La beauté et la fragilité

L’industrie textile produit une quantité astronomique de marchandises et il est souvent difficile de s’y retrouver. Pour les clients, la question du rapport qualité-prix, difficile à repérer toutefois, est un élément primordial de l’achat. Être dans son segment de prix, apprécier le produit, en voir les qualités à l’usage est plus que jamais nécessaire.

Mais lorsque toutes les devantures et échoppes croulent sous la marchandise, à des prix très variables, il devient difficile de s’y retrouver. Pour se dissocier du lot, il est alors possible de monter en qualité. C’est même primordial. Mais il existe un mais.

Le premier ‘mais‘ est évidement le prix. Rester dans un segment de marché sans devenir une niche inabordable est difficile. Lorsqu’on est détaillant, on peut bien sûr proposer seulement le plus beau. Mais si les clients n’achètent pas ou peu, on sombre très vite. Le volume à faible qualité est plus facile à faire. Paradoxalement.

Le second ‘mais‘ est plus insidieux et difficile d’ailleurs à avouer pour le commerçant, que je suis par ailleurs. Il est possible de proposer du très beau à prix serré. Les drapiers d’ailleurs ne se privent plus maintenant de faire des tarifs sur les super 150 et autres, si doux par ailleurs.

Mais ce très beau a une face cachée, sa fragilité. C’est assez impensable à vrai dire. Car souvent le beau est plus cher et plus fragile :

Le cachemire pour manteau, c’est somptueux. Mais le drap s’élime bien plus vite qu’en 100% laine. C’est une vérité. Inavouable. Mais c’est somptueux.

Les cotons égyptiens et sea island sont d’une douceur à peine croyable. Mais les poignets et les bords de cols affichent vite la fatigue. C’est une vérité. Inavouable. Mais c’est très agréable à porter.

Un pantalon en lin et soie ou même en flanelle, c’est bien mieux qu’un jean. Mais les fourches peuvent craquer pour un rien. C’est une vérité. Inavouable. Pourtant, c’est agréable à porter.

Une paire de souliers en cuir, c’est racé et confortable. Mais c’est très fragile si l’on use les semelles sans y prêter attention. Combien d’hommes dans la rue savent qu’il faut mettre des patins ou ressemeler? C’est une vérité. Inavouable. Une belle chaussure est chère. Et en plus il faut s’en occuper!

L’exemple des boutons en nacre sur les chemises est archétypal. Premièrement, ils sont d’un prix exorbitant par rapport à ceux en plastique, et en plus, ils cassent. Pour une marque qui fabrique 100 000 chemises, 5% seulement de retour est absolument inenvisageable.

Les surpiqures tailleur, que l’on appelle AMF dans l’industrie, est aussi un point de qualité sartorial en même temps qu’une fragilité…

Dernier exemple, un drap super 150, c’est fluide à porter et léger sur les épaules. Mais les genoux, l’entre-jambe et les coudes froissent vite. C’est une vérité. Inavouable. Malgré la prouesse technique des drapiers.

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Ce faisant, le client devient le propre acteur schizophrène de ce marché. Les marques, surtout de prêt-à-porter, sont obligées de suivre le mouvement. Je connais même une grande enseigne française de costumes qui s’est fait une spécialité des coupes affûtées et des tissus poids-plume. Les clients achètent précisément pour ces deux aspects, rejetés après, lorsque le pantalon craque. Et apparemment, c’est assez classique! La marque ne peut ni faire plus ample ni faire pus lourd. C’est son business modèle comme on dit.

Toute la difficulté est la compréhension de ce phénomène d’usure du beau. L’éducation. Il faut accepter les défauts d’un produit haut de gamme. Une Bentley est bien plus chère qu’une Renault et coûte un argent exorbitant à l’usage! Double peine.

