiqué et évidemment, bien coupé! Nous le voyons ici.

Julien Scavini

Bonnes fêtes de Pâques!

L’année dernière, la fête de Pâques fut l’occasion de dessiner des enfants en tenues d’époques. Pour le charme des habits à culottes courtes et du petit décalage avec notre réalité. Car ici on aime cet aspect ‘Chap’, donc surréaliste.

Aujourd’hui donc, photo de famille (fictive), après la chasse aux œufs, dans la salle à manger des enfants, à bord du paquebot Normandie, en route pour Cherbourg en… 1938 ? Et souvenons nous que cette pièce fut confiée à Jean de Brunhoff qui la décora dans le thème de sa création: Babar l’éléphant! Un fond tout à fait enfantin et plaisant aujourd’hui! Bonnes pâques!

Julien Scavini

La pattemouille

L’entretien d’un costume est une chose délicate qu’il ne faut pas traiter à la légère. Une laine bien entretenue durera, c’est là le point principal. Mais évidemment, les traitements différeront entre un costume thermocollé et un entoilé, surtout grande-mesure.

Le point principal est de s’occuper régulièrement et simplement de son costume ou de sa veste. Après une journée et de retour chez soi, je conseille de retirer le pantalon pour passer quelques chose de différents (un jogging de coton? :-)). Laissez reposer le lainage, comme vos chaussures en cuir qui doivent impérativement être garnies d’embauchoirs. Un valet de chambre en bois représente le nec-plus-ultra du confort pour vos habits. La veste sur son cintre pour galber les épaules et faire retomber la vapeur, le pantalon dans la presse pour faire disparaitre les plis de genoux.

Vous complèterez avec un petit coup de brosse pour enlever la poussière avant de ranger l’ensemble sur un cintre dans la penderie. Avec au minimum un costume par jour ouvré, la rotation est efficace. Plus vous aurez de costumes, moins ils s’useront! Idem pour les souliers (en fait, les plus riches sont d’une certaine manière économes sur ce poste de dépense…). Dans l’armoire (ou le placard), certains aiment les housses données par la boutique : uniquement pour les longs repos de contre-saison et pour y placer de l’anti-mite.

Pour le grand nettoyage, la chose de complique. Les grands tailleurs du ‘bespoke’ demandent souvent à leurs clients de rapporter les vêtements pour nettoyage. Le traitement commence par la brosse, puis la brosse humide. Ensuite la fameuse pattemouille entre en jeux. Cette fameuse pièce de tissu des tailleurs est généralement faite d’un grand bout de lainage doublé de coton. La laine va contre la laine. La patte-sèche, appliquée contre la veste est alors humectée et devient pattemouille. Il s’agit de commencer par l’intérieur en doublure, en particulier aux aisselles. Un peu de vapeur pour chasser les résidus n’est pas un mal. Puis côté lainage, la patience est de mise. Comptez une petite heure pour une veste. Celle-ci doit d’ailleurs être disposée sur un coussin tailleur ou œuf, qui est une sorte de grosse masse  rembourrée un peu gauche pour donner le galbe au veston pendant le repassage. On pose la patte-sèche, on mouille, on sèche. Cela fixe les fibres de laine en même temps que la saleté passe dans la pattemouille. Vous pouvez essayer si cela vous amuse. Attention à la vapeur dans ce cas. Les tailleurs font rentrer certains ‘trop pleins’ de laine appelés ’embus’ grâce au poids et à la chaleur du fer tailleur que la vapeur fait ressortir, créant des boursouflures, notamment sur le col.

En moyenne, un costume grande mesure doit être nettoyé une à deux fois l’an. Cela est permis par le grand nombre de pièces qu’ont les élégants assez fortunés pour ce type de service. Le pantalon un peu plus, qui lui est plus facilement rapportable au pressing.

Un costume thermocollé peut subir exactement le même processus. C’est d’ailleurs plutôt conseillé. Non pas que le nettoyage à sec soit particulièrement mauvais (quoiqu’à force, cela abime un peu les laines), mais plutôt le repassage qui est effectué à la vapeur. Celle-ci, par effet mécanique (la puissance du jet et aussi la forte chaleur) va décoller les toiles en quelques mois voire quelques années suivant votre rythme. Mais si vous y allez quatre fois par an, cela devrait tenir très bien le choc. Les pantalons eux peuvent subir un traitement maison. Je n’hésite pas à mettre les miens dans la machine, en cycle laine 10°c. Les fabricants d’électro-ménager ont fait tout de même de gros progrès, et cela ne détruira pas un pantalon. En revanche, vous aurez fort-à-faire avec le repassage, d’ailleurs toujours à la pattemouille pour prévenir le lustrage (effet de laine qui brille à cause de la chaleur). Sinon, si vous ne voulez pas mettre votre pantalon dans un tambour, vous pouvez intégralement le passer sous la pattemouille, ce qui est déjà un excellent nettoyage.

Enfin, il existe un nouveau procédé dans les pressings pour remplacer le perchloroéthylène (solvant) dans les nettoyages à sec qui consiste à utiliser du silicone… Pas eu de retour de cette technologie encore, même si ces techniques me laisse songeur. Patrick Nègre, Pdg d’Universal Music est un des investisseurs des ‘green pressing’, quand on voit ce qu’il porte…

Julien Scavini