Funérailles papales

Partie I

Vous allez finir par croire que j’ai une obsession morbide pour les enterrements avec ce nouvel article sur les funérailles du Pape François. C’est qu’à vrai dire, un tel évènement permet de jauger de la rigueur esthétique de nos contemporains. Un effort est-il fait pour un si grand évènement ou bien, cet évènement comme beaucoup d’autres, est-il dilué dans la mollesse confortable qui caractérise le progrès ? Telle est la question à laquelle en effet j’ai pu répondre déjà sur ce blog. Entre les funérailles d’une star française édifiantes et les funérailles d’une Prince Consort promettant du beau.

Le Pape François né Jorge Mario Bergoglio en Argentine, décédait à 88 ans au Vatican à Pâques. Comme il était considéré comme une sorte de star de Rock’n’Roll, c’était l’occasion rêvée de se montrer. A l’inverse, pour Benoît XVI qui était considéré comme une sorte de gargouille moyenâgeuse, ce fut service minimum et Emmanuel Macron ne se déplaça pas par exemple. Seul le Ministre de l’Intérieur y alla, ce qui fut qualifié ainsi : « C’est le niveau normal de représentation pour un gros évènement au Vatican« . Cela m’amuse donc beaucoup de constater que le niveau « normal » puisse bouger comme les marées. Quand au terme « gros » je le trouve d’une laideur indicible pour qualifier pareille circonstance. Bref…

Je remarque pour commencer les 14 porteurs du cercueil. Je n’aimerais pas être à leur place, ce train doit être aussi lourd que deux mille ans de Chrétienté ! Je les pensais habillés d’un frac, mais en fait non, il s’agit d’une sorte de jaquette à bas carré et à profond revers châle. Une sorte de tunique qu’un chef d’orchestre pourrait porter. Le papillon blanc et la présence d’un gilet en coton semble attester d’une parenté avec la queue-de-pie. Tout en faisant un peu moderne / protestant je trouve. Nikolaus Harnoncourt aurait pu s’habiller ainsi pour diriger du Bach. Quant à la couleur, elle semble indéfinissable. Elle n’est pas noire, non !

Cette photo faisant confrontation avec un huissier – lui en queue-de-pie – on peut clairement voir ce côté légèrement violet. Toutefois, je crois qu’il était de tradition en France il y a plusieurs siècles de porter le deuil en violet ou en pourpre, alors au fond pourquoi pas. Michel Pastoureau aussi parle du noir pour le deuil comme un concept tardif. Intéressante idée que de rompre ce noir si conventionnel tout en restant dans une sobriété de bon aloi.

Je continue sur les membres du personnel du Vatican et m’attardant sur cette tenue d’huissier que l’on voit à droite de la photo ci dessus. Comme l’évènement se déroule de jour, l’huissier ne porte pas avec sa queue-de-pie un gilet de coton blanc, mais un gilet noir. Détail important qui fait sens. Jacques Chirac en 1996 avait su faire cette distinction très distinguée lorsqu’il avait rencontré Jean-Paul II. Avec le collier qui va bien, ça, c’était la classe internationale ! Le signe d’un grand respect des choses. Si on peut avec amusement s’interroger sur son placement politique à droite, là, nul doute qu’il est le chef des conservateurs !

Mais revenons sur ces huissiers du Vatican en queue-de-pie. Admirez ci-dessous une telle mise portée par le prince de Windisch-Graetz, gentilhomme de sa sainteté. Les armes du Vatican sont suspendus à une bélière à multiples branches sertie de camées, ça ne manque pas d’allure. On dirait le collier de Marie Antoinette ! Les huissiers à la chaîne en France porte la chaîne par dessus la veste, eux la porte sous. Elle est plus courte toutefois. L’écharpe en moire noire donne une allure impeccable. Quel ordre, quelle décoration porte-t-elle ? Peut-être chevalier grand-croix de l’ordre du Saint-Sépulcre. Il n’est pas sûr par ailleurs que les revers de la queue-de-pie soit en satin (ou en faille). Pas de brillance. Pourquoi pas au fond, si elle est destinée uniquement à être portée de jour. Cela fait assez sens aussi.

Pour finir ce premier volet, je voudrais vous montrer mon héros. Lui, c’est le taulier, pardonnez moi l’expression. Mais il a tout. L’allure et le physique. Il n’y a pas que les jeunes qui sont beaux. Et comme quoi, un habit un peu construit n’empêche finalement pas le confort. Cet autre gentilhomme du Pape est l’ambassadeur Alfredo Bastianelli. Il doit être un peu vaniteux, c’est sûr, mais à ce niveau là, ça devient une vertu ! Du grand art. Le pantalon reste plaqué sous le gilet, rien ne bouge, les lignes sont magnifiques. Quant au roulé du revers, il est d’une dignité sans pareille. Et vous voyez, s’il avait poussé le vice jusqu’à laisser 1cm de chemise dépasser en bas des manches, j’aurais dit que c’était trop ! Cela fait plaisir à voir !

Partie II

Reprenons donc le fil là où nous l’avons laissé. Il y avait donc beaucoup de monde à ces funérailles. Passons un peu en revue. Emmanuel Macron d’abord, qui portait le trois pièces noir, choix évident, simple et de très bon ton. Si je regrette les lignes chiches de ses costumes, notamment ces rabats de poches inclinées minuscules, il faut reconnaitre qu’ils tombent toujours très nettement. Cela doit être salué. Derrière, notre ministre de l’Intérieur et des Cultes, et nouveau président de parti a fait le choix d’un beau bleu marine y compris pour la cravate. Quant au ministre des Affaires Étrangères, je ne saurais dire si c’est un marine ou un gris foncé, il est souvent en gris ai-je noté. La cravate noire aurait peut-être était mieux? Je ne les attendais toutefois pas avec un brassard noir autour du biceps !

Le premier ministre britannique était aussi en noir. Noir c’est noir !

Tout comme Mikheil Kavelashvili, le président de la Géorgie.

Le prince Albert II avait choisi une tenue similaire. Quant à la princesse Charlène, elle porte la mantille avec une dévotion qui force le respect. J’ai un doute sur les lunettes de soleil. Elles semblent très portées. Des lunettes de soleil à un enterrement, c’est correct?

Le roi Carl XVI Gustaf et la reine Silvia ne peuvent pas faire mieux. J’aime beaucoup sa petite pochette.

Le prince héréditaire Alois de Liechtenstein et son épouse font aussi dans le traditionnel. Le gentilhomme du Pape à la ceinture de moire noire (le prince de Windisch-Graetz) fait un peu vieux de la vieille, il a un coffre que la queue-de-pie contient mal, elle semble bancale, mais il m’amuse beaucoup, il a de l’allure. Je m’interroge toutefois sur un décalage. Deux princes sont en présence face à l’ecclésiastique. L’un porte sa livrée (la queue-de-pie) et l’autre un simple costume. Le Vatican fait il passer une consigne demandant le costume simple? Dès lors, les gentilshommes ne font pas trop habillés? Ou les invités ne pourraient-ils pas être en jaquette noire? Remarquons le photographe en costume noir !

Et si l’on passait aux hommes en bleu ? Le prince héritier Haakon fait ce choix, accompagné et la princesse héritière Mette-Marit.

Tout comme le roi des belges. Ou est-ce un noir très lumineux? Je ne suis pas personnellement très convaincu par les revers en pointe de petite largeur.

Le grand-duc Henri et la grande-duchesse Maria Teresa. Son costume est beau, veste longue, revers placé bas, belle allure avec ces pochette bien disposée.

Revenons au noir. Volodomyr Zelensky va finir par être une icône de la mode inspirant Balenciaga et d’autres avec ses tenues militaro-civiles noires toutes plus inventives. Ce serait drôle si son pays et lui-même n’étaient pas si terriblement ciblés.

Toujours en noir, remarquons les présidents italiens et argentins. Au second rang, le roi Abdallah de Jordanie porte un beau bleu pétrole, moins « rouge » que le bleu marine à côté ou derrière. Le chancelier allemand a fait le choix du deux pièces noir, efficace.

Intéressons nous justement au prince William. Dans ce bleu si vif. Si vif. Je me garderais bien de commenter ou juger une figure disposant d’un tel pedigree. D’autant que le costume est très bien coupé et très beau. Impeccable même. Mais n’est-ce pas un peu bleu? Personne n’a dit que le bleu était interdit à des obsèques. Mais tout de même non?