Faire descendre les produits de luxe à un niveau plus accessible, faire découvrir des matières précieuses, faire aimer de l’exceptionnel ne marche que si le client le comprend. Combien ai-je eu de clients, souvent les dames, ne comprenant pas que ce soit « plus cher et moins bien« . Moins bien sous certains aspects seulement… et heureusement!

Un produit de luxe, un produit raffiné est fragile. Le commun c’est la solidité et l’endurance.

Je reviens sur la flanelle. J’ai quelques clients, en prêt-à-porter (car je vends une large collection de pantalons) ou en mesure, qui parfois sont déçus de la faible longévité de l’article. Que puis-je leur répondre? Hélas, je ne suis pas Vitale Barberis Canonico. Ils fabriquent quelques millions de mètres de tissus par an. Oui, millions. Aux plus hauts standards de qualité. « N’empêche, comme dit mon artisan tailleur qui réalise les grandes-mesures, la flanelle, c’est pour les messieurs riches, ça s’use« . Vrai.

Vouloir du beau est légitime. Yves Saint Laurent disait qu’il faut vivre en beauté. Mais l’exceptionnel a un coût d’achat et un coût d’usage. Et il faut en avoir conscience.

Belle semaine, Julien Scavini

La largeur de l’épaule

Un lecteur m’a posé cette question la semaine dernière : quelle est la bonne largeur d’une épaule de veste et comment se repérer?

Autant le dire immédiatement, il est très difficile de se prononcer de manière définitive sur le sujet et encore plus difficile de définir une véritable règle.

Considération tailleur 1

La première information à livrer est que d’une veste à l’autre, d’un fabricant à l’autre, pour une même aisance, vous ne trouverez pas forcément la même longueur d’épaule. La longueur d’épaule, c’est la longueur de la couture en fait. Et cette dimension peut varier à cause d’une chose : la largeur de l’encolure. Suivant la construction du patronage, l’encolure pourra être plus ou moins large. Ce qui fait varier en conséquence la longueur d’épaule.

Généralement, une épaule fait 14 à 16cm. Mais une encolure plus ou moins généreuse peut amputer ou augmenter cette dimension. L’encolure généreuse sera ‘camouflée’ par un col qui monte plus vers le col de chemise. Donc les fabricants préfèrent souvent parler de largeur de trapèze, à savoir d’une tête de manche à l’autre en prenant en compte l’encolure. C’est une valeur plus sûre de comparaison.

Considération tailleur 2

Deuxièmement, la largeur et l’aisance de la tête de manche influe aussi sur le confort. Par exemple, mon atelier italien propose des épaules très étroites, grâce à une manche généreuse. Je suis d’ailleurs souvent très confondu par l’étroitesse des épaules qu’il est possible de faire. 13,5cm de large pour une veste en taille 48 passe presque grâce à la générosité de la manche. Le haut du bras se trouve bien enveloppé dans la tête de manche, sans perdre de confort. A l’inverse, mon autre fabrication européenne, reposant sur une manche étroite au goût du jour propose des largeurs d’épaule plus standards.

Donc, soit l’épaule de la veste est étroite, et donc l’épaule du corps doit trouver son confort dans la tête de manche / soit la tête de manche est étroite et fine et l’épaule du corps doit trouver sa place sous l’épaule de la veste. Pas facile à suivre…?

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Considération d’époque

Par ailleurs et point le plus important : suivant les époques, le paradigme change. Dans les années 20, après la mort de milliers de jeunes hommes, les costumes apprécient se souvenir de la jeunesse. La mode est au coupe étroites et pincées. Les épaules sont minuscules, ce qui donne des airs de poupées. A l’inverse, les années 30 cherchent à montrer un homme sur-homme. Les épaules sont exagérées, très larges. On parle d’épaule cantilever, comme les ponts en encorbellement. Les années 90 reprendront ce principe, développant une image de générosité de la coupe, et de confort absolue. Le style Slimane dans les années 2000, sans chercher les épaules toutes petites, cherche surtout la manche très étroite, jeu d’équilibriste pour ne pas trop entamer le confort. Les italiens à l’inverse avec la manche napolitaine cherchent l’étroitesse de l’épaule, en contrepartie d’une manche volumineuse (volume qui d’ailleurs s’exprime souvent sous forme de fronces à la mode).

