Le mariage (MàJ 1)

Ce soir, je vous retranscris un article d’un vieux numéro d’Adam des années 60. La partie I ce soir, l’habit. Par Jean Laury.

« Non! Non! Il ne s’agit pas ici de guider le choix de votre coeur : fut-il désastreux, c’est votre affaire. Mais de vous conseiller vestimentairement, ce qui nous regarde. ‘Adam’ maintient avec ses lecteurs – et avec plaisir – un contact épistolaire permanent. Il reçoit presque chaque jour des lettres anxieuses concernant la tenue dans laquelle on doit se présenter devant le maire et le curé. Ces lettres témoignent parfois d’un tel embarras qu’elles laissent à penser que l’amour et les usages sont incompatibles pour les uns – que les autres ayant organisé leurs finances pour prendre femme en sont, de ce fait, réduits à ne plus pouvoir s’acheter une paire de souliers, ni de gants !

Dès 1950, nous avons édité un petit livre – précisément intitulé Mariages et toujours en vente 4, rue de la Paix – où nous nous sommes efforcés de résoudre a plupart des problèmes ‘des fiançailles au voyage de noces’. Aujourd’hui, nous allons d’abord passer le marié en revue, de la tête aux pieds, avant de le laisser monter en voiture pour s’aller mettre l’anneau au doigt … et la corde au cou !

L’habit

A la belle époque, et même après, tout grand mariage comportait un long cortège d’habits : époux, parents, témoins et proches. Aujourd’hui, il n’y a presque plus de cortège, mais encore des gens qui se marient en habit : c’est exactement la tenue de soirée de gala, adoptée quelquefois par les deux pères et témoins. Ou alors il faut renoncer à la formule.

  • L’habit s’accompagne du chapeau haut-de-forme, mais dût-il claquer des dents, par -10°c, le marié sort de l’église sans endosser son manteau.
  • La boutonnière d’habit du marié s’orne obligatoirement d’une fleur blanche. Précisons :  le gardénia. Mais cette fleur étant – presque – introuvable entre janvier et septembre, on la remplacera alors par un œillet blanc. Les parents, les témoins arborent un œillet blanc pas trop volumineux type ‘œillet de Paris’.
  • Les décorations sont absolument incompatibles avec une fleur. Choisissez. Elles sont exactement les mêmes sur l’habit que celles portées à la ville : rubans et rosettes. A moins qu’il ne s’agisse d’un mariage officiel, où figurent des personnes de marques : on fixe alors au revers, la barrette des réductions.
  • La chemise du marié, dont il n’aura pas le temps de changer, entre la cérémonie et la réception, doit, avec confort, résister à la cassure, hâtée par les agenouillements de la messe. On fait, pour éviter ce petit drame, des chemises d’habit demi-souples, qui demeurent impeccables jusqu’à ‘l’ouf, enfin seuls‘…
  • Les souliers du marié en habit sont tout simplement les classiques vernis à lacets. Ses gants sont blancs : agneau glacé ou peau chamoisée.

Par ailleurs, aucune fantaisie n’est admise dans la coupe du vêtement d’apparat. Pour cette cérémonie, il reste conforme à sa ligne classique : revers pointus recouverts de soie. Les parents et les témoins pourront être soit en habit, soit en jaquette, à la condition de s’entendre préalablement pour donner une unité au cortège.

  • Le pantalon est assez étroit et tombe droit sur la chaussure, en veau verni.
  • La chemise est à plastron empesé nid d’abeille ou unie, à col cassé et manchettes empesées, cravate papillon blanche en fine batiste ou nid d’abeille, de forme classique ou à bouts pointus.
  • Le gilet est blanc en piqué de coton nid d’abeille.
  • Chapeau haut de forme brillant (alors qu’il est mat pour accompagner l’habit le soir).
  • Les gants sont blancs, en chevreau glacé ou suède.
  • Pochette blanche en fil de main.
  • Chaussettes en soie noire.

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La jaquette

C’est actuellement (toujours dans les années 60 ; article extrait d’Adam, note de Stiff Collar : *) la formule préférée, bien qu’elle pose, pour certains, un problème pécuniaire.

  •  Sur la jaquette, le Président de la République fut-il présent, on ne porte ses décorations qu’en rubans et rosettes. Si l’on n’a pas – ou que l’on ne porte pas – de décorations, le gardénia est remplacé par l’œillet blanc pour le marié, rouge pour les autres, à l’exclusion de toute autre fleur.
  • La chemise chemise, à col cassé (* non représenté dans le dessin, où j’ai préféré le col turn-down) à poignets empesés (* plutôt single cuff je pense), peut être à plastron souple, si la cravate est également plastron : ce qui cache cette mollesse. C’est la formule que nous conseillons, pour son élégance et sa commodité. La cravate plastron (* ce que l’on appelle à tord maintenant la lavallière (la lavallière étant autre chose))  est obligatoirement grise. Le choix du tissu, limité, se porte sur de fins motifs ton sur ton ou noirs, des diagonales, des chevrons. La régate (* la cravate moderne, celle de tous les jours), toujours grise, unie, bien sûr, s’étale sur le plastron de chemise dur.
  • Le marié en jaquette se coiffe d’un tube. Ses gants sont de peau chamoisée grise. Ses chaussures basses, noires, cirées, comportent un empeigne rigoureusement unie. A la campagne (grands mariages hors-Paris) on note une certaine faveur pour la jaquette claire et – gaieté – le haut de forme gris.

