Le dos, une question de fente(s)

Plis, plis d’aisance, fentes, ou encore plis fendus, autant de termes pour désigner le détail de coupe du bas du dos d’une veste. Et la question est récurrente : doit-on choisir une ou deux fentes ? Telle est la question, plusieurs écoles s’affrontent, chacune avec de bons arguments le plus souvent) :

Soyons clair immédiatement, le dos sans fente (ventless) convient aux vestes formelles (comme le smoking) ou aux costumes d’occasions spéciales. C’est l’option la plus ancienne, historique pourrait-on dire. Ce détail est toujours fort apprécié des gentiluomo italiens. En France, les messieurs appréciaient ce détail jusqu’à récemment.

La fente milieu-dos (single vent) est la plus controversée. La France et les Etats-Unis l’adorent pour toutes les vestes, sans distinction d’usage. C’est un détail que nous partageons en commun, conférant une allure ‘complet’ / ‘sack suit’ aux costumes (et qui me laisse un peu perplexe). C’est une solution qui fut adoptée à mi chemin entre le très formel (sans fente) et ce qui est jugé trop informel (deux fentes). Les anglais eux, font différemment. Ils allouent un registre unique à la fente milieu-dos : la veste sport. S’il ne s’agit pas d’une veste de costume, alors une seule aisance sera présente, cette tradition remontant aux lointaines norfolk jacket de chasse.

Enfin la double fente (side vent), de part et d’autre du dos, au niveau des petits côtés. C’est la solution adoptée par les anglais pratiquement dès les années 50 ; la plus confortable pour glisser les mains dans les poches ; la plus élégante à mon goût également, car elle confère une allure, une ligne au bassin.

Enfin petite note d’humour, faite entrer le blazer dans la catégorie de votre choix : formel militaire sans fente, sportwear avec une, urbain avec deux.

Notons par ailleurs la fente centrale en crochet (hook vent) qui est le détail le plus ancien ayant perduré jusqu’à nos jour :

Initialement présente sur les habits à taille, type queue de pie ou jaquette, elle crée un décalage de la symétrie. C’est une technique ancienne. Remarquons d’ailleurs que sur les beaux modèles, le pan (hachuré) est coupé d’une seule pièce, sans couture de taille.

Puis, l’évolution naturelle conduira les vestes courtes à abandonner la couture de taille. La fente centrale reste avec le décalage, la couture princesse (en arrondi vers les épaules) également. Ce détail fait très 1920, avec une fente remontant haut vers la taille.

Finalement, la fente crochet est restée très présente aux États-Unis, pour tout ce qui concerne les vestes sports type ‘Ivy League’, modèles en coton non-doublés le plus souvent.

Pour résumer, notons que l’école anglaise dissocie fortement deux types d’usages sur la fente unique et double ; que français et américains partagent une passion pour la fente unique ; et que les italiens conversent un usage traditionnel, même si l’école anglaise les influence maintenant fortement.

Julien Scavini

La bonne longueur du gilet

Le gilet revient un peu au goût du jour, c’est un fait. Même si l’été aura certainement provisoirement raison de ce revival. Le gilet est partout présent sur les publicités des grandes maisons italiennes ou américaines. Et je suis ravi de le constater. C’est en effet une pièce indispensable pour être vraiment à l’aise, au chaud l’hiver et qui vous confère, une fois la veste tombée, une allure qui reste honorable. Mais attention également, cette petite pièce est aussi utilisée par les grandes marques de prêt à porter bas de gamme ou même les vendeurs de chez Ladurée, avec un lustre bien plus fade. Car il s’agit d’une pièce compliquée, plus qu’il n’y parait et dont la (bonne) relation avec le pantalon est primordiale.

Le gilet est une pièce relativement économique en tissu que l’on peut couper dans des chutes (bien pensées). Sa forme est très variable, croisée ou droite, avec ou sans revers. Il peut techniquement être porté sous toutes les vestes, croisés ou droites, jaquette ou queue de pie (plus que conseillé dans ces deux cas). Il peut arborer deux poches poitrines (appelées aussi poches tiroirs) ou quatre, ou encore des poches passepoilées, avec ou sans rabat. Si vous vous faites confectionner un costume, n’hésitez pas à commander celui-ci. Même si vous ne l’utilisez que rarement, vous serez à l’occasion ravi d’avoir cette petite pièce.

