Le vestiaire anglais classique est articulé autour de deux pôles, les costumes habillés et formels, et les vestes seules, associables au gré des envies avec des pantalons divers, plus décontractées et informelles. Lorsque les services du tailleur et de manière générale quand le textile avait un prix, il était classique de posséder un ou deux costumes « endimanchés » et une ou deux vestes, usables jusqu’à la corde, polyvalentes et quotidiennes. Il y avait le beau, il y avait l’ordinaire.
La veste sport est une facilité. Et comme la veste est la pièce tailleur qui vaut le plus chère, il est logique de l’articuler avec plusieurs pantalons, pièces elles moins onéreuses. Pour une veste, deux, trois ou quatre pantalons. Ceux-ci s’usent plus vite. Mais permettent de la fantaisie et un plaisir renouvelé. Pour une veste, moult tenues, lorsque le costume est moins libre. Sur une veste de tweed, par exemple peut aller un pantalon de flanelle grise, un pantalon de whipcord brun, un pantalon de velours, un pantalon de moleskine. Formidable variété.

C’est un principe que j’applique avec plaisir depuis très longtemps. Toutefois, le temps passant, j’ai tendance à abandonner un peu de système. Car à mon goût, j’ai parfois une impression d’incomplétude. Que l’accord, s’il est polyvalent, n’est pas forcément idéal. C’est commode certes, mais il pourrait être fait mieux.
Surtout, ce n’est pas tellement une facilité le matin. Un costume bleu ou gris, c’est simple, efficace, et se saisit avec rapidité. J’apprécie la force de cet usage pour le travail. Par contre, la veste sport impose plus de réflexion. Vous me direz, si peu. Oui au fond c’est une bataille dans un verre d’eau. Tout de même.
Ainsi, plus le temps passe, plus j’ai tendance à confectionner mes vestes sport AVEC un pantalon. Gris ou autre qu’importe, mais l’accord est figé. Je peux toujours le faire changer, mais chaque semaine, lorsque je saisis le cintre avec la veste, il y a dessous un pantalon ad hoc. En fait c’est un luxe par rapport à la situation que j’ai décrite.
Certains pourraient trouver cela triste et monotone et je les comprends totalement. C’est là que se trouve une légère gradation dans l’art du gentleman, entre le simpliste et le raffiné, le rapide et l’attentionné, l’usager et l’esthète.
Cette question d’une veste pour un pantalon se pose d’autant plus lorsque la veste a un motif ou une force certaine. Les tissus que proposent les drapiers sont de plus en plus pimpants, souvent relevés de carreaux. Ces couleurs multiples ne rendent pas la tâche de la combinaison avec le pantalon simple. Il est donc d’autant plus facile pour ces vestes marqués d’avoir un pantalon, LE pantalon qui va avec.
J’ai fait attention aux clients qui commandent des vestes sport ces derniers temps. Et finalement, à part les jeunes qui envisagent la veste sport avec un jean, les messieurs d’un certain âge sont assez enclin à faire confectionner un pantalon avec la veste, coordonné. Ils achètent là une tenue, clef en main, et non la base de combinaisons possibles.
Mais lorsque j’énonce cette observation, j’avoue aussi ne pas l’avoir quantifié. Et vous? Envisagez-vous votre veste sport avec un unique pantalon, par commodité, ou avec plusieurs de vos pantalons, par plaisir de tenues variées?
Belle semaine, Julien Scavini
