Sur la proposition d’un lecteur, j’ai retrouvé la photo de Charles, alors prince, aux obsèques de Jean-Paul II. Croisé noir, impeccable. Pochette « funny ». Il a toujours fait ça. Je mourrais moi-même de posséder une pochette en soie noire à motifs de cravate. Il faudrait qu’on me l’offre et que je ne puisse pas refuser le cadeau ! Mais enfin, ça apporte un peu de fraicheur sur cette tenue austère.

Si l’on sort du bleu et du noir, qui y’-a-t-il? Le gris pardi. Comme le prince Emmanuel-Philibert de Savoie assis à côté du prince Charles de Bourbon des Deux-Siciles qui semble porter du noir. Ou du gris foncé? Ces lainages noirs super 150’s ou du même genre ne semblent jamais bien noirs. Il vaut mieux pour du noir trouver un drap anglais bien rustique et pas satiné du tout pour obtenir un noir profond.


En bleu avec cravate bleu, il y avait aussi Joe Biden dont on peut saluer la vaillance. Donald Trump ne l’avait pas emmené à bord d’Air Force One, la classe se perd…

Donald Trump justement, au premier rang des invités de marque, voulait que tout le monde le voit. Il avait choisi un bleu… bien bleu. Même William était battu. En revanche, intéressons nous à son voisin, le président finlandais Alexander Stubb. Col cut-away et belle cravate opulente noire, déjà de bons points. Gilet : impeccable. Revers en pointes plus généreux et mieux dessinés que le roi des belges, troisième bon point. Pochette bien disposée, parfaite. Mais… mais… poches plaquées sur la veste. Et veste un peu courte. Boutons de nacre qui font gris clair, non. Flûte, ça démarrait bien, comme une publicité Suit Supply.

Alors, tournons nous vers l’autre voisin de Donald Trump : vers le président estonien Alar Karis qui j’espère se barricade bien en ce moment de son voisin géographique. Voilà un beau costume trois pièces. Le revers est parfait, les proportions générales semblent bonnes. Cravate et pochette noires se répondent par leurs petits motifs discrets. C’est un sans faute. Enfin de l’élégance un peu recherchée et bien maitrisée. Un léger tapage par le cran en pointes et les petits motifs sans rien retirer à la rigueur de l’ensemble.

Mais il serait temps de conclure. Avec celui qu’un blogueur américain a désigné comme le mieux habillé de l’instant, le roi Felipe VI accompagné ici de la reine Letizia. Un costume que le blogueur a qualifié d’apothéose de l’understatement. Boutonnage placé un peu bas, revers généreux (bien qu’un peu haut), veste longue et pas étriquée, joli rabat de poche arrondi qui plaque bien, c’est royal. Vraiment

Il portait déjà la veille ce même costume pour les ultimes hommages, mais ses souliers étaient des mocassins à pompons. Une petite pochette eut été merveilleuse, mais enfin, rien n’est jamais parfait. Toutefois, ça, c’est un exemple d’allure !

Nous sommes arrivés au bout de ce petit panorama général de quelques « grands » de ce monde rassemblés autour de la dépouille du pape François. Un panorama élégant, sobre et intéressant dans sa sobre variété.

Belle semaine, Julien Scavini

PS : il est une chose vraiment laide et qui me choque, c’est ça : un affreux pickup américain… Mais où diable sont parties les notions d’élégance et d’amour propre? Quand on met des gardes-suisse habillés en pourpoint moyenâgeux et qu’on se montre tatillon sur le métrage de dentelle dans les soutanes, on trouve quatre chevaux noirs et on ressort un vrai corbillard garni de velours. Un corbillard à moteur, ça devrait être in-ter-dit !

Le Concert du Nouvel-An à Vienne

Aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai toujours vu le Concert du Nouvel-An le 1er janvier. Dans mon enfance, c’était chez ma grand-mère, maintenant c’est chez moi. Un plaisir renouvelé pour bien démarrer l’année, en cuisinant puis en prenant l’apéritif. Les horaires sont bien calés ! Il y a quelques temps, je me trouvais chez des connaissances pour cette occasion, et eux ne connaissaient pas vraiment cet évènement musical. Cela ne les enjouait pas et l’on me força à passer à table sans pouvoir le voir. Autant dire que je n’y remettrai pas les pieds.

Intéressons-nous à la question vestimentaire du Neujahrskonzert der Wiener Philharmoniker. Tout le monde a l’habitude de voir les orchestres vêtus de noir. Noir de la queue-de-pie, ancestrale et très statutaire. Noir du smoking, classique et intemporel. Noir aussi de la simple chemise ou du t-shirt, les mœurs et les orchestres évoluant. Le noir est lié à l’horaire, le soir. Toutes les représentations ne sont pas le soir, mais le noir est devenu synonyme d’habit de la scène musicale, en journée ou en soirée.

A Vienne, le Wiener Philharmoniker est très à cheval sur le respect des traditions. Autant dire que cela me va très bien. L’orchestre va plus loin et plus méticuleusement dans le respect de l’étiquette vestimentaire que bien d’autres. Le soir, l’orchestre joue donc en queue-de-pie, autrement dit « white-tie ». Mais le jour, il est très fin, et adopte le « morning-coat », autrement dit la jaquette, anthracite tendance noire. Le pantalon est de coutil, rayé gris et noir et le gilet gris clair, soit droit soit croisé. Sur de nombreuses photos, l’orchestre troque toutefois la jaquette longue et courbe pour une veste classique de costume, de la même teinte anthracite foncé. Ce faisant, il porte l’alternative plus simple appelé le « stroller » ou « lounge suit », visible sur la photo ci-dessous (avec cravate club ou cravate argent, pas du meilleur goût, mais c’est ainsi).

Cette alternance de tenue est tout à fait délicieuse à observer pour l’amateur de beaux vêtements. Il y a là des gens qui savent porter et savent quoi porter, une peu de finesse en somme, dans un monde bien simplifié. Un sens de la circonstance.

Chaque année pour le concert du Nouvel-An, l’orchestre invite un chef. Le chef lui, est libre de s’habiller comme bon lui semble. Et justement, comment s’habille-t-il ? Cette année, c’était le grand chef allemand, très conservateur, peut-être héritier spirituel de Karajan (mais qui n’arrive pas à prendre le Berliner Philharmoniker), qui était invité pour la seconde fois à diriger. Christian Thielemann était à la baguette. Et Christian Thielemann sait ce qu’est une jaquette. Elle est même superbe la sienne. L’homme porte bien. Voyez plutôt :

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Il avait déjà dirigé l’orchestre pour cet évènement, en 2019. Il portait la même tenue, efficace, parfaitement en accord avec les musiciens. Heureuse fantaisie, cette immense pochette un peu tapageuse. Elle serait plus discrète, et il porterait un bouton de rose ou bel œillet à la boutonnière, ça aurait fait plus d’effet peut-être. Il faudrait lui souffler l’idée.

Remontons dans le temps. Franz Welser-Möst a dirigé en 2023. Lui aussi s’est montré respectueux de l’étiquette du Musikverein. La silhouette longiligne et la coupe de cheveux de kapellmeister finissent de créer une allure indéniablement racée. La cravate bleue toutefois questionne. Est-ce joli d’amener du bleu dans ce monochrome ?

2022. Daniel Barenboim conduit. Il adopte le stroller lui. Mais la veste est coupée de manière avant-gardiste. Un croisé sans revers et à tout petit boutonnage. Quelle curieuse invention. Je ne suis pas sûr de trouver ça joli. Cela dit du point de vue de l’élégance générale, il est en harmonie avec l’orchestre, c’est bien. Et cette veste inédite prouve qu’il va chez un tailleur qui travaille à la main et réalise les moindre désirs. Intéressant donc.

2021. Année avec salle vide cause Covid. Riccardo Muti dirige sans la chaleur de la salle derrière. Horreur. Lui décide de porter le costume croisé et une cravate un peu business. Dommage. On attendrait plus de savoir-faire de la part d’un italien.