Aucune erreur n’est tolérée dans cet ensemble. Il obéit à la loi stricte de la tradition, résumée ci-dessous :

  • La jaquette est gris marengo, légèrement pincée à la taille, les basques s’arrêtant au-dessus de la pliure du genoux. Les revers sont à cran pointus.
  • Le pantalon peut être uni ou à petits chevrons ou à rayures sur fond gris. Il tombe droit sur la chaussure sans cassure et sans être relevé, bien entendu.
  • Le gilet est croisé de préférence, est en toile bis ou en lainage gris clair ou beige.
  • La chemise est blanche et comporte, pour le marié, un col cassé et manchettes empesées (* pour le col, c’est à voir).
  • Tous les membres du cortège doivent avoir un chapeau haut de forme brillant.
  • Pochette en fil de main.
  • Gants gris clair en agneau velours ou en chevreau
  • Chaussettes en soie noire.
  • Chaussures noires cirées, unies.

* PS: j’ai dessiné la lavallière portée avec un col de chemise classique. Hérésie ou pas ? Je m’interroge encore. De toute manière, le col cassé n’est beau que lorsqu’il est véritable, c’est à dire faux et rattaché. Donc introuvable.

La tenue militaire

J’ai ouï dire qu’un officier de dragons, avant 1914, avait eu maille à partir avec les Suisses de la Madeleine : il entendait gardait sur la tête son casque à crinière pour monter à l’autel ! (* tiens, qui sait quand et pourquoi les gardes Suisses de la Madeleine ont disparu ?) Aujourd’hui, les gens d’armes revêtent ce que l’on pourrait appeler la petite tenue. Mais parcequ’ils portent le sabre, ils entrent et se tiennent durant la cérémonie, du côté de l’Évangile, contrairement aux civils auxquels est dévolu le côté de l’Épitre. Ceci vaut pour la famille et les amis. Et c’est le bras droit que l’époux, pour sortir, offre à son épouse.

* intéressant détail n’est-il pas? Bonnes vacances pour les chanceux qui y sont déjà. A la semaine prochaine pour le dernier épisode.

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Dernier épisode aujourd’hui, toujours la retranscription d’un article d’Adam des années 60, par Jean Laury. Note de Stiff Collar, avec une * .

Le costume de ville

Si l’on choisit cette formule, la plus simple, du moins faut-il la soigner d’autant mieux : complet foncé, bleu marine de préférence, chemise blanche, régate grise (* cravate grise, mais un peu de couleur est accepté maintenant), gants chamoisés de même ton – jamais de beige – chaussures cirées, nues au possible et à lacets, chapeau mou et fendu : chapeau rond interdit. Bref le comble de la sobriété : presque l’effacement !

Enfin, quelle que soit la tenue, la pochette à laquelle le marié a droit, doit dépasser à peine – et non plus en pointe, mais horizontalement. Et en habit, en jaquette, en tenue militaire, en veston, il portera invariablement des chaussettes en soie noire.

Erreurs et vérités

Quant à vous marier en smoking, c’est l’hérésie même du point de vue vestimentaire. En ce qui nous concerne, nous ne serions pas plus choqués par un marié en tenue de chasse, de golf, de ski, que par un marié en smoking ! A moins qu’il ne s’agisse d’un enlèvement au sortir d’un petit dîner en ville. (* du même genre, je rajoute les souliers marrons … se marier en souliers marrons… et puis quoi encore…)

Baiser la main. Doit-on le faire, à la sacristie, pour la mariée ? Bien sûr : ce geste, avec l’appelation de Madame, fait partie de ses nouvelles prérogatives. A tant faire que de salir les gants qu’elle porte, mieux vaut s’y livrer en s’inclinant sur sa main qu’en la lui serrant.

Les chapeaux. On nous pose parfois cette question : soit chez elle, soit dans un local loué, la mère de la mariée doit-elle garder son chapeau ? Sûrement. D’abord parce que le temps lui manque pour remettre sa coiffure en ordre. Ensuite, parce que cela se fait. Si elle porte un immense chapeau qui se cogne à la foule, elle peut tourner la difficulté comme le fit récemment une femme très élégante. En rentrant de la messe, elle avait hâtivement troqué de larges bords contre une étroite coiffure de fleurs, très habillée, qui s’harmonisait avec sa robe et lui permettait de circuler librement, sans collision !

La cadeaux

Ah ! Ces cadeaux ! Les temps ont bien changé, les portefeuilles sont encore plus plats. Mais la coutume admise, chez les gens les plus traditionalistes, c’est le dépôt d’une liste, établie par les fiancés, dans plusieurs magasins, dont les donataires éventuels se communiquent les noms. Cette liste va des porte-couteaux en cristal au plat en argent pour la dinde de Noël et au réfrigérateur. On peut compléter par un service de verrerie, de vaisselle, se décider pour un plateau, des cendriers de table, des tasses à déjeuner, un aspirateur – toutes choses qu’on n’eut jamais osé d’offrir au temps de nos grand-mères. Le tout, c’est d’arriver, pour le choix, parmi les bons premiers : de ne pas se trouver, précisément, devant une liste close, à l’exception de ses deux extrêmes : la vendeuse suggère, alors, tout autre chose, au hasard, lequel  – c’est bien connu – ne vous sert jamais.

Fleur ou décorations

Lors d’un grand mariage parisien, la nationalité suisse du marié posait un problème à la famille française de la jeune fille : le père, grand-pères, frères et oncles de la mariée pouvaient tous arborer une imposante brochette de décorations civiles et militaires. Par déférence vis-à-vis de leurs amis et invités, des beaux-parents suisses, originaires d’un pays ne décernant aucune décoration, tous les français avaient décidé de remplacer rubans et rosettes par une simple fleur à la boutonnière. C’était là un geste de bonne éducation.

