Quelques livres

Mes amis(es), je pose à peine mes valises de retour de vacances. Je pensais pouvoir faire un article ce soir, mais le décalage horaire me fait encore tourner la tête.

ILLUS81Donc, pour patienter, je vous propose une critique de trois ouvrages dernièrement lus. J’ai fait la critique, très dure d’un ouvrage sur Gieves & Hawkes récemment, je me rattrape avec uniquement des livres que j’aime.

L’éternel masculin : Icônes de mode et vestiaire idéal de  Josh Sims, aux éditions de la Martinière. A ne pas confondre avec L’éternel masculin d’un autre auteur allemand bien connu. Cet ouvrage retrace vêtement par vêtement l’histoire des pièces incontournables de la garde robe masculine. Il énumère tous des classiques comme le covertcoat Crombie ou le costume, évoque des pièces plus récentes comme le blouson et le jean, et passe en revue le trench, la chaussure bateau et sans oublier, la chemise hawaïenne ! Si le livre penche – à mon goût – un peu trop du côté du sportwear vintage, il comporte une masse d’informations captivantes. Les illustrations sont bien sélectionnées et imprimées en grands. Le propos est clair et le livre bien organisé. C’est au final un livre que l’on prendra plaisir à lire, et à feuilleter. Je mets 7/10.

Vintage Menswear : a collection from the vintage showroom, toujours du même auteur, mais en anglais cette fois-ci, aux éditions Laurence King. J’ai acheté cet ouvrage sur une simple recommandation d’Amazon sans trop regarder au fond ce que j’achetais. Je ne suis pas un passionné de workwear et de vêtements vintage à vrai dire. Mais force est de constater qu’il s’agit d’un des plus jolis livres que j’ai eu l’occasion de feuilleter. Feuilleter car ici, le texte n’est pas consistant. Peu importe, le travail qui a été fait est colossal. Il s’agit d’un catalogue très complet d’une boutique de vintage, et tous les vêtements (du classique complet trois pièces en tweed des années 30 au blazer gansé en passant par de vieux blousons de motards et des tuniques militaires) y sont représentés avec soin et amour. Les photos sont belles. Plans larges, gros plans, comparatifs avec d’autres pièces similaires, l’ensemble est bien organisé, l’ensemble est beau et c’est la boutique entière que l’on aurait envie d’acheter. Je recommande aussi chaudement. J’accorde 8,5/10.

L’évolution dans le vêtement, de George Darwin, réédition chez Allia d’un ouvrage de la fin du XIXème siècle. L’auteur est le fils du célèbre théoricien de l’évolution Charles Darwin, et tout comme son père, il s’intéresse à l’évolution, mais cette fois appliquée au vêtement. Dans un langage d’époque, mi-scientifique mi-philosophique, il décrit comment des vêtements ont été créés, ont évolués, se sont abâtardis, se sont transformés. Si le propos est difficile à vraiment cerner compte tenue des pièces décrites (anciennes comme le frack et la redingote), il n’en demeure pas moins passionnant, car il peut s’appliquer à l’époque moderne. Par ailleurs, la lecture (plutôt courte) est très distrayante. Et comme pour l’évolution humaine, on découvre que ce n’est pas forcément la force des choses qui crée des nouveautés, mais plutôt des accidents et des gratuités qui deviennent utiles. Mais l’utilité et la mode… Tel est tout le débat posé par Darwin. Instructif pour les plus passionnés. 6,5/10.

Bonne semaine, à bientôt. Julien Scavini.

Les retouches

Vous n’imaginez pas le nombre de clients que je vois qui ignorent absolument que oui, un vêtement se retouche. Etant un tailleur prolifique en tenue de mariages, j’écrème une certaine quantité de clients souvent jeune. Je m’amuse à les sonder et reste toujours étonné devant leurs habitudes.

Ainsi, une veste ne sera pas fermée, car en fait elle est trop petite. ‘Oui mais les épaules sont belles‘. NDLR : en fait elles sont étriquées…

Ainsi une chemise sera portée avec le col ouvert car en fait il ne peut se fermer. ‘Oui mais la taille est bien cintrée‘. NDLR : en fait elle colle à la peau… ou pourquoi ne pas avoir les deux ?

Ainsi un pantalon ne permettra pas de s’asseoir. ‘Oui mais c’est plus stylé comme ça sans tissu en trop derrière la cuisse’. NDLR : plus serré, il faut demander au toréador…

Donc avoir tout est un luxe en somme. Le col qui ferme ET le cintrage, c’est un luxe de nos jours ?

Vous n’imaginez pas les trésors d’ingéniosité que je dois mettre en œuvre pour les persuader du contraire. Et la patience… (mais c’est la composante essentielle du métier de tailleur).

On ne le répétera jamais assez, il vaut mieux un bon vêtement bien retouché qu’un vêtement acheté trop serré. C’est d’ailleurs un pli vicieux qu’ont pris les français, ils n’aiment pas faire retoucher. Dès lors, ils sont légions avec les manches trop longues. Payer pour ce service n’est pourtant pas superflu.

Il découle de cette fainéantise deux choses :

1- les marques intègrent les retouches, mais font alors payer cher le produit. Ou elles baissent les prix dans une course compétitive et cherchent alors absolument à vendre le produit sans retouche. La conclusion est la suivante : le client ressort mal habillé. La marque y est poussé par le marché. Cher avec service ou moins cher sans service ? Devinez l’orientation ! Une maison sérieuse et pas trop chère comme Boggi n’intègre pas les retouches. Les clients crient au scandale.

2- les marques segmentent leur offre. Le directeur artistique en relation avec le marketing édicte un drop (c’est à dire une relation de proportion entre la taille et le cintrage) pour viser telle clientèle ou telle autre. Bien souvent, les personnes d’un certain âge ou volume sont exclues. Cherchez une chemise taillée avec de l’aisance à prix abordable maintenant… Non, les modèles sont taillés pour des garçonnet crayon. Ceux là même qui me disent, je ne comprends pas, chez The Kooples, je tombe parfaitement dans le modèle. Et chez Ralph Lauren je trouve que c’est un parachute. En effet. Il en résulte qu’une bonne part des clients de ces maisons qui n’ont pas le ‘drop’ mais y vont par mode ont les bourrelets apparents… L’ennui est que la cible est très mince ces temps-ci. Le minet des villes a le vent en poupe. L’idée de tomber dans le modèle séduit les clients, ils n’ont pas à payer la retouche.

Notez toutefois que les femmes sont assez souvent pousse au crime. Les hommes à leur goût sont souvent habillés trop grand. Ce petit commentaire est le fruit de mon observation mais ne vaut pas généralisation.

Rappelons alors une évidence, un vêtement confortable cintré juste à l’endroit qu’il faut est plus agréable qu’une taille de moins.

Remarquons que si les jeunes prennent une taille de moins, les messieurs âgés abusent en sélectionnant une taille de plus…

Bref, lorsque je finis par convaincre mon interlocuteur qu’être à l’aise compte beaucoup, c’est gagné. En mesure, c’est facile, mais en prêt à porter?

Une chemise par exemple se retouche bien. Ce qui compte, c’est de prendre le bon tour de cou. C’est primordiale. Ensuite si vous trouvez la chemise trop ample, vous pouvez au choix : faire cintrer le modèle par les coutures côtés pour une grosse reprise, ou faire cintrer le modèle en exécutant deux pinces dans le dos, pour une petite reprise, ou bien additionner les deux. Ce n’est pas très cher et vous conservez un certain coffre pour la poitrine. La longueur des manches ainsi que la largeur se révisent aussi. Soit vous pouvez recoudre le bouton pour serrer plus le poignet qui tombera au dessus de la main, soit vous pouvez faire raccourcir la manche par le poignet, ce qui est plus fin. Demandez à votre retoucheur de quartier, il saura faire. Demandez un devis. 20 à 30€ pour ces opérations. Oui ça coûte.

ILLUS80-1 ILLUS80-2

Une veste se sélectionne à partir de l’exact tour de poitrine divisé par deux. 96cm = taille 48FR. Ou taille 46IT. Ou taille 38UK. Une veste trop petite ou étriquée est juste ridicule. Prenez garde à la largeur d’épaule aussi. Si vous êtes plus large, prenez une taille au dessus. Car après, vous pouvez faire cintrer la veste. Par la taille, au niveau des deux coutures côtés. Par le milieu dos si besoin, mais cette retouche doit uniquement s’ajouter aux deux autres reprises. Si trop de carrure dos, cela se reprend aussi. Si vous avez les épaules hautes, une petite retouche de la ligne de col et des épaules est facile aussi. Les manches peuvent aussi se cintrer et se raccourcir.

ILLUS80-3 ILLUS80-4

Enfin le pantalon. Il doit avoir un peu d’aisance derrière la cuisse, pour s’assoir quand même. S’il est trop long, cela s’ajuste. Finir à un doigt du talon à l’arrière n’est pas déraisonnable. Si vous appréciez les bas très étroits, vous pouvez. Mais il faudra laisser l’aisance au genoux. Car si le tube est étroit, le mollet qui est rond va attiré le pantalon qui va casser en dessous du genoux. Une coupé légèrement carotte est préférable je pense.

ILLUS80-5Après ça, n’hésitez plus, un bon vêtement se retouche toujours et on peut tout faire. Plus la peine d’aller dans des marques que vous n’aimez pas pour bien tomber dans le modèle. Travaillez un peu à votre allure, vous en tirerez une certaine satisfaction.

La semaine prochaine, petites vacances. Je reviens vite. Bonne semaine, Julien Scavini.

Le violet

J’avais déjà traité de la couleur verte dans un article et je voudrais aujourd’hui évoquer le violet, une couleur peu employée et pourtant pleine d’attrait.

La première des choses à faire pour parler de violet est de caractériser cette couleur. A priori le violet est une teinte assez intense, plutôt proche du bleu dans la gamme chromatique. Car plus l’on s’éloigne du bleu, plus le violet rougi. Il devient alors fuchsia ou pourpre suivant l’éclat, puis mauve ou parme s’il est atténué de gris, avant de devenir franchement rouge puis rose. C’est une chose très intéressante que de qualifier les couleurs et en particulier le violet. La colorimétrie internationale s’y prend d’ailleurs les pieds depuis plus d’un siècle. Une chose est sûre, voilà une couleur qui a de la ressource en habillement.

ILLUS79-7Comme couleur sœur du bleu, le violet se mélange admirablement avec. Un costume bleu peut ainsi être complété d’une chemise parme ou d’une chemise aux rayures violettes. La cravate peut être soit bleu, soit bleu avec du violet, un assemblage profond et piquant à l’œil.

ILLUS79-1Le costume peut aussi être gris foncé voire anthracite. Le contraste est divin. D’ailleurs, Ralph Lauren ne s’y est pas trompé en dénommant un de ses département Purple Label. Une cravate noire avec des pois violets, ça fonctionne très bien. Noir ou bleu et violet, voilà en costume un accord gagnant. Regardez d’ailleurs Michael Douglas dans Wall Street II (le film n’a aucun intérêt par ailleurs) et vous apprécierez sans doute ses tenues. Le violet apporte à une tenue l’éclat des couleurs chaudes et mais permet la discrétion des couleurs foncées.

ILLUS79-2Et je voudrais bien insister sur la chemise parme. Pour en avoir une, je peux vous garantir de sa sobriété et de son équilibre. Elle pourrait presque devenir le pendant de la chemise bleu ciel. Elle a par ailleurs l’avantage sur la chemise rose de ne pas faire rougir la carnation, point crucial quand on a la peau claire.

ILLUS79-3Bien évidemment, il ne viendrait à l’idée de personne de faire un costume violet. Toutefois, certains draps bleus s’accommodent bien d’une fine rayure tennis violette.

Dans le registre sport, les qualités du violet sont certaines. Un veston sport peut se présenter uni, par exemple en lin. Il s’accordera alors à merveille avec d’autres nuances comme le parme voire même le grège pour atténuer l’ensemble.

ILLUS79-4Je pense aussi qu’un drap bleu avec des carreaux violets peut être attractif. Associé avec un pantalon de flanelle anthracite, le trio de couleur est intéressant. Dans ces tonalités de couleur, un pantalon violet en velours à fine côtes est très utile en complément d’un col roulé noir. Une mise très urbaine et décontractée. Ou au contraire, un pull col V violet avec un pantalon de laine bleue. Simple et efficace.

ILLUS79-5Je note enfin la qualité du violet à s’accorder avec le vert. L’accord était apprécié de la maison Arnys. L’accord n’est guère évident et fait très vite ‘apprêté’ mais il est plaisant, aussi bien si c’est le haut ou bas que l’on interchange. Plus simplement, avec un complet de tweed vert, il est simple et de bon ton d’avoir une chemise à carreaux violets. En habillement, il faut savoir, tout en adoptant la modération propre au gentleman, prendre des risques !

ILLUS79-6

Belle semaine, Julien Scavini.

Le col officier et le col mao

Pendant longtemps, j’ai détesté le col officier ou col mao. Mais j’ai un peu évolué ces derniers temps, je vous explique.

La différence est légère entre les deux versions. Le col officier (donc la version occidentale de l’encolure cheminée) possède un bouton pour fermer et une griffe sur les vestes. Ce premier col est très formel et était très usité au 19ème siècle mais fut peu à peu abandonné car jugé trop guindé, y compris par les militaires.

Le col mao ou col de mandarin est un col non-fermé, un col plus décoratif qui est très souvent utilisé en Asie pour terminer les tuniques et robes masculines ou féminines. Ce second modèle terminait les grands kimonos en soie de mandarins. Peut-être est-il plus courant en asie du Sud et Vietnam, qu’en Chine où l’influence Mandchou et Mongol apporte d’autres types d’encolures plus pratiques pour résister aux froids. Ce col aussi fut peu à peu abandonné au fil du XXème siècle. Même Mao Zedong finalement le portait assez peu lui préférant la veste à col de chemise.

Il existe une différence fondamentale pour la création de ces cols. Le col officier nécessite qu’un pan chevauche l’autre. Et il faut réaliser des boutonnières, une tradition de broderie européenne. Le col mandarin nécessite que les pans gauche et droite s’embrassent et non se chevauchent (pour un vêtement dessus). Le fermoir est alors une passementerie, tradition asiatique qui s’est un peu perdue hélas, au profit de la variante européenne. L’effet est net avec un petit dessin. Et l’allure est formidable.

ILLUS78bis

Notons aussi l’existence du col indien, qui est similaire au col romain (celui des curés). Le col indien a un rabat très court, du même niveau que le pied de col et se rabat vers l’extérieur et plus souvent vers l’intérieur, ce qui est très discret et pratique. Ce col utilisé par Dior est souvent appelé col Dior.

Au fil de mes recherches sur le goût français, je me suis longuement penché sur l’allure des vêtements anciens régimes, qui étaient dépourvus de cols, un peu à la manière des vestes Chanel. Le gilet et l’habit se finissaient par une encolure ronde à vif. C’est la chemise qui montait, longuement entourée d’une fine cravate de dentelle blanche. J’aime l’allure que cela donne mais émet des doutes sur le confort thermique avec le cou si peu protégé. Je me dis aussi qu’avec un cou long, l’effet doit être très similaire au fait de porter un tshirt ras de cou. Cela fait paraitre le cou plus long.

Cette réflexion sur l’encolure que je mène depuis quelques temps m’a amené à une autre conclusion : la chemise à col retombant n’a aucun sens portée sans cravate. Vous l’aurez tous constatés, une chemise sans cravate se comporte mal. Suivant le modèle de col, ce dernier parait avachit et ses pointes se tordent. Ce n’est pas beau, inutile de chercher à prouver le contraire. Des clients me demandent bien de placer le premier bouton (pas celui du col) à telle ou telle distance pour éviter l’effet éventré et trop ouvert, mais ce n’est pas convainquant.

Le modèle de col retombant n’a jamais été conçu pour être porté seul. Le modèle est donc abâtardi et décadent pour moi car il n’a plus sa logique interne, sa logique de conception. C’est pour cela que les hipster ferment leur chemise jusqu’en haut genre Deschiens. Il est bancal. Sauf s’il est boutonné. Mais c’est un artifice bien mince auquel je recours ceci dit pour mes chemises de week-end.

ILLUS78Il y quelques temps, sur deux chemises que je porte le week-end et dont la forme du col ne me plaisaient guère, j’ai démonté la retombé. J’ai donc obtenu des cols… officier. Merci à ceux qui suivent 🙂

Et j’ai été assez convaincu. Un bon ami qui en porte depuis des lustres ne m’avaient jamais assez persuadé de la chose. L’effet très sympathique. Mais attention, la chemise à col cheminé n’est élégant à mon sens que s’il n’est pas associé à une veste à revers. Car la veste à revers, surtout en deux boutons, est logique avec une cravate. Le large V qu’elle dégage n’est fait que pour mettre en valeur une cravate. Sinon, ce V montre seulement du vide. Aucun intérêt. Je préfère mettre ces chemises sous un pull col rond ou un petit blouson à col Claudine. L’effet est minimaliste.

Les vestes à col ‘Arnys’ sont aussi adaptées, dans le sens qu’elles sont un dérivé ce col officiel. Elles se passent d’une cravate.

Enfin il reste la veste de costume à col mao, affectionnée par quelques personnalités (comme Pascal Lamy) et la veste de style autrichien (comme Tom Enders) qui a chipé on ne sait trop comment la coupe mandarin. Et là je suis très circonspect. Comme je l’ai déjà écrit à propos du style autrichien, je trouve curieux ce mélange d’influence. La draperie anglaise, c’est à dire le drap de laine principalement gris n’a rien à faire sur ces vestes. Le col mao apporte soit une allure épouvantable de vieux gourou et le modèle autrichien est synonyme de décontraction. Dans un sens comme dans l’autre, le col cheminée n’apporte rien visuellement et ne soutient pas une idée brillante je trouve. Les indiens rusent et retirent les manches sur des bases de vestes en draperie anglaise. C’est ingénieux. C’est dommage ceci dit de ne pas trouver de réponse idéale à ce col mandarin, je continue pourtant de penser qu’une petite voie d’élégance discrète et décontractée existe par là, faut il encore en trouver le chemin…

 Bonne semaine, Julien Scavini.

De la veste militaire à la parka

Il y a un siècle, le monde et en particulier l’Europe étaient jetés dans une guerre féroce et sanguinaire, qui les faisait basculer dans le XXème siècle avec plus de force que jamais. L’ancien monde, celui du romantisme et du temps qui passe avait vécu. Il y a exactement un siècle, la première guerre mondiale bouleversait les habitudes et les styles de vie, les usages, les traditions. Le vêtement ne fut pas épargné, loin s’en faut.

Le t-shirt de coton fut une de ces révolutions. Les américains l’adoptèrent assez vite, mais ce furent les armées anglaises et françaises qui dessinèrent les contours de cette tenue avec le garment de coton et non en tricot de laine inventé dès 1870. La force des américains est leur nombre, si bien que le A-shirt pour Athletic-shirt sans manche et le T-shirt pour sa forme en T avec manches courtes furent ensuite dans l’entre deux-guerre assez vite popularisés. Mais ils restaient encore pour quelques temps un sous-vêtement.

L’évolution la plus notable est à chercher du côté des vêtements de dessus, la veste en particulier. Si la question de la couleur s’est assez vite posée, notamment du côté français où le rouge garance posait problème, la forme aussi fut remise en question. Ce faisant, il est possible de lire dans les quelques modifications de l’époque le futur du vêtement au XXème siècle, moins mais mieux. Ainsi, la veste des poilus qui était longue et présentait encore le retroussis hérité des armées napoléoniennes disparut bientôt, pour laisser place à une veste carrée plus courte, plus mobile. Les tailleurs civils avaient aussi pris cette direction du plus court depuis un moment déjà, mais l’habit long restait d’usage à la ville aux moments les plus formels et sa disparition fut hâtée.

ILLUS77Le changement est plus visible encore chez les officiers. Je ne me lasse pas de regarder des photos des maréchaux, comme Lyautey. La vareuse militaire a des proportions très intéressantes : épaules étroites avec manches volumineuse, taille très pincée et bas ample. Les immenses poches à carte apportent, avec un dimensionnement très visible un cachet indéniable. Mais surtout elles sont pratiques. C’est un point important. Le vêtement n’est plus seulement beau. Il ne s’agit plus d’une veste de hussard à brandebourg faite pour rendre beau, mais il s’agit d’un vêtement pratique.

Une petite pierre était posée. Plus tard durant la seconde guerre mondiale, les militaires avancèrent encore un pion en raccourcissant les vestes pour créer les blousons. La taille était très haute car les pantalons montaient hauts. C’est la naissance d’une esthétique de l’homme très différente de ce que l’on avait toujours vu. Si les épaules s’étaient élargies durant les années 40, ces blousons dépourvus d’épaulette et de rembourrage étaient assez naturels dans leur esthétique.

Le vêtement civil n’a jamais eu besoin de ce niveau de praticité. Si le costume est ou était aussi un uniforme, en particulier durant les années 60, il n’avait pas les mêmes impératifs.

Pourrait-on émettre la légère hypothèse que le vêtement militaire représente l’avant-garde du vêtement civil, avec quelques décennies d’avance ? Ou qu’au contraire le vêtement militaire exprime le vêtement du moment, le révélant plus fort ? Les tenues de combat d’aujourd’hui, plus du tout d’apparat et très techniques, connectées et intelligentes seront-elles la trame du vêtement dans 50 ans ?

ILLUS77bisPourquoi j’interroge comme cela l’histoire, voire l’instrumentais-je me direz-vous? Car j’aime porter le costume en semaine mais n’aime pas beaucoup porter la veste le week-end et durant les moments de détente. Ainsi, je cherche une quadrature élégante et pratique. Quel niveau de praticité quotidienne puis-je emprunter au vêtement du commerce, celui-de monsieur tout-le-monde ET quel niveau d’élégance puis-je emprunter ou lire de l’histoire… ?

Et de noter la très importante diffusion aujourd’hui des parkas et autres doudounes… La forme courte voire semi-trois quart ; l’ensemble recouvert de poches très pratiques ; la réalisation dans des tissus techniques chauds et imperméables qui permettent d’être en simple chemise dessous ; la taille relativement étroite sont autant d’aspects qui renvoient aux grands principes du vêtement militaire. J’ai une de ces doudounes. Et je l’adore pour son large usage. L’été je remplace celle-ci par une sorte de saharienne couverte de poche, genre travel-jacket, en coton solide. Mais elle n’est pas d’une forme particulièrement étudiée.

Aussi en tant que tailleur je m’interroge sur ce nouveau vêtement décontracté. Cifonelli s’interroge aussi beaucoup à voir sa production de vestons sport. Le tailleur ne peut rester en marge de ce mouvement, bien au contraire il se doit de l’accompagner pour survivre et se renouveler. Et le vêtement militaire du XXème siècle m’apparait comme lumineux à plus d’un titre. Les officiers en particulier avaient le sens du beau. La field jacket ou le blouson d’aviateur court ont une forme d’élégance habillée. Les vareuses avec leurs grandes poches aussi. L’histoire est une source infinie de forme et d’usage, j’essaye d’y lire dedans !

Bonne semaine. Julien Scavini

L’usure et l’entretien

Nombreux sont les clients qui me demandent quelle est la durée de vie d’un vêtement et quelle est la meilleure manière pour les entretenir. Tâchons d’y voir clair.

La veste et le pantalon s’usent à des vitesses différentes. Je conseille toujours d’avoir au moins un costume par jour de travail. Ou trois costumes, un blazer et une veste sport pour pouvoir faire tourner assez les pièces. Les riches n’abiment pas les vêtements, car ils en ont beaucoup ! Le soir, il convient de retirer le costume et de passer un vêtement plus décontracté, comme un chino. Cela évite d’abimer au quotidien ses pantalons. Le costume retournera sur son cintre. Le cintre doit être large et de la bonne dimension pour bien soutenir l’épaule. Il faut vider les poches. De temps à autre, un coup de brosse suffit. Pour ma part je plis mes pantalons sur la barre du cintre, en prenant soin de replacer les plis. Vous pouvez aussi suspendre le pantalon par les pieds, ou le placer dans une presse. J’en ai une sur mon valet, non chauffante, et c’est pas mal, mais sans plus.

Les costumes s’usent pour plusieurs raisons par ailleurs. La principale est le recours à des tissus trop légers. C’est par exemple le cas des costumes De F****c qui durent 2 ans. Le costume kleenex d’un sens. Ce n’est pas la faute des marques, qui du reste ne font qu’acheter des laines à des drapiers. Cer**ti par exemple qui produit des grammages autour de 240/200grs, qui ne résistent pas. Les marques sont prises en étau entre une image et des drapiers toujours plus audacieux et une clientèle qui exige cela. C’est très schizophrénique finalement. Le client cherche la légèreté mais la reproche aussi. La veste élimera ainsi très vite en bas des manches, aux coudes, vers les poches. La laine se lustrera (elle deviendra brillante) assez vite aussi. Le corollaire de ces laines très fines, et qui ne sont pas du tout du même niveau de qualité que les laines fines supers 180’s dont parlait Parisian Gentleman récemment. Alors qu’un costume entoilé, avec un tissu de 370/400grs gardera un tomber implacable durant de nombreuses années.

Le pantalon va aussi s’user à l’entrejambe. Là encore ce n’est pas complètement la faute du duo marque/drapier, car les clients cherchent des pantalons ultra-slim. Je le répète, en laine, ça ne marche pas. Les fibres sous tensions, chauffées entre les cuisses, s’abraseront très vite par frottement, frottement accentué par l’étroitesse des cuisses. Beaucoup de mes clients me demandent un volume minimal pour les pantalons. Le résultat est une moindre durée de vie.

A4 Portrait _ Master LayoutEn ce qui concerne le lavage, évitez de le faire vous même. J’ai déjà mis un pantalon à la machine à laver sur cycle laine/ froid et le résultat n’était pas mauvais. Seulement pour retrouver les plis au fer, c’est une gageure ! Cela abime malgré tout un peu le montage intérieur de la ceinture qui n’est pas vraiment fait pour cela. Un chino est cousu solidement et endure les cycles de tambour, un pantalon de ville absolument pas.

Pour un petit repassage hebdomadaire, vous pouvez utiliser votre fer à repasser. Un bon modèle légèrement lourd et avec une bonne force de vapeur sera idéal. Vous réglez sur position laine et vapeur à fond et vous y allez. Achetez une semelle type téflon pour votre fer, c’est l’idéal pour ne pas lustrer la laine. Cette méthode défroisse. Mais elle ne marque pas vraiment les plis. Pour ce faire, il faut recourir à une autre méthode, plus ancienne, la pattemouille. Vous prenez un torchon de cuisine propre, vous le posez bien à plat, vous l’humectez d’une auréole d’eau et vous posez le fer. Sans vapeur. Sans bouger, et vous laisser la vapeur ‘infuser’. Vous retirez le fer 15/20s plus tard et/ou si l’eau a disparu. Vous répétez l’opération touche par touche, c’est assez long mais le résultat est bon.

Pour la veste, je déconseille de s’y atteler soi-même. Un peu de vapeur ne fait pas de mal, mais le risque de lustrer (c’est à dire de rendre brillante la laine) est important. Le pressing une fois l’an est largement suffisant. Pour le pantalon, suivant votre usage, tous les deux à trois mois suffit. Si vous mettez le costume une fois par semaine, cela fait tous les 8 à 12 ports, ce qui est raisonnable. Si vous n’avez que deux ou trois costumes, il faut envisager d’avoir une second pantalon.

Enfin, tous les pressing ne sont pas mauvais. Vous n’êtes pas obligé de demander un nettoyage à sec. Vous pouvez juste payer pour un repassage éventuellement. Il est toutefois difficile de savoir si un pressing est bon ou pas. Testez en faisant juste repasser une veste. Si le blanchisseur écrase le revers tout le long, c’est un mauvais. Il doit écraser au fer le tiers supérieur seulement, pour laisser le reste ‘rouler’ avec naturel. C’est un bon test. Le perchloréthylène qui est utilisé pour le nettoyage à sec peut parfois redonner de l’éclat à une laine, donc il ne faut pas le proscrire absolument. En revanche, il ne faut pas y passer une laine vierge genre tweed, cela dégraisse la laine, dont les fameux suints pourtant essentiels au confort thermique !

Vous savez tout maintenant !

Je vous souhaite une excellente semaine. Par ailleurs, je ne publierai qu’une semaine sur deux jusqu’à fin Mai, car j’ai beaucoup de travail devant moi!

Comment faire une écharpe à l’ancienne

Faire une écharpe avec une chute de tissu n’est pas si facile. Certes on peut faire un ourlet tout autour, mais cela manque de charme. Surtout pour le frangé au bout, qui n’est pas simple à faire pour un non initié. Pour ma part, avec deux coupons, l’un de cachemire, l’autre de soie imprimée, j’ai tenté de retrouvé les méthodes anciennes. L’écharpe est double face. Il faut commencer pour coudre les deux pans en rectangle, en ménageant un petite ouverture, pour retourner le fourreau. Ensuite on finit à la main les 5 ou 6cm d’ouverture. Puis, viennent les franges. J’ai testé diverses méthodes et matières, avant de m’arrêter sur deux pelotes de laine. J’ai coupé des coudées de fils. Ensuite avec une aiguille de tapissier à gros chas, j’ai passé trois brins de bleu pour un 1/4 de brin de rouge. Sur chaque passe, on fait un nœud, et ainsi de suite, on crée une frange à l’ancienne. Attention, travail long et fastidieux. Mais quel résultat!

(En réalité par rapport aux deux photos en gros plan, j’ai tout retiré pour recommencer avec une ‘densité’ de fils rouge moins importante).

A vos fils, à vos aiguilles, cousez !

Lecture et penderie

Un article un peu différent des autres ce jour, où je voudrais vous faire part de deux points. En premier lieu je souhaite vous présenter Une Histoire de l’Elegance Masculine, une chronique de la célèbre maison Gieves & Hawkes. Écrit par un collectif de personnes, dont Simon Crompton (qui en fait de participation livre une page sur les deux cent quarante que compte l’ouvrage!), le livre est plein de promesses. La couverture est superbe, le costume qui est représenté aussi. Le format est généreux, type beau-livre, bien loin des chiches dimensions du mien et le prix (75€ tout de même) distille une certaine idée de qualité. C’est donc plein d’entrain que j’ai attaqué, car le mot n’est vain en l’occurrence, la lecture de ce pavé lourd et encombrant.

Une histoire de l’élégance masculine. Rien que ça. Mis en avant dans les rayonnages des grandes librairies, je m’attendais à une somme encyclopédique sur le sujet. Peut-être aurais-je le plaisir de lire un autre Des Modes et Des Hommes, l’ouvrage de référence pour qui s’intéresse à la mode masculine. Il y a l’histoire stricte d’un côté, Des Modes et Des Hommes en est un bon exemple. Il y a une autre façon d’aborder le vestiaire masculin, par exemple en dressant une étude stylistique et purement conventionnelle, à la manière d’un guide de bonne manière. L’Eternel Masculin est l’exemple parfait de cela même si le côté historique est moins marqué.

Il y avait donc deux solutions pour aborder ce thème de l’histoire de l’art très rarement mis en lumière de manière intéressante et didactique. Et Une Histoire de l’Elégance masculine n’entretient avec ces deux ouvrages qu’une relation de titre. Purement et simplement.

Ainsi, l’ouvrage constitué de différents articles d’une vingtaine de feuillets chacun n’est que la chronique ordinaire et soporifique du développement de différents petits tailleurs qui donneront naissance à la fin du XXème siècle à la ‘si grande’ maison Gieves & Hawkes. Sous couvert d’un titre extrêmement pompeux, le livre n’est en fait qu’une vulgaire plaquette publicitaire. Et encore, pas la meilleure.

Les articles font rapidement tomber dans l’ennui le plus émérite des gentlemen. Je n’ai absolument rien appris dans cet ouvrage (à part peut-être l’histoire du casque colonial ou du gilet gonflable !). Je n’ai rien appris de l’histoire de l’élégance masculine et je n’ai rien appris de l’histoire du tailleur. Je n’ai pas non plus appris comment on faisait un costume chez Gieves & Hawkes. Quelle coupe, quelle philosophie, qui sont les coupeurs, les façonniers etc… Là dessus mystère !

Les articles ont par ailleurs le défaut d’une bonne partie des ouvrages écrits par les anglais, dont ceux du sympathique James Sherwood, ils ne parlent que de monarchie ! Ainsi, au fil du texte sont égrainés les noms des rois successifs, de leurs cousins, petits neveux, grands oncles etc… si bien qu’il faut un arbre généalogique sous le coude pour bien suivre. Savoir que tel duc ou tel baronnet faisait faire ses vêtements chez G & H. ne présente aucun intérêt et rend la lecture difficile.

Le seul intérêt de l’ouvrage, ce sont les photos. Le prince Charles en veste de brousse, son grand oncle le Duc de Windsor en culotte de cheval, les amiraux britanniques et quelques huiles diverses et anciennes. Mais il faut encore dire hélas. Hélas car toutes les photos ne sont pas belles. Par exemple, la quasi totalité des photos réalisées spécialement pour l’ouvrage à partir de création d’aujourd’hui présentent des mises d’une vulgarité et d’une superficialité extrême (la jaquette et la queue de pie sont affublées d’accessoires hideux, les vestes et pantalons sont trop courts, les couleurs ne font pas envie etc…). Rien dans les propositions ‘maison’ n’a attiré mon attention en dehors du costume de la couverture et du manteau de la quatrième de couverture.

Ainsi, je suis ressorti de cette lecture de manière indifférente. Et c’est bien dommage. Ne dépensez donc pas l’argent qui vous est demandé pour ces pages. Feuilletez le à la Fnac, vous en saurez autant !

Par contre, si vous souhaitez un ouvrage très historique et érudit, je vous conseille de chercher So British aux éditions du Regard. Ce livre raconte l’histoire et l’ascension du grand magasin Old England. Là aussi un livre de commande à visée commerciale, mais une réussite qui dépasse le sujet, richement illustré.

https://stiff-collar.com/wp-content/uploads/2009/12/separateur-texte.gif?w=153&h=12&h=12

En seconde partie de cet article, je présente quelques photos de ma penderie. Pour une émission que je prépare, la styliste voulait voir quels ‘look’ j’allais adopter. Si je n’avais à l’origine aucune envie de me livrer à cet exercice ruinant irrémédiablement l’entrain de la découverte d’un nouveau jour pour tout gentleman qui se respecte, je suis assez heureux de ma démonstration.

L’idée de remuer ma penderie pour me livrer à cette promenade stylistique faisant tâter de manière pesante l’étonnante vacuité qui étreint chaque homme élégant ne m’enthousiasmait guère. Un travail qui met en exergue un goût dispendieux pour l’inutile qu’est la beauté… Mais j’ai du m’y résoudre.

Et j’y ai pris un malin plaisir au final. Voici donc le résultat (partiel) de mes travaux. J’ai essayé de proposer de la variété, d’accorder les couleurs de manière simple, pour montrer au débutant que la complication n’est pas obligée. Une chemise bleu ciel, une autre rayée, une blanche, quelques cravates et le tour est joué. Cela illustre le clacissisme dont je parle toujours ici, qui avec un peu de goût et de patience peut être certes simple mais enjoué.

Côté costume. J’ai essayé de garder des chemises simples et de chercher dans les cravates un accord direct de couleur, soit la cravate contient un peu de marine/ gris ou de noir, soit elle contient les deux couleurs pour faire le lien chemise/ costume. Toujours avec souliers noirs.

Côté ‘sport’. Je essayé d’illustrer les propos développés précédemment sur le blog. J’ai adjoint les souliers.

Bonne semaine. Julien Scavini

La couleur des pantalons et des souliers

Commencer à assembler une garde-robe raisonnée demande un peu de réflexion, sur ses propres usages en particulier. Être majoritairement au travail en costume ou au contraire en décontracté change la donne. Si vous n’avez pas besoin du costume pour tous les jours, acheter quelques bons pantalons est important. Mais par quoi commencer?

Du point de vue anglais, le pantalon dépareillé est par essence gris. Le pantalon gris est le complément indispensable des vestes en tweed et des pullovers. C’est la tenue idoine pour toutes les occasions informelles. Le pantalon gris peut aussi faire moins british s’il est associé avec un pull anthracite ou noir et des souliers noirs. Il devient alors plus urbain, bon chic bon genre. Avoir plusieurs tonalités de gris est envisageable et souhaitable, anthracite, gris moyen, gris clair. Avec, aucune erreur, vous serez toujours le ton.

Si vous allez un peu au delà de ce raisonnement sur la couleur, vous pouvez aussi imaginer des pantalons gris dans des matières plus saisonnières. Par exemple un pantalon gris moyen en flanelle pour l’hiver et un autre gris clair dans une laine froide très légère. Non pas que le clair soit réservé à l’été et le foncé à l’hiver d’ailleurs, une flanelle presque blanche peut créer des accords merveilleux avec le tweed durant la saison froide.

Au delà du gris, vous pouvez acheter un pantalon bleu marine. Comme je l’avais dit il y a quelques temps dans un article consacré au sujet, il remplace merveilleusement tous les chinos marine. Et en laine, le tombé est bien meilleur. Avec un pantalon marine, vous tenez la pièce passe-partout, à additionner d’un pull aubergine ou gris clair, d’un pull zippé marron etc…

Je recommande aussi la possession d’un pantalon de laine marron, qui est un essentiel simple de la garde-robe aussi. Le marron n’est pas une couleur facile et ne va pas forcément à toutes les peaux. Mais le pantalon est loin des yeux et du visage, la mine apparaitra moins terreuse qu’avec une veste marron par exemple, qui n’est pas facile à manier. Le pantalon marron va très bien avec un pull marine ou une belle veste de tweed, unie ou à carreaux. Réalisé dans un drap de super 120’s, il sera doux et remplacera avantageusement le modèle en tweed qui gratte.

Enfin, le pantalon chino réalisé en toile beige de coton est l’essentiel de presque toute garde-robe. Attention toutefois à choisir un coton avec de la tenue et un modèle avec surtout pas trop d’aisance. Car un chino beige mal ajusté peut vite faire sac à patates. Les pinces sont à utiliser avec précautions à ce sujet.

Une fois ce tour d’horizon effectué, quelle couleur de souliers mettre. Voilà une question passionnante aussi et qui mérite réflexion. A priori, toujours dans une optique classique, le soulier noir ne va qu’avec le costume et n’est pas adapté à une tenue dépareillée. Seulement si vous ne portez jamais le costume et que vous souhaitez tout de même porter des modèles noirs, vous pouvez. Le tout est de faire cela avec chic et allure.

Ainsi, j’ai tenté des associations à ce sujet. J’ai dessiné un pantalon et je propose les couleurs de cuirs qui iraient avec. Cette proposition vaut pour un pantalon seul et pour un costume aussi. Dans un premier temps, avec un pantalon anthracite, le soulier noir va bien. Je ne l’ai pas dessiné mais un soulier en veau-velours foncé est aussi idéal. Avec un pantalon marine, le noir va (si vous portez le costume) et le marron va (si vous portez le costume ou le pantalon seul). L’accord de marine et de marron est difficile aux yeux des anglais. L’accord de marine avec du noir est difficile aux yeux de nombre de mes clients mais pas des anglais. Choisissez votre camp !

ILLUS76aAvec des pantalons gris moyen et gris clair, la chaussure noire continue d’aller, en particulier si vous portez le costume. Si le pantalon est seul avec des souliers noirs, il vaudra mieux jouer une carte plus urbaine en complétant en haut avec de l’anthracite ou du violet par exemple, une couleur sombre. Le marron foncé type bergeronnette est toujours bien vu et le marron clair presque mordoré apparait. Ces souliers très clairs sont maintenant très à la mode. Autant en parler. Ils correspondent au goût actuel pour le mélange très ‘Brunello Cuccinelli’ de gris très clair et de couleur camel. Un engouement italien pour les nuances claires.

ILLUS76b

Enfin, avec les pantalons marron et beige, c’est évident, il faut accorder les cuirs dans les mêmes tons. Et je ne parle même pas des souliers burgundy et autres fantaisies patinées.

ILLUS76c

Je vous souhaite une excellente semaine, Julien Scavini.