La chemise de mariage

Lors des préparatifs d’un mariage, les messieurs vont généralement chez le tailleur pour acquérir un beau costume, digne de cet instant mémorable. Dans le même temps, les fiancées se pressent pour faire confectionner une robe, tâche demandant souvent plus de temps et de préparation que pour un costume. Au cours de l’entretien chez le tailleur, une question revient souvent sur comment accorder la tenue masculine avec la robe de la mariée. Comment faire un rappel entre le costume et la robe?

Et bien à vrai dire, je n’ai aucune autre réponse que : aucun. Comment voulez-vous trouver un point d’accord entre un costume généralement sombre (je ne conçois pas tellement le costume blanc à la Eddy Barclay comme une chose exquise, à moins de faire cela très finement) et une robe blanche? Et puis il n’y a pas à chercher d’accord, plutôt un contraste, qui sur les photos sera très intéressant, d’autant plus si celles-ci sont en noir et blanc. Un beau contraste clair / foncé est très satisfaisant.

Ça, généralement, les mariés le comprennent bien. Toutefois, certains reviennent à la charge concernant la chemise. Avec la fameuse sentence : « oui mais la couturière m’a dit que la chemise du marié devait être ivoire! »

Phrase fatidique qui engage alors l’homme. Va-t-il ou pas suivre ce conseil? Certains fiancés sont en effet très arque-boutées sur cette question.

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J’ai déjà eu l’occasion d’écrire sur la chemise ivoire, lors de mon article sur La Panthère Rose. Je trouvais le résultat assez intéressant avec un costume de ville, sans toutefois avoir jamais osé. Car au fond, je trouve que la chemise ivoire a un petit côté ancien, voire même chemise un peu sale. C’est un jugement un peu dur certes. Car je ne nie pas qu’il est possible pour certains élégants de manier celle-ci très bien. Mais de manière générale, il faut s’en méfier.

Cet argument généralement fait mouche. Toutefois, certaines fiancées, parfois les yeux embuées, se mettent à craindre que leur robe fasse moche. Car c’est bien connu, une robe de mariée n’est jamais tout à fait blanche, mais plutôt coquille d’œuf. « Mais la couturière m’a dit qu’il fallait que la chemise de mon fiancé soit accordée avec ma robe? » Je rétorque que je n’y peux rien si la couturière ne travaille pas de belles matières bien blanches, et qu’en tout cas chez les tailleurs, le coton à chemise, c’est blanc! Point.

Je prends un malin plaisir à tordre le cou de la créatrice. Mais au fond, c’est entretenir une vieille rivalité, entre la profession masculine et féminine. Je me souviens encore de M. Guilson s’en moquer avec ce verdict : « n’utilisez pas d’épingles! C’est pour les couturières. Les tailleurs utilisent du bâti! » hihih.

Quoiqu’il en soit, une fois posé que la chemise du marié est blanche et que la robe de la mariée, oui, sera blanc cassé, je nuance et apaise les couples. Rassurez-vous.

La chemise n’est visible qu’à peine, un peu autour du cou, un peu en bas des poignets. La veste et le gilet la cachent majoritairement. Ainsi, la nuance n’apparaitra jamais vraiment. Personne ne s’en rendra compte.

Par ailleurs, les photos sont généralement un peu surexposé, si bien qu’en fait, sur les clichés, il sera impossible de percevoir une différence de teinte, la robe apparaitra d’un blanc optique! De quoi rassurer normalement la demoiselle. Je n’en ai une qu’une, il y a longtemps, qui refusant cette idée, imposa au fiancé une chemise bleue, au grand dam de ce dernier. Mais hélas, il n’avait pas le choix…

Belle semaine, Julien Scavini

Écologie vieux-jeu

Dans la continuité de l’article de la semaine dernière, et après un dimanche après-midi passé à observer la foule versaillaise, j’avais envie de m’amuser à faire l’apologie du classicisme.

C’est la grande singularité amusante que soulève notre façon classique de nous habiller. Finalement nous sommes des héros écolo!

Je ne possède pas une si grande variété de vêtements. Et je les choisis tous avec précision et une réflexion d’achat. Beaucoup sont ma propre œuvre, évidement. Mais je ne renie pas quelques t-shirts de peau La Redoute, quelques cravates Brooks Brothers, quelques pulls Gant ou Ralph Lauren. Le point caractéristique de cette penderie est son étonnante longévité. Ayant un nombre convenable permettant un roulement efficace et ayant surtout des produits de qualité, rien ou si peu, s’use. Dès lors je garde longtemps, je jette peu et je rachète rarement. Un malheur pour le commerce d’un sens!