Sortie de l’église

Rien n’est plus charmant que la coutume de la haie d’honneur accueillant le jeune couple entouré de son cortège de garçonnets et de fillettes. Cette haie évoquera l’activité sportive de l’un des époux : trompes de chasse, pour les veneurs et chasseurs, avirons, skis, épées, dressés en voûte, composeront un tableau que le photographe immortalisera pour l’album de famille.

Mariage israélite

N’oubliez pas ce tire qui veut que tout assistant à une cérémonie, dans une synagogue, ait le chef recouvert d’une coiffure. Si vous êtes un va nu-tête, on vous prêtera une calotte, mais vous serez certainement plus à votre aise en extirpant de votre garde-robe un de vos chapeaux personnels.  Jean Laury.

Julien Scavini

Question : une veste croisée seule

Un jeune lecteur vient de m’envoyer un sympathique courrier électronique pour me demander de l’aide. Un tailleur lui propose une veste croisée presque finie mais non récupérée, à sa taille, dans un beau fils à fils bleu pétrole Scabal. Mais hélas, il n’y a pas le pantalon. Alors que faire ? Voici pour faire simple, la question.

La transformer en blazer ? Difficile, car à la fois le tissu n’est pas convenable (trop fin et d’un bleu qui n’est pas marine) et aussi que les boutons dorés constituent une option non souhaitée. Voici un dilemme pas évident. Il serait logique de finir la veste avec de simples boutons en corne brune, mais j’ai peur de l’effet ‘veste dépareillée’ qui est souvent désastreux, disons plutôt totalement curieux.

De prime abord, il apparait comme sympathique de combiner cette veste avec un pantalon blanc, mais cette option a été jugée trop ‘croisette’, donc là encore, impasse. Un pantalon bleu ? Attention à l’effet costume dépareillé, ce serait vraiment du dernier goût. La seule option restant est le pantalon de flanelle, ou disons en fils à fils pour l’été. Une autre idée m’est alors venue : et si l’on utilisait des boutons gris pour coïncider avec la couleur du pantalon ? C’est une option peut-être intéressante ! J’ai même imaginé un instant la pose de coudières en suédine grise. Cela créerait un blazer sport au goût très italien. Il serait aussi envisageable de poser des boutons en métal argenté. Lisses si vous ne disposez pas d’armoiries personnelles, à l’instar du très austère M. Lévy !

Finalement, en faisant le dessin, j’ai trouvé cela curieux. J’ai continué en dessinant des mocassins. D’abord en veaux-velours bleus, mais cela ne me plaisait guère. Puis avec des mocassins bi-colores bruns. En complément d’un pantalon gris clair, correspondant mieux au bleu pétrole, l’effet était intéressant. Et donc l’idée finale, des boutons en corne blonde. Finalement, c’est l’option la plus sobre, la plus élémentaire aussi. Qu’en pensez-vous ? Notre jeune ami lecteur sera intéressé !

Julien Scavini

Carreaux et manteaux

C’est un fait, le temps n’est pas clément à Paris et dans le nord de la France en général. La semaine dernière, pluie sur pluie, avec des températures plutôt fraiches. Mais pas de quoi sortir un manteau tout de même, l’air étant trop moite. Je repensais alors au commentaire d’un de mes clients : j’ai bien du mal à porter vos (mes) costumes. Au bureau, tout le monde est en bras de chemise, et dans le métro, il fait trop chaud. Il me faudrait un manteau ajusté comme une veste, léger pour le printemps.

Que voilà un bon concept pour la mi-saison et lorsque la veste est superflue dans le cadre professionnel ou de loisir ; mais que pour autant l’on souhaite rester digne, disons un peu british. Je vous passe sur la forme de cette commande, toujours est-il que l’idée m’est restée. Elle m’est d’autant plus restée que le manteau est une belle pièce, quasi-oubliée maintenant et que l’on a rarement la chance de réaliser chez les tailleurs. Une pièce qui tombe souvent bien, et peut même se révéler d’une grande fantaisie.

Par exemple, il était tout à fait courant de posséder ( dans une garde-robe élégante et plutôt typée campagne ou sport automobile ) un grand manteau à carreaux. Si le manteau à rayures m’a toujours laissé perplexe, celui à carreaux peut vraiment se révéler intéressant, surtout si vous lui ajoutez un dos à complications. Par exemple, une martingale simple ou double pièces avec boutons, un pli milieu dos ou des plis pincés etc… Téléchargez le zip avec les illustrations d’Apparel Arts pour vous en rendre compte. Une merveille. Souvent de grands manteaux raglans du reste. Le raglan d’ailleurs, qui est si confortable. Bien plus qu’une manche montée, mais un cran moins élégant je vous le concède.

