La hauteur du col et des revers

La semaine dernière, un aimable passant est rentré dans la boutique pour me demander s’il était possible de modifier en demi-mesure le cran de revers, qui est la signature visuelle d’une veste. Ce cran de revers, ouvert ou en pointe, est la jonction entre le revers et le col. Lorsque l’on réalise une veste à la main, c’est un point crucial d’esthétique et de finesse, à l’instar du montage des manches. A la fois techniquement car de nombreuses pièces sont imbriquées, et formellement car l’impact de la veste, son harmonie, naitra là.

Bien sûr répondis-je. Le plaisir de la demi-mesure, c’est de pouvoir, en partie modifier les grands paramètres canoniques : aisance, type d’épaule, forme des poches, nombre de boutons devant, forme et largeur du col. Ce qui en plus du tissu et de la doublure, donne un nombre de combinaison presque illimité.

Donc, oui, le col peut se modifier et généralement, les ateliers et faiseurs donnent le choix entre le col classique dit cranté ou sport, le col en pointes sur veston droit ou sur veston croisé, le col châle, etc… Et normalement, l’atelier permet de moduler la largeur du revers. Une opération techniquement pas si simple, à cause du grand nombre de pièces et de l’incrustation des coutures, entre dessus de col en tissu, dessous de col en feutrine, dos, épaules, parementure du devant. Quiconque a déjà essayé de coudre un col sait que c’est très complexe. Probablement plus qu’une manche pour qui est novice.

Je me souviens d’ailleurs de la finale de la saison 1 de Cousu Main, qui avait vu les trois candidats s’étaler sur ce point, alors même que les manches étaient correctes. Coudre un col, c’est se confronter à des géométries complexes et des petits coups de ciseaux experts qui génèrent le cran de revers!

Quoiqu’il en soit, le monsieur m’a demandé d’aller plus loin en modifiant la hauteur de ce cran. Là, hélas, j’ai du répondre par la négative. A cause précisément de ce que je viens d’évoquer, avoir l’opportunité de modifier la largeur est déjà bien. Pouvoir modifier la hauteur est trop.

Le monsieur voulait des crans de revers placés bas, à l’ancienne, alors que de nos jours, l’ensemble de la chaine industrielle et technique s’accorde sur des revers dessinés hauts sur l’épaule. C’est ainsi. C’est le goût du moment. Un goût affirmé il est vrai. Les italiens ont cette tendance à placer très haut, au niveau de la clavicule le cran du revers. Cela entraine toutes les lignes de la veste et place le regard haut. C’est la modernité. Sans que j’y trouve beaucoup à redire, je suis assez heureux moi-même avec cette ligne placée haut. L’allure très pincées des années 20, dignement dessinée par Leyendecker, est basée aussi sur des revers hauts placés, comme ci-dessous. (Mais avec des vestes longues, à l’inverse d’aujourd’hui).

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Classiquement, il est vrai que le cran du revers se place un peu plus bas, disons sous la clavicule. Les Beatles jeune, Frank Sinatra, Cary Grant portent ainsi des versions plus classiques. Mon atelier italien, Sartena pour ne pas le citer, a tendance à placer plus bas le cran de revers, une esthétique plus intemporelle, que j’aime à vrai dire moins. Et souvent les clients aussi.

A l’inverse, des années 40 aux années 90/2000, le cran de revers était placé assez bas, plutôt sur la poitrine. Le col coulait autour du cou, s’épanchait généreusement sur le revers. Une autre esthétique. Qui peut trouver sa justification également. Mais les vestes étaient surtout plus longues qu’aujourd’hui, les lignes généralement plus généreuses, notamment les manches et les pantalons. Ce portrait du roi George VI avec la reine mère donne un aperçu de cette ligne plus basse du revers. (Avec une veste pour le coup assez raz-de-pet au goût des années 30 un peu).

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J’ai tenté de dessiner cet aller et retour historique. D’un côté le revers placé de manière classique sur le haut de la poitrine, de l’autre le revers placé au dessus de la clavicule. C’est un parti-pris. L’analyse des vestes dans le commerce permet d’apprécier la position du vêtement par rapport à ces canons historiques.

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Vous pouvez ainsi choisir votre École. Toutefois, si vous appréciez celle de gauche, il faudra attendre la prochaine grande bascule stylistique, à moins de faire de la grande-mesure.

Belle semaine, Julien Scavini

Un costume pour l’hiver

La plupart des costumes fabriqués de nos jours sont coupés dans des lainages dit ‘quatre saisons’. Le drap de laine pèse environ 260 à 280grs au mètre linéaire (ou au mètre carré suivant les fabricants). Pour l’hiver, il est bon de monter un peu, un grammage plus lourd donnant un costume plus lourd et donc plus chaud.