Toutefois, à l’heure de la fast-fashion et d’un consumérisme débridé – êtes-vous un jour rentré chez Forever21 ou Primark? – il est amusant de constater que le classicisme est la meilleure réponse! Faire durer les choses, les apprécier, mieux les aimer. Quel plaisir renouvelé chaque jour.

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Par ailleurs, il est assez ancré dans l’esprit des gens que l’écologie rime avec le fluo, le technique, le high-tech. Bref, la recherche technologique. Alors qu’au fond, une veste de tweed et une paire de richelieu est tout à fait écologique. L’une et l’autre durent 20 ans et plus si tout va bien. Le questionnement en architecture est assez souvent similaire. Alors qu’une honnête bâtisse bien équipée, dessinée avec une épure classique et subtilement ornementée, vaut parfois aussi bien qu’une bicoque acétique en tôle d’aluminium.

Mais revenons aux vêtements. Les baskets sont évidemment la chaussure du moment. Et rares sont les français à mon avis à en posséder plusieurs. Il serait intéressant de connaitre le taux de renouvellement ou le nombre de paires vendues en France chaque année. J’aurais tendance à penser qu’une paire de baskets dure environ 1 ans. Peut-être bien moins. Peut-être un peu plus? Baskets par ailleurs difficile à entretenir, à réparer, et à recycler. Dans le même temps, une chaussure de cuir durera et durera, si elle est bien entretenue.

Il y a certes l’envie de changement. Y compris chez les classiques. Pas mal de mes clients m’en parlent. Parfois, un costume à peine élimé ne vaut pas à leur yeux des frais de réparation. Non, ils préfèrent refaire, car ils sont envie de nouveauté. Heureux commerçant. Mais c’est la limite de mon argumentaire. On ne peut tous être raisonnable et patient. Je n’arrive pas moi à jeter tel costume à cause d’un trou ou tel pull à cause de bouloches. Je garde et je porte un peu.

Malgré cet aspect plaisir immédiat, retenons tout de même cet amusant paradoxe : une certaine éco-responsabilité se trouve logée dans des atours old-school, loin de l’image de modernité qu’on lui donnerait. Les modes se démodent, le style jamais…  plus que jamais d’actualité!

Belle semaine, Julien Scavini

La beauté et la fragilité

L’industrie textile produit une quantité astronomique de marchandises et il est souvent difficile de s’y retrouver. Pour les clients, la question du rapport qualité-prix, difficile à repérer toutefois, est un élément primordial de l’achat. Être dans son segment de prix, apprécier le produit, en voir les qualités à l’usage est plus que jamais nécessaire.

Mais lorsque toutes les devantures et échoppes croulent sous la marchandise, à des prix très variables, il devient difficile de s’y retrouver. Pour se dissocier du lot, il est alors possible de monter en qualité. C’est même primordial. Mais il existe un mais.

Le premier ‘mais‘ est évidement le prix. Rester dans un segment de marché sans devenir une niche inabordable est difficile. Lorsqu’on est détaillant, on peut bien sûr proposer seulement le plus beau. Mais si les clients n’achètent pas ou peu, on sombre très vite. Le volume à faible qualité est plus facile à faire. Paradoxalement.

Le second ‘mais‘ est plus insidieux et difficile d’ailleurs à avouer pour le commerçant, que je suis par ailleurs. Il est possible de proposer du très beau à prix serré. Les drapiers d’ailleurs ne se privent plus maintenant de faire des tarifs sur les super 150 et autres, si doux par ailleurs.

Mais ce très beau a une face cachée, sa fragilité. C’est assez impensable à vrai dire. Car souvent le beau est plus cher et plus fragile :

Le cachemire pour manteau, c’est somptueux. Mais le drap s’élime bien plus vite qu’en 100% laine. C’est une vérité. Inavouable. Mais c’est somptueux.

Les cotons égyptiens et sea island sont d’une douceur à peine croyable. Mais les poignets et les bords de cols affichent vite la fatigue. C’est une vérité. Inavouable. Mais c’est très agréable à porter.

Un pantalon en lin et soie ou même en flanelle, c’est bien mieux qu’un jean. Mais les fourches peuvent craquer pour un rien. C’est une vérité. Inavouable. Pourtant, c’est agréable à porter.

Une paire de souliers en cuir, c’est racé et confortable. Mais c’est très fragile si l’on use les semelles sans y prêter attention. Combien d’hommes dans la rue savent qu’il faut mettre des patins ou ressemeler? C’est une vérité. Inavouable. Une belle chaussure est chère. Et en plus il faut s’en occuper!