2020. Le très réservé letton Andris Nelsons ouvre l’année. On disait qu’il allait dynamiter l’orchestre. Sa prestation fut saluée. Sa veste maoïste me questionna tout le temps du concert. Pourquoi donc avait-il décidé de mettre du cuir sur la face intérieure de la manche..? Cette question m’obséda. Je compris à un moment donné que c’était en fait une veste en velours. Et que par un curieux effet de coupe du poil (sens et contre-sens), celui-ci brillait très singulièrement, comme du cuir. Vraiment pas une idée formidable. Ou un velours médiocre. Sur la pochette du CD, par une habile retouche de Photoshop, ils ont corrigé le tir.

2017. Gustavo Dudamel né en 1981 est connu pour être un chien fou. Mais. Sa jaquette est du meilleur goût. Il adopte même la cravate officielle, argent tissé du logo. On peut être délirant et bien habillé, n’est-ce pas Hubert Bonisseur de La Bath ? J’adore.

2016. Mariss Jansons opte lui pour le smoking. Soit. Mais alors, ce choix d’une cravate argent foncé, quelle affreuseté. Qui lui a conseillé cela? Beurk.

2015. L’indien Zubin Mehta fait le choix d’un stroller simplifié, sans gilet. Mais c’est de bon ton. Avec une œillet rouge plus volumineux, le panache aurait été à son comble. Il a dirigé plusieurs fois le Concert du Nouvel-An, il a toujours porté la même tenue. Une constance honorable.

2014. Daniel Barenboim encore. Il était déjà allé demander quelque chose de nouveau à son tailleur. Une jaquette à col mao. Tiens donc. Pas de cravate, chemise à simple pied-de-col. On peut regretter l’absence de cravate. Mais moi j’aime bien cet effort et ce parti-pris. Il a décidé qu’il voulait être dans le thème jaquette donc il s’y colle, avec la forme de la veste et le pantalon en coutil. En même temps, il cherche la décontraction et une ligne nouvelle, il trouve une réponse intéressante. Il est toujours possible d’inventer des nouveautés. Qui peuvent être moches et ratées. Ou comme là, intéressantes.

2012. Mariss Jansons portait cette année là un costume à veste trois boutons, gansée. La cravate entre gris et beige, façon tricot n’est pas la réponse ultime je dirais humblement. Visiblement, lui, il ne veut pas de jaquette.

2010. Un français dirige. Georges Prêtre. Pas en jaquette. Est-ce étonnant ? Toutefois, son costume est une somptuosité. Une coupe confortable irréprochable, un revers placé pas trop haut, un boutonnage plutôt bas, une cravate sobre et qualitative dont la nuance rappelle sa chevelure… Oui, c’est très beau.

2009. Daniel Barenboim avec sa fameuse jaquette à col mao et pas de cravate.

2006. Mariss Jansons n’est pas un conventionnel. Redingote à quatre boutons, gansée. Redingote donc… Et bien pourquoi pas.

2005. L’américain Lorin Maazel. Dignité de la simple jaquette, avec gilet croisé à huit boutons et sans revers. Bien.

2004. Nikolaus Harnoncourt, comte de La Fontaine et d’Harnoncourt-Unverzagt. En voyant son nom dans la liste, lui le maître de Bach, l’ascète protestant, je me demandais bien ce que j’allais trouver. Je fus étonné. Stroller sans gilet et large nœud façon lavallière. Quel amusement. C’est très intéressant.

2002. Le japonnais Seiji Ozawa. L’homme est très moderne question vêtement. Au moins portait-il une veste pour ce Concert. Il est coutumier de la veste chemise déconstruite. Je ne connais pas son interprétation. Déconstruit-il les œuvres?

L’an 2000. Riccardo Muti est habitué des dates importantes. Pour le passage dans le 3ème millénaire, il portait un costume trois pièces, dont la veste 3 boutons était gansée. La veste ne doit pas avoir de fente dos tant elle emboite le bassin. Elle développe une poitrine généreuse en revanche et les têtes de manches sont l’œuvre d’un tailleur manuel. Il a du adopter la cravate grise de l’orchestre, je doute qu’elle soit beige comme le laisse penser la jaquette du cd.

J’ai eu plus de mal à trouver les archives ensuite de manière fine. Internet a la mémoire courte.

1992. L’allemand Carlos Kleiber choisit le stroller. L’orchestre de Vienne portait à l’époque des cravates club plus élégantes que les actuelles.

1991. Ahhhh. Claudio Abbado, l’homme qui exhuma Mahler des limbes. Exemple très très intéressant. Jaquette avec chemise à haut col cassé et cravate. Façon 1920. Un grand oui !

Roulement de tambour maintenant. Celui que tout le monde attend.

1987. Herbert von Karajan. Il portait une veste (courte, non une jaquette) à cinq ou six boutons, à col cheminée fuyant. Et un nœud papillon façon 1880, placé sous le col de chemise et serti d’un petit anneau métallique. Choix audacieux. L’orchestre jouait en costume avec cravate à carreaux.

En 1986, la veille, année de ma naissance, j’ai l’impression qu’il y eu un Concert du Nouvel-An du soir. L’orchestre jouait en queue-de-pie. Karajan lui portait la même veste. Mais il avait opté pour le col roulé écru (blanc?).

Et pour finir. 1965. L’autrichien Willi Boskovsky porte la jaquette, avec une lavallière perlée. Et surtout, enfin, un magnifique œillet qui est ce qu’il faut avoir un matin en pareille circonstance. Enfin, on l’a trouvé cet œillet. Quand même.

Et pour être désagréable, je suis remonté aux origines. En 1939/1940. A l’époque, le concert avait lieu le soir du 31. Clemens Krauss dirigeait donc un orchestre en queue-de-pie.

Cela faisait un certain temps que je n’avais pas trouvé le temps et la respiration nécessaire pour écrire. Voilà chose faite avec un bel et long article sur un sujet si futile. Mais en ces temps délicats, si utile peut-être ? Une célébration du beau et de l’effort. Un monde de jaquettes et de variantes, quelle diversité dans l’unité. C’est tout à fait captivant. J’aime cela, lorsque dans un univers codifié donné, on trouve son propre chemin et son esthétique personnelle.

Die Wiener Philarmoniker und ich wünschen Ihnen Prosit Neujahr!

En effet, je vous souhaite une excellente année 2024. Julien Scavini

PS : j’ai eu le plaisir de compilater 200 chroniques publiées par le passé dans un joli ouvrage pour les fêtes de fin d’année. Le seul éditeur qui m’a ouvert ses portes est Alterpublishing, qui fait de l’impression à la demande basée sur les moyens techniques d’Amazon. C’est la raison pour laquelle vous ne pourrez trouver ce livre que chez Amazon. Bonne nouvelle pour la planète, pas de gâchis de papier, il est imprimé à la demande, dès l’achat. Vous pouvez l’obtenir en couverture carton (plus chère mais plus belle) ou en couverture souple. Le voici à cette adresse. J’espère sincèrement que ce (gros) recueil vous plaira.

Jaquette de rigueur

La décision de la Reine fut nette. Les hommes ne porteraient pas l’uniforme militaire à l’enterrement du Prince Philip. Pour ne pas gêner les Princes Harry de Sussex et Andrew d’York, maintenant que tous les deux n’ont plus de fonction militaire effective. Le premier parce qu’il a préféré gagner sa vie en Amérique, le second parce qu’il trempe dans de sordides affaires. Soit.

Préalablement à l’évènement, les articles que j’avais lu en français relataient à l’unisson que le « simple costume » serait de rigueur. « Simple costume »…? Je m’interrogeais. Évidemment, ce n’était que la face émergée de l’inculture journalistique. Dans le texte original est fait mention des « Day Dress or Morning Coat ». Il aurait été trop difficile d’ouvrir un dictionnaire pour découvrir qu’en français on dit … « jaquette » . Et cela m’a paru plus logique. Et formidablement intéressant. Je ne suis pas un immense connaisseur d’uniformes militaires. Je trouve ça joli, coloré, bien gansé. Je ne m’y connais pas en avion de combat et je préfère les avions civils. Là le schéma est le même.

Quelle belle idée d’une jaquette, noire logiquement. Dès les premières images que j’ai pu voir samedi, je fus convaincu. Quelle dignité, quelle harmonie. Non vraiment, quelle charmante et heureuse idée. Tout le monde a la même enseigne. Simplicité et ordonnance. Voyez plutôt. C’est sobre et sans chichi. J’avais lu il y a très longtemps que les placards (ces petites médailles en réduction) peuvent se porter sur la queue-de-pie mais pas sur la jaquette. Or force est de constater qu’apparemment, l’usage existe chez les Windsor.