Une sorte de consensus se dégage chez tous les drapiers, ce qui est assez amusant. 340grs est le premier palier intermédiaire. Les anglais appellent parfois cela le Royal Twelve, pour douze onces, soit 340grs. Avec ce poids, les tissus restent mettables presque toute l’année, en dehors de l’été chaud. Les costumes ont un bon tombé et sont solides. Suivant l’acception à la chaleur, on pourrait donc presque considérer ce poids comme toutes saisons.

Deux échelons permettent d’envisager trouver un costume bien plus hivernal. Le premier se situe aux alentours de 370grs. C’est un poids spécifique à la moitié la plus froide de l’année. Mais, curiosité, la plupart des tissus de ce poids ne donnent pas des costumes si lourds. La relative souplesse des tissus contemporains y est pour quelque chose, à l’inverse des draps anciens très raides. Il y a chez Drapers une liasse de ce type, la Five Stars, armurée de manière très dense, ce qui permet d’obtenir un tissu d’une robustesse incroyable, très raide. Je dois avouer n’avoir jamais vu à part dans les tissus anciens un tel maintien. Les costumes ainsi réalisés ont une prestance incroyable, une netteté hors pair digne de la grande-mesure. Ce tissu pardonne beaucoup au tailleur comme on dit.

Ensuite vient le dernier échelon connu, 400grs, de plus en plus rare. Bateman Ogden, honnête petit drapier d’Huddersifield me propose deux liasses, des british classics pourrait-on dire très agréables. Holland & Sherry édite une liasse amusante appelée City of London, sous-titrée Vintage Suiting, à 420grs. Les tissus sont toutefois assez mous, et le ressenti n’est pas si lourd que cela, malgré un cintre bien chargé. C’est paradoxal. Souvent ces tissus lourds font peur, mais en fait, une fois le costume coupé et monté, on est très loin d’un costume des années 60 ou 70, forcément bien plus raide et dense.

Il semble que le lourd revient un peu à la mode à en croire toutes les liasses que les drapiers sortent avec un peu plus d’étoffe. Caccioppoli a par exemple diffusé une liasse de tissus anglais en 360/370grs très attractive. Je remarque par ailleurs que ces liasses présentent souvent des tissus assez typés, à l’ancienne. Les caviars ont plutôt un grain  assez gros, les prince-de-galles sont forts, les rayures marquées. Loin de l’esthétique fine des tissus quatre-saisons.

Les tissus que je viens de décrire sont à ranger dans la catégorie des tissus lisses, présentant une surface satinée. A l’inverse, la flanelle de laine donne des tissus plus moelleux dont le simple aspect donne chaud. Un consensus s’opère là aussi, autour de 340grs. Vitale Barberis (via Drapers, ou Caccioppoli, ou les fabricants) propose une large gamme et Loro Piana ajoute une touche de cachemire pour la douceur. Il faut toutefois noter que ces flanelles sont là encore plutôt molles et que si vous en cherchez une vraiment à l’ancienne, dense et structurée, il faudra se pencher vers des liasses plus spécifiques, comme Gorina (470 à 500grs) ou Caccioppoli (450grs environ).

Il faut toutefois penser à une chose, à poids égale, par exemple 340grs, une flanelle sera plus épaisse qu’une laine lisse. D’où une perte légère d’aisance si le tailleur n’augmente pas un peu les dimensions du vêtement.

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Enfin, question délicatesse, il est bon de faire un rappel. La jauge du tissu, c’est à dire in fine, sa douceur, s’exprime en super quelque chose. Super s’100 ou super s’150. Attention, cette mention n’a aucun rapport avec le poids.

Généralement, les tissus lourds ne sont pas réalisés avec des laines aux jauges élevées, pour une simple question de prix. Les tissus lourds n’intéressent pas les gens les plus fortunés, ils intéressent les passionnés. Donc ils ne doivent pas être vendus trop chers. Et mettre beaucoup de fils luxueux coute très cher. Donc les tissus lourds, 340grs et plus sont généralement obtenus à partir de fils super s’60 ou super s’80 ou super s’100. Cette relative pauvreté de la matière n’est alors pas indiquée par les drapiers, car elle ne constitue pas un argument commercial. Corolaire, ces laines grattent un peu plus, ce que je ne supporte pas personnellement, le long de la jambe.

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Le graal est donc de trouver un tissu relativement lourd mais avec une jauge élevée. Loro Piana propose cela dans sa liasse Winter Tasmanian s’150. Un poème, la douceur et le poids réunis. Caccioppoli propose également des s’130 lourds, mais en dehors de ces deux drapiers, c’est morne plaine. Et ils sont pas donnés. Ces liasses de tissus sont composées de tissus aux dessins plus discrets et modernes, à l’inverse comme déjà dit des liasses typées lourdes.

Vous voilà donc entièrement renseigné. Reste à trouver votre tissu précis, bleu marine, gris fil à fil et passe partout, ou chevron serré, tissus habillé très intéressant et évocateur de la robustesse hivernale…

Belle semaine, Julien Scavini

Combien faut-il avoir de costumes?