Niveaux carreaux, les doublures ne sont pas en reste. Je pense notamment à une tradition anglaise de la campagne, où il n’était pas rare de faire doubler les vestes d’équitations et de chasse à courre en drap de laine Tattersallchecks. A la place de la laine, nous pouvons maintenant utiliser le twill de coton, qui s’il est un peu gratté, peut se révéler très doux. La tradition s’est poursuivie et je tiens les intérieurs de manteaux à carreaux ou à petits vichy pour des exemples du meilleur goût, particulièrement dans un registre sport. Le manteau de ville, évidemment, s’adapte moins à cette fantaisie. Ce style de doublage s’est hélas quelque peu perdu avec le temps, mais si vous regardez de près des modèles et publicités des années 60, vous trouverez beaucoup d’exemples. D’ailleurs, ce n’est pas anodin si Burberry’s a fait une telle fortune sur un si petit bout de doublure en tartan…

Julien Scavini

Poches en biais et vestes d’équitation

Si les poches en biais sont à la mode, elles ne sont pas pour autant un classique du répertoire, leur rôle étant restreint. Il est en effet assez courant de trouver de nos jours des costumes dont les deux poches côtés à rabat sont placées en biais. L’effet stylistique est plutôt intéressant, en particulier sur les personnes sveltes, la pente accentuant le cintrage du veston. Ceci dit, il y a pente et pente. Si dans la majorité des cas le résultat est heureux comme chez Hackett, l’effet est du dernier ridicule chez Samson. Passons.

Il est donc possible d’arborer des poches en biais sur ses costumes de ville. On peut même en apprécier le style. Pour autant, ce n’est pas une manière classique de disposer les passepoils (le deux bouts de tissus entourant le rabat). Celle-ci était réservée à un usage bien spécifique, l’équitation. Et donc par extension, les vestes plutôt campagnardes. A la ville, en particulier sur un croisé, les poches sont horizontales.

A cheval donc, où il est nécessaire, pour garder un bel équilibre dans la coupe, de rehausser la taille du veston – celui-ci est alors coupé à ‘taille haute’ – et de modifier l’implantation des boutons. C’est tout un art. C’est pour cela que l’on disposait dans les ateliers de tailleur des chevaux d’arçons en bois, permettant de tester le bien aller de la pièce, ainsi que du pantalon, le plus souvent, une culotte de cheval (que je n’ai pas représentée sur le dessin). Les poches en biais permettent de suivre le dessin des hanches et d’accentuer le dessin général de la silhouette. L’accès y est aussi plus aisé. Pour une même question de confort, on réalise aussi des poches dîtes ‘cavalières’ dans le pantalon, dans lesquelles on ‘entre’ par le haut et non par l’arrière.

Normalement, par rapport à une poche en biais sur un costume droit traditionnel, la position de la poche ne change pas. Elle se trouve à la même hauteur par rapport au bas du veston. C’est en revanche les boutons qui s’élèvent et se rapprochent. Cela donne une ligne caractéristique, typique des vestes d’équitation. Il convient en effet de pouvoir être assis avec le bouton toujours fermé. La basque (c-à-d le bas de la veste) est très long (en apparence seulement) et sa courbe très accentuée.

Je trouve l’effet assez élégant du reste. Les boutons sont très rapprochés. Notons également que les modèles classiques sont à trois ou quatre boutons et que la poche poitrine est assez souvent à rabat. Peut-être pour éviter de perdre des accessoires durant les galops… ?

Julien Scavini

Le bal de l’X

Vendredi soir avait lieu à l’Opéra Garnier l’un des évènements les plus mondains de la saison, le bal de l’Ecole Polytechnique. En avant soirée, j’ai eu l’occasion de regarder de plus près l’uniforme d’un des élèves. L’occasion intéressante d’observer une pièce à taille de plus près ; les tuniques militaires étant toujours captivantes à regarder, avec leur allure rigoureuse et leurs gros boutons dorés.

Alors, faisons un peu d’histoire. L’École Polytechnique fut officiellement créée durant la Révolution Française mais elle reste pour autant associée à l’Empire. En effet, Napoléon 1er lui conféra le statut d’école militaire, obligeant par là l’élite des ingénieurs à servir sous les drapeaux. Notons d’ailleurs que l’ingénierie fut originellement une activité des militaires, plus précisément, le génie. Cela remonte de l’époque romaine, où les ‘ingénieux’ concevaient de l’architecture et des machines, notamment de guerre. Vitruve nous ayant laissé dans son livre le De Architectura une somme de connaissance sur l’époque. Quelques architectes passèrent par l’Ecole Polytechnique, dont Jacques Nicolas Louis Durand, le père du rationalisme architectural. Mais je digresse.

Le 121ème bal ayant eut lieu samedi, ce fut l’occasion de voir dans Paris et son métro des hommes en uniforme, chose assez rare maintenant que nous vivons dans une société relativement démilitarisée. Qui pourrait citer le nom d’un général de nos jours ? Bref, j’ai eu l’occasion de regarder sous toutes les coutures une de ces tuniques, faite d’une épaisse serge de laine noire.

L’uniforme est constitué d’une tunique croisée, à sept boutons dorés, dépourvue de poche extérieure et ceinturée à la taille. Elle se complète d’un pantalon droit à plis avec un triple galonnage rouge en baguette. Les souliers sont des bottines type équestre à élastiques. La chemise possède un col cheminée court et des poignets mousquetaires, sur lesquels sont fixés des boutons de manchette dorés aux armes de l’École. Enfin, quelques accessoires, un bicorne placé dans l’axe du chef, des gants blancs et une épée. Pour parfaire la tenue, un faux col est fixée à l’intérieur du col officier. Mais pour des raisons pratiques, ce faux col est en fait un morceaux de plastique blanc, ce qui donne bien chaud au porteur de l’uniforme.