Donc, difficile là encore de donner une règle.

 

Considération actuelle

Les tailleurs suivent un peu ces modes. A leur rythme. Le tailleur de Jean Gabin ou de Lino Ventura mettait beaucoup d’épaulette et trichait la largeur. La veste était baroque.

De nos jours, on est assez naturaliste dans la manière d’habiller le corps. Voir les schémas plus haut, en saumon les lignes de manche et d’épaule et en orange l’épaulette. Donc on s’en réfère à l’aplomb du bras. Je dirais qu’il faut monter à la verticale du biceps pour trouver le point de jonction avec l’épaule. Si l’on souhaite un peu d’aisance, il est possible de s’éloigner du biceps. D’un centimètre par exemple. Si l’on souhaite faire comme les jeunes, on suit alors l’arrondie de l’épaule vers l’acromion. Mais c’est un jeu délicat. La veste pour un rien pourra paraitre étriquée. La tête de manche alors va marquer et une bosse (en fait le bras qui pousse) va apparaitre. Ceci dit, j’ai beaucoup de clients qui apprécient cela, voir le bras saillant sous la manche…

Question de goût et d’époque donc.

Belle semaine, Julien Scavini

La manche raglan

Chez les tailleurs et les couturières, les manières de monter les manches sont légion. En particulier chez la femme où l’on peut trouver des manches ballons, des manches gigots, des manches froncées, façon chauve-souris, dolman, j’en passe et des meilleures. Mais de manière générale, il existe seulement deux façon de penser une manche : soit elle est rapportée sur un corps autour d’une emmanchure (la manche montée) soit elle fait partie du haut du corps. La première version est la plus courante et la plus ancienne. Et de nos jours la plus utilisée. La plupart des vestes possède des manches montées.

L’autre variante a été développée durant la première moitié du XIXème, et a pris le nom de l’homme pour qui elle aurait été inventée : FitzRoy Somerset, 1er lord Raglan (1788-1855).

L’homme, un aristocrate et militaire Anglais a perdu son bras droit lors de la Bataille de Waterloo. Aide de camps de Wellington, il occupe ensuite divers postes haut-placés. Il fréquente donc les bons tailleurs et faiseurs.

La légende raconte qu’Aquascutum aurait développé pour Lord Raglan cette manche spéciale pour camoufler son absence de bras. Histoire bancale, car la célèbre maison des impers caoutchoutés est née en 1851, alors que l’homme a perdu son bras en 1815 et qu’il meurt en 1855.

Une autre légende faire remonter la création de cette manche à un problème de fourniture durant la guerre de Crimée (1853-1856), alors que Lord Raglan est commandant en chef des forces britanniques d’Orient. Manquant de manteaux, il aurait confectionné dans des sacs de pommes-de-terre de quoi vêtir ses hommes simplement. La manche était donc probablement proche du kimono.

La manche raglan a donc deux origines possibles, l’une érudite, l’autre façon système D.

monte vs raglan

Quoiqu’il en soit, la manche raglan se reconnait au fait qu’elle est cousue dès l’encolure et constitue toute l’épaule de la veste. Elle est généralement assez souple, avec peu d’épaulette. Elle crée une silhouette très ronde et des épaules très coulantes. Son confort est exceptionnel, tous les mouvements sont possibles.

En revanche, la manche raglan n’est pas très fine. Alors que les manches montées peuvent être très étroites, le raglan est très ample.

Cette ampleur va de pair avec le corps sur lequel est elle montée. C’est ainsi que les manteaux raglan sont généralement coupés en poire, plutôt amples. Dans les années 50 puis 90, les manteaux raglan se portaient ceinturés, mais je trouve l’attelage curieux. Un modèle cintré et près du ventre paraitra démesurément ample aux épaules.