C’est une question délicate, que me posent parfois les clients et devant laquelle je suis toujours très interrogatif moi-même. Car la réponse dépend grandement de la sensibilité du client au sujet vestimentaire. Il ne s’agit pas d’effrayer en disant quinze à quelqu’un qui pense trois. En même temps, parfois en disant cinq, on me répond, « je pensais dix! » Évidemment, la réponse la plus cartésienne serait beaucoup. Plus l’on possède, moins l’on use. Les riches le savent bien. Mais je ne voudrais pas  tomber dans une lutte des classes mal placée.

Il évident que de nombreux hommes perçoivent le costume comme une charge ennuyeuse et coûteuse. Et qu’ils n’en ont presque pas. Je repense à l’histoire d’un de mes collaborateurs, ancien employé de banque, dont le responsable à l’époque, n’avait qu’un costume et deux chemises blanches. Il tournait la semaine avec. Là, franchement, de qui se moque-t-on? Pourquoi pas venir en sabot et en braie?

Posséder quelques costumes est une question d’arbitrage personnel. Je rappelle qu’en 2016, il s’est vendu en France 22 200 000 Smartphones, pour une moyenne par an de 326€, moyenne montant pour les possesseurs de téléphones Apple à 529€ par an. Sans parler de l’abonnement. Trois petits points de suspension. A titre de comparaison, un bon costume Mario Dessuti, c’est un à dire un habit porté de 8h à 20h environ, coûte 190€… Il participe à l’esthétique et à l’image de la personne de manière plus qu’évidente. Mais nous sommes le pays des sans culotte, où le costume est plus vécu comme un asservissement que comme un signifiant social et courtois.

Revenons à la question. Être objectif n’est pas facile, moi qui ai la chance d’avoir de nombreux costumes. (Même si les mêmes sortent toujours).

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Je dirais que trois costumes tout à fait classiques est un bon départ. Si les costumes ont deux pantalons, alors, c’est remarquable. De quoi couvrir largement les cinq jours ouvrés de la semaine. L’idéal toutefois serait d’aller plus loin, avec un ensemble blazer pantalon, et pourquoi pas un costume plus hiver (une flanelle) ou un plus été (une laine froide, une laine-mohair ou de coton).

Une telle penderie me parait excessivement équilibrée. Les anglo-saxons diraient a genuine wardrobe , dans le sens de sincère. Trois costumes et trois bonus.

Évidement, le cran du dessus serait cinq costumes, un par jour ouvré. Trois bleus, deux gris par exemple. Bleu marine, bleu fil à fil, caviar bleu, gris anthracite, gris clair. Pourquoi pas un chevron? Ces cinq costumes pourraient être aussi complétés d’ensembles un peu plus saisonniers, un ou deux été, un ou deux hiver. Ainsi, ces cinq costumes de base s’useraient moins, relayés par saisons.

Construire un cœur de penderie compacte autour de trois à cinq classiques permet de ne plus penser au costume, qu’il devienne une facilité du matin, le bon vêtement que l’on met sans y réfléchir et sans se faire remarquer.

Car moins vous avez de costumes, moins il faut se faire remarquer. Avoir un costume gris à carreaux rouge est très bien. Vous passerez pour un élégant au bureau. Le mettre tous les deux jours et votre préciosité sera alors moquée (en même temps qu’un petit portefeuille évident et maladroitement révélé). Il est toujours délicat d’avoir les goûts d’un milord et le budget d’un curé de campagne.

Il faut de la patience pour bien faire. Et tout le plaisir consiste à se faire plaisir une fois de solides fondations établies. Il faut savoir équilibrer l’utile et l’agréable. Des classiques sobres sont utiles, il faut les rendre agréable par l’association de chemises et cravates variées. Le large prince-de-galles, l’authentique rayure craie, le très expressif carreau, brefs, les pures plaisirs viendront ensuite épauler la structure déjà bien en place. Mais ce n’est qu’un avis.

Au final, il est délicat de quantifier précisément les besoins. Ils dépendent de l’envie et de goût. Mais ce n’est pas prioritairement une question d’argent, ni de volume excessif, et peut-être même pas forcément de qualité. Il s’agit de volonté, une volonté de faire avec ordre et méthode, avec soin.

Belle semaine, Julien Scavini

La saison du tweed commence !

On l’aurait dit mort, dépassé par les nouveaux tissus techniques ou même les lainages très fins et autres cotons avec de l’élasthanne. Pourtant, force est de constater que les drapiers sont particulièrement prolixes cette saison. Le tweed est toujours là, bien là! Je vous ai préparé une petite sélection de ces merveilles.