L’exemple des boutons en nacre sur les chemises est archétypal. Premièrement, ils sont d’un prix exorbitant par rapport à ceux en plastique, et en plus, ils cassent. Pour une marque qui fabrique 100 000 chemises, 5% seulement de retour est absolument inenvisageable.

Les surpiqures tailleur, que l’on appelle AMF dans l’industrie, est aussi un point de qualité sartorial en même temps qu’une fragilité…

Dernier exemple, un drap super 150, c’est fluide à porter et léger sur les épaules. Mais les genoux, l’entre-jambe et les coudes froissent vite. C’est une vérité. Inavouable. Malgré la prouesse technique des drapiers.

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Ce faisant, le client devient le propre acteur schizophrène de ce marché. Les marques, surtout de prêt-à-porter, sont obligées de suivre le mouvement. Je connais même une grande enseigne française de costumes qui s’est fait une spécialité des coupes affûtées et des tissus poids-plume. Les clients achètent précisément pour ces deux aspects, rejetés après, lorsque le pantalon craque. Et apparemment, c’est assez classique! La marque ne peut ni faire plus ample ni faire pus lourd. C’est son business modèle comme on dit.

Toute la difficulté est la compréhension de ce phénomène d’usure du beau. L’éducation. Il faut accepter les défauts d’un produit haut de gamme. Une Bentley est bien plus chère qu’une Renault et coûte un argent exorbitant à l’usage! Double peine.

Faire descendre les produits de luxe à un niveau plus accessible, faire découvrir des matières précieuses, faire aimer de l’exceptionnel ne marche que si le client le comprend. Combien ai-je eu de clients, souvent les dames, ne comprenant pas que ce soit « plus cher et moins bien« . Moins bien sous certains aspects seulement… et heureusement!

Un produit de luxe, un produit raffiné est fragile. Le commun c’est la solidité et l’endurance.

Je reviens sur la flanelle. J’ai quelques clients, en prêt-à-porter (car je vends une large collection de pantalons) ou en mesure, qui parfois sont déçus de la faible longévité de l’article. Que puis-je leur répondre? Hélas, je ne suis pas Vitale Barberis Canonico. Ils fabriquent quelques millions de mètres de tissus par an. Oui, millions. Aux plus hauts standards de qualité. « N’empêche, comme dit mon artisan tailleur qui réalise les grandes-mesures, la flanelle, c’est pour les messieurs riches, ça s’use« . Vrai.

Vouloir du beau est légitime. Yves Saint Laurent disait qu’il faut vivre en beauté. Mais l’exceptionnel a un coût d’achat et un coût d’usage. Et il faut en avoir conscience.

Belle semaine, Julien Scavini

Rayure craie et rayure tennis

Si la dissociation dans l’esprit des Anglais est assez clair, en France, il y a toujours une hésitation sur le terme adéquat pour désigner telle ou telle rayure.

Signe certain de conservatisme, le costume rayé fait parti de la grande tradition anglaise du costume de travail, un signe de respectabilité et d’ascension sociale. C’est LA tenue du banquier dès les années 20, des hommes d’affaires et même de la pègre qui adore faire étalage de raies marquées et ostentatoires. Les années d’après guerre et une certaine tempérance sociale estompent son usage au profit des draps unis. Les années 80 et 90 ont permis un retour en grâces des rayures, pour le pire et pour le meilleur. Mais trop fric, trop cliché, trop clinquante, elles furent encore poussées dehors. Avec les années 2000, des designers de tout poil la réintroduisent sous toutes les formes, détournant sa respectabilité.

Les drapiers proposent toujours une grande variété de rayures, surtout les Anglais. Habituellement, les raies sont blanches ou grises. Elles peuvent aussi être colorées, à manier avec précaution. Les Italiens sont assez conventionnels sur les couleurs des rayures, en revanche, ils jouent souvent sur l’écartement de celles-ci. Le classicisme avec un twist!