Car c’est le paradoxe du raglan. Malgré son aspect coulant, il fait quand même des épaules généreuses.

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Les tailleurs avec leur immense génie géométrique ont aussi développé des variantes, comme la manche marteau, qui commence comme un raglan mais fait une encoche. Et puis il y a le summum de l’art tailleur, ou quand l’arrière de la manche et le dos sont raglan (pour le confort) et que l’avant est une manche montée (pour l’allure fine). Alors là, le zénith de la couture! Une tannée à faire probablement. Arnys produisait beaucoup de modèles ainsi, le défis sans doute, du rarement vu aussi.

raglan marteau

Les tailleurs n’aiment pas beaucoup faire du raglan en général. Difficile à patronner, il n’est pas facile à régler, en particulier l’aplomb (la verticalité) de la manche qui ne peut pas être corrigé. Ou très difficilement. C’est plutôt une manche de prêt-à-porter, car pour le coup en industrie, la manche raglan est d’une grande facilité de montage.

Toutefois, l’époque n’aime plus beaucoup le raglan. Sur une veste, ça n’a jamais été très beau de toute manière. Seul le manteau s’y prête bien. Mon atelier italien propose le modèle Burburry classique, raglan avec col chemise, mais je n’en fais pas souvent.

Les seuls qui apprécient l’épaule raglan semblent être les grands équipementiers sportifs, Nike Adidas et consort, qui réalisent pas mal de maillots et de blousons légers avec de telles épaules. Pour les t-shirts, c’est l’occasion de faire d’amusantes oppositions de couleurs.

Enfin, le mot raglan ne s’accorde pas. On dit une épaule raglan. Et non raglante. Une manche raglan. J’ai longtemps hésité.

Belle semaine, Julien Scavini

Ranger son pantalon

Oui, vous avez bien lu. Un sujet très simple ce soir. Pourtant je vois tous les jours des clients ne pas savoir plier un pantalon habillé. Car si les chinos et les jeans peuvent se plier de manière assez simple, un beau pantalon ne se met pas en boule ou n’importe comment, sous peine de l’abimer.

Le plus important est de ne pas boutonner le pantalon lorsqu’on veut le replier. Sous peine de tordre l’extrémité de la ceinture. Et de la faire se déchirer à force, je l’ai vu une fois sur le pantalon d’un client. La patte au bout de la ceinture, à force d’être cornée, s’était tout simplement découpée. Car à l’intérieur de la ceinture, il y a une toile qui la rigidifie et qu’il ne faut pas pincer ainsi.

Voyez ces deux dessins. Sur l’un la patte encore boutonnée est obligée de s’écraser pour que le pantalon se plie, au bout de la flèche. Sur l’autre dessin, le mouvement est naturel.

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Un pantalon se replie le long des marques laissées par le fer à repasser. Le pli avant file jusqu’à la ceinture, où généralement un passant de ceinture se trouve. Le pli arrière s’estompe lui un peu avant la ceinture. Ces deux plis, avant et arrière, forment l’empreinte du pantalon à plat.

Si le pantalon est correctement replié tous les soirs, poches vides, il n’aura aucun mal à défroisser et à garder de la netteté.

Le plus simple, et ce que je fais, consiste à poser le pantalon à cheval sur la barre du cintre de la veste. Si c’est un pantalon seul, il existe des cintres spécifiques, avec une barre un peu rembourrée, pas un cintre en métal du pressing. Les bons pressings d’ailleurs disposent un élément en carton pour donner de l’épaisseur à la barre du cintre métallique. Ainsi, à cheval, le pantalon est très bien installé de mon point de vue.

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Sinon, une autre possibilité consiste à suspendre dans un cintre-pince le pantalon, par les pieds. Le poids relatif des poches et de la ceinture peut aider à défroisser. Inconvénient de ce cintre : la place. Car le pantalon suspendu est très long.