Si on me demande souvent ce qu’est du tweed, la définition n’est pas aisée. Je dirais qu’il s’agit d’un tissu plutôt rustique, au toucher vaguement rugueux, qui sent bon les sous-bois. Techniquement, le tweed serait donc plutôt une laine cardée, c’est à dire peu travaillée. Mais, la plupart des drapiers utilisent des laines peignées, plus raffinées, pour obtenir des étoffes moelleuses et douces. Le tweed renvoie aussi à la notion de solidité. Pourtant, force est de constater que la plupart sont plutôt mous, j’y reviens à la fin de l’article.

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Holland & Sherry d’abord a complètement renouvellé sa liasse de tissus « SherryTweed », avec, et c’est une force par rapport à l’ancienne liasse, de nombreux tweed à effet Donegal. Ces tissus discrets et mouchetés sont très appréciés des français, qui se laissent rarement convaincre par les grands carreaux colorés, qu’Américain et Anglais adorent. Notons toutefois la présence de polyamide dans une bonne part de ces tweeds. La question est : est-ce pour donner de l’épaisseur et du grain au tissu? Ou pour légitimement renforcer une trame fragile (les tweeds fins sont fragiles)? Ou pour faire baisser le prix de production? Chez Holland & Sherry toujours, il existe aussi une liasse de Harris Tweed, très épais.

 

Chez les anglais de Standeven / William Halstead, le tweed se mêle d’un peu de cachemire, influence très italienne. Il en résulte une liasse magnifique, que je n’avais pas vu depuis longtemps. Des motifs anglais, d’autres italiens, des couleurs ou des unis, des chevrons discrets et des effets Donegal mouchetés (d’ailleurs utilisés pour ma ligne de Pantalons, ICI) superbes.

 

Chez les italiens, le tweed est aussi, et c’est le plus amusant, très à l’honneur. Le groupe Carnet / Ratti / Tallia di Delfino nous a livré une sublime liasse très épaisse de Harris Tweed, le fameux drap tissé dans les Hébrides. Un côté de la liasse présente des coloris classiques et l’autre des plus avant-gardistes. Un ensemble très cohérent, à prix correct en plus. Drapers aussi, à Milan, y va de sa petite sélection de véritables Harris.

 

Loro Piana de son côté n’a jamais été tellement habitué aux tweeds, la maison italienne préférant la douceur de draps de laine peignée, souvent mêlés de cachemire. Là, ils se sont lancés et la liasse « Sopra Visso » est une vraie merveille. Un poids très intéressant, mi-lourd mi-léger, des coloris variés et toujours de bon goût. Et comme chez Loro Piana, ils ne font jamais rien à moitié, la laine pour faire cette liasse est exclusivement italienne.

J’avais entendu dire il y a longtemps que la laine produite en Europe permettait rarement l’usage textile, les races étant trop primitives. Un mouton à laine doit vivre très agréablement pour que sa toison soit douce. Un mouton vivant dans des conditions difficiles sera plus stressé, d’où une laine plus rugueuse. La laine européenne servirait plutôt à la conception de tapis et matériaux divers. Ce serait donc un tour de force pour Loro Piana d’avoir sourcé assez de laine en Italie pour réaliser cette belle liasse.

 

 

Une remarque enfin. Une bonne partie de ces tweeds sont à réserver à la confection de veste. Ils pèsent seulement 350grs (environ). Et comme la trame de tissage est assez lâche, ces tissus ne supportent pas l’abrasion qu’un pantalon subit à l’entrejambe. Il faut donc y aller avec précaution.

Car si les drapiers s’amusent à sortir de nombreux tweeds, ils sont avant tout destinés à la confection de vestes dépareillées. Les tweeds à costume sont bien plus difficile à trouver. Bateman Ogden propose une liasse de tweeds rasés lourds (500grs et plus) qui sont parfaits, mais aucun uni ou motif discret, que des grands carreaux et autres gun-tweed. Dugdale de son côté propose une sélection de chevrons qui iraient très bien, mais le choix n’est hélas, pas très important. Si vous avez un projet de costume en tweed, le choix du tissu sera délicat. Si vous voulez une veste, allez-y, il y a pléthore!

Belle semaine, Julien Scavini

La dent dure pour le PR

Quel été! De buzz en buzz, comment notre pauvre petit cerveau a-t-il pu trouver le répit. La coupe du monde a été chassée par le buzz Benalla, story qui a été ensuite brûlé par un poste électrique à la gare Montparnasse, buzz qui a rapidement été cogné par Booba et Kaaris à Orly, histoire hallucinante chassée là encore par le buzz d’une #metoo italienne accusée à son tour… Puis, nouveau buzz : Jupiter trouve les Gaulois récalcitrants. Et enfin, un matin, sans prévenir, un chasseur a rendu un ministre biodégradable. Pfouuu c’est décoiffant tout ces buzz.

Heureusement, il y a Findus. Et les sujets super frivoles pour se remettre. Par exemple, la tenue du Président de la République, PR pour les intimes, au dîner d’État donné par la Reine du Danemark.