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Quoiqu’il en soit. Il existe deux variétés de rayures :

La rayure tennis, en anglais pin stripe, désigne une rayure très fine. Wikipédia dit 1/30ème de pouce soit moins d’un millimètre. La rayure tennis est en fait constituée d’un seul fil, qui, entrecoupé par les fils horizontaux, forme un effet de points qui se succèdent. D’où le terme pin stripe = ligne d’épingles. Elle peut être très discrète ou très marquée :

 

La rayure craie, en anglais chalk stripe, désigne toutes les rayures plus larges qu’un fil. La rayure craie peut apparaitre sur un drap sec (lisse) ou sur un drap flanellé. La rayure craie a une épaisseur variable, de quelques fils discrets à de fortes bandes. Dans un tissu sec, la rayure craie aura tendance à faire apparaitre de légères diagonales. Tissu assez voyant ai-je tendance à penser. Mais une fois le costume réalisé, c’est toujours d’une grande beauté. Si la surface du tissu est frottée, un aspect flanelle apparait alors, estompant la rayure craie. Dans une flanelle, la rayure peut être très ou peu visible.

Ci-dessous des tissus secs avec une rayure craie, deux fils seulement dans le premier exemple, une succession de petites diagonales dans le second :

Et ci-dessous deux tissus flanellés, l’un plus que l’autre. Dans la flanelle, la rayure devient un vrai coup de craie, une trace vaporeuse :

Il existe des rayures craies parfois plus discrètes que des rayures tennis, alors que ce devrait être l’inverse. Tout dépend en fait de la teinte. Je ne pense pas qu’il y ait une différence fondamentale de formalisme entre une rayure tennis et une rayure craie. C’est surtout une question de QUI L’ON EST ou de CE QUE L’ON VEUT MONTRER.

La rayure tennis, très appréciée dans les publicités Ralph Lauren, est assez peu demandée par mes clients. Elle est souvent soit trop marquée soit trop estompée. De manière générale, les rayures sont appréciées si discrètes ces temps-ci. Sauf en flanelle où c’est l’eldorado. Les jeunes adorent là où les plus âgés, surtout les dames, trouvent que ça fait vieux. Aller comprendre!

Belle semaine, Julien Scavini

Le petit conseil amusant

Petit et amusant conseil de début d’année.

J’aime beaucoup les Eaux de Toilettes et les Cologne, même si curieusement, ma peau semble les faire disparaitre aussi vite que possible! A ce titre, je nourris depuis longtemps une certaine fascination pour les produits de la marque Mont Saint Michel, que l’on trouve généralement en bas des gondoles des supermarchés. Parfum bas de gamme de grande distribution peut-on penser? Les 250ml s’échangent en général pour 3 à 4€. Une paille comparée aux 100€ que demande Hermès pour la Gentiane Blanche maintenant…

Je m’amuse depuis longtemps à les tester avec gourmandise. Du pas cher qui sent bon. Génial! La Lavande Impériale était une sorte de perfection de grand-mère, hélas arrêtée il y a quatre ans. La Fraicheur Intense qui l’a remplacé est un peu fade, même si l’été sous les tropiques, elle est intéressante. Mais la Cologne Ambrée reste une valeur sûre. L’odeur des vieux messieurs d’une certaine manière. Toutefois, même si cela m’amuse beaucoup, pour suivre le courant général, j’utilise quantités d’autres parfums plus raffinés. Dit-on.

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Mais j’étais triste de ne pouvoir utiliser ces grands flacons. J’ai réussi à trouver un usage quotidien à ces Cologne miraculeuses et peu coûteuses : l’eau du bain. Grand amateur de cette détente du soir, j’ai pris l’habitude, amusante au début histoire de liquider les flacons, de verser un bouchon entier dans le bain. Lumineuse idée. A ce petit jeu, la Cologne Ambrée est la meilleure. L’eau sent bon et la salle de bain se charge du parfum. La peau reste discrètement chargée de cette petite effluve pour un bon moment. Un délice pas ruineux du tout. Et probablement meilleur que tous les bains moussants! Vous me direz si vous testez…?

Un plaisir digne d’Amélie Poulain!

Belle semaine, Julien Scavini

Bonne année 2019

bonne année 2019

Je vous souhaite une excellente année 2019.

Que j’espère chic et charmante, en bonne santé!

Je reprendrai les blog la semaine prochaine ou celle d’après, le temps de souffler et de reposer mes méninges encore quelques temps. Il n’est pas aisé de trouver chaque semaine un article pour ici et pour les colonnes du Figaro Magazine, en gardant de la fraicheur et de la spontanéité, parallèlement à une activité de tailleur assez éreintante. Les gens sont énervés je trouve. Enfin bref, passez une agréable semaine! Julien Scavini

La fiscalité du costume « de travail »

La période est à la jacquerie fiscale! Une révolte qui sur le fond, je l’ai constaté quotidiennement et avec amusement, met beaucoup de mes clients d’accord, et de tous les bords! Une révolte au petit goût poujadiste qu’il serait intellectuellement malhonnêteté pour un petit commerçant de désapprouver complètement. Mais une révolte qui tout de même sur la forme sabote moral et affaires!