Amusons nous à regarder les jaquettes des uns et des autres, presque des « mourning suit ».

Le Prince Charles

Sa jaquette est connue. Il la portait déjà du temps de Diana et pour son mariage avec Camilla en 2005. Déjà ! Elle est gansée, à l’ancienne. J’ai remarqué que le mari de la Princesse Eugénie, Jack Brooksbank a aussi fait ganser sa jaquette. Le gilet de Charles, croisé très bas, une forme sublime, est aussi gansé.

Une petite remarque concernant la jaquette est le pli de manche. Comme le pantalon possède un pli marqué au fer, les manches de Charles sont marqué au fer. C’est un détail précieux, à l’ancienne, très élégant.

Le gilet de Charles présente aussi un « slip ». Ce sont de minces bandes de coton amidonné disposées autour de l’ouverture, donnant l’impression d’un second gilet blanc sous le gilet noir. Un truc des années 1900/1930, très chic et très très très rare, imitant la pratique des doubles gilets des années 1850/1860.

La chemise a un col cut-away très bien dessiné.

Enfin le pantalon de coutil ne présente pas un forte alternance de raies. Il est plutôt clair et presque rayé de blanc, un peu moderne.

Le Prince Andrew

Le prince Andrew vieillit mieux que les deux autres. C’est un fait. Je remarque immédiatement la petite épingle à cravate, ou probablement un pin’s qui fixe la cravate en position. Mais je remarque aussi immédiatement que cette cravate est un peu étroite. Vu la corpulence du bonhomme, renforcée par la posture très solennelle, un modèle plus large aurait été idéal.

La jaquette est belle. Une belle mesure, aux épaules fluides et aux revers profonds. Le gilet croisé en revanche, qui sur de nombreuses photos parait un peu serré, n’a pas une ligne très élégante. Un peu longiligne façon prêt-à-porter.

Le pantalon plus sombre que Charles présente une belle harmonie de lignes foncés. La chaine de montre suspendue est charmante. La chemise présente un col ouvert bien net.

L’ensemble dégage une allure de mâle alpha, peu de préciosité, mais de la force.

Le prince Edward

Si le frère précédent est un fêtard à l’excès, le dernier est en revanche un bonnet de nuit. Logiquement, la tenue s’en ressent un peu.

La jaquette est plus pataude, avec moins de grandeur. La taille boutonnée est placée un peu haut à mon avis. Mais le pantalon monte très haut et le gilet est bien court. Un peu trop à mon avis aussi. Descendre un peu ces lignes eut été mieux. Mais les goûts ne se discutent pas…

Premier gilet droit en revanche. J’aime assez, peut-être plus que le croisé à titre personnel. On peut noter le retour du « slip » autour du gilet et de l’épingle tenant la cravate.

Vu le classicisme de l’ensemble, un pantalon de coutil un peu plus sombre et surtout opposant mieux le noir et le gris aurait été parfait.

Le col de chemise plus refermé que les précédents correspond à l’ensemble, sans tapage et sans excès. C’est le but de la jaquette me direz-vous !

Le prince William, Peter Phillips et le Prince Harry

A vrai dire, la plus sympathique tenue est celle de Peter Philips, le fils de la Princesse Anne. Le pantalon présente une rayure caractéristique, enfin ! Le gilet droit est très convenable et la jaquette assez belle, à l’endroit des épaules et aux têtes de manches. Le revers n’est pas très large, mais enfin. Le tissu m’a l’air de bonne facture. La cravate avec un léger relief apporte un petit supplément de d’âme heureux. C’est une très belle tenue, sobre et élégante. Ce que doit être une bonne jaquette. C’est ma préférée de tout ce panel à vrai dire !

J’ai souvent remarqué que William n’était vraiment pas un amateur de beaux vêtements. Espérons qu’il s’améliore avec l’âge. Au quotidien, il se contente de prêt-à-porter de très moyenne qualité. Je ne parle même pas des chaussures ! Parait-il que Kate fait ces achats. Pour sa jaquette, c’est pas l’extase, je vais être dur en disant qu’elle fait un peu T.M. Lewin. Le pantalon ne me semble même pas rayé. Et le tissu est un peu trop clinquant pour une jaquette. Il satine trop. Andrew a aussi un tissu moderne et luxueux. Mais voyez comme le tombé n’est pas le même ! Et vu l’épaule, c’est à mon avis un prêt-à-porter et non un sur-mesure. Une piètre modernité à mon goût.

Harry ne fait pas tellement mieux à vrai dire avec ses manches un peu longues. Au moins a-t-il un pantalon bien rayé. Même si la rayure blanche fine n’est pas tout à fait conventionnelle. Enfin le problème des cols de chemise à pointes rondes est mis en évidence par ailleurs ici, il n’applique pas bien et décolle.

Voilà pour ce petit tour amusant au sujet de la jaquette. Une tenue officielle, de mariage mais aussi hélas d’enterrement. A chacun de se faire son avis !

Belle et bonne semaine, Julien Scavini

La queue de pie, passé et présent

Avec les fêtes qui approchent, je voulais vous parler du smoking. Mais pour faire ça bien, j’ai décidé d’évoquer d’abord la queue de pie, son ancêtre. Ce faisant, j’ai tellement écrit que l’article est devenu autonome. Découvrons là ce jour avant de voir les différentes formes de smoking dans un prochain article.

Le forme de la queue de pie est un lien direct avec les vêtements de l’ancien régime, longs eux aussi. Les habits de dessus dès Louis XIV ont adopté une coupe évasée sur le devant et fuyante sur l’arrière pour une question de commodité à cheval. Dès cette époque, le triptyque justaucorps long, gilet moyen et culotte s’est mis en place. Le justaucorps a lui même évolué doucement. D’abord très évasé et ample, il devient sous Louis XVI plus fin, plus léger, presque ressemblant à une jaquette (en rouge dessous). Ce vêtement long et dégagé devant va continuer d’évoluer, notamment en Angleterre où la forme croisée va apparaitre, notamment avec le fameux Beau Brummell (en vert dessous). L’empire français reviendra sur la forme Louis XVI mais pas seulement.

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Pour suivre admirablement le cheminement cet habit long, il est intéressant de regarder tous les présidents américains depuis les origines (1789). Car d’un héritage franco-anglais très aristocratique, il va être le reflet, 4 ans par 4 ans de l’évolution stylistique. Il est d’autant plus représentatif que : 1- le rythme des successions ne fut pas troublé, que 2- ce sont des civils qui sont représentés, et non des militaires ou des princes en habits aristocratiques. Captivante épopée. Je ferai ce relevé un petit peu après Noël, cela s’annonce passionnant !

Enfin bref, revenons à la queue de pie. Celle-ci est reconnaissable à sa coupe en deux temps : corsage ajusté et basques décalées sur le côté et fuyantes. Cette coupe fut utilisée pour les vêtements de jour comme du soir de 1790 à 1850 environ, et souvent fermée devant voire croisée (comme dans le dessin vert). Passé 1850, la forme va se refermer pour le jour et donner 1- la redingote et 2- la jaquette, voir dessins ci-dessous. Les anglais appellent la redingote frock coat, à ne pas confondre avec le frac, qui en français désigne la queue de pie !

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Pour le soir et à partir de 1850 donc, la queue de pie va acquérir ses lettres de noblesse. Puisqu’elle devient exclusive du soir, elle devient noire. Sans exception. Certes dans les années 50 fut elle réalisée en bleu nuit, mais je trouve cela maladroit. Encore pour le smoking, cette fantaisie passe, autant pour une queue de pie, elle est incongrue.

Mais non contente d’être noire et unie, la queue de pie hérite de la fantaisie du XIXème siècle qui consistait à mettre des textures plus brillantes sur les revers. Ainsi une soie de revers fut plaquée, d’abord sous la forme de trottoir (voir dessin de la redingote) puis recouvrant le revers entier. Cette soie était tissée en faille (similaire à du satin mais un ton moins brillant) ou en gros grain (présentant des cotes en relief horizontales). Les boutons étaient le plus souvent brodés.