Pour ma part, je réserve le cintre-pince uniquement aux séchages des chinos et velours qui sortent de la machine à laver. Encore humide, je dispose bien comme il faut, le long de la marque de pliage qui reste encore, le pantalon. En séchant, il gardera la forme et limitera le repassage !

Enfin il existe des valets de chambre, parfois électrique et chauffant, qui à l’aide d’une planche comprimante, permettent de garder le pantalon bien repassé. Je n’ai jamais eu tellement l’utilité du mien. C’est pas mal, mais il ne me semble pas que mes pantalons froissent à ce point.

Et si besoin, un peu de vapeur du fer permet de faire partir les plis. L’astuce : fer très chaud, pleine vapeur (ouvrez le bouchon du réservoir, pour encore plus de vapeur), passez à la surface du pantalon sans appuyer, poser le fer plus loin, avec vos deux mains tendez la laine et soufflez dessus. La vapeur vive fait gonfler la laine, la refroidir rapidement et la tendant la stabilise et la rend nette.

Belle semaine, Julien Scavini

Cravate Club

Connaissez-vous Jessica de Hody et son atelier Minussi ? Jessica, comme moi, a fait l’Ecole des Tailleurs. Et elle est devenue une brodeuse très appréciée à Paris. Savez-vous par exemple qu’elle peut broder vos initiales dans vos vêtements? J’ai vu chez elle de belles parkas dans lesquelles les clients voulaient leurs chiffres. D’autres lui demandent des boutonnières à la main…

Jessica qui aime toucher à tous les artisanats d’art se lance aussi dans le monde 2.0 et lance son podcast dédié à l’univers de l’élégance masculine : Cravate Club. Pour le premier épisode, j’ai eu le plaisir de répondre à ses questions au long cours. L’occasion de papoter chiffon et pour vous je pense de passer un moment amusant et agréable.

Je vous laisse le lien ici. Profitez de ce week-end, parait-il neigeux, pour l’écouter?

https://soundcloud.com/jessica-de-hody-253917269/julien-scavini

Rayure craie et rayure tennis

Si la dissociation dans l’esprit des Anglais est assez clair, en France, il y a toujours une hésitation sur le terme adéquat pour désigner telle ou telle rayure.

Signe certain de conservatisme, le costume rayé fait parti de la grande tradition anglaise du costume de travail, un signe de respectabilité et d’ascension sociale. C’est LA tenue du banquier dès les années 20, des hommes d’affaires et même de la pègre qui adore faire étalage de raies marquées et ostentatoires. Les années d’après guerre et une certaine tempérance sociale estompent son usage au profit des draps unis. Les années 80 et 90 ont permis un retour en grâces des rayures, pour le pire et pour le meilleur. Mais trop fric, trop cliché, trop clinquante, elles furent encore poussées dehors. Avec les années 2000, des designers de tout poil la réintroduisent sous toutes les formes, détournant sa respectabilité.

Les drapiers proposent toujours une grande variété de rayures, surtout les Anglais. Habituellement, les raies sont blanches ou grises. Elles peuvent aussi être colorées, à manier avec précaution. Les Italiens sont assez conventionnels sur les couleurs des rayures, en revanche, ils jouent souvent sur l’écartement de celles-ci. Le classicisme avec un twist!

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Quoiqu’il en soit. Il existe deux variétés de rayures :

La rayure tennis, en anglais pin stripe, désigne une rayure très fine. Wikipédia dit 1/30ème de pouce soit moins d’un millimètre. La rayure tennis est en fait constituée d’un seul fil, qui, entrecoupé par les fils horizontaux, forme un effet de points qui se succèdent. D’où le terme pin stripe = ligne d’épingles. Elle peut être très discrète ou très marquée :

 

La rayure craie, en anglais chalk stripe, désigne toutes les rayures plus larges qu’un fil. La rayure craie peut apparaitre sur un drap sec (lisse) ou sur un drap flanellé. La rayure craie a une épaisseur variable, de quelques fils discrets à de fortes bandes. Dans un tissu sec, la rayure craie aura tendance à faire apparaitre de légères diagonales. Tissu assez voyant ai-je tendance à penser. Mais une fois le costume réalisé, c’est toujours d’une grande beauté. Si la surface du tissu est frottée, un aspect flanelle apparait alors, estompant la rayure craie. Dans une flanelle, la rayure peut être très ou peu visible.