Quoiqu’il en soit, penchons-nous ce soir sur un point d’interprétation du Code Général des Impôts. Un sujet hautement brûlant! J’aime le piquant. Car, la question m’est très souvent posée. Pour de nombreux clients, le costume est LA tenue de tous les jours, celle du travail. Et un certain nombre sont leur propre patron. Soit de grosses sociétés ou au contraire, des indépendants libéraux, assureurs, avocats, agents commerciaux etc…

La question est souvent la même : « puis-je passer ce costume sur ma boîte? »

Autant le dire tout net, NON.

Explications.

Le fisc reconnait deux cas de figure pour qu’un vêtement soit reconnu professionnel, donc puisse faire l’objet d’une entrée comptable sur une société :

1- que le vêtement soit un vêtement technique. Pour cela, le vêtement technique ou le tissu le composant doit avoir une norme NF (traitement ignifugé, résistance à l’abrasion, tissu renforcé, etc…)

2- que le vêtement soit obligatoire. C’est par exemple le cas des tuniques de cuisinier, des robes d’avocat ou des blouses de médecin. Le cas du costume existe et l’administration a la réponse : un logo doit être brodé sur celui-ci de manière visible. Comme les agents de Sécuritas par exemple à l’aéroport. Toutefois, les serveurs qui portent obligatoirement le costume n’ont pas de logo pourrait-on faire remarquer.

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Il découle donc de ces deux points qu’un costume de tous les jours pour un avocat ou un vendeur automobile ne peut être pris en charge par la société. Toutefois, si vous le faîtes, il pourra être discuté avec l’administration le point suivant : le costume passe en fait dans les frais de représentation, fiscalement déductibles sous certaines conditions. Il conviendra de ne pas abuser. Car normalement, les frais liés à la présentation personnelle (achat de costume ou coiffeur) du gérant ne sont pas remboursables. La jurisprudence est très claire.

Tout est une question de tact et d’échelle. L’ampleur de la garde-robe ainsi acquise devra être en proportion 1- du chiffre d’affaire et 2- de la totalité des frais de représentation (incluant transport, restaurant, etc). Attention ainsi au coût du costume. Il pourra être argumenté que le Président a donné une référence. Ses costumes J. dont il a fait moult tweets coûtent 350€ environ. Aïe. Un bon costume vaut tout de même plus cher.

Si vous aviez abusé de la carte professionnelle pour vos costumes et que le fisc ne veut pas vous le laisser passer, l’administration pourrait qualifier l’avantage en revenue déjà acquis. Et les URSSAF (le faux-nez du RSI) se régaleront d’un avantage en nature chargé.

Car tous le monde le sait bien en France, il ne faut pas jouer avec l’administration. Le député Gilles Le Gendre* vient de nous le rappeler, le gouvernement est très subtil et très technique, et un en mot comme en cent, trop intelligent. Méfiance! En attendant, le gilet jaune va bien avec le costume marine. Je dis ça, je ne dis rien!

Il me reste à vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année! Profitez en bien.

Belle semaine, Julien Scavini

 

* Gilles Le Gendre qui pendant longtemps fut ‘sociétaire’ des Experts de Nicolas Doze, le matin sur BFM Business tout habillé en Arnys! Parfois en overdose, mais toujours de manière plaisante.

La veste Maubourg

Ce nom ne vous dit encore rien? Attendez un peu…

Petit retour en arrière.

La veste d’homme est une création de la fin du XIXème siècle, que l’on appelait veste courte à l’époque par opposition aux fracs et autres jaquettes alors en vigueur. Arrondie dans le bas et avec des revers découvrant le haut du buste, elle est symbole de l’english-man. Son adoption pour la pratique des sports anciens et nouveaux, équitation et vélo, golf et automobile, fut rapide. Elle passe à la ville dans les années 10. La première guerre mondiale met définitivement au placard les longs habits empesés.

La veste anglaise, avec ses revers débarque sur le continent où elle ne jouit pas immédiatement d’une grand notoriété. Les hautes sphères, gagnées par l’anglomanie depuis le second empire, l’affectionnent bien sûr. Mais dans les campagnes et dans les usines, on porte jusqu’aux années 70 un autre type de veste, à bas carré et à encolure cheminée ou chemisière. Les photos en noir et blanc des campagnes françaises montrent assez souvent des sortes de vestes tuniques, parfois assez proches des vestes autrichiennes modernes.