Et c’est ici la limite de la tradition. Il devient assez hasardeux de conserver la forme d’un héritage sans en préserver le fond. A l’instar de ce col en plastique, la tunique elle-même a subi les affres de la modernisation et est maintenant dépourvue de couture de taille. L’effet est moins net, la structure est rigide et non pas fluide comme peuvent l’être les pièces ajustées. Ceci dit, c’est une critique à la marge, l’effet restant assuré ! Le fabricant de ces pièces de série : Balsan, heureusement encore une entreprise française qu’il convient de saluer.

Pourtant, il fut une époque où tailleurs et militaires, notamment cadet de l’X avaient en commun. A l’instar de la médecine où il faut passer une certaine note pour être reçu dans le numerus clausus, il faut à Polytechnique passer la barre du tailleur, c’est à dire une certaine note permettant d’être reçu et par là même de filer se faire confectionner son grand uniforme !

Julien Scavini

Les gants

Un client me demandait récemment si je pouvais l’éclairer sur les diverses qualités de gants et lui donner quelques conseils. Je fus bien dépourvu car la bise était déjà venue. Et je n’avais hélas pas de réponse immédiate. J’ai creusé un peu la question, je vais tâcher d’amener quelques éléments de réponse ici, vous incitant à continuer le débat après.

Premièrement, il est nécessaire de porter des gants d’un cuir similaire à celui des souliers : gants noirs avec souliers noirs, gants marrons avec souliers marrons. Dans cette catégorie, on pourrait dissocier gants de cuir lisse et gants de croute de cuir (veaux-velours), à associer chacun avec le même type de cuir de souliers, mais c’est déjà un raffinement. Pour pousser plus loin le bouchon, il serait également élégant d’avoir la même couleur de peau pour la ceinture et le bracelet montre, histoire d’être logique jusqu’au bout. Bon, mais je vous l’accorde, en dehors de l’association de cuirs noirs, indispensable selon moi, il est tout à fait possible de croiser les types de marrons.

Les peausseries ensuite. Le plus courant est le cuir de veau ‘pleine fleur’, c’est-à-dire un cuir non poncé, directement coupé car exempt de défauts. Le veau, car son cuir est fin, ce qui est appréciable pour des gants souples. Il y a également le chevreau ou l’agneau dont les cuirs sont très recherchés. Sinon, la grande masse de production provient de la vache ou vachette, souvent dans des cuirs corrigés, c’est-à-dire recoupés dans l’épaisseur. Enfin, notons le cuir de porc pour des gants de piètre qualité. A l’opposé, le cuir de pécari, sorte de petit sanglier d’Amérique du sud, est très recherché pour ses effets piquetés. Quant à la catégorie des cuirs-velours, ou veaux-velours, elle est vaste. Parfois appelée suédine, ou cuir-suède, ou encore nubuck, elle est suivant les qualités issue d’un traitement par ponçage de l’envers du cuir (la peau côté chair). La profondeur de cette matière, souvent comparée aux flanelles pour les costumes est très appréciable mais vieilli un peu moins bien qu’un cuir lisse.

La façon ensuite. Permettez-moi d’émettre un avis à propos des procédés actuels de fabrication. Je n’en peux plus de voir à longueur de rayons de grands magasins des gants cousus par l’extérieur. Ces modèles sont reconnaissables à leur cousu petit-point sur les bords et une fin de doigt en X. En effet, les coutures sont inversées et se trouvent donc à l’extérieur. Et c’est une fadaise ! Ah mais quelle idée de mettre des coutures à l’extérieur. C’est une simplification des fabricants. Car normalement, cette méthode est réalisée uniquement dans le cas de gants non-doublés, pour que la couture ne soit pas désagréable contre les doigts. A ce moment là c’est chic. Le piqué-bord peut être joli, je le concède, mais il faut qu’il soit logique. Car finalement, il n’existe plus aucune différence entre un gant pas cher et un gant de prix, les deux sont doublés, les deux sont cousus par l’extérieur. Et cela fait des grosses mains. Non, nous voulons de la finesse, de la délicatesse.

Car le raffinement voudrait que l’on recherche la façon la plus délicate, celle où les coutures sont soigneusement dissimulées à l’intérieur sous la doublure, de soie le plus souvent. Cette dissimulation, c’est un art ! J’en veux pour preuve que l’armée de l’air, pour ses pilotes de chasse, se fournie encore à Millau, la ville incontournable pour ce métier (et pour la mégisserie) de gants à la finesse extrême, facilitant la tenue minutieuse du manche.

Et pour finir, quatre liens vers Millau :

Que pensez-vous de cette idée de finesse alors ? Je sais que je ne vais pas être très populaire à dire cela, mais c’est mon crédo : raffinement et délicatesse.

L’illustration de la semaine : jaquette de mariage noire gansée, pantalon de pied de poule (pour un style très 30’s), cravate club comme cela se faisait (et oui) et chemise blanche.

Julien Scavini

Le haut du pantalon

Cette semaine, suite et fin du tour du pantalon, une pièce ô combien difficile à couper et aux détails si nombreux, et souvent si minimalistes. Je lisais récemment sur un autre blog que le pantalon à plis ne pouvait se concevoir qu’avec des revers. Comme je vous l’ai dit la semaine précédent, il est possible d’ériger des dogmes personnels, c’est une marque de talent, mais il faut bien se garder de les faire passer pour absolu. Le pantalon de jaquette par exemple doit être ample, avec des plis, mais sans revers…

Le haut devant du pantalon peut être parfaitement plat, c’est de loin l’option la plus courante de nos jours, et qui du reste est historiquement la plus valide. Jusque dans les années 20, les pantalons arboraient des devants plats, sans plis, mais en revanche avec beaucoup de bassin, signe stylistique du temps où les hommes étaient dessinés comme des garçonnets. Puis, les années 30 et le mythe du bel homme grand et fort virent arriver les plis, un puis deux puis trois etc. J’ai déjà vu un pantalon 1940 avec un pli faisant 8cm ! (en fait 4 x2 car c’est un repli).