Ci-dessous des tissus secs avec une rayure craie, deux fils seulement dans le premier exemple, une succession de petites diagonales dans le second :

Et ci-dessous deux tissus flanellés, l’un plus que l’autre. Dans la flanelle, la rayure devient un vrai coup de craie, une trace vaporeuse :

Il existe des rayures craies parfois plus discrètes que des rayures tennis, alors que ce devrait être l’inverse. Tout dépend en fait de la teinte. Je ne pense pas qu’il y ait une différence fondamentale de formalisme entre une rayure tennis et une rayure craie. C’est surtout une question de QUI L’ON EST ou de CE QUE L’ON VEUT MONTRER.

La rayure tennis, très appréciée dans les publicités Ralph Lauren, est assez peu demandée par mes clients. Elle est souvent soit trop marquée soit trop estompée. De manière générale, les rayures sont appréciées si discrètes ces temps-ci. Sauf en flanelle où c’est l’eldorado. Les jeunes adorent là où les plus âgés, surtout les dames, trouvent que ça fait vieux. Aller comprendre!

Belle semaine, Julien Scavini

Le petit conseil amusant

Petit et amusant conseil de début d’année.

J’aime beaucoup les Eaux de Toilettes et les Cologne, même si curieusement, ma peau semble les faire disparaitre aussi vite que possible! A ce titre, je nourris depuis longtemps une certaine fascination pour les produits de la marque Mont Saint Michel, que l’on trouve généralement en bas des gondoles des supermarchés. Parfum bas de gamme de grande distribution peut-on penser? Les 250ml s’échangent en général pour 3 à 4€. Une paille comparée aux 100€ que demande Hermès pour la Gentiane Blanche maintenant…

Je m’amuse depuis longtemps à les tester avec gourmandise. Du pas cher qui sent bon. Génial! La Lavande Impériale était une sorte de perfection de grand-mère, hélas arrêtée il y a quatre ans. La Fraicheur Intense qui l’a remplacé est un peu fade, même si l’été sous les tropiques, elle est intéressante. Mais la Cologne Ambrée reste une valeur sûre. L’odeur des vieux messieurs d’une certaine manière. Toutefois, même si cela m’amuse beaucoup, pour suivre le courant général, j’utilise quantités d’autres parfums plus raffinés. Dit-on.

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Mais j’étais triste de ne pouvoir utiliser ces grands flacons. J’ai réussi à trouver un usage quotidien à ces Cologne miraculeuses et peu coûteuses : l’eau du bain. Grand amateur de cette détente du soir, j’ai pris l’habitude, amusante au début histoire de liquider les flacons, de verser un bouchon entier dans le bain. Lumineuse idée. A ce petit jeu, la Cologne Ambrée est la meilleure. L’eau sent bon et la salle de bain se charge du parfum. La peau reste discrètement chargée de cette petite effluve pour un bon moment. Un délice pas ruineux du tout. Et probablement meilleur que tous les bains moussants! Vous me direz si vous testez…?

Un plaisir digne d’Amélie Poulain!

Belle semaine, Julien Scavini

Bonne année 2019

bonne année 2019

Je vous souhaite une excellente année 2019.

Que j’espère chic et charmante, en bonne santé!