Ces dernières années, ce vestiaire renommé ‘workwear’ pour le rendre plus bourgeois que le simple ‘vêtement de travail’ connait un incroyable essor. Caterpillar, Carhartt, Belstaff ou même Barbour jouent sur cette fibre qui plait bien, synonyme de vêtement pratique et robuste.

C’est une réponse à un besoin du marché, pour plus de décontraction que les vestes anglaises et pour autre chose que le blouson et la parka. Parfois la veste classique peut paraître inadaptée car trop habillée ou trop apprêtée. L’ouverture devant, ménagé par l’évasement des revers peut apparaître curieuse si aucune cravate n’habille la chemise. Prendre l’avion, partir en voiture ou faire une balade en forêt sont autant de moments où une solution intermédiaire est possible.

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D’où un regard en arrière vers ces anciennes tuniques carrées à col de chemise ou officier, souvent faites de gros velours. Praticité rimait avec solidité. Arnys a bien vu cet héritage et créa la veste forestière dès 1947. Elle était inspirée des vestes de gardes-chasses de Sologne malgré une coupe kimono radicalement différente et très ample. Bien d’autres marchands ont senti cet esprit. C’est le cas de Franck Namani qui propose aussi depuis longtemps des modèles hybrides, mi-blouson mi-veste. Les petits détails en matières contrastantes, les poches aux formes variées, les matières techniques ou luxueuses sont autant de réponses qui enjolivent l’aspect utilitaire. Sans oublier bien sûr la réponse d’Hollington, qui développa avec son ami couturier Michel Schreiber des vestes de peintre ou de menuisier adaptées à la très chic clientèle du quartier latin. Des symboles des architectes et penseurs des années 70.

Et il est vrai que j’éprouve également depuis longtemps un goût pour cette veste hybride, permettant une élégante décontraction, association de mots facilement opposables. Un pari difficile, qui depuis longtemps me trotte dans la tête. C’est ainsi que j’ai fait développer par un ami qui possède son petit atelier dans le sud de la France un modèle, basé sur un corps de veste, mais totalement dénué d’entoilage. Une veste foulard très souple et légère, avec un col à patte prolongée et de belles poches plaquées très expressives. Cette veste, je l’ai appelé Maubourg, du nom de la rue où j’ai installé mon commerce. Un joli nom qui sonne bien français, en fait un titre de courtoisie trouvant ses racines dans le Massif Central.

Voici donc la veste Maubourg. Avec le prix le plus serré possible pour une fabrication française. Le volume est minuscule, donc les quelques pièces fabriquées partiront vite. Ne vous inquiétez pas, d’autres sont dans les tuyaux, en flanelles lourdes, dans des coloris plus variés et plus campagnards aussi. Les tailles sont assez juste, je fais un 48/50 et la M est parfait en aisance.

Faites lui bon accueil !

www.la-maubourg.fr

Belle semaine, Julien Scavini

 

Souliers marron ou noirs?

Au cours des nombreux rendez-vous que je peux avoir avec des jeunes gens en quête de leur costume de mariage, un point revient souvent : l’hésitation sur la couleur des souliers. Il semble que ce soit le grand doute concernant la couleur qu’il convient de mettre. Plus généralement, ce questionnement sur la couleur des souliers peut se poser avec un simple costume de travail. Il suffit de cinq minutes dans le métro pour découvrir l’abysse en culture bottière.

Essayons pas à pas d’y voir plus clair.

Il existe deux grandes catégories de souliers : les noirs et les marrons. Au cours du XIXème siècle, une couleur a dominé en ville : le noir. Les souliers marron existaient mais étaient très très rares. Les tenues bourgeoises étaient elles aussi foncées. Ainsi, le noir est depuis longtemps attaché aux souliers de ville, aux souliers habillés. A l’inverse, le marron issu de la vénerie est resté attaché à la campagne.

Dans les années 1900, la notion de vestiaire sport apparait. Les bottines allant avec ces tenues sont alors marron. Une dissociation nait vers 1900, souliers noirs à la ville et bottes ou bottines marron à la campagne.

Au cours des années 50, si ce n’est pas avant, la dissociation souliers noir ville et souliers marron campagne s’est estompée. On se met à porter des souliers noirs avec des tenues dépareillées, car on veut faire urbain et un peu bcbg et en même temps, le soulier marron devient possible avec le costume. Ce faisant, deux écoles s’opposent : ceux qui considèrent qu’en ville priment les chaussures noires, qu’importe la situation, et ceux qui pensent qu’en ville il est plaisant de pouvoir porter les deux pour différencier des situations.