Le vocabulaire est ici important. Je parle bien de plis devant, souvent appelés pinces. C’est un peu la même chose, mais pour avoir les idées claires, je dissocie les termes. Les pinces sont plutôt présentes sur l’arrière, mais alors il ne s’agit plus d’un repli mais d’une couture.

La sobriété du devant sans pli est un avantage indéniable. Les pantalons sans plis font jeune ! Oui, mais ils ont l’inconvénient d’être un peu plus serré et par là même de faire disparaitre le pli central (autre sens de pli ici). Pour un pantalon seul, j’aime mieux. En revanche, avec le costume, avoir de l’aisance : c’est bien !

De nos jours, le pli a perdu de son lustre. Pour ma part, je l’adore, surtout en double, juste histoire d’être à contre courant de la mode. C’est dit ! Le double pli, c’est à dire un gros au niveau du pli du pantalon (1,5cm x2) puis un petit (0,5cm x2) vers la poche. Ils permettent de pincer plus fortement la taille (à la limite un avantage lorsque l’on veut aussi des vestes cintrées) et de donner de l’aisance aux cuisses, surtout en station assis.

Les plis peuvent avoir deux orientations : vers l’intérieur à la française et vers l’extérieur à l’italienne. L’un et l’autre sont discutables. Notons seulement que vers l’intérieur, c’est beaucoup plus classique. Cela crée une belle silhouette, autant de face que de profil. Le profil des pantalons à plis est beau. L’inconvénient est le côté bouffant au niveau de la braguette. La version vers l’extérieur est une invention contemporaine, peut-être bien du prêt-à-porter italien. Elle a l’avantage de lisser la braguette pour ne pas avoir cet aspect bouffant, mais l’esthétique est moins raffinée. Ceci dit, je pense que cette option a été développée car les hommes ‘portent’ maintenant au milieu (logique en PàP). ‘Le poignard’ n’est plus logé à droite ou à gauche. Une explication … ? La pince, dans les deux cas est normalement cousue sur 3cm à partir de la ceinture et se libère plus ou moins progressivement.

La suite. Le pantalon doit avoir un bon bassin. De manière générale, le pantalon ne doit pas être serré. Lorsque je vois les publicités du prêt à porter avec des hommes en costume, j’ai l’impression qu’ils portent des pantalons en stretch. Ça tiraille partout, aux cuisses, aux mollets (cela va de paire avec des pantalons trop courts du reste) et évidemment aux fesses. Et oui, mine de rien, les hommes aussi ont des fesses. Et n’écoutez pas le vendeur vous dire que la poche côté ouvre normalement pour l’aisance, cela n’a rien à voir. S’il n’y peut rien, soit ; mais pas de balivernes.

Généralement, la belle ligne à l’arrière du pantalon veut que le pli parte du plus fort de la fesse en ligne droite jusqu’à la chaussure. Le pli central en ‘droit fil’ structure alors la silhouette. Les fesses ne doivent pas être mises en évidence, les genoux ne doivent pas être à l’étroit et la poche ne doit pas servir de ‘relarge’.

Par ailleurs, abordons l’épineuse question des pantalons taille haute. C’est une sorte de lubie du moment. Il faut bien se retirer une idée de la tête, un pantalon à taille haute sans bretelles, ça n’existe pas. J’ai déjà tenté, bonjour la catastrophe. Car la taille haute correspond aux tissus mous du ventre. Donc debout, pour bien faire tenir le pantalon en place, il faut serrer, pourquoi pas avec des ajusteurs sur les côtés. Mais dès que l’on s’assoie, la ceinture serre horriblement et surtout butte dans les côtes. Bref, cela ne marche pas. Avec ceinture ou side adjusters, il vaut mieux se rabattre sur une mesure de ‘montant’ plus classique, pour arriver juste au dessus des hanches, vers le nombril, voilà la bonne option !

Julien Scavini

Le bas du pantalon

Cet après-midi, je vais tenter d’énoncer les diverses manières de terminer un bas de pantalon, plusieurs lecteurs m’ayant questionnés sur le sujet suite à divers articles et prises de position. Comme à l’habitude sur Stiff Collar, restons encyclopédiques.

Bien ! le bas du pantalon, toute une histoire. Sa largeur d’abord est un grand sujet de questionnement, et l’histoire ne nous apprend pas grand chose justement, le pantalon long étant une invention relativement moderne. Autrefois, la culotte était préférentiellement utilisée et celle-ci s’arrêtait aux genoux. Avec, l’on portait soit des chausses hautes (bottes) soit des bas de soie finissant sur une chaussure à boucle ou un mocassin. Sauf pour la paysannerie, qui justement utilisait des sortes de culottes longues voire des braies. Mais depuis environ 1830, l’usage du pan-long s’est répandu. Il fut originellement ‘collant’, c’est à dire marquant les cuisses et les mollets. Il fallait agrandir une cuisse pour loger les choses de la vie et certains modèles possédaient une sous-patte passant en dessous de la chaussure et servant à tendre l’étoffe. Très esthétique, mais du dernier inconfort. De nos jours, il n’y a guère plus que les matadors qui utilisent la culotte (longue) et le bas de soie.