Le mardi 28 août 2018 avait donc lieu un diner d’État. Pour le protocole, c’est l’un des moments les plus prestigieux de la rencontre entre deux chefs d’État. Par exemple, si la rencontre se fait lors d’un voyage officiel, le degré en dessous, il n’y a pas de diner d’État. Juste un diner, sans (grande) pompe et tralala.

Et évidemment, il faut se saper un peu. Pour un diner lors d’un voyage officiel, le costume peut suffire (en France!) mais généralement le smoking est de rigueur. Pour un diner d’État en revanche, il faut sortir l’habit. Ou ce que l’on appelle plus communément, la queue-de-pie. Et elle oblige, la queue-de-pie! C’est comme construire un bateau, il faut du temps et suivre des règles.

Et notre aimable Président, c’est triste à dire, s’est latté. Bon d’accord, le site PurePeople dit que « Le couple présidentiel français a fait preuve d’une grande élégance« . Mais peut-on laisser des philistins en juger? Je ne commenterais pas la robe de Mme, il y a des spécialistes. Mais la queue-de-pie de monsieur. Ah! (Et je ne commente pas ce baise-main qui s’apparente à une poignet de main virile).

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La grande erreur vient de la veste. Car pour le gilet et le papillon, il avait bon : blanc. La queue-de-pie (abréviée ‘cravate blanche’ ou ‘white tie’ sur les cartons d’invitation) est un ensemble de vêtements très anciens. La partie haute, disons la veste, est échancrée et fuyante à la taille. Cette taille, placée très haut, oblige à avoir un pantalon qui monte sous les aisselles, au moins.

Or, M. Macron ne portait pas une queue-de-pie, il portait un jaquette. La jaquette, qui se porte le jour, pour les mariages ou les enterrements, est arrondie. Ce n’est pas le même vêtement, voyez plutôt : à gauche la queue-de-pie et à droite, la jaquette. D’ailleurs la queue-de-pie a des revers satiné et ne se boutonne pas.

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Mais en fait et au fond, je m’en fous bien comme de l’an 40. Le Président fait bien ce qu’il veut. Seulement, je suis navré de deux choses.

La première est que la France, quand même, est le pays du bon goût et du savoir-vivre. (Soit-disant). Ne pas faire la différence entre une queue-de-pie et une jaquette, c’est comme ignorer la différence entre l’appellation ‘Village’ et ‘Premier Cru’. Les deux sont bons, c’est sûr. Qu’un chef d’État originaire d’un pays dont ce n’est pas la tradition vestimentaire, ne sache pas, est pardonnable. Mais le Président de la République Française, tout de même…

Deuxièmement, et c’est ce qui est encore le plus triste, personne n’est donc là pour donner son avis et éclairer le sujet? Il n’y a pas un majordome à l’Élysée ou un fonctionnaire de haut vol pour venir l’expliquer? C’est tout un monde. Et on vient nous argumenter ensuite qu’on trouve des fonctionnaires de haut vol pour savoir comment gérer l’impôt à la source? tso tso, laissez moi tousser. Ils n’arrivent pas à voir clair question fringue mais genre algorithmes à 40 milliards, si?!

Mais rassurons-nous, côté incurie vestimentaire, notre Président n’est pas le premier de la lignée.

François Hollande il me semble n’a jamais porté l’habit. Dieu nous en préserve. L’Empereur du Japon, cet homme ô combien élégant, a préféré organiser un simple diner officiel en smoking. Il savait qu’il recevait un sans dent. A la différence de François Fillon, trèèèèès dignement vêtu pour recevoir le « Grand Cordon de l’Ordre du Soleil Levant ».

 

 

 

Nicolas Sarkozy était lui absolument ridicule en queue-de-pie. Son pantalon ne montait vraiment pas assez haut. Pire il le portait avec une ceinture de cuir. Diantre! Des bretelles. Le résultat : tout dégueulait sous le gilet comme disent les tailleurs. Et on ne le dira jamais assez, le gilet blanc ne doit pas dépasser. A gauche, Sarkozy, son habit trop court, son gilet trop long ; à droite, le duc d’Édimbourg, le gilet parfaitement réglé sur l’habit.

 

 

 

 

Jacques Chirac lui était assez fin. Comme il portait l’habit, en bref une queue-de-pie, mais de jour, il a donc choisi un gilet noir, chose qui peut se faire, comme d’ailleurs le Président Pompidou.

Parceque la queue-de-pie est plutôt considérée pour le soir et la jaquette pour le jour. Or, quand on doit porter la queue-de-pie de jour, comme lors de grands évènements protocolaires, il peut être admis de mettre alors un gilet noir.

Admirez cette cérémonie officielle où Pompidou parle! Quel poème vestimentaire. Pompidou en grand habit (-de Président-), les Ministres en jaquette, les huissiers en culotte à l’ancienne.