La queue de pie est appelée par les services protocolaires ‘cravate blanche’ ou ‘habit’. Les anglais disent ‘tail coat’, ‘white tie’ ou ‘full formal’. Le terme lui même est une ellipse de langage, car la queue de pie désigne la panoplie entière : la veste longue, le gilet très court et le pantalon. Détaillons les :

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La queue de pie en elle même est une veste qui ne se ferme pas. Exactement sur le même schéma que les justaucorps ancien régime. Ainsi, il n’y a pas de bouton pour la fermer. Les six boutons présents sur le devant sont décoratifs. Plus ils sont disposés en V, plus la queue de pie paraitra allurée.

Les revers sont en pointe, toujours, et recouverts de soie. Pour la mienne, ne trouvant pas de gros grain de soie, je me suis rebattu sur un gros grain de tapissier, 100% coton. L’effet est le même !

Il n’y a qu’une seule poche, celle de poitrine pour mettre un mouchoir blanc par exemple.

Les basques doivent arriver juste derrière le genoux. La queue de pie peut être un petit peu plus courte que la jaquette, car elle est fait pour s’assoir et danser et se doit d’être assez légère. Le dos de la basque présente deux plis, un vestige des habits Louis XVI et Louis XV très repliés au dos. La doublure dos en bas dissimule le long de la fente une ou deux poches. Les chefs d’orchestres y dissimulent le baguette !

Le corsage, c’est à dire le haut de la jaquette s’arrête très tôt, environ au nombril. Donc le pantalon doit monter jusque là. Le gilet ne doit sous aucun prétexte dépasser ! C’est un crime punissable ! Donc de nouveau, le pantalon doit monter très haut ! Les bretelles sont impératives. Hélas, ce n’est pas un vêtement pour les gros. Certes sous la IIIème république, les tailleurs étaient capables de prouesses ; c’est plus difficile de nos jours. Regardez d’ailleurs comment certains académiciens portent leur habit…

Le pantalon n’a pas de particularité. Il peut avoir des pinces comme en 1930 ou aucunes comme en 1910. Il est par contre assez étroit en bas. Sur le côté, il doit y avoir un galon assez large (d’origine militaire) ou deux galons de smoking parallèles avec un espace entre.

Le gilet est dont très courts. Quand j’ai coupé le mien, cela m’a même choqué. Quelque chose comme 45cm de haut. C’est plus joli ainsi. Classiquement le gilet est droit, avec trois petits boutons de nacre. Il peut aussi être croisé. Il peut se finir horizontalement, ou avoir des pointes, ou avoir des pointes rondes. Le gilet a toujours des revers, d’une forme caractéristique et il peut être dépourvu de dos pour avoir moins chaud (il ressemble alors à une paire de bretelles avec des pans devant).

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Le gilet est par ailleurs toujours en tissu nid d’abeille blanc ou blanc cassé, appelé coton Marcella. Cette matière est utilisée pour le nœud papillon aussi. Gros point d’intérêt ici, l’habit du soir ne se porte avec rien d’autre qu’un nœud papillon blanc. La chemise aussi est blanche, mais lisse. Cela contraste. Ce papillon blanc, illustre descendant des lavallières blanches en dentelle donne par ellipse là encore le nom officiel : ‘cravate blanche’. Par opposition à la ‘cravate noire’ qui désigne le smoking.

Les souliers peuvent être des richelieus vernis ou des opéra pump, plus formels et plus old school aussi.

Les studs, appelés en français goujons et qui servent à fermer la chemise à la place des boutons sont en argent et nacre. L’argent est le métal qui correspond à la queue de pie alors que l’or est le métal du smoking !

Alors c’est bien joli me direz-vous, mais qui utilise encore la queue de pie. C’est vrai. Il existe toutefois deux déclinaisons de l’habit : le spencer et la veste de kilt. Ces deux vestons sont plutôt issus du domaine militaire ou guerrier, comme l’atteste les boutons en métal ou les épaulettes.

Le spencer était très en vogue dans les années 30. Il était assez mal vu chez les civils. Les élégants le trouvaient grotesque. Par contre les militaires le consacrèrent comme le vêtement d’apparat des officiers. C’est encore le cas, surtout au Royaume Uni. Les serveurs et groom des grands hôtels ont très vite utilisé ce vêtement pratique car court. Tellement court d’ailleurs qu’il rend son usage contemporain curieux, notre œil n’étant plus habitué aux pantalons très hauts.

Le spencer peut se fermer devant avec une chainette. Il existe aussi en blanc pour l’été. C’est un vêtement amusant.

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Enfin, les écossais qui ont en commun avec les anglais un honorable formalisme ont adopté une coupe revue de la queue de pie pour l’associer au kilt. Si le haut est strictement identique, la basque au dos est très courte, comme une queue de castor. Deux poches en forme de couronne y sont disposées, à la manière des poches carniers sur les vestes de chasse. Les boutons sont carrés.

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Il est amusant de constater comment ces vêtements ont évolué. Quel filiation depuis les débuts avant la révolution ! Et encore, ce n’est pas fini. La semaine prochaine, nous verrons comment le smoking est né. Quelle aventure !

Tenue de marié / et de tous les jours

Un lecteur m’écrivait récemment pour avoir des précisions sur les tenues de marié réutilisable par la suite. Car évidemment, la jaquette n’est pas le vêtement le plus versatile. La mienne dort sagement dans la penderie depuis des mois et pour encore de longs mois. La jaquette c’est beau, mais en effet, c’est assez peu pratique au bureau ou dans le bus.

Comment faire alors ? J’ai quelque fois eu à traiter cette question avec des clients. Voici quelques pistes. En général, la solution se présente parmi d’autres solutions, pas de bonne ni de mauvaise. Et du coup, une bonne décision :

1- ne doit jamais être prise avant une analyse rationnelle et approfondie de la question (ICI 🙂 )

2- suppose un choix entre des solutions différentes.

Premièrement la couleur. Suivant votre goût, le bleu marine et le gris sont de bonnes réponses. Le bleu marine a l’avantage d’être toujours plus lumineux que le gris, à tonalité identique. Dans les gris, ils sont tous bons. Seulement, l’anthracite sera peut-être plus formel. Un gris moyen pourrait être indiqué pour l’été. Attention toutefois au gris trop clair car vous seriez pâle sur la photo de mariage en noir et blanc. Il faut quelque chose qui tranche visuellement du blanc de la mariée.

Deuxièmement, costume 2 pièces ou 3 pièces ? Encore une fois, question de goût. Notons seulement que si la veste est assez belle, avec un revers particulier par exemple et que le mariage se tient l’été, le gilet peut être abandonné. Si la veste est plus sobre, alors un gilet ira très bien.

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Continuons sur ce sujet. La veste doit-elle avoir un, deux ou trois boutons ? La encore, il n’existe pas de solution claire et votre avis seul comptera. J’émettrai juste qu’une veste deux – voire un bouton à l’instar de la jaquette – dégagera plus de place pour le gilet et/ou la cravate.

Le gilet donc. Vous pouvez le choisir du même tissu que le costume. Le résultat est un vrai trois pièces. Vous pourrez réutiliser le gilet l’hiver au travail ou dans le cadre de soirée ‘habillée’ par exemple. L’autre solution est le gilet dépareillé. Croisé ou droit, là encore, question de choix, il peut être réalisé dans un tissu différent ou seulement plus clair. Par exemple pour un client, j’ai réalisé en complément d’un costume gris moyen un gilet dans un fine laine bleu ciel rayée blanc. L’effet était très réussi. Vous pourriez également opter pour un gilet de lin lilas ou plus osé, un gilet en soie avec des motifs stylisés. Ce gilet dépareillé sera la pièce phare du costume. Certes vous ne pourrez pas le remettre facilement, mais il restera comme l’empreinte de votre tenue, un petit reliquat au fond pas très couteux.

Si l’on étudie d’autres petits détails, il y a la question du revers de la veste. Le cran sport est évidemment le plus répandu et tout va avec. Mais un beau col à pointes peut aussi donner du cacher à une tenue, surtout si vous ne portez pas de gilet. Comme sur l’illustration, un costume bleu marine à col pointe avec une belle chemise bleu très pâle et une fleur à la boutonnière (fleur que les témoins et pères peuvent aussi arborer, pour unifier la cérémonie) peut être très sobre. Les poches peuvent être horizontales ou légèrement penchés, qu’importe la encore.