Je reprendrai les blog la semaine prochaine ou celle d’après, le temps de souffler et de reposer mes méninges encore quelques temps. Il n’est pas aisé de trouver chaque semaine un article pour ici et pour les colonnes du Figaro Magazine, en gardant de la fraicheur et de la spontanéité, parallèlement à une activité de tailleur assez éreintante. Les gens sont énervés je trouve. Enfin bref, passez une agréable semaine! Julien Scavini

La fiscalité du costume « de travail »

La période est à la jacquerie fiscale! Une révolte qui sur le fond, je l’ai constaté quotidiennement et avec amusement, met beaucoup de mes clients d’accord, et de tous les bords! Une révolte au petit goût poujadiste qu’il serait intellectuellement malhonnêteté pour un petit commerçant de désapprouver complètement. Mais une révolte qui tout de même sur la forme sabote moral et affaires!

Quoiqu’il en soit, penchons-nous ce soir sur un point d’interprétation du Code Général des Impôts. Un sujet hautement brûlant! J’aime le piquant. Car, la question m’est très souvent posée. Pour de nombreux clients, le costume est LA tenue de tous les jours, celle du travail. Et un certain nombre sont leur propre patron. Soit de grosses sociétés ou au contraire, des indépendants libéraux, assureurs, avocats, agents commerciaux etc…

La question est souvent la même : « puis-je passer ce costume sur ma boîte? »

Autant le dire tout net, NON.

Explications.

Le fisc reconnait deux cas de figure pour qu’un vêtement soit reconnu professionnel, donc puisse faire l’objet d’une entrée comptable sur une société :

1- que le vêtement soit un vêtement technique. Pour cela, le vêtement technique ou le tissu le composant doit avoir une norme NF (traitement ignifugé, résistance à l’abrasion, tissu renforcé, etc…)

2- que le vêtement soit obligatoire. C’est par exemple le cas des tuniques de cuisinier, des robes d’avocat ou des blouses de médecin. Le cas du costume existe et l’administration a la réponse : un logo doit être brodé sur celui-ci de manière visible. Comme les agents de Sécuritas par exemple à l’aéroport. Toutefois, les serveurs qui portent obligatoirement le costume n’ont pas de logo pourrait-on faire remarquer.

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Il découle donc de ces deux points qu’un costume de tous les jours pour un avocat ou un vendeur automobile ne peut être pris en charge par la société. Toutefois, si vous le faîtes, il pourra être discuté avec l’administration le point suivant : le costume passe en fait dans les frais de représentation, fiscalement déductibles sous certaines conditions. Il conviendra de ne pas abuser. Car normalement, les frais liés à la présentation personnelle (achat de costume ou coiffeur) du gérant ne sont pas remboursables. La jurisprudence est très claire.

Tout est une question de tact et d’échelle. L’ampleur de la garde-robe ainsi acquise devra être en proportion 1- du chiffre d’affaire et 2- de la totalité des frais de représentation (incluant transport, restaurant, etc). Attention ainsi au coût du costume. Il pourra être argumenté que le Président a donné une référence. Ses costumes J. dont il a fait moult tweets coûtent 350€ environ. Aïe. Un bon costume vaut tout de même plus cher.

Si vous aviez abusé de la carte professionnelle pour vos costumes et que le fisc ne veut pas vous le laisser passer, l’administration pourrait qualifier l’avantage en revenue déjà acquis. Et les URSSAF (le faux-nez du RSI) se régaleront d’un avantage en nature chargé.

Car tous le monde le sait bien en France, il ne faut pas jouer avec l’administration. Le député Gilles Le Gendre* vient de nous le rappeler, le gouvernement est très subtil et très technique, et un en mot comme en cent, trop intelligent. Méfiance! En attendant, le gilet jaune va bien avec le costume marine. Je dis ça, je ne dis rien!

Il me reste à vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année! Profitez en bien.

Belle semaine, Julien Scavini

 

* Gilles Le Gendre qui pendant longtemps fut ‘sociétaire’ des Experts de Nicolas Doze, le matin sur BFM Business tout habillé en Arnys! Parfois en overdose, mais toujours de manière plaisante.