 

 

 

Finalement, il faut en revenir à De Gaulle, pour trouver un homme qui savait manier avec tact les convenances : la jaquette de jour et l’habit officiel le soir. En journée, pour les grandes cérémonies, plutôt que la queue-de -pie, son uniforme de Général était plus souvent de sorti.

 

 

 

Ci-dessous, Pierre Messmer et Maurice Couve de Murville en jaquette, De Gaulle en Général. Les Préfets, Militaires et tutti en uniformes respectifs. Quand même, pour des français, c’est la classe et ça devrait être normal.

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Voilà, j’ai fini.

 

PS : j’oubliais aussi à propos du diner au Danemark. Bruno Lemaire. Lui, sait ce qu’est une queue-de-pie. Hélas il est grand. Et sa queue-de-pie était trop courte, découvrant allègrement son gilet. Dommage! Car avec son cordon autour du cou, il avait du panache!

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Belle semaine, Julien Scavini

Bel été

L’été est là, il est temps de relâcher un peu le rythme, à défaut d’être tout à fait en vacances. L’année fut riche et tumultueuse. Je vous souhaite alors un bel été.

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Je profite de ce dernier billet avant l’automne pour vous encourager à voir un film, Julie & Julia, comédie dramatique américaine datée de 2009.  Ce film tout à fait délicieux relate le destin croisé de deux femmes : l’une a fait découvrir aux américains la cuisine française dans les années 50 et 60, l’autre a remis au goût du jour ces recettes dans les années 2000. Le film entrecroise les deux époques et les deux récits d’une manière très honnête.

Julia Child est peu connue en France. Cette américaine, qui ressemble assez à Maïté dans la façon d’aborder poulets et autres victuailles, s’est prise de passion pour notre gastronomie dans les années 50, lorsqu’avec son mari diplomate, elle s’est installée à Paris. Elle n’a eu de cesse dès lors d’apprendre à cuisiner et surtout de faire aimer la bonne cuisine et les produits frais aux américains. Un destin hors du commun. Elle présenta même pendant 10 ans une émission télévisée sur le sujet. Elle est jouée par une Meryl Streep au sommet de son art, mariée à Stanley Tucci, déjà vu sur Le Diable S’Habille en Prada. La mise à l’écran du Paris des années 50 est absolument formidable, un délice suranné plein de fraicheur, un bonheur. Les costumes de Stanley Tucci, mélange de conservatisme bureaucratique et de décontraction américaine, sont très élégants.

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Julie Powell, de son côté, s’était lancée comme défis dans les années 2000 de refaire toutes les recettes françaises – et elles sont nombreuses – du livre de Julia Child Mastering the Art of French Cooking.  Au delà des mets absolument délicieux cités à l’écran (ah cette sauce hollandaise!), elle est l’une des pionnières du blogging. Et la première personne dont le blog est devenu le sujet d’un film, de ce film. Réalisation qui mêle donc les thèmes : deux femmes qui s’ennuient à deux époques différentes, deux manières différentes de s’occuper et surtout, deux manières de partager son savoir. Un film rafraichissant, plaisant et gourmand. Petites audiences à l’époque, c’est dommage. Un film gastronomique qui devrait plaire aux français pourtant, il met à l’honneur leur art, l’élégance culinaire !

 

Bel été ! A bientôt. Julien Scavini

Apprendre l’aisance

Récemment, deux clients m’ont apporté un éclairage amusant sur la façon d’appréhender la veste et son aisance. Le premier est un nouveau client. Comme à l’habitude, je fais essayer des bases pour pouvoir prendre mes mesures. Car en demi-mesure, le procédé est toujours le même. A partir d’une base 0, dans une taille X ou Y, je vais demander à l’atelier des altérations. Ainsi, sur la base essayée, mettons une veste taille 50, je vais pouvoir demander une épaule basse, un agrandissement de la carrure dos, un cintrage de la taille, un raccourcissement des manches, etc… L’atelier ne reçoit en effet aucune mesure absolue, mais des mesures relatives, limitées à des évolutions de certaines valeurs de la base.

Avec ce client, il a fallu essayer plusieurs bases, plusieurs tailles. Il n’était habitué qu’au prêt-à-porter. Faire un costume de cette manière, prendre le temps, dépenser un peu plus d’argent (900€ chez moi), cela l’obligeait à se questionner et à faire attention. Se faisant, il a découvert l’aisance. Pas celle en trop. Pas celle qui manque. Juste celle qui va bien.

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Le second client est un habitué à qui j’ai déjà fait plusieurs costumes. Et à chaque nouvelle commande, l’idée est de revenir avec le vêtement précédent pour revoir les corrections et se demander ce qu’il est possible d’améliorer. Se faisant et pour la dernière commande, nous avons acté une légère augmentation du volume à l’épaule par rapport aux trois, quatre précédents opus.

A l’arrivée, le contraste avec le précédent costume, porté ce jour là, était criant, et le monsieur s’exclama ravi que c’était parfait. Cette légère aisance était une découverte heureuse. Et un bienfait. Sans pour autant faire un sac large, non non. Comparativement, ces autres costumes, pourtant tout à fait raisonnables et bons, lui paraissaient moins amples : « ah mais finalement, je suis serré« .

L’aisance ainsi, demande un apprentissage. Et c’est la capacité à itérer doucement chez le tailleur qui permet de tester cela. A la différence du prêt-à-porter, qui ne change que d’une taille à l’autre, ou drastiquement, d’une maison à l’autre. La fidélité ainsi à son tailleur et le meilleur gage, pour que dans le temps, il soit possible de goûter des manières de s’habiller différentes. Cela peut être l’aisance. Cela peut aussi être raccourcir ou allonger les vestes…

Belle semaine, Julien Scavini

La coupe suivant les pays

Durant de nombreuses décennies, les tailleurs apprenaient la coupe au sein d’académies, souvent tenues par des tailleurs de grand renom, comme Ladevèze puis Darroux en France. La relative autonomie des pays rendait alors moins spontanés les échanges, ci-bien que d’un pays à l’autre, les coupes et le travail finirent pas être différents.

Si la coupe anglaise moderne s’est diffusée à partir des années 20 et 30 au monde entier, les années 40 et 50 ont fait évoluer de manière nationale les coupes, conduisant à de véritables Écoles de style.

Avec la montée en puissance de l’industrie et la disparition des tailleurs, la production mondial est plus homogène depuis les années 80. C’est ainsi que le costume Hugo Boss est devenu une sorte de standard international, comme en architecture par exemple.

Le style international envahit de nos jours les rues des capitales, de Hanoï à New-York, en passant par Sao Paulo et Berlin. Toutefois, de légères disparités de goût existent, en particulier en Europe. Anglais, Français et Italiens ne partagent pas tout à fait la même approche.

Je me suis amusé à dessiner ce que pourraient être les coupes nationales. A prendre évidemment avec des pincettes, tout idée de généralisation devenant stéréotype outré. Ces dessins ne sont pas scientifiques, mais ils distillent l’idée qu’encore aujourd’hui, les tailleurs – et en partie le bon prêt-à-porter – peuvent être différents d’un pays à l’autre.

Ces dessins stéréotypes ont une certaine vérité historique si on les replace dans les décennies 60-90. Depuis, tout de même, ces styles se sont estompés. Quoique…

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La coupe anglaise se caractérise par une coupe confortable, cherchant à mettre le corps en valeur sans le contrarier. C’est une École de la souplesse en même temps que de l’allure. Distinction et sportivité. L’épaule est moyennement structurée, la taille moyennement pincée, les basques fermées et la taille naturelle. Le cran de revers est ouvert. Typique de Gieves & Hawkes ou Henry Poole.

 

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La coupe italienne développe beaucoup le trapèze, pour donner du tombant et une mollesse importante à la veste, que l’on ne sent plus. La structure est légère, la poitrine un peu ronflante. La taille est placée très bas, comme les poches et les boutons pour dégager une poitrine très masculine. Le cran de revers est petit. Dans l’esprit de Rubinacci.

 

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Les Français sont cartésiens et précis et cherchent à le faire savoir. La coupe parisienne est sculpturale, taillée au millimètre. Les épaules sont étroites et les têtes de manche enflées (car c’est plus dur à faire donc je montre que je suis un tailleur de haute-volée). Tout est au plus près du corps. La taille est haute et le revers roule assez haut, ce qui camoufle un peu la cravate. Il y a une sorte de réserve. Il y a aussi par rapport à l’Angleterre une perte de spontanéité, de simplicité dans le vêtement qui n’est qu’un vêtement. Pour les tailleurs français, avant d’être un vêtement, il s’agit de faire une œuvre. Les nouveaux entoilages italiens permettent toutefois de rendre plus souple ce qui était auparavant une armure. A la croisée de Cifonelli, Lanvin, Camps De Luca, Arnys… Les tailleurs allemands dans les années 60 avaient les mêmes idéaux il me semble.

 

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Je ne pouvais terminer cette comparaison amusante en oubliant la coupe ‘sack suit’ chère aux américains. Ils ont développé ce concept dès les années 1900, de veste molle, sans structure, taillée comme un sac à patate. Il n’y a même pas de pince sur le devant, le cintrage est inexistant. La grande allure américaine des années 60, toutefois abandonnée au profit du goût italien luxueux étalé dans les department stores.

 

Bien sûr, de nos jours, ces catégories sont presque caduques. Mais mais mais… des influences restent.  The Kooples et Dior continuent de proposer un style très près du corps aux épaules structurées, quand Richard James ou Ede & Ravenscroft proposent un style plus traditionnel anglais. Boggi distille une aisance plus italienne, que Suit Supply s’emploie à vendre partout. Etc Etc…

Belle semaine, Julien Scavini

Pourquoi fait-on des surpiqures?

Il est assez classique de trouver au bord des costumes de légers petits points, en particulier le long du bord devant, du revers, du col et des poches. Ce petit point est un détail technique et historique, devenu maintenant pour beaucoup une question esthétique. Pourtant il est normalement bien utile.

La laine est une étoffe qui possède naturellement beaucoup de gonflant. C’est à dire qu’une fois repassée, malgré un pli marqué au fer, la matière va avoir tendance à l’estomper et à retrouver son état initial. C’est tout l’inverse pour une feuille de papier. Une fois pliée, il sera à jamais impossible de la retrouver plate sans marque. Les fibres auront été cassées. On utilise la laine pour faire des vêtements luxueux, précisément pour cette qualité de gonflant. Le corollaire est que la laine drape bien, qu’elle est fluide.

Seulement voilà, si la laine apprécie gonfler, il est difficile d’obtenir des bords de veste très nets dans le temps. C’est pourquoi depuis des temps immémoriaux, les tailleurs réalisent un petit point au bord pour tenir le pli et la couture. Ainsi, le bord de la veste est d’abord piqué à la machine, puis lors de la mise en place du bord net, une discrète piqure main est exécutée. Idem pour les rabats de poches : le bout de tissu est piqué machine avec le bout de doublure, et lorsque l’on retourne pour façonner un joli rabat, on exécute un petit point.

Ce petit point à la main chez les tailleurs s’appelle « le point perdu ». Car il doit être très très discret et fin, à 1mm du bord pour les vêtements habillés ou à 5mm pour les vestes sports et gros tweeds. Les techniciens parlent eux du « quart de point arrière ».

Toutefois et depuis des décennies, l’industrie a développé des machines pour ne pas avoir à faire à la main ce point long et fastidieux. Deux machines existent : la machine AMF pour American Machine Factory et la machine Columbia. D’où les deux appellations en industrie : point AMF ou point Columbia. Les deux procédés diffèrent, aussi ne sont-ils pas utilisés aux même endroits. Le point Columbia présente à l’envers une succession de chainettes (des points qui s’enchainent les uns les autres, plutôt grossier) alors que le point AMF montre un envers délicat très similaire à ce qui se fait à la main. Ainsi, le point AMF est généralement utilisé pour le bord des vestes et le point Columbia pour poser les doublures ou faire le bord des poches de pantalons. Le point AMF est plus compliqué à mettre en œuvre, car la machine doit d’abord ‘avaler’ une longueur limitée de fil, disons 50 à 70cm seulement, qu’elle restitue comme à la main ; alors que la machine Columbia fonctionne à partir d’une bobine de fil. Le point Columbia est plus économique à mettre en œuvre du strict point de vue de l’industrie.

La surpiqure visible au bord de la veste est donc un point AMF. Parfois, d’une précision difficile à distinguer d’un point main. Si la machine est parfaitement réglée, ce point est très plat. Si la couleur est en parfaite correspondance, alors le point est à la fois très plat et invisible.

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Évidemment, des stylistes en mal d’inspiration ont trouvé drôle à une époque de tendre ce fil, avec pour effet de faire gondoler les surpiqures. C’est devenu un élément de style, d’abord de costumes de créateurs genre Dolce & Gabbana puis des costumes médiocres. La bonne surpiqure ne doit pas gondoler ou très très peu.

Cette surpiqure a un coût important, car elle est longue et précise à faire. C’est pourquoi de nombreux faiseurs l’ont aussi abandonné. Cet abandon purement économique est doublé d’une question de style : un costume sans surpiqure étant parfois considéré comme plus épuré, à l’instar de Dior et de la haute couture. Toutefois, pas de surpiqure est toujours mieux qu’une surpiqure de couleur…

La surpiqure permet à la veste de garder un bord très net, et surtout permet de renforcer la toile intérieure dans le cas de costumes entièrement entoilés. C’est pourquoi les bons faiseurs italiens, Brioni, Pal Zilera, Canali et d’autres ont toujours gardé ce point de détail, plus technique qu’esthétique en fait. La surpiqure n’a réellement de raison d’être que si le costume en entièrement entoilé. Car avec ce procédé artisanal de montage, l’intérieur très fluide ne permet pas à la laine de bien tenir son pli. La surpiqure est quasi obligatoire pour un costume entoilé, pour éviter qu’au but de 6 mois les bords manquent de netteté.

En revanche, lorsque le costume est thermocollé ou semi-traditionnel (un dérivé du thermocollage), la colle présente à l’intérieur de la veste et surtout de son bord tient la laine qui ne bougera pas. Les industriels utilisent un passement thermocollant pour tenir le bord ad-vitam. Dans cette vidéo Youtube, à 2min26, vous verrez une dame appliquer ce ruban collant sur les coutures du devant. A ce moment là, la surpiqure est en effet superflue!

Belle semaine, Julien Scavini