Portes Ouvertes à l’AF-Tailleur

L’Association de Formation Tailleurs organisera ses portes ouvertes les 18 – 19 – 20 Avril 2011, de 10h à 18h. Vous pourrez y découvrir le travail des stagiaires qui apprennent l’art tailleur pour ensuite intégrer les grands ateliers, Cifonelli, Lanvin ou Smalto etc…

Pour l’occasion, l’association ouvre également ses locaux à un artiste peintre, Mad Jarova. Le vernissage aura lieu le lundi 18 à 18h.

Julien Scavini

The Big Bang Theory

Si vous ne connaissez pas The Big Band Theory, sachez qu’il s’agit d’une série télévisée américaine diffusée sur CBS et qui fait actuellement beaucoup parler aux Etats-Unis et ailleurs, tant elle est drôle. Mais non, je ne vais pas disserter sur le ‘look’ des personnages, mais plutôt sur celui d’un des acteurs.

Je faisais une petite recherche sur internet à propos de ce programme quand je suis tombé sur cette photo du groupe de comédiens : ICI. Et rien ne m’a sauté aux yeux. L’un arbore une chemise noire, comble du mauvais goût, le second un costume trois pièce un peu trop fashion et étriqué qui pourrait sortir de chez The Kooples et le dernier sur l’image un affreux manteau qui lui donne l’air mal fagoté. Et puis il y a l’indien, Kunal Nayyar pour être exact.

J’ai été légèrement interloqué par sa tenue, depuis j’y pense constamment. Ce monsieur a réalisé un exploit (de mon avis) : associer la veste dépareillée, appelée aussi veste sport, à une soirée… D’après mes savantes règles elles-mêmes tirées des meilleures théories, seul le costume peut être de mise le soir. Avec des souliers noirs!

La veste sport doit être accompagnée de souliers marrons, ce qui la cantonne à la journée. Je n’aurais pas idée de débarquer à une soirée en souliers marrons et veste dépareillée. Le costume me paraitrait la meilleure option, sans aller forcément vers le smoking. Or ici, la veste est seule, en petit pied-de-poule noir (celui dont je n’aurais jamais su quoi faire auparavant) et accompagnée d’un pantalon noir. Je partage avec le Chouan son avis sur le pantalon noir. Mais ici, c’est la seule option qui paraisse viable. Avec les richelieus noirs et la cravate noire, cela crée un ensemble cohérent, qui ne fait pas garçon de café et qui convient absolument (de mon pur avis très subjectif) à une soirée, si le smoking n’est pas exigé. Sachant qu’évidemment aujourd’hui, rien n’est jamais exigé et que les gens croient bon de venir en jeans, à un vernissage par exemple.

Cette personne a, peut-être est-elle conseillée, ouvert une petite brèche pas idiotes dans les sacro-saintes règles. Une brèche de goût. On peut être de mauvaise foi pour défendre sa position, mais quelques fois il faut reconnaitre l’intérêt là où il est. Car marier la veste sport avec un événement mondain est un tour de force, presque une théorie du big bang!

Julien Scavini

La pattemouille

L’entretien d’un costume est une chose délicate qu’il ne faut pas traiter à la légère. Une laine bien entretenue durera, c’est là le point principal. Mais évidemment, les traitements différeront entre un costume thermocollé et un entoilé, surtout grande-mesure.

Le point principal est de s’occuper régulièrement et simplement de son costume ou de sa veste. Après une journée et de retour chez soi, je conseille de retirer le pantalon pour passer quelques chose de différents (un jogging de coton? :-)). Laissez reposer le lainage, comme vos chaussures en cuir qui doivent impérativement être garnies d’embauchoirs. Un valet de chambre en bois représente le nec-plus-ultra du confort pour vos habits. La veste sur son cintre pour galber les épaules et faire retomber la vapeur, le pantalon dans la presse pour faire disparaitre les plis de genoux.

Vous complèterez avec un petit coup de brosse pour enlever la poussière avant de ranger l’ensemble sur un cintre dans la penderie. Avec au minimum un costume par jour ouvré, la rotation est efficace. Plus vous aurez de costumes, moins ils s’useront! Idem pour les souliers (en fait, les plus riches sont d’une certaine manière économes sur ce poste de dépense…). Dans l’armoire (ou le placard), certains aiment les housses données par la boutique : uniquement pour les longs repos de contre-saison et pour y placer de l’anti-mite.

Pour le grand nettoyage, la chose de complique. Les grands tailleurs du ‘bespoke’ demandent souvent à leurs clients de rapporter les vêtements pour nettoyage. Le traitement commence par la brosse, puis la brosse humide. Ensuite la fameuse pattemouille entre en jeux. Cette fameuse pièce de tissu des tailleurs est généralement faite d’un grand bout de lainage doublé de coton. La laine va contre la laine. La patte-sèche, appliquée contre la veste est alors humectée et devient pattemouille. Il s’agit de commencer par l’intérieur en doublure, en particulier aux aisselles. Un peu de vapeur pour chasser les résidus n’est pas un mal. Puis côté lainage, la patience est de mise. Comptez une petite heure pour une veste. Celle-ci doit d’ailleurs être disposée sur un coussin tailleur ou œuf, qui est une sorte de grosse masse  rembourrée un peu gauche pour donner le galbe au veston pendant le repassage. On pose la patte-sèche, on mouille, on sèche. Cela fixe les fibres de laine en même temps que la saleté passe dans la pattemouille. Vous pouvez essayer si cela vous amuse. Attention à la vapeur dans ce cas. Les tailleurs font rentrer certains ‘trop pleins’ de laine appelés ’embus’ grâce au poids et à la chaleur du fer tailleur que la vapeur fait ressortir, créant des boursouflures, notamment sur le col.

En moyenne, un costume grande mesure doit être nettoyé une à deux fois l’an. Cela est permis par le grand nombre de pièces qu’ont les élégants assez fortunés pour ce type de service. Le pantalon un peu plus, qui lui est plus facilement rapportable au pressing.

Un costume thermocollé peut subir exactement le même processus. C’est d’ailleurs plutôt conseillé. Non pas que le nettoyage à sec soit particulièrement mauvais (quoiqu’à force, cela abime un peu les laines), mais plutôt le repassage qui est effectué à la vapeur. Celle-ci, par effet mécanique (la puissance du jet et aussi la forte chaleur) va décoller les toiles en quelques mois voire quelques années suivant votre rythme. Mais si vous y allez quatre fois par an, cela devrait tenir très bien le choc. Les pantalons eux peuvent subir un traitement maison. Je n’hésite pas à mettre les miens dans la machine, en cycle laine 10°c. Les fabricants d’électro-ménager ont fait tout de même de gros progrès, et cela ne détruira pas un pantalon. En revanche, vous aurez fort-à-faire avec le repassage, d’ailleurs toujours à la pattemouille pour prévenir le lustrage (effet de laine qui brille à cause de la chaleur). Sinon, si vous ne voulez pas mettre votre pantalon dans un tambour, vous pouvez intégralement le passer sous la pattemouille, ce qui est déjà un excellent nettoyage.

Enfin, il existe un nouveau procédé dans les pressings pour remplacer le perchloroéthylène (solvant) dans les nettoyages à sec qui consiste à utiliser du silicone… Pas eu de retour de cette technologie encore, même si ces techniques me laisse songeur. Patrick Nègre, Pdg d’Universal Music est un des investisseurs des ‘green pressing’, quand on voit ce qu’il porte…

Julien Scavini

J’aime assez le noir

Shocking! What!? Stiff Collar prône le noir???

Rassurez-vous, je ne bouge pas sur mes fondements! Explication. Hier soir, France 2 diffusait le dernier volet du téléfilm avec Lòrant Deutsch consacré à la vie de Fouquet, ce fameux sur-intendant de Louis XIV qui fut emprisonné pour crime de lèse-majesté. Les films en habits me plaisent toujours, moi qui cherche constamment des pistes pour renouveller ‘le style français’ grand siècle.

Dans ce téléfilm, j’ai noté la grande différence vestimentaire qu’il existait entre Fouquet ou Colbert et le reste de la cour. Ces deux personnages influents étaient vêtus de noir, de manière très présente, comme les ecclésiastiques du reste. Ce n’est pas une découverte que je fais là, le noir étant historiquement et traditionnellement la couleur des gens d’église, de justice et de service : clercs, avocats, banquiers ; bref, des bourgeois travailleurs et autres porteurs de ‘charges’ se différenciant là des aristocrates. Ce principe a continué jusqu’à nos jours. Ci-dessous, Jeeves en noir, la majordome, accompagne Wooster, en prince de Galles, le maître.

J’ai toujours condamné le port du vêtement noir uni, à l’instar du Chouan des villes ou de For The Discerning Few. Un gentleman ne porte pas de noir, sauf si celui-ci est entrecoupé de rayures ou alors pour certaines occasions comme les enterrements, ou alors s’il vit en 1930 et travaille dans une banque de la City.

Mais au fond, si les gens veulent porter du noir, cela ne me dérange pas le moins du monde. Architectes, artistes, présentateurs de tv ou cadre moyen : aucun problème, portez du noir!

Car se vêtir de noir, c’est accepter une chose : sa condition de subordonné (dans le système général ou dans le système judiciaire où la justice prédomine sur les hommes ou dans une chaine, par exemple, l’entreprise). Être un modéré (ce que je cherche), c’est ne pas en vouloir aux autres de ne pas faire ce que vous prônez. Dès lors j’accepte et lis leur comportement comme un aveux d’infériorité, un indice d’expression sociale.

Alors ne crachons pas sur les gens en noirs, ce sont nos obligés!

Julien Scavini

Pâte et poils

Rapide article ce soir pour faire le point sur les différentes matières qui s’offrent à nous dans les boutiques, sous la coupe croisée du marketing et de la musique trop forte. Les progrès de l’industrie ont permis de s’affranchir des matières naturelles, complexes et variables par essence, pour s’intéresser aux nouveautés ‘techniques’. Alors que le prix de la laine stagne autour des 3 à 6 euros le kilo, elle reste l’une des matières les plus abondantes et les plus facile à récolter. La terre entière veut déguster de la viande, le mouton nous fournit les deux! Hélas, elle a perdu beaucoup de son usage au profit du coton.

Mais en ces temps de questionnement écologique, celui-ci aussi n’est plus en odeur de sainteté, il n’y a qu’à voir la mer d’Aral pour comprendre. Alors même que la Terre cherche de l’eau douce, en quelques phrases, il est facile et amusant de placer problèmes et solutions en perspectives. Les hollandais ont la solution. C’est par ces mots qu’une récente chronique sur Europe1 cherchait des réponses à la limitation des ressources en coton, et accessoirement en caoutchouc, Adidas prévoyant une forte hausse de la demande mondiale. La réponse hélas n’était pas la laine, mais le bambou ou l’ortie. Et oui les voies des nouvelles technologies sont impénétrables.

De la maille, donc des pulls, des chaussettes, des vestons tricotés en bambou ou en ortie? A première vue, le premier une fois tressé donne l’impression de revêtir une côte de maille en rotin, pas très aisé. De très bons paniers existent, mais difficile de s’en vêtir. La deuxième, si elle est bonne en soupe, n’en demeure pas moins urticante. Alors par quel mystérieux procédé ont ils procédés?

La réponse est toute simple, ils ont remis au goût du jour cette bonne vieille étoffe des familles qu’est la viscose! Eh oui, vous vous demandez certainement très souvent ce qu’est la viscose de vos doublures de costumes: de la pâte à papier! Prenez n’importe quelle source abondante de fibres cellulosiques, broyez là, lavez-là, triturez-là, chlorez-là et vous obtiendrez cette chère pâte blanche découverte par les chinois il y a quelques millénaires. La viscose donc, matière molle et peu coûteuse, dont on peut tirer des fils ou des feuilles (in-tissé de fibres). Au fond, c’est un peu la même chose que la laine, dont on peut tirer des fils ou des feuilles (in-tissé de fibres de laine = feutre). Ceci dit, la viscose, pardon, le bambou, c’est plutôt doux!

De l’autre côté de la chaîne industrielle, on trouve les partisans des fibres animales donc. Ceci, poussés par l’irrésistible envie de ‘luxe’ aime proposer du cachemire à qui mieux mieux. Comment est-il possible de trouver des pulls en cachemire à 39 euros dans les devantures, alors même que la production mondiale chute, à la fois comme contre-coup de la sur-production et des guerres dans cette région qu’est le cachemire..? (Rappelons qu’une chèvre cachemire produit 100 à 150gr de laine par an, uniquement obtenue par peignage, la tonte étant impossible). Envoyé Spécial avait produit un bon reportage sur le sujet. L’adjonction de soie était alors soulevée comme point principal de ce mensonge du marketing. Le cachemire n’est pas une matière démocratisable, même si cela ne plait pas!

Au fond, pourquoi ne pas ajouter de la soie, c’est une noble matière, relativement économique qui plus est. Ce qu’oubliait le reportage, c’est la question du tissage. Le cachemire est caractérisé par ses longues fibres, ce qui rend le produit fini soyeux et doux. Plus la fibre est longue, plus la laine est douce. Ce qui caractérise aussi les mérinos. Les bonnes filatures tissent donc à partir de la belle matière première de fibres longues. Il leur reste sur les bras, après cardage et peignage une sorte de ‘bourre’ de fibres courtes, effectivement de cachemire, mais de piètre qualité. C’est cette matière qui est ensuite achetée par le marché du cachemire démocratique. Car comment expliquer la différence de prix entre un pull à 300 euros et un à 39 euros? Ceci dit, notons par exemple que Ralph Lauren vend à 300 des produits valant 39, sans trop exagérer… Un test simple à vérifier sur vos propres pulls: est-ce qu’ils boulochent? surtout en bas des manches? présentent-ils de petites peluches aux endroits d’usure, que certains pressing prétendent raser? Cette présence manifeste souligne la qualité moyenne d’une matière, la bourre, difficile à tisser, ressortant.

Enfin, ce petit tableau récapitule les différents types de matières textiles. Il est recopié du livre ‘Technologie des Textiles » de I. Brossard aux éditions Dunod:

Julien Scavini

Les tweeds

L’une des catégories de laine les plus connues est certainement le tweed. Cette étoffe, souvent lourde est appréciée pour son confort thermique et sa durée de vie, très importante. Ce tissage cardé est d’une robustesse rare. Il existe trois grandes catégories de tweed: les Harris Tweed, protégés par la Harris Tweed Authority, les Saxony Tweed issus de moutons de race saxony (originellement issus de Saxe donc) et les Donegal Tweed, tissés en Irlande et reconnaissables à leurs petites imperfections de couleur dans le tissage. Certains de ces tweeds peuvent aussi être homespun, c’est à dire tissés directement chez l’habitant, à la maison ‘home’. C’est en effet l’une des caractéristiques d’origine des tweeds que d’être fabriqués directement sur les exploitations agricoles, appelées ‘croft’ dans les îles hébrides.

Tout commence avec la matière, la laine brute. L’une des plus reconnues et des plus protégées provient de deux îles des hébrides : Lewis et Harris. Les divers ballots de pure laine vierge sont mélangés (blended). Ensuite l’ensemble est transporté à l’usine pour la filature du fils avec lesquels on tissera les laizes. Le premier traitement consiste à laver à l’eau clair, mais pas trop pour ne pas retirer les suints (graisses du mouton) qui imprègnent la matière. Cette opération est parfois réalisée à même les cours d’eau pour certains homespun. Puis intervient la teinture dans la masse, à l’aide de colorants naturels le plus souvent, comme les mousses et les lichens pour obtenir des teintes douces.


Ensuite le cardage permet de dresser les fibres dans le même sens. Le traitement à ce niveau sera court, ce qui donnera au tweed cet aspect très rêche, peu travaillé. D’autres types de tissages plus doux sont ensuite peignés par exemple. Le cardage permet de tirer les fil,s qui le plus souvent sont liés par deux, pour obtenir un double retors. Les fils ne sont d’ailleurs pas positionnés sur des bobines comme à l’habitude mais sur des clefs en bois, qui les tendent. Des centaines de fils concourent finalement au métier à tisser, pour l’étape du ‘weaving’.

Cette étape est exclusivement réalisée sur des métiers manuels dans des ‘croft’ en ce qui concerne les Harris Tweed, étape nécessaire pour obtenir l’appellation d’origine protégée. Les tisserands produisent généralement des laizes de 85 yards, soit 78 mètres, en petite largeur (74cm) ce qui en fait un tissu cher et compliqué à couper. Traditionnellement, le tissu tailleur a une largeur de 2x 75cm soit 150cm vendu ‘dossé’, c’est-à-dire replié lisière contre lisière.

Enfin, comme tous les tissus, le tweed subit une étape de finition, le ‘finishing’ pour 3 à 4 euros du mètre. Il est lavé une dernière fois, les impuretés sont enlevées à la main et des contrôleurs reprennent les mailles sautées. Différents traitements peuvent être appliqués à la surface, comme un dernier cardage ou un brossage aux chardons.

Vous êtes maintenant renseignés sur les diverses étapes qui permettent d’aboutir à ce tissu d’exception, qui grâce à un montage efficace par le tailleur, durera des années.

Julien Scavini

Le bon produit

Certains d’entre vous, lecteurs attentifs et désireux de qualité, me contactez pour en savoir plus sur l’état de mon idée: apporter un service de mesure de grande qualité à prix placé pour reprendre une expression de Parisian Gentleman. Le billet de ce soir vous rassurera, le projet avance très bien et j’approche de la fin.

Le cahier des charges est simple : pouvoir confectionner vestes et pantalons avec des techniques traditionnelles, sans passer par la Grande Mesure. Point essentiel de la façon : fuir le thermocollant sous les devants qui donne aux vestes (même en entoilage semi-traditionnel) un aspect cartonneux surtout sur le bas des devants. Ce thermocollant, en vieillissant, fini par se décoller. La vapeur aggrave ce problème alors même qu’elle est utilisée par la majorité des pressings. L’effet visible est l’apparition de cloques ou de boursouflures sur les vestes.

Originellement, j’imaginais plus qualitatif de faire fabriquer en France. Hélas, il n’existe dans l’hexagone que trois sociétés produisant des vestons, dont deux qui ne font pas l’entoilage intégral. La troisième que je suis allé visiter possède une longue histoire, renommée pour sa qualité. Mais constatant qu’aucun modèle n’était élégant et que la flexibilité n’était pas au rendez-vous, il m’a fallu continuer les recherches. Il est d’ailleurs bien triste de découvrir qu’une fois encore, en France, on ne sait plus faire de la qualité. Alors que l’Italie est passée devant nous en volume de produits de luxe exporté, nous ne prenons pas le chemin du meilleur, par l’innovation et la qualité. D’autres maisons française de renoms font fabriquer cette fois-ci au Portugal ou dans les pays de l’Est.

Direction l’Italie, pour découvrir et essayer des produits d’une qualité inégalée (à l’image des machines-outils allemandes). Et heureuse constatation, leurs prix ne diffèrent pas tellement des plus haut prix de Made In France. Alors? Pas de fatalité! Pourquoi n’arrivons-nous pas à faire la même chose? Coût du travail? Je n’en suis pas sûr lorsque l’on voit l’imbroglio étatique de nos amis italiens. Je dirais simplement un manque de courage de notre part, de directions qui ne cherchent pas, ou n’ont pas l’idée, du meilleur! J’étais même révolté des conditions tarifaires que me proposait cette fameuse usine du Nord. Encore un pan de l’industrie qui finira par quitter notre territoire, dans l’indifférence générale hélas.

L’Italie donc, où j’ai déniché un atelier familial proposant quantité de modèles (droit cran sport, droit cran aigu, croisé, en versions vestes ou manteaux; queue de pie et jaquette; pantalons avec mille détails) et une façon à la hauteur avec un entoilage intégral souple, des doublures et des cols rabattus mains. L’idéal! Rajoutez la dessus des tissus anglais avec un beau tombé, comme ceux d’Holland & Sherry ou d’Huddersfield Cloth ou des laines solides et épaisses comme celles de Gorina et vous obtiendrez un ensemble sur-mesure exceptionnel. Cette structure produit occasionnellement pour Brioni, c’est vous dire! Enfin les finitions que j’appliquerai à la main complèteront le tableau, notamment au niveau des boutonnières à la milanaise. Je traiterai moi-même les gilets, en grande mesure si j’ose dire.

Le prix de départ est toujours maintenu à partir de 1600€, soit moitié d’un grand prêt-à-porter italien.

Patientons encore deux mois, il faut de la patience pour sélectionner le meilleur. Les beaux projets prennent du temps. En temps voulu, je communiquerai sur la disponibilité et tâcherai d’organiser un apéritif autour de vous, chers lecteurs attentifs. Julien Scavini

Paletot contre redingote en 1830

De plus en plus, les recherches en mode masculine et les préférences d’achat des consommateurs s’orientent vers ce que l’on appelle communément le sportswear.  Quasiment toutes les bonnes marques de costumes proposent maintenant des vestes de sport à tendance parka ou blouson, avec des emmanchures italiennes rabattues, des hybridations avec des parmentures zippées camouflées. Ce répertoire que je nomme ‘de la veste facile’ est vaste et de plus en plus présent, y compris dans l’environnement de travail où les vestes de costume non-doublées, non épaulées fleurissent. A vrai dire, je comprends parfaitement cette aspiration au souple, au léger, au confort. Que le veston ne nécessite plus de valet en bois pour garder son galbe est à la fois une tristesse et une chance. Nos pièces de dessus sont pour certaines de vrais foulards que l’on dépose négligeament sur le lit ou un accoudoir de fauteuil.

Nous pourrions nous attrister de cette disparition de la tenue, au sens propre et figuré. Pourtant, l’histoire étant un éternel recommencement (concept fumeux, mais je l’utilise ici), j’étais amusé de constater à la lecture Des Modes et Des Hommes de Farid Chenoune que le début du XIXème siècle vit se poser exactement les mêmes questions.

La bourgeoisie de travail commençant à se répandre dans la société, formant une crypto-classe-moyenne, les usages du vêtements changèrent. Les aristocrates de la campagne ou des salons n’avaient plus tout à fait la mise et cela se remarqua dans les attitudes. L’époque était celle des pantalons et gilets avec redingotes. Cette longue pièce à taille constituait la ‘veste’ de l’époque, à revers divers et variés, à boutonnage croisé ou droit. Elle était près du corps, tout comme les pantalons, tuyaux de poêle à sous-patte sous la chaussure. Nous avons tous en mémoire ces tableaux de romantiques dépeignant Liszt ou Byron.

L’envie de souplesse se fit jour et l’on vit apparaitre vers 1850, au grand dam des tailleurs de l’époque, le paletot. Originellement porté par les artistes de la plume ou du pinceau, il fut rapidement utilisé par une bonne partie de la population. Sa vocation démocratique s’inscrit dans ses lignes amples, généreuses et ses quelques gros fermoirs.

Le paletot était généralement fait de tweed clair ou foncé (importé à cette époque, donc la prononciation était encore incertaine ‘twine’? ‘twouid’?), avec un intérieur en flanelle. Il arbore, je cite Farid Chenoune: « des parements et collets de velours, bordé parfois d’une torsade ou d’une ganse ‘câblé’, doublée de soie noire ouatée à capitons carrés ou en losanges« .

Et le paletot me rappelle beaucoup le veston husky type Barbour matelassé. Le paletot préfigure également la future smoking jacket ou encore plus tard interior jacket.

Julien Scavini

Petit précis d’élégance à l’usage des débutants

Ce soir, une pièce de grande importance dans la vie de ce blog et pour la nouvelle année: un essai d’élégance classique. J’en ferai un onglet permanent prochainement! N’hésitez pas à critiquer, à faire des rajouts, des commentaires, merci.

Préface d’Alain Stark

La Mode est italienne, le « Chic » est anglais. Sans jamais être dépassé car toujours au goût du jour, le classicisme britannique fonde l’élégance depuis maintenant plus d’un siècle. Lorsque mon grand père s’est installé rue de la Paix à Paris en 1910, il a importé ce qui faisait la réussite des tailleurs du Row : le complet à l’allure naturelle, légèrement cintré, avec ses petits revers et son boutonnage haut. Depuis, maintes évolutions ont eu lieu durant les années folles et après guerre avec la révolution de la confection de masse ou sous le crayon des stylistes dans les années 80. Mais l’esprit reste le même et l’invariance de la forme et des tonalités suit un seul but, habiller l’homme en gentleman.

Introduction

Ce petit précis se destine d’abord aux jeunes souhaitant mettre en place leur garde robe et n’ayant que des notions imprécises et incomplète du vestiaire masculin. Si vous occupez (ou occuperez) un emploi de bureau ; comptable, attaché juridique, gestionnaire, manager ; ou bien en relation avec autrui ; vendeur, technico-commercial, bibliothécaire, agent de change ; alors vous pourrez tout à fait vous inspirer de ces quelques notions d’élégance classique à l’usage du parfait gentleman. Quant aux intellectuels, hommes de spectacle et autres antiquaires du carré, vous pourrez directement passer à une élégance plus dandy, montrant aux yeux du monde votre goût, votre assurance et vos moyens.

Ce manuel se décline en quatre points. Il se compose de tenues classiques, que vous pourrez trouver en mixant pièces de prix et accessoires à pas cher. Le respect scrupuleux de ces notions et règles vous permettra j’en suis sûr, d’atteindre une sorte d’état normal du vestiaire. Vous serez alors classique, ce qui est l’assurance de la durée, hors du chemin des modes. Il sera votre base discrète, vous permettant par la suite divers tests et ajouts, pour acquérir de la ‘sprezzatura’, c’est à dire un naturel dans l’élégance.

Avec ces quelques notions, vous serez prêt à attaquer les affres de la mode masculine, de plus en plus versée dans une hystérie féminine de mauvais aloi.

En milieu urbain…

C’est celui du travail et de la quotidienneté. C’est aussi celui de l’usure rapide des étoffes, sous l’effet conjugué du fauteuil de bureau et des déplacements en métro (ou en automobile). C’est enfin celui de la respectabilité. Votre position dans l’entreprise dépend de votre représentation (attention toutefois à ne pas être plus chic que votre supérieur, motif bien souvent caché de diverses mutations). Ici les règles sont simples et visent un état : l’effacement dans l’élégance.

Commencez d’abord par le costume, cette pièce essentielle sinon primordiale de votre penderie. Choisissez les le plus foncé possible, uni en priorité, de l’anthracite (charcoal en anglais) au gris soutenu en passant par le bleu de minuit. Achetez-les ajusté, c’est à dire avec des épaules qui encadrent bien vos bras (pas de surplomb à l’épaulette), en deux ou trois boutons. Pas de tissus brillants et des boutonnières ton sur ton. Faites reprendre les bas de manche (qui doivent être courts pour laisser dépasser un centimètre de chemise) et de pantalon sans revers (qui doit arriver à la moitié de la hauteur du soulier).

C’est une base, que vous porterez avec des chemises, plutôt blanches. Pour commencer, celles-ci sont plus faciles à trouver et à coordonner. En popeline, en fils à fils ou en oxford, elles sont aussi l’assurance de ne pas commettre d’impair. Elles doivent être à votre taille, c’est-à-dire que votre cou est pris complètement par le col sans pouvoir y mettre la main, comme l’on voit trop souvent où l’effet est alors désastreux avec une cravate serrée. Optez d’ailleurs pour un modèle sobre, bleu marine ou rouge foncé, jamais noir ou gris, c’est vulgaire. Les modèles à pois blancs ou de couleurs, ou à rayures club sont parfait, si tant est qu’ils soient simples. La simplicité est mère de la vertu !

Avec cet ensemble au goût sobre, vous pourrez acheter un pardessus foncé, à poches côtés et non ventrale et à boutons cachés (le mieux) que vous pourrez porter l’hiver, avec des gants noirs et un parapluie roulé. Complétez par des chaussettes sombres et de beaux richelieus à bout rapporté, qui vieillissent mieux. Et jamais de mocassins avec les costumes. Enfin, le chapeau le plus adapté à ce registre serait certainement le Trilby, en coloris foncé.

Inspirez vous de l’illustration pour composer votre choix:

En période mi-sport…

Sous ce nom amusant, quelques-uns de mes amis désignent les tenues dépareillées, parfaites le samedi pour aller aux puces ou au marché, ou pour se promener en ville. Il s’agit de l’ensemble le plus décontracté.

Commencez alors avec le pantalon, soit celui en flanelle grise claire, soit le chino de couleur sable, et éventuellement le chino coloré ou le velours côtelé. Vous pouvez alors compléter avec au choix une veste ou des pulls en mailles de laine. A ce sujet, vous pouvez trouver des modèles à col en V ou à col rond (plus pratique par dessus une chemise à col boutonné), sans manches ou encore dans la variante cardigan.

Pour la veste, achetez d’abord un modèle sans motifs, unis ou à petits chevrons dans un bon tweed et/ou un blazer droit. Les rayures ou les carreaux posent des problèmes d’accord avec les chemises et cravates, alors jouez la carte de la sobriété, personne ne vous le reprochera. Dans ce registre, vous pourrez tenter d’arborer des chemises à rayures bleues ou roses sur fond blanc. Évidemment, la chemise aura toujours des manches longues et aucune poche de poitrine.

Si vous portez une cravate, le motif club est maintenant évident. Si vous choisissez de vous en passer, portez une chemise col boutonné qui a plus de tenue lorsqu’elle est ouverte. N’hésitez pas à mettre une pochette de lin dans votre poche poitrine. Si elle est de trop, enfouissez là. Si le froid persiste un peu, il vous faut un deuxième manteau, cette fois dans les tons plus clairs que pour la ville, pour accompagner la tenue mi-sport, avec peut-être un chapeau feutre dans les mêmes coloris.

Quant aux chaussures, elles doivent être marron, et si vous n’aimez pas, prenez les très foncées, peut-être en veau velours. Le richelieu ou la bottine chukka sont indiqués. La ceinture est dans le même coloris de cuir, jamais de noir sur marron. Les chaussettes peuvent être de couleur, et toujours montantes en dessous du genou, ne transigez pas sur ce point.

Inspirez vous de l’illustration pour composer votre choix:

En milieu rural…

Il est évident qu’un citadin ne passe pas ses week end à la campagne, à moins qu’il n’y possède une chasse, mais alors je doute qu’il me lise, maîtrisant déjà les codes. En revanche, le port de cette tenue est indiqué en ville le dimanche par exemple et ou en semaine les jours de grand froid tels que nous en connaissons à Paris ces temps-ci. Cet ensemble fait la part belle aux tweeds de couleurs naturelles. Achetez au moins un costume de Donegal, peut-être avec le gilet, vous ne le regretterez jamais, il vieillira très bien !

C’est aussi avec cette tenue que vous pourrez arborer des chemises à carreaux. Sur fond blanc ou écrus, avec des lignes horizontales et verticales s’entrecroisant, en vert, rouge, marron ou bleu, on les appelle Tattersall check. C’est le nec plus ultra de l’élégance des champs. Vous serez avec aussi discret que respectable en bottes de caoutchouc.

Exceptionnellement, la cravate peut être en laine et non en soie comme de coutume. Les motifs quadrillés sont une invention moderne. L’uni est alors le recours idéal, surtout dans des tons chauds comme les rouilles orangés.

Le pardessus indispensable, en dehors du Mac Farlane inusité est le Barbour, n’importe quel modèle de Barbour tant qu’il est en coton huilé. Avec sa couleur verte caractéristique et son col de velours, il vous réchauffera et vous tiendra à l’abri de l’humidité. Il dure des années et peut se faire réparer au SAV de Barbour, cette fameuse et ancienne maison toute britannique. Complétez par temps froid avec une belle casquette de tweed fin.

Enfin, complétez la tenue avec de belles chaussettes, toujours en fil d’écosse ou peut-être en laine (difficile à laver efficacement) de belles couleurs, pourquoi pas vert d’académie ? Les souliers évident sont alors les derbys, solides et étanches avec leur couture norvégienne. Paraboot en produit de bons, mais les formes ne sont pas tellement agréables à l’œil.

Inspirez vous de l’illustration pour composer votre choix:

En numéraire…

Résumons nous, il est temps après autant de bons conseils. Ouvrons les portes du placard, qui pour commencer comprendra :

  • –       4 costumes sombres pour la ville
  • –       1 complet de donegal (ou autre tweed)
  • –       1 veste mi-sport en petits chevrons de tweed
  • –       1 blazer droit bleu foncé
  • –       2 pantalons de flanelle grise
  • –       2 chinos de couleur sable
  • –       1 pantalon de velours côtelé ou un jean
  • –       une quinzaine de paires de chaussettes, pour les deux tiers sombres
  • –       quelques mouchoirs de pochette blanc, écru et/ou avec des bords colorés
  • –       une dizaine de cravates de soie
  • –       7 chemises blanches
  • –       4 chemises à rayures
  • –       3 chemises à carreaux
  • –       3 paires de chaussures noires, des richelieus
  • –       2 paires de chaussures marron, des richelieus ou des derbys ou des bottines
  • –       2 manteaux, un foncé l’autre clair
  • –       1 Barbour (une marque, une fois n’est pas coutume)
  • –       quelques paires de gants
  • –       un parapluie
  • –       3 couvres-chef: un trilby noir, un feutre mastic et une casquette de tweed

Enfin, chez vous, optez pour l’ensemble pyjama de coton et robe de chambre, très agréable en hiver, avec des chaussons fourrés. Et si vous avez encore un peu de réserve financière, adoptez un smoking, ils sont délaissés par leurs propriétaires et manquent sincèrement à bon nombre de soirées.

Cette présentation est maintenant terminée. Je souhaite qu’elle vous confère une base pour débuter, ou remodeler votre penderie. Vous pouvez suivre à la lettre ces principes ou les remanier. Il est évidemment indiqué d’utiliser sa propre appréciation, quant aux coloris et aux matières, mais vous pouvez être certain de ce référentiel. Une fois bien débuté, vous comprendrez par le port correct de ces diverses tenues le confort et l’aisance du moment qu’elles procurent. Vous allez alors acquérir une certaine assurance et pourrez aller taquiner les couleurs, les motifs (point trop n’en faut) et surtout les styles (60’s ou dandy par exemple). Bonne année 2011 !

A propos

La rédaction de ces règles s’inspire principalement du livre ‘Le chic anglais’ de James Darween, revu et corrigé (disponible au téléchargement dans la rubrique Bibliographie). Notons aussi les ouvrages ‘L’éternel masculin’ de Bernard Roetzel et ‘Des modes et des hommes’ de Farid Chenoune. Vous les retrouverez sur la bibliographie du blog. Mon résumé est évidemment un parti pris, comme souvent de ma part. Il s’agit d’une posture, qui évidemment ne plaira pas à tout le monde, qu’importe ; jeunes aristocrates et nouveaux bourgeois de vieilles familles y trouveront du plaisir, c’est là l’essentiel. Le but étant aussi de fixer un savoir, le nôtre, à un moment donné, en l’occurrence l’orée de l’année 2011.

Julien Scavini