De mon point de vue, avec un ensemble dépareillé, la chaussure marron est plus intéressante, 1- pour l’harmonie des couleurs et 2- pour bien marquer l’esprit décontracté. On retrouve ce débat autour du blazer, veste bleue qui s’associe généralement avec un pantalon gris. Certains se plaisent à le porter avec des souliers marron, soulignant là son origine très ‘club de sport’, d’autres l’associent avec des souliers noirs, accentuant son aspect semi-habillé, parfait pour un cocktail mondain façon bcbg. On note que les militaires de la marine, avec le blazer croisé portent des souliers noirs.

Pour les anglais, un costume de ville, donc porté au bureau par exemple, entraine l’obligation de porter des souliers noirs. Dans la banque et l’assurance, chez les avocats, c’est encore une règle logique. Pour un mariage, il serait de bon ton aussi de porter des souliers noirs, c’est un grand évènement formel.

Toutefois, en France et probablement ailleurs en Europe, surtout en Italie, la mode de porter du marron en ville avec un costume est très présente dès les années 50. Le costume marron beigasse est un classique de l’allure française des sixties, avec un petit chapeau trilby, à la Fantasio. Une manière je pense pour l’homme hexagonal de se dissocier de la mode très anglaise.

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Que faire de nos jours?

Il faut avoir à l’esprit que le soulier noir est habillé et qu’il est convenable avec un costume. Deuxièmement, le soulier noir ne va pas avec une tenue dépareillée. Point, et pas autrement. On ne met pas de souliers noirs avec une veste de tweed et un pantalon de velours par exemple, c’est curieux. Sauf peut-être si cet ensemble est fait de nuances de gris…

La grammaire a ses exceptions. Mais globalement retenir noir = costume et marron = décontraction, c’est bien.

Et pour le costume bleu marine?

Question curieuse souvent posée, en particulier par les femmes : peut-on associer un costume marine avec des souliers noirs. Je ne sais pas pourquoi on ne pourrait pas ? La règle est simple, un costume porté dans un bureau se met avec des souliers noirs. Sauf si en effet on suit la règle très ‘Elle’ ou ‘MarieClaire’ disant que le marine ne s’associe jamais avec du noir, alors…

Ne peut-on pas mettre de souliers marron avec un costume?

Une fois la règle posée et consciencieusement intégrée, il est possible d’aller plus loin. Ainsi, dès les années 30; un costume marine était de bon ton avec des souliers marron, pourquoi pas en veau-velours, comme le montrent les images d’Apparel Arts. C’est une question de tact. Bien sûr que des souliers marrons collent avec un costume bleu. Ci-dessous, le même costume que précédemment, mais dans une tenue plus décontractée, avec souliers marron.

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Et avec un costume gris?

Costume gris, chaussures marron? Chacun fait comme il veut. C’est pas impossible.

Si le costume est porté avec une chemise blanche?

Pour moi c’est radical. Chemise blanche = formalisme. Si je mets une chemise blanche avec mon costume, je mets des souliers noirs. Pareil si la chemise est colorée à col blanc. Des souliers marrons avec ce beau blanc écarlate en haut est un drôle d’attelage, formel / décontracté qui ne va pas.

Il faut faire attention à la ceinture!

Si vous portez des souliers marron avec votre costume bleu, ne portez pas de ceinture noire. Diantre. Les cuirs se répondent et s’harmonisent. Chaussures marron = ceinture marron. Une simplicité souvent non respectée, parole d’observateur métropolitain.

Il faut faire attention aux souliers marron!

Cette couleur oblige plus que le noir. Des souliers noirs s’entretiennent tellement plus facilement. Un coup de cirage, un peu de crème, et hop les voilà resplendissant. Les souliers marron sont pour 1- les gens riches ou 2- les gens précautionneux. Il faut bien les crémer et en prendre soin. La mode des souliers patinées est par ailleurs très intéressante … si l’on en prend soin. Mais diantre, combien de ploucs avec des godillots aux pieds à la fin. Combien d’affreuses chaussures marron jamais cirées? Toutes biscornues car elles ne voient jamais d’embauchoirs…

De nos jours, les souliers marron ont envahi l’espace. Chemise blanche et chaussures noires, symboles jadis de respectabilité, ne sont plus forcément dans l’air du temps. Bien que l’association chaussures noires + jean + chemise blanche soit elle en vogue… sans intérêt.