Enfin, le pantalon de ce costume n’arborera pas de revers et les souliers seront noirs, surtout ! J’espère que cela vous aidera.

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Bonne semaine, Julien Scavini

Le mariage (MàJ 1)

Ce soir, je vous retranscris un article d’un vieux numéro d’Adam des années 60. La partie I ce soir, l’habit. Par Jean Laury.

« Non! Non! Il ne s’agit pas ici de guider le choix de votre coeur : fut-il désastreux, c’est votre affaire. Mais de vous conseiller vestimentairement, ce qui nous regarde. ‘Adam’ maintient avec ses lecteurs – et avec plaisir – un contact épistolaire permanent. Il reçoit presque chaque jour des lettres anxieuses concernant la tenue dans laquelle on doit se présenter devant le maire et le curé. Ces lettres témoignent parfois d’un tel embarras qu’elles laissent à penser que l’amour et les usages sont incompatibles pour les uns – que les autres ayant organisé leurs finances pour prendre femme en sont, de ce fait, réduits à ne plus pouvoir s’acheter une paire de souliers, ni de gants !

Dès 1950, nous avons édité un petit livre – précisément intitulé Mariages et toujours en vente 4, rue de la Paix – où nous nous sommes efforcés de résoudre a plupart des problèmes ‘des fiançailles au voyage de noces’. Aujourd’hui, nous allons d’abord passer le marié en revue, de la tête aux pieds, avant de le laisser monter en voiture pour s’aller mettre l’anneau au doigt … et la corde au cou !

L’habit

A la belle époque, et même après, tout grand mariage comportait un long cortège d’habits : époux, parents, témoins et proches. Aujourd’hui, il n’y a presque plus de cortège, mais encore des gens qui se marient en habit : c’est exactement la tenue de soirée de gala, adoptée quelquefois par les deux pères et témoins. Ou alors il faut renoncer à la formule.

  • L’habit s’accompagne du chapeau haut-de-forme, mais dût-il claquer des dents, par -10°c, le marié sort de l’église sans endosser son manteau.
  • La boutonnière d’habit du marié s’orne obligatoirement d’une fleur blanche. Précisons :  le gardénia. Mais cette fleur étant – presque – introuvable entre janvier et septembre, on la remplacera alors par un œillet blanc. Les parents, les témoins arborent un œillet blanc pas trop volumineux type ‘œillet de Paris’.
  • Les décorations sont absolument incompatibles avec une fleur. Choisissez. Elles sont exactement les mêmes sur l’habit que celles portées à la ville : rubans et rosettes. A moins qu’il ne s’agisse d’un mariage officiel, où figurent des personnes de marques : on fixe alors au revers, la barrette des réductions.
  • La chemise du marié, dont il n’aura pas le temps de changer, entre la cérémonie et la réception, doit, avec confort, résister à la cassure, hâtée par les agenouillements de la messe. On fait, pour éviter ce petit drame, des chemises d’habit demi-souples, qui demeurent impeccables jusqu’à ‘l’ouf, enfin seuls‘…
  • Les souliers du marié en habit sont tout simplement les classiques vernis à lacets. Ses gants sont blancs : agneau glacé ou peau chamoisée.

Par ailleurs, aucune fantaisie n’est admise dans la coupe du vêtement d’apparat. Pour cette cérémonie, il reste conforme à sa ligne classique : revers pointus recouverts de soie. Les parents et les témoins pourront être soit en habit, soit en jaquette, à la condition de s’entendre préalablement pour donner une unité au cortège.

  • Le pantalon est assez étroit et tombe droit sur la chaussure, en veau verni.
  • La chemise est à plastron empesé nid d’abeille ou unie, à col cassé et manchettes empesées, cravate papillon blanche en fine batiste ou nid d’abeille, de forme classique ou à bouts pointus.
  • Le gilet est blanc en piqué de coton nid d’abeille.
  • Chapeau haut de forme brillant (alors qu’il est mat pour accompagner l’habit le soir).
  • Les gants sont blancs, en chevreau glacé ou suède.
  • Pochette blanche en fil de main.
  • Chaussettes en soie noire.

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La jaquette

C’est actuellement (toujours dans les années 60 ; article extrait d’Adam, note de Stiff Collar : *) la formule préférée, bien qu’elle pose, pour certains, un problème pécuniaire.

  •  Sur la jaquette, le Président de la République fut-il présent, on ne porte ses décorations qu’en rubans et rosettes. Si l’on n’a pas – ou que l’on ne porte pas – de décorations, le gardénia est remplacé par l’œillet blanc pour le marié, rouge pour les autres, à l’exclusion de toute autre fleur.
  • La chemise chemise, à col cassé (* non représenté dans le dessin, où j’ai préféré le col turn-down) à poignets empesés (* plutôt single cuff je pense), peut être à plastron souple, si la cravate est également plastron : ce qui cache cette mollesse. C’est la formule que nous conseillons, pour son élégance et sa commodité. La cravate plastron (* ce que l’on appelle à tord maintenant la lavallière (la lavallière étant autre chose))  est obligatoirement grise. Le choix du tissu, limité, se porte sur de fins motifs ton sur ton ou noirs, des diagonales, des chevrons. La régate (* la cravate moderne, celle de tous les jours), toujours grise, unie, bien sûr, s’étale sur le plastron de chemise dur.
  • Le marié en jaquette se coiffe d’un tube. Ses gants sont de peau chamoisée grise. Ses chaussures basses, noires, cirées, comportent un empeigne rigoureusement unie. A la campagne (grands mariages hors-Paris) on note une certaine faveur pour la jaquette claire et – gaieté – le haut de forme gris.

Aucune erreur n’est tolérée dans cet ensemble. Il obéit à la loi stricte de la tradition, résumée ci-dessous :

  • La jaquette est gris marengo, légèrement pincée à la taille, les basques s’arrêtant au-dessus de la pliure du genoux. Les revers sont à cran pointus.
  • Le pantalon peut être uni ou à petits chevrons ou à rayures sur fond gris. Il tombe droit sur la chaussure sans cassure et sans être relevé, bien entendu.
  • Le gilet est croisé de préférence, est en toile bis ou en lainage gris clair ou beige.
  • La chemise est blanche et comporte, pour le marié, un col cassé et manchettes empesées (* pour le col, c’est à voir).
  • Tous les membres du cortège doivent avoir un chapeau haut de forme brillant.
  • Pochette en fil de main.
  • Gants gris clair en agneau velours ou en chevreau
  • Chaussettes en soie noire.
  • Chaussures noires cirées, unies.

* PS: j’ai dessiné la lavallière portée avec un col de chemise classique. Hérésie ou pas ? Je m’interroge encore. De toute manière, le col cassé n’est beau que lorsqu’il est véritable, c’est à dire faux et rattaché. Donc introuvable.

La tenue militaire

J’ai ouï dire qu’un officier de dragons, avant 1914, avait eu maille à partir avec les Suisses de la Madeleine : il entendait gardait sur la tête son casque à crinière pour monter à l’autel ! (* tiens, qui sait quand et pourquoi les gardes Suisses de la Madeleine ont disparu ?) Aujourd’hui, les gens d’armes revêtent ce que l’on pourrait appeler la petite tenue. Mais parcequ’ils portent le sabre, ils entrent et se tiennent durant la cérémonie, du côté de l’Évangile, contrairement aux civils auxquels est dévolu le côté de l’Épitre. Ceci vaut pour la famille et les amis. Et c’est le bras droit que l’époux, pour sortir, offre à son épouse.

* intéressant détail n’est-il pas? Bonnes vacances pour les chanceux qui y sont déjà. A la semaine prochaine pour le dernier épisode.

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Dernier épisode aujourd’hui, toujours la retranscription d’un article d’Adam des années 60, par Jean Laury. Note de Stiff Collar, avec une * .

Le costume de ville

Si l’on choisit cette formule, la plus simple, du moins faut-il la soigner d’autant mieux : complet foncé, bleu marine de préférence, chemise blanche, régate grise (* cravate grise, mais un peu de couleur est accepté maintenant), gants chamoisés de même ton – jamais de beige – chaussures cirées, nues au possible et à lacets, chapeau mou et fendu : chapeau rond interdit. Bref le comble de la sobriété : presque l’effacement !

Enfin, quelle que soit la tenue, la pochette à laquelle le marié a droit, doit dépasser à peine – et non plus en pointe, mais horizontalement. Et en habit, en jaquette, en tenue militaire, en veston, il portera invariablement des chaussettes en soie noire.

Erreurs et vérités

Quant à vous marier en smoking, c’est l’hérésie même du point de vue vestimentaire. En ce qui nous concerne, nous ne serions pas plus choqués par un marié en tenue de chasse, de golf, de ski, que par un marié en smoking ! A moins qu’il ne s’agisse d’un enlèvement au sortir d’un petit dîner en ville. (* du même genre, je rajoute les souliers marrons … se marier en souliers marrons… et puis quoi encore…)

Baiser la main. Doit-on le faire, à la sacristie, pour la mariée ? Bien sûr : ce geste, avec l’appelation de Madame, fait partie de ses nouvelles prérogatives. A tant faire que de salir les gants qu’elle porte, mieux vaut s’y livrer en s’inclinant sur sa main qu’en la lui serrant.

Les chapeaux. On nous pose parfois cette question : soit chez elle, soit dans un local loué, la mère de la mariée doit-elle garder son chapeau ? Sûrement. D’abord parce que le temps lui manque pour remettre sa coiffure en ordre. Ensuite, parce que cela se fait. Si elle porte un immense chapeau qui se cogne à la foule, elle peut tourner la difficulté comme le fit récemment une femme très élégante. En rentrant de la messe, elle avait hâtivement troqué de larges bords contre une étroite coiffure de fleurs, très habillée, qui s’harmonisait avec sa robe et lui permettait de circuler librement, sans collision !

La cadeaux

Ah ! Ces cadeaux ! Les temps ont bien changé, les portefeuilles sont encore plus plats. Mais la coutume admise, chez les gens les plus traditionalistes, c’est le dépôt d’une liste, établie par les fiancés, dans plusieurs magasins, dont les donataires éventuels se communiquent les noms. Cette liste va des porte-couteaux en cristal au plat en argent pour la dinde de Noël et au réfrigérateur. On peut compléter par un service de verrerie, de vaisselle, se décider pour un plateau, des cendriers de table, des tasses à déjeuner, un aspirateur – toutes choses qu’on n’eut jamais osé d’offrir au temps de nos grand-mères. Le tout, c’est d’arriver, pour le choix, parmi les bons premiers : de ne pas se trouver, précisément, devant une liste close, à l’exception de ses deux extrêmes : la vendeuse suggère, alors, tout autre chose, au hasard, lequel  – c’est bien connu – ne vous sert jamais.

Fleur ou décorations

Lors d’un grand mariage parisien, la nationalité suisse du marié posait un problème à la famille française de la jeune fille : le père, grand-pères, frères et oncles de la mariée pouvaient tous arborer une imposante brochette de décorations civiles et militaires. Par déférence vis-à-vis de leurs amis et invités, des beaux-parents suisses, originaires d’un pays ne décernant aucune décoration, tous les français avaient décidé de remplacer rubans et rosettes par une simple fleur à la boutonnière. C’était là un geste de bonne éducation.

Sortie de l’église

Rien n’est plus charmant que la coutume de la haie d’honneur accueillant le jeune couple entouré de son cortège de garçonnets et de fillettes. Cette haie évoquera l’activité sportive de l’un des époux : trompes de chasse, pour les veneurs et chasseurs, avirons, skis, épées, dressés en voûte, composeront un tableau que le photographe immortalisera pour l’album de famille.

Mariage israélite

N’oubliez pas ce tire qui veut que tout assistant à une cérémonie, dans une synagogue, ait le chef recouvert d’une coiffure. Si vous êtes un va nu-tête, on vous prêtera une calotte, mais vous serez certainement plus à votre aise en extirpant de votre garde-robe un de vos chapeaux personnels.  Jean Laury.

Julien Scavini

Le bal de l’X

Vendredi soir avait lieu à l’Opéra Garnier l’un des évènements les plus mondains de la saison, le bal de l’Ecole Polytechnique. En avant soirée, j’ai eu l’occasion de regarder de plus près l’uniforme d’un des élèves. L’occasion intéressante d’observer une pièce à taille de plus près ; les tuniques militaires étant toujours captivantes à regarder, avec leur allure rigoureuse et leurs gros boutons dorés.

Alors, faisons un peu d’histoire. L’École Polytechnique fut officiellement créée durant la Révolution Française mais elle reste pour autant associée à l’Empire. En effet, Napoléon 1er lui conféra le statut d’école militaire, obligeant par là l’élite des ingénieurs à servir sous les drapeaux. Notons d’ailleurs que l’ingénierie fut originellement une activité des militaires, plus précisément, le génie. Cela remonte de l’époque romaine, où les ‘ingénieux’ concevaient de l’architecture et des machines, notamment de guerre. Vitruve nous ayant laissé dans son livre le De Architectura une somme de connaissance sur l’époque. Quelques architectes passèrent par l’Ecole Polytechnique, dont Jacques Nicolas Louis Durand, le père du rationalisme architectural. Mais je digresse.

Le 121ème bal ayant eut lieu samedi, ce fut l’occasion de voir dans Paris et son métro des hommes en uniforme, chose assez rare maintenant que nous vivons dans une société relativement démilitarisée. Qui pourrait citer le nom d’un général de nos jours ? Bref, j’ai eu l’occasion de regarder sous toutes les coutures une de ces tuniques, faite d’une épaisse serge de laine noire.

L’uniforme est constitué d’une tunique croisée, à sept boutons dorés, dépourvue de poche extérieure et ceinturée à la taille. Elle se complète d’un pantalon droit à plis avec un triple galonnage rouge en baguette. Les souliers sont des bottines type équestre à élastiques. La chemise possède un col cheminée court et des poignets mousquetaires, sur lesquels sont fixés des boutons de manchette dorés aux armes de l’École. Enfin, quelques accessoires, un bicorne placé dans l’axe du chef, des gants blancs et une épée. Pour parfaire la tenue, un faux col est fixée à l’intérieur du col officier. Mais pour des raisons pratiques, ce faux col est en fait un morceaux de plastique blanc, ce qui donne bien chaud au porteur de l’uniforme.

Et c’est ici la limite de la tradition. Il devient assez hasardeux de conserver la forme d’un héritage sans en préserver le fond. A l’instar de ce col en plastique, la tunique elle-même a subi les affres de la modernisation et est maintenant dépourvue de couture de taille. L’effet est moins net, la structure est rigide et non pas fluide comme peuvent l’être les pièces ajustées. Ceci dit, c’est une critique à la marge, l’effet restant assuré ! Le fabricant de ces pièces de série : Balsan, heureusement encore une entreprise française qu’il convient de saluer.

Pourtant, il fut une époque où tailleurs et militaires, notamment cadet de l’X avaient en commun. A l’instar de la médecine où il faut passer une certaine note pour être reçu dans le numerus clausus, il faut à Polytechnique passer la barre du tailleur, c’est à dire une certaine note permettant d’être reçu et par là même de filer se faire confectionner son grand uniforme !

Julien Scavini

Les gants

Un client me demandait récemment si je pouvais l’éclairer sur les diverses qualités de gants et lui donner quelques conseils. Je fus bien dépourvu car la bise était déjà venue. Et je n’avais hélas pas de réponse immédiate. J’ai creusé un peu la question, je vais tâcher d’amener quelques éléments de réponse ici, vous incitant à continuer le débat après.

Premièrement, il est nécessaire de porter des gants d’un cuir similaire à celui des souliers : gants noirs avec souliers noirs, gants marrons avec souliers marrons. Dans cette catégorie, on pourrait dissocier gants de cuir lisse et gants de croute de cuir (veaux-velours), à associer chacun avec le même type de cuir de souliers, mais c’est déjà un raffinement. Pour pousser plus loin le bouchon, il serait également élégant d’avoir la même couleur de peau pour la ceinture et le bracelet montre, histoire d’être logique jusqu’au bout. Bon, mais je vous l’accorde, en dehors de l’association de cuirs noirs, indispensable selon moi, il est tout à fait possible de croiser les types de marrons.

Les peausseries ensuite. Le plus courant est le cuir de veau ‘pleine fleur’, c’est-à-dire un cuir non poncé, directement coupé car exempt de défauts. Le veau, car son cuir est fin, ce qui est appréciable pour des gants souples. Il y a également le chevreau ou l’agneau dont les cuirs sont très recherchés. Sinon, la grande masse de production provient de la vache ou vachette, souvent dans des cuirs corrigés, c’est-à-dire recoupés dans l’épaisseur. Enfin, notons le cuir de porc pour des gants de piètre qualité. A l’opposé, le cuir de pécari, sorte de petit sanglier d’Amérique du sud, est très recherché pour ses effets piquetés. Quant à la catégorie des cuirs-velours, ou veaux-velours, elle est vaste. Parfois appelée suédine, ou cuir-suède, ou encore nubuck, elle est suivant les qualités issue d’un traitement par ponçage de l’envers du cuir (la peau côté chair). La profondeur de cette matière, souvent comparée aux flanelles pour les costumes est très appréciable mais vieilli un peu moins bien qu’un cuir lisse.

La façon ensuite. Permettez-moi d’émettre un avis à propos des procédés actuels de fabrication. Je n’en peux plus de voir à longueur de rayons de grands magasins des gants cousus par l’extérieur. Ces modèles sont reconnaissables à leur cousu petit-point sur les bords et une fin de doigt en X. En effet, les coutures sont inversées et se trouvent donc à l’extérieur. Et c’est une fadaise ! Ah mais quelle idée de mettre des coutures à l’extérieur. C’est une simplification des fabricants. Car normalement, cette méthode est réalisée uniquement dans le cas de gants non-doublés, pour que la couture ne soit pas désagréable contre les doigts. A ce moment là c’est chic. Le piqué-bord peut être joli, je le concède, mais il faut qu’il soit logique. Car finalement, il n’existe plus aucune différence entre un gant pas cher et un gant de prix, les deux sont doublés, les deux sont cousus par l’extérieur. Et cela fait des grosses mains. Non, nous voulons de la finesse, de la délicatesse.

Car le raffinement voudrait que l’on recherche la façon la plus délicate, celle où les coutures sont soigneusement dissimulées à l’intérieur sous la doublure, de soie le plus souvent. Cette dissimulation, c’est un art ! J’en veux pour preuve que l’armée de l’air, pour ses pilotes de chasse, se fournie encore à Millau, la ville incontournable pour ce métier (et pour la mégisserie) de gants à la finesse extrême, facilitant la tenue minutieuse du manche.

Et pour finir, quatre liens vers Millau :

Que pensez-vous de cette idée de finesse alors ? Je sais que je ne vais pas être très populaire à dire cela, mais c’est mon crédo : raffinement et délicatesse.

L’illustration de la semaine : jaquette de mariage noire gansée, pantalon de pied de poule (pour un style très 30’s), cravate club comme cela se faisait (et oui) et chemise blanche.

Julien Scavini

L’homme le plus élégant du monde est …

Pour Stiff Collar, l’homme, que dis-je l’être supérieur, le plus élégant du monde est Sa Majesté l’empereur du Japon, plus connu sous un nom qui ne se prononce pas, Akihito. Fils d’Hirohito, il accéda au trône en 1989 et ouvrit alors l’ère Heisei du calendrier administratif nippon.

Récemment, je regardais la chaîne d’information continue NHK World lorsque j’aperçus la cérémonie de remise des lettres de créance des ambassadeurs à l’Empereur et fus saisi par l’implacable netteté des habits au palais de Tokyo. La jaquette, ou morning coat, y est portée mieux que partout ailleurs, à la fois par le personnel et par sa majesté – normal me direz-vous -. Il m’a même semblé que l’esthétique et la rigueur dépassaient de loin celles du palais de Buckingham.

Si les membres de familles royales sont souvent habillés pour le mieux, je trouve que rien ne surpasse en maitrise et en classicisme les mises de l’héritier du Trône du Chrysanthème. Car il n’a pas un physique facile, étant petit, fort et – surtout avec le temps –  légèrement voûté. Il possède également un cou très court. Bref, une physionomie pas évidente à habiller. Et pourtant, et pourtant, quelle prestance! Ses tailleurs ont réussi la gageure de la lui procurer. Même si la précision et le maintien japonnais aident beaucoup.Ces trois tenues que j’ai dessiné ce soir représentent un peu la quintessence de son répertoire. Il pourrait être aisé de rapprocher celui-ci de la garde robe d’un autre royal gentleman, le duc de Windsor, frère ainé abdicateur de George VI. Ils ont un peu les mêmes physiques courts et se ressemblent en jaquette. Mais au japon, point de motifs bariolés, point de vestes sport.

Trois tenues donc. A la ville, il me semble qu’il porte systématique le costume veste croisé sur pantalon large et droit. Ses vestons sont coupés sur deux boutons fonctionnels. Ce qui passerait pour un vieux croisé des années 80 prend ici tout son sens et augmentant le V des revers. Additionné à une veste courte, cela fait oublier sa taille. Et il ne se sert pas, malgré son rang ô combien important, de talonnettes comme M. Sarkozy.

Le costume d’apparat est aussi issu d’une tradition britannique. Il est d’ailleurs marquant de voir à quel point les codes anglais ont été intégrés à la culture japonaise, et pas de travers en plus! Costume donc constitué d’une queue de pie portant décorations, à l’instar de nombreuses Maisons européennes.

Enfin, toutes cérémonies appellent le port de la jaquette et là encore d’une divine façon. La couture de taille permet d’épouser les formes au mieux. Le pantalon à rayures, le gilet croisé, les gants, le haut de forme complètent l’ensemble.

J’entends souvent dire que telle ou telle tenue n’est pas adaptée à telle ou telle morphologie. Souvent par excès de pudeur. Tout peut aller à tout le monde pourvu que ce soit revendiqué et évidemment, bien coupé! Nous le voyons ici.

Julien Scavini

Les pièces à taille

L’art des tailleurs s’est patiemment construit au fil des ans, pour arriver à des solutions techniques de plus en plus précises, ne recherchant qu’un seul but : exprimer les formes masculines, en trichant au mieux, pour imprimer aux messieurs une silhouette caractéristique. Cette longue étude a permis au textile, matière molle et sans forme, d’épouser les courbes sans les altérer, notamment le buste et sa taille. L’une des plus formidable réponse trouvée fut la découpe à la taille. Ce répertoire des pièces à taille est relativement mal connu et réduit à une expression très formelle de nos jours. Seules les jaquettes, queue de pie et vestes d’équipage utilisent cet artifice de construction (à voir dans le dessin, à l’envers de la citation).

Les pièces à taille se caractérisent par la présence d’une couture, tout autour du ventre à son endroit le plus resserré, aux alentours du nombril. Pour être correctement réalisées, ces pièces doivent être confectionnées avec art et minutie, en partant du haut. La coupe importe excessivement, beaucoup plus que d’habitude. Le tailleur commence par réaliser le veston haut, appelé corsage, semblable alors à un spencer. Les dos des pièces à taille sont très souvent pourvus de couture en rond vers les épaules. Cela permet d’approcher au plus près des omoplates et de la courbure des flancs.

Une fois que ce haut est validé, que son bien aller est contrôlé, il est possible d’y accrocher le bas. Le plus souvent, celui-ci présente une forme particulière, avec des basques rondes, fuyantes ou arrondies, comme sur les tenues de mariage. Les manteaux de chasse à courre sont plus classiques avec un bas droit, mais le dos est le même, avec une longue fente centrale à partir de la taille, et deux boutons, situés de part et d’autre sur cette ligne. Ils sont souvent la signature de ces vêtements, quelques fois appelés redingote, même si ce terme recouvre une pièce plus précise encore.

Les pièces à taille peuvent arborer une poche poitrine, et plus rarement des poches côtés, qui sont alors logées, sans passepoils, dans la couture de taille.

La disparition progressive de ces vêtements est dû en grande partie à sa difficulté de maîtrise. Il faut en effet placer correctement la taille sur la personne, ce qui exclut très vite le prêt à porter. Par ailleurs, les retouches sont quasi impossibles, que ce soit en ceintrage ou en hauteur. Une telle pièce se construit from scratch disent les anglais. Par ailleurs, même les tailleurs ne maîtrisent pas tous cet art difficile, qui prend surtout du temps, et beaucoup il y a encore quelques années envoyaient leurs clients chez Avilla ou Latreille, qui effectuaient les opérations de coupe avec maestria.

Julien Scavini