Puis, au tournant du siècle dernier, le pantalon s’est élargi. La coupe droite militaire, héritée des campagnes de 1870 en France est un fait notable. Vers 1910 / 1920, les pantalons devinrent plus actuels, mais avec des hanches marquées. Leur largeur en bas était assez similaire à ce que l’on trouve maintenant. En revanche, dans les années 30, le pantalon couvrait les trois quart de la chaussure, et les knickers (Knickerbockers) hérités des anciennes culottes avaient le vent en poupe. Certains étudiants, dans les milieux oxfordiens testèrent les ‘Oxford bags’, pantalons plus que patte d’eph’ faisant au moins 45cm de largeur en bas.

La coupe parfaitement droite subit encore des modifications dans les 70’s mais resta globalement inchangée jusqu’à nos jours. Actuellement, il est conseillé dans les ouvrages spécialisés de couvrir la moitié du soulier. C’est un jugement de valeur très personnel qui doit amener chacun à prendre position. Pour une conformation standard (taille 50, 1m80 par exemple), je pourrais conseiller 22cm pour un pantalon en laine de costume, 21 pour un pantalon en laine sport et pourquoi pas 19 dans un coton. Mais attention, plus vous serrez, moins le pli sera marqué.

Le bas du pantalon maintenant. Plusieurs options s’offrent à vous tant dans la forme que dans les mesures. Pour les formes hors du commun, il y a le pli fendu terminé par une abeille (broderie en triangle) (A) ou le bas fendu sans repli (B). Plus classiquement, il y a le revers (C). Il peut mesurer entre 3 et 5cm suivant votre goût, mais il est vrai que quitte à avoir un revers, autant qu’il se voit. (D) une option classique à Paris, le demi-revers uniquement positionné sur l’avant. Enfin (E), l’ourlet simple.

A propos du revers, nous noterons que son invention remonte à Edouard VII qui aurait fait des revers à son pantalon un jour de pluie et de boue à la campagne, pour éviter de tâcher ses bas. Et que le fils de ce monarque s’en est pris quelques années plus tard à un visiteur qui lui rendait visite dans son palais de Londres avec des pantalons à revers en lui demandant ‘trouvez-vous ma maison humide pour arborer un retroussis au pantalon ?’ Classiquement donc, le revers est plutôt connoté campagne, les pantalons de ville en étant dépourvus. De nos jours, c’est selon le goût. Et inutile d’en faire une règle absolue : ni le costume croisé, ni celui à rayures ou que sais-je encore ne s’accorde plus qu’un autre au revers.
La largeur du bas maintenant. En 1, nous visualisons un bas classique, de 24 ou 25cm typique du tombé des années 30 anglaises. Cette largeur est encore indiquée pour les pantalons formels comme celui de la jaquette par exemple. En 2, nous voyons l’erreur contemporaine. Le pantalon fait la même longueur que précédemment, mais sa largeur a fortement diminuée, il butte donc sur le haut de la chaussure et casse vingt fois ! Si l’on veut un bas étroit, il faut raccourcir le pantalon, comme en 3. C’est la mode anglaise, ou quand le pantalon tutoie le haut du soulier. Sur le continent, on aime les pantalons franchement plus longs, surtout sur l’arrière. Donc l’idéal chez un tailleur ou un bon retoucheur, c’est de faire exécuter le bas en biais. Pour cela, il existe deux méthode, le biais complet permettant d’effleurer l’avant du soulier et d’emboiter l’arrière (4). La seconde, à la manière de Smalto, consiste à obtenir un avant horizontal puis à partir en biais depuis la couture vers l’arrière (5). MàJ: il est possible de réaliser la (4) avec un revers, mais le biais sera moindre, car l’effet est plus dur à obtenir.

J’espère que ce rapide tour des possibles vous sera d’une grande aide lors de vos prochains achats ou commandes. La semaine prochaine, nous verrons le haut du pantalon.

Julien Scavini

Le drop à l’essai !

Il est un terme a priori mystérieux auquel nous sommes souvent confrontés, sans que personne vraiment n’en connaisse la signification : le Drop. Je n’en connaissais pas non plus la signification jusqu’à récemment. Mais pour vous, je me suis renseigné. Car il est maintenant monnaie courante de rencontrer dans une même enseigne des modèles en plusieurs drop. Alors, autant le dire tout de suite, ce terme technique n’a aucun rapport avec la bonne petite-mesure, puisque précisément, la mesure n’est pas fixée…

Tout d’abord, le drop est utile pour les costumes dont le pantalon est vendu avec et que l’on ne peut pas séparer. Car certaines bonnes maisons comme Brooks Brothers ou Arthur & Fox peuvent par exemple, prendre un pantalon dans une autre taille. La veste seule n’est pas concernée par le drop.

Bien, rentrons rapidement dans le vif du sujet : le drop désigne le différentiel de taille entre la veste et le pantalon d’un costume. Par exemple, en boutique le vendeur vous prendra d’abord le tour de poitrine (en passant sous les bras). Si vous faîtes entre 99cm et 101cm, vous ferez une taille 50 (soit la valeur divisée par deux). Il vous sortira donc le costume taille 50. Si ce costume est fixé en drop 6 (conformation classique), le pantalon fera 50 – 6 = 44cm de demi-tour de taille, soit 88cm de tour de taille.

Le drop est donc le rapport entre la poitrine de la veste et la taille du pantalon, exprimée en demi-périmètre et en centimètre en France. De nos jours, alors que les hommes mincissent et surtout les jeunes, les drops courants sont 7 ou 8. Par exemple pour un drop 8, la veste fera 50 et le pantalon 42. Vous voyez donc, drop 8 sera synonyme d’allure svelte.