En bref et finalement, l’époque contemporaine c’est un peu le fait comme tu veux. Mais, il est possible de décréter que les vieilles règles ne sont pas si idiotes. Tout en jouant un peu avec. Par exemple, même en étant rigoriste, je peux reconnaitre que le costume en flanelle bleue est merveilleux associé à des chaussures en veau-velours.

C’est comme les tableaux de conjugaison. Il y a les grandes formules et celles un peu moins usitées, les synonymes plus raffinés etc… Il y a la base, et il y a ce qu’on en fait.

Belle semaine, Julien Scavini

L’Orient Express à Paris

L’Orient-Express… voilà un nom chargé de magie et de plaisir. Et bien figurez-vous qu’il existe encore. Et même mieux, toutes les semaines, vous pouvez faire Londres-Venise avec. Départ le jeudi midi à Londres. Un simple Eurostar conduit les passagers à Calais où le mythique train et ses rutilantes voitures attendent. De là départ pour le grand chic.

Mettez cette petite mélodie de Richard Rodney Bennett pour vous mettre dans l’ambiance.

Vers 21h, le train arrive à la gare de l’Est à Paris, pour une escale technique et pour accueillir quelques passagers supplémentaires. 180 personnes peuvent prendre place à bord. Le premier service du diner est aussi donné. Le train repart vers 22h. Après une charmante nuit bercée par le cliquetis des rails, c’est le moment du petit déjeuner vers la frontière Suisse, puis du déjeuner au fil des Alpes et enfin de l’arrivée à Venise après un thé – champagne à 18h. Presque toutes les semaines d’avril à novembre.

Alors certes, ce n’est pas le grande voyage, mais c’est déjà pas mal. Le Londres-Istanbul a lieu une fois par an. Mais les hôtes dorment alors une à deux nuits seulement dans les voitures, le train s’arrêtant de nombreux soirs dans une capitale, Vienne, Prague, etc… La raison est simple : pratiquement aucune cabine n’a de salle-de-bain, un handicap au XXIème siècle.

J’ai eu le plaisir d’être invité à découvrir le train, lors de son passage éclair à Paris. En catimini en marge de l’exploitation commerciale.

Sachez-le. Presque tous les jeudi soir d’avril à novembre, vers 21h, le convois spécial arrive au quai numéro 5 de Paris-Est, le seul de la capitale ayant la longueur requise pour accoster les 17 voitures, soit 500m. Et tout un chacun peut aller zieuter, le quai accueillant par ailleurs un autre train ‘civil’.

Quel plaisir, quelle magnificence. A une époque où tout est moche et ordinaire, en particulier les trains, c’est vraiment un plaisir exquis.

Rendez-vous m’était donc donné par l’ancien directeur de la ligne à 20h50 dans une gare très calme.

Quel étonnement de voir un pareil train sorti d’un autre âge. Les lettres de laitons, les toits blancs et les boggies parfaitement nettoyés. Toutes les voitures sont d’époque. Elles ont été restaurées et entre chaque saison bénéficient de travaux généraux. La compagnie anglaise Belmond basée à Venise qui exploite cette ligne en possède 18. La SNCF en possède 4 également, mais en moins bon état, celles qui furent d’ailleurs exposées à l’Institut Du Monde Arabe en 2014.

Sautons-le pas et montons à bord. Les longs couloirs, les nombreuses boiseries, la moquette épaisse. Dans la première voiture, qui était à l’origine en mauvais état, trois suites avec de vraies salles-de-bain ont été réalisées. Les autres sleeping car présentent de simples compartiments où les banquettes s’escamotent en lit le soir venu, avec un étroit cabinet de toilette.

 

Descendons vite, les clients arrivent. Les trois voitures restaurants (vous reconnaitrez les décors d’Hercules Poirot) sont épaulées par trois voitures cuisines. Une sacrée logistique. Le diner ayant lieu, difficile de monter, à part dans une section vide ce soir là, où des panneaux de Lalique habillent les murs. Quelle beauté! Au menu, c’était homard en entrée, puis filet de bœuf à la truffe. Et smoking de rigueur.

 

Sur le quai, les services chargent de l’eau dans les voitures pour la toilette. Un peu de personnel s’affaire. Le chef de train est en queue-de-pie à boutons dorés, les stewards sont en livrée bleue et les serveurs du restaurant en spencer blanc. Une belle hiérarchie vestimentaire, à côté du poly-laine gris déprimant de la Société Nationale des Chemins de Fer Français…

 

Mais voilà déjà le coup de sifflet. Prêt au départ !

 

Merveilleuse semaine ! Julien Scavini