S’il est une tradition qui s’est relativement perdue, c’est celle de l’habillement domestique, du bien mis chez soi. Être élégant tous les jours est une tâche que beaucoup de gentlemen réussissent relativement bien. Mais être chic ‘en négligé’ est plus une occupation de dandy. Quoiqu’il en soit, il existe dans ce domaine aussi des codes que nous allons évoquer ici, succinctement peut-être; comme je l’ai dit, les traditions se sont perdues.
Les trois figurines ci-après reflètent trois aspects différents du vestiaire masculin d’intérieur:
On trouve premièrement la robe de chambre dont le peignoir est une version modernisée en tissus éponge. La robe de chambre est une grande étoffe, souvent à col châle que l’on noue par la taille, sans boutons. Dessous, on porte un pyjama.
Deuxièmement donc, le pyjama, réalisé en coton ou en soie, plus douce. Présenté sous la forme d’un ensemble de deux pièces, il est constitué d’un haut, une chemise, et d’un bas, le pantalon. La chemise se boutonne généralement avec quatre ou cinq gros boutons de nacre.
Enfin, la veste d’intérieur. Cet accessoire masculin a pour le coup complètement disparu mais avait un chic inouï! Exclusivement confectionnée avec un col châle, elle était le plus souvent en velours ras, avec un intérieur en soie ou satin, dès fois matelassé, ou en laine fine, plus chaude. Les revers exposent l’intérieur et ses motifs cachemires ou géométrals. Également, la veste d’intérieur arbore souvent des fermoirs à brandebourgs, tresses enroulées en forme de branches de ciseaux. Elle est quelque fois gansée d’un cordonnet rappelant les brandebourgs.
Pour ce qui est des occasions, sachez que la veste d’intérieur se porte après le retour du travail, pour l’apéritif et le diner, sauf si l’on reçoit, auquel cas, le smoking (dining jacket) est de rigueur. Après le diner et les ablutions, et dans l’intimité domestique, le gentleman enfile un pyjama qu’il recouvre d’une robe de chambre pour la fin de soirée. Une fois dans la chambre conjugal, il peut laisser tomber la robe de chambre.
Avec ces vêtements, il est de bon ton de porter des slippers en velours, à initiales ou pas, c’est selon votre goût pour le sur-joué ^^
Vous trouverez une large collection de pyjamas chez Derek Rose, célébre maison britannique dédiée aux vêtements de nuit. Pour ce qui est des vestes d’intérieur, une seule maison maintement, sur Jermyn street: Favourbrook, une institution! Enfin, la plus importante collection de slippers personalisables se trouve chez Shipton & Heanage. J’espère vous avoir été utile!
Il faut maintenant piquer les deux épaisseurs ensembles, ce qui n’est pas une mince affaire. Là réside le plus difficile dans un veste finalement, le piquage des devants. Une veste est en effet rarement coupée droite, et présente en bas, mais aussi au revers de nombreuses parties courbes, plus ou moins courbes d’ailleurs qu’il faut coudre si possible au maximum sur le tracé, et en double (droite et gauche). Et manier une machine à coudre Brothers (marque déposée) avec doigté n’est pas une tâche de débutant.
Une fois piquées et contrôlées, il faut ouvrir les coutures sur la jeannette pointu, appelée enclume parfois:
Ensuite, on rabat la parmenture contre le devant, envers contre envers cette fois ci. Et on bâti les bords avant des les piquer au point perdu (à l’aiguille cette fois ci). Il s’agit de faire un petit point quasi invisible à 2mm du bord pour fixer les coutures et empêcher les deux lainages de bailler… Il faut également décaler vers l’arrière le lainage intérieur pour qu’il n’apparaisse pas sur l’extérieur, une démarche obligatoire, surtout dans les laines épaisses. On peut maintenant apporter un bout de doublure, préalablement découpé et cousu au petit côté (encore de nombreuses étapes!):
Il faut aussi penser à réaliser une poche basse dans la doublure, pour y loger… le téléphone par exemple… Pour cette veste, j’ai choisi de faire une poche paysanne (qui s’est transformée en poche simili-poitrine…) plutôt que les habituels passepoils. En tous les cas, une chose est sûre: la doublure c’est mou, ça n’a aucune prise et ça se déforme!
Et maintenant le rabattage finale. A la différence du prêt à porter qui confectionne ses vestes à l’envers (pour coudre tout à la machine) et qui retourne les vestes comme des chaussettes à la fin (par le haut de la doublure de la manche s’il vous plait!), la culture tailleur travaille beaucoup de l’extérieur. Donc pour rabattre un doublure, on presse bien la doublure sur la forme en carton pour bien presser les arrondis, puis on pose, puis on coud (par l’extérieur donc). On réalise soit un point de côté (quasi invisible et assez sobre), soit un point perdu (qui fait des petits points, la fameuse surpiqure du PAP), soit un point de sellier (une succession de tirets, très chic, très difficile aussi). Je vous passe quelques menus détails et le devant gauche de la veste est fini! J’ai mis 3 jours et demi, autant dire une éternité hélas. J’ai raté quelques étapes (comme la poche poitrine hélas, cela arrive), mais suis quand même satisfait du résultat… d’ailleurs ce résultat, peut-être souhaitez vous le voir en couleur? Il est du plus bel effet: chevrons noir et gris sur doublure rouge brique:


Les deux ensembles sont alors bâtis plusieurs fois, notamment sur l’œuf de tailleur, ce qui clôt la mise sur toile! Passons à la poche poitrine, qui serra la seule poche crantée de cette veste, la poche de côté étant plaquée. Cranter la toile signifie y faire une découpe pour loger une poche notamment. La poche poitrine débute toujours par le façonnage de son rabat, une petite pièce de tissus remplie de bougran (toile dure de coton):
La poche est maintenant finie, et nous pouvons suspendre le veston pour la pause. A cet instant nous découvrons un revers qui tombe, n’ayant aucune rigidité:



A ce moment, nous surfilons les bords arrières et la pince du veston avant. Puis nous réalisons la pince (fermeture de l’espace laissé vide à la taille sur l’image ci dessus). Puis nous assemblons le lainage avant avec le petit côté: 





Ensuite, il faut passer une bonne demi-heure à la presse (au fer donc) pour finir de donner un galbe aux toiles. Et il s’agit véritablement d’un travail d’homme pour tirer comme un sonneur sur les toiles et les déformer… Un fer très lourd et une main très sérrée sont necessaires! Ne pas hésitez non plus à laisser le fer plusieurs dizaines de secondes au même endroit, pour bien faire sécher les épaisseurs:
Si l’on commence à plat contre la demi-lune couchée (le morceau de bois rond), on finit en revanche sur l’oeuf:
Ainsi les toiles prennent à vie une forme bombée, plus ou moins accentuée suivant le client… Demain, je réaliserai la poche plaquée (c’est une veste sport), ainsi que la mise sur toile (assemblage des toiles de plastrons avec le devant de la veste), les poches de garniture et le piquotage du revers, l’occasion de prendre d’autres photos…











Cela dit, il est notable qu’il revient quelque peu en grâce, porté par des marques comme Ralph Lauren qui communiquent allégrement avec lui. Il existe plusieurs sortes de nœuds papillons, faisons en le tour !