Poussons plus loin. Le drop aura une influence (mais pas de rapport direct à ma connaissance) sur le tour de taille de la veste (A ou B sur le schéma). A priori, une veste en drop 6 est coupée plus droite qu’une veste en drop 8, qui sera plus cintrée. Car le tour de taille du pantalon et le tour de taille de la veste sont assez proches en réalité. Ils se chevauchent. Pour que l’un emboite bien l’autre, il faut un rapport logique, mais qui dépend du goût du modéliste/styliste. Sachant qu’une veste est plus facile à cintrer que l’inverse…

De nos jours, les bonnes maisons tentent de proposer deux drops, pour des allures et des expériences différentes. Mais attention, ce ne sera pas forcément le même modèle. On pourrait imaginer qu’une même coupe est vendue en drop 6 puis en drop 8 suivant le tissu ou les détails. Et bien non. Si vous êtes sveltes, vous pourriez dire : je prends le drop 6 et je cintre la veste par exemple. Sauf qu’en général, les conformations sont très différentes. Je prends la fiche de mon propre atelier pour le prêt à porter :

  • En taille 50, le drop 6 : 1/2 tour de taille 55cm, épaule 14,4cm, 1/2 dos 23cm, manche 64,5cm, longueur veste 78cm, pantalon taille 44.
  • En taille 50, le drop 9 : 1/2 tour de taille 51cm, épaule 13,8cm, 1/2 dos 22cm, manche 64cm, longueur veste 77,3cm, pantalon taille 41.

Vous constatez donc que les changements vont bien au delà du simple cintrage, une foultitude de différences pouvant être constatée.

Pour ma part, je trouve plus simple les marques qui parlent de conformation Regular, Long ou Short. Pour une même taille, vous trouvez alors trois longueurs différentes. Il est idéal alors que cette marque travaille avec un drop classique, qu’il est possible de cintrer. Mais si vous êtes grand et svelte, alors il sera aussi efficace de trouver une enseigne proposant un drop 8 ou 9 dans lequel vous vous glisserez sans retouches.

Enfin, fuyez les tailleurs qui parlent de drop. Quel intérêt ? Précisément, en mesure industrielle ou non, il est possible – voire même souhaitable – de modifier à l’envie le tour de taille, de poitrine, la largeur des épaules, ou encore de commander un pantalon à la mesure exacte, sans rapport avec la veste …

Julien Scavini

Chesterfield versus Cover Coat

Lors de la livraison récente d’un manteau d’hiver, le client me posa une question fort pertinente qui me sécha ! Une colle ! Sans voir la pièce (coupe droite, boutons cachés, laine anthracite), voici la question telle quelle : pouvait-on appeler ce manteau un Chesterfield alors qu’il était plutôt près du corps?

Ce détail m’avait échappé, et je replongeais alors dans L’Eternel Masculin et Le Chic Anglais. En effet, les auteurs expliquent que le Chesterfield, inventé au XIXème siècle par une famille ducale, est d’une coupe ample, à la différence du Cover Coat, cintré lui.

Ces deux manteaux sont en effet très proches : tous deux sont droits. En revanche, le Chesterfield est plutôt un manteau de ville, donc réalisé dans un drap foncé de petits chevrons (anthracite, gris ou marine) alors que le Cover Coat, plutôt du registre ‘rural à la ville’ ou ‘mi-sport’ est fait d’un twill beige ou olive, léger, qui le rend toutes saisons. Tous deux également peuvent arborer un col en velours, ton sur ton et des boutons cachés sous patte, plus distingués. Enfin, spécificité du Cover Coat : ses lignes de surpiqures à la machine, en bas des manches et des basques.

Et donc, l’un est véritablement droit, le second cintré. Voilà pour cette question, qui en effet demandait un peu de recherche. Au delà, je reste quelque peu dubitatif sur le fait de tailler des pièces amples pour l’hiver. Car, plus l’on est près du corps, plus on isole. L’idée de faire rentrer de l’air frais sous le manteau me refroidit nettement. Pour l’été, en revanche, autant être aéré je trouve.

La longueur du manteau ensuite, sujet de polémique aujourd’hui. Lors d’une visite chez Arnys, j’entendais le vendeur dire au client : long à mi-mollet, cela fait assez ancien monsieur, alors qu’en dessous du genoux, c’est plus moderne. Certes. Les deux dimensions ‘longues’ étaient disponibles alors que la tendance actuelle se porte plus vers une troisième : le mi-cuisse, à l’italienne. Si je ne suis pas tellement fan (en dehors des modèles à peine plus long que la veste comme les matelassés ou sur-vestes), je préfère franchement les modèles longs, au moins en dessous du genoux.

J’aime assez les films des années 90 car les manteaux y étaient longs. Michael Douglas avait de l’allure dans de tels pardessus. Sous le vent, les pans virevoltent et cela ne manque pas d’une certaine élégance. Par ailleurs, cela ne fait pas chiche. Enfin le poids de l’étoffe marque la stature, car oui, il ne faut pas se contenter d’une laine toute fine !

MàJ : j’ai lu sur le forum De Pied En Cap une autre explication à propos des différences entre Chesterfield et Covercoat. Pour faire court :

  1. Cherterfield : coupe sack plus ou moins près du corps.
  2. Covert Coat : coupe box overcoat (à priori ample), qui est court et en tissu de manteau.

Plus d’infos ici.

Julien Scavini