L’une des erreurs la plus importante que l’on constate actuellement est le port du gilet avec un pantalon taille basse, de même que beaucoup de pantalons à taille ‘contemporaine’, càd reposant sur les hanches. Un gilet est une pièce très courte et qui possède une légère pointe devant, restant de ces ancêtres. Cette pointe doit couvrir le pantalon. Sur le côté, la croisure doit être minime, mais existante. Il ne faut pas apercevoir la chemise. Le seul pantalon adapté au port correct du gilet est le modèle à taille haute! Porté avec des bretelles évidemment car il ne faut pas qu’il descende. Les pantalons de costumes classiques sont en général un peu juste, mais les bretelles peuvent parfois permettre d’atteindre la bonne altitude sans pour autant comprimer … vous savez-quoi.

Du coup, les stylistes très intéressés de nouveautés ont allongé les gilets. Pourquoi pas, mais en prêt-à-porter c’est une gageure. Il me semble en effet que les hanches sont systématiquement sous-dimensionnées, à voir comment les vestes ouvrent à l’arrière. Les hommes ont aussi des fesses, oui! Et le gilet long bute alors sur le haut des hanches. Il tire ou alors remonte en accordéon. Enfin, un gilet ne se satisfait pas de la ceinture en cuir, ils ne font pas bon ménage.

Le beau gilet doit galber le buste, mettre en valeur votre taille affinée et dégager une grande longueur de jambe, réelle ou imaginaire. Cela donne de l’allure.

Julien Scavini

Place du bouton de la veste

Trouver ou se faire confectionner une veste sur mesure dans un esprit classique impose une coupe irréprochable, aux dimensions harmonieuses. Si les avis divergent entre tailleurs (et autres professions) sur l’honnêteté intellectuelle d’un tel concept, il existe néanmoins quelques invariants, notamment sur l’entraînement du revers. Évidemment, de telles mesures ne peuvent être prises comme absolues, et dépendent souvent de l’attitude et de la conformation du client.

Vouloir une veste à deux ou trois boutons n’implique pas les mêmes soucis esthétiques, mais induit un travail de conception parfaitement ajusté. Le revers ne s’implante pas au petit bonheur la chance, mais dépend du positionnement de la taille. Traditionnellement, les tailleurs prennent comme repère le nombril de la personne pour positionner celle-ci. Le bouton principal (celui du milieu sur un trois boutons) s’implante entre zéro et deux centimètres au dessus, cette dernière valeur étant classique.

Cette démarche précise, confère à la veste une modularité exemplaire, permettant d’y implanter un, deux, trois ou quatre boutons, séparés par neuf à onze centimètres. Dans le cas d’un deux boutons, le revers ne paraîtra ni exagéré ni trop court. Et sur le veston à trois boutons, cela donnera un revers d’honnêtes dimensions, à peu près égal à la hauteur de la basque.

Chaque styliste influx sur cette disposition particulière, monsieur Ralph Lauren affectionnant par exemple les implantations basses, dégageant d’exagérés revers. Mais à l’inverse, les implantations trop hautes peuvent rendre ridicule une mise.

La question se complique avec le positionnement des poches côtés. Celles-ci doivent prendre place à mi-hauteur du bouton du bas, voire au niveau du passepoil pour les coupes les plus modernes. Sauf si la poche est positionnée en biais, auquel cas il convient de désynchroniser le principe. Il reviendra alors au tailleur d’opter pour un système de relations de mesures, qui paraîtra harmonieux sur le client.

Cette méthode de coupe permet de prendre en compte le gabarit de la personne. Les petits s’orienteront naturellement vers des modèles à peu de boutons et les grands n’auront pas l’air ridicules dans des modèles à quatre boutons, dont les revers seront bien calculés. Les avantages sont multiples, pour rationaliser le tracé et rendre homogène une ligne. Les stylistes l’ont bien compris, même s’ils ont opté pour la mode actuelle qui préconise une implantation plutôt haute…

Julien Scavini

Les pièces à taille

L’art des tailleurs s’est patiemment construit au fil des ans, pour arriver à des solutions techniques de plus en plus précises, ne recherchant qu’un seul but : exprimer les formes masculines, en trichant au mieux, pour imprimer aux messieurs une silhouette caractéristique. Cette longue étude a permis au textile, matière molle et sans forme, d’épouser les courbes sans les altérer, notamment le buste et sa taille. L’une des plus formidable réponse trouvée fut la découpe à la taille. Ce répertoire des pièces à taille est relativement mal connu et réduit à une expression très formelle de nos jours. Seules les jaquettes, queue de pie et vestes d’équipage utilisent cet artifice de construction (à voir dans le dessin, à l’envers de la citation).

Les pièces à taille se caractérisent par la présence d’une couture, tout autour du ventre à son endroit le plus resserré, aux alentours du nombril. Pour être correctement réalisées, ces pièces doivent être confectionnées avec art et minutie, en partant du haut. La coupe importe excessivement, beaucoup plus que d’habitude. Le tailleur commence par réaliser le veston haut, appelé corsage, semblable alors à un spencer. Les dos des pièces à taille sont très souvent pourvus de couture en rond vers les épaules. Cela permet d’approcher au plus près des omoplates et de la courbure des flancs.

Une fois que ce haut est validé, que son bien aller est contrôlé, il est possible d’y accrocher le bas. Le plus souvent, celui-ci présente une forme particulière, avec des basques rondes, fuyantes ou arrondies, comme sur les tenues de mariage. Les manteaux de chasse à courre sont plus classiques avec un bas droit, mais le dos est le même, avec une longue fente centrale à partir de la taille, et deux boutons, situés de part et d’autre sur cette ligne. Ils sont souvent la signature de ces vêtements, quelques fois appelés redingote, même si ce terme recouvre une pièce plus précise encore.

Les pièces à taille peuvent arborer une poche poitrine, et plus rarement des poches côtés, qui sont alors logées, sans passepoils, dans la couture de taille.

La disparition progressive de ces vêtements est dû en grande partie à sa difficulté de maîtrise. Il faut en effet placer correctement la taille sur la personne, ce qui exclut très vite le prêt à porter. Par ailleurs, les retouches sont quasi impossibles, que ce soit en ceintrage ou en hauteur. Une telle pièce se construit from scratch disent les anglais. Par ailleurs, même les tailleurs ne maîtrisent pas tous cet art difficile, qui prend surtout du temps, et beaucoup il y a encore quelques années envoyaient leurs clients chez Avilla ou Latreille, qui effectuaient les opérations de coupe avec maestria.

Julien Scavini

De l’ennui du smoking

… naissait l’homogénéité. La critique la plus virulente et récurrente contre le smoking concerne sa noirceur, synonyme de tristesse et de répétition. Tous les stylistes en herbe cherchent à redessiner cette pièce, souvent avec des couleurs, quelques fois de manière réussie. Mais cette noirceur, qui finie par tirer sur le caviar (aux reflets verts) se détache bien sur fond coloré…

!! Bonnes fêtes !!

Julien Scavini

Dinner jacket contre smoking jacket

L’une des mésententes principales entre anglais et français est bien celle de l’habit de diner que les français s’obstinent à nommer ‘smoking’, alors que précisément, cette pièce de la garde robe est tout autre. Parlons-en.

Il fut un temps, que l’on peut situer avant la première guerre mondiale en gros, où les anglais (suivis des français, ayant depuis longtemps abandonnés la culotte de cour) portaient pour diner l’evening dress ou cravate blanche ou queue de pie (décrit ici). Cette tenue était appropriée pour le soir et les dîners, formels ou intimes, urbains ou ruraux. De jour, c’était la jaquette ou morning dress que l’on utilisait. Après diners, les riches anglais, aristocrates ou grands bourgeois, avaient pour habitude de se retirer au fumoir, laissant les dames jouer au bridge voire même médire. L’ennui au retour du fumoir était la désagréable odeur de tabac froid qui tenait jusqu’au soir suivant.

Alors fut inventée, certainement aux alentours de 1850, la véritable smoking jacket. Il s’agit d’une veste plutôt courte (pour être assis avec), croisée avec des fermoirs à brandebourg (pour faciliter la fermeture après un repas trop arrosé). Le col, exclusivement châle était de satin ou de faille de soie matelassée alors que le veston lui même était en laine ou souvent en velours de soie, vert ou violet profond. Des passementeries terminaient de décorer cette pièce. De ce modèle est dérivé la veste d’intérieur, plus tardive. Il était donc d’usage de porter successivement une queue de pie (avec nœud papillon blanc) et une smoking jacket dans la même soirée.

Bien plus tard, dans les années 1880, la dinner jacket fut cette-fois inventée, dit-on à la demande du prince de Galles, futur Edouard VII. Il avait demandé à son tailleur une veste aussi courte que la smoking jacket qui puisse être portée cette fois-ci à table, dans un cadre intime, où la queue de pie était un attirail trop lourd à porter. L’idée fut simple et consista à conserver le corsage (partie haute) de l’evening dress (même si la version croisé du smoking parait plus historique), avec ses profonds revers satinés en pointes et son boutonnage unique.

Cette dernière idée se répandit comme une trainée de poudre et fut popularisée immédiatement aux Etats-Unis sous le nom de Tuxedo. Et en France, on ne sait toujours pas sur quel pied danser, où l’on appelle la dinner jacket (qui recouvre le pantalon et la veste) smoking quand la smoking jacket est traduite par veste de fumoir (et parfois d’intérieur, les deux idées ayant fusionnées). Cette légère confusion est aussi exprimée dans l’utilisation variable du col à pointe ou châle sur le smoking français (ou américain), ma préférence allant au premier, les cols châles du commerce étant désespérément étriqués!

Julien Scavini

Manteaux pour l’hiver, II

Ce soir, suite de l’article de la semaine dernière consacré aux manteaux, avec quatre pièces, moins habillées, mais tout aussi courante.

Tout d’abord, le duffle-coat. Originellement, c’est un lourd manteau de pêcheur dont le drap était tissé, à peine désouinté, dans la ville de Duffel en Belgique. Il fut utilisé par la Royal Navy qui en équipa ses marins, et durant la seconde guerre mondiale, le maréchal Montgomery l’arbora, donnant à cette pièce le surnom de Monty Coat dans les pays anglo-saxons. Il est reconnaissable à ces fermoirs à brandebourg, en tresse de corde ou en cuir, avec des boutons en cornes ou en bois et surtout à sa capuche. Le duffle-coat fut une grande spécialité du magasin Old England dans les années 80 qui le vendait alors dans de nombreux coloris, surtout acidulés. Traditionnellement, il est plutôt de couleur clair. Quant au port de ce veston, Le Chouan des Villes recommande de ne plus le porter passé 25 ans. J’y rajouterai tout de même, qu’à la campagne, dans une situation décontractée, ou en sorti de terrain de sport, il peut être d’un agréable réconfort. En revanche, en ville, il peut faire passer les messieurs pour de vieux intellectuels!

Le deuxième manteau est lui un Ulster. C’est le classique par excellence du pardessus sportwear, aussi portable à la ville qu’à la campagne. Si certains anglais le conseillent en bleu marine, je le préfère en gros chevrons, dans les beige/marron. Il possède de grandes poches plaquées à rabat et une ceinture, bien souvent remplacée par une martingale dans le dos. Il est reconnaissable à son large col dû à la croisure, qui permet d’être porté déployé, et qui dès lors vous réchauffe le cou.

La troisième pièce est ce que j’appelle un rain coat. Classique d’entre les classiques, il peut se présenter en beige ou en bleu marine, toujours à épaules raglantes. Dans des tissus imperméables et caoutchoutés, il s’appellera plus précisément un Macintosh ou ‘Mac‘ (inventeur de la toile enduite de caoutchouc) et dans les gabardines plus légères, il prendra la dénomination de Slipon. La plupart du temps, les boutons sont dissimulés dans une gorge cachée. C’est un modèle sobre et élégant, dont le colorie clair et le poids léger le rendent  idéal aussi pour le printemps et les étés pluvieux.

Enfin, dernier modèle, peut-être le plus célèbre, le trench-coat, en français manteau de tranchées, du à l’anglais Thomas Burberry (du nom de la marque) et datant de 1857. Il fut popularisé par l’armée britannique qui en fit usage durant les premières guerres de ce siècle. Son passé militaire explique ces épaulettes, ceinturons et diverses boucles d’attache pour l’artillerie. Il me semble avoir lu un jour qu’un vrai trench pouvait être démontable, pièce par pièce, pour échanger celles déchirées au plus vite, ce qui explique les nombreux boutons rattachant des bas volets divers… Il est en tout cas le bienvenu comme coupe vent léger (au fond, il n’est pas vraiment chaud, sauf ceux doublés, mais c’est la triche!) par dessus vos costumes de travail. Si cette association se faisait beaucoup dans les terribles (du point de vue de l’élégance) années 80, je reste assez intéressé par cette association. Évidemment, l’effet est heureux quand le trench coat n’est pas noir, ce qui est en l’occurrence une ineptie.

Julien Scavini

Manteaux pour l’hiver, I

Ce soir, nous allons étudier quatre pièces de dessus, quatre pardessus idéals pour affronter le froid, qui est enfin arrivé, et la pluie, qui est hélas arrivée! Ces modèles sont les plus classiques possibles, issus de la grande tradition britannique du vêtement d’extérieur, pour la ville en particulier.

Prenons ces deux modèles ci dessus. Le premier est un Chesterfield typique. Classiquement réalisé en gris, souvent dans un chevron, il arbore toujours un couvre-col en velours, noir de préférence. L’histoire raconte que le duc de Chesterfield, en solidarité avec les nobles français qui se faisaient décapiter pendant la révolution, eut l’idée de faire poser du velours sur son col pour évoquer, par la brillance de cette matière, le caractère sanglant de l’acte révolutionnaire. Les boutonnières devant, pour plus de chic, sont à gorge cachée.

Le deuxième est un crombie-coat. Taillé dans un drap épais de laine bleue marine, il est également droit mais son boutonnage est plus simple. Rappelons que les manches d’un manteau ne sont pas obligatoirement à boutonnières, mais peuvent arborer, ou bien rien, ou bien une patte à bouton.

Le troisième modèle ressemblant au chesterfield dans sa coupe est en réalité un cover-coat. Il est, à la différence du premier, réalisé dans un drap plus léger comme des twills, et arbore aux bas des manches et de l’ourlet quatre surpiqures parallèles, appelées ‘railroading‘. Il est généralement beige, mastic ou encore olive et son couvre-col n’est pas obligatoirement en velours.

Enfin, le dernier modèle est un dérivé du très militaire ‘British Warm‘, un manteau croisé, en lainage épais avec des pattes d’épaules. Ici, cette version croisée à col châle pourrait être en cachemire, couleur poil de chameau, un must-have cet hiver!

La semaine prochaine, nous étudierons trois autres modèles.

Julien Scavini

Le pantalon en détails

Le pantalon est certainement le parent pauvre de la culture générale sur l’art tailleur. Si les sujets sur la veste et quelques fois le gilet viennent en tête des articles et desiderata des lecteurs, cette longue pièce couvrante constituée de deux jambes est pourtant une pièce d’intérêt. Mais elle est difficile à décrire finalement. Nous allons essayer ce soir d’expliquer quelques grandes lignes de coupes et de détails, qui pourront vous être utiles lors de vos visites chez le tailleur.

Sur cette première image, on peut constater une coupe droite traditionnelle, à poches en biais (de 4 à 7cm de décalage sous la ceinture). La braguette peut-être à zip ou à boutons. Le devant présente deux pinces (ou aucune). La ceinture ne possède pas de passants de ceintures, mais un tirant à bouton. Au dos, nous trouvons deux poches passepoilées classiques à fermeture par boutonnière. La ceinture dos arbore un V d’aisance au milieu, adapté pour le port avec des bretelles. Il est possible de faire réaliser les bas de son pantalon avec un ourlet simple ou un revers. Pour ma part, j’aime les revers un peu haut, aux alentours de 5cm.

Ici, le devant présente un pli (en non une pince). Ce pli peut-être orienté vers l’intérieur (à la française) ou l’extérieur (à l’italienne). Le pli donne de l’aisance et évite au pantalon de coller, surtout aux lainages qui peuvent présenter un effet stretch à la longue, surtout en position assise. Les poches sont un modèle sport, apprécié des De Luca par exemple. Le tirant de ceinture est maintenant à glissière (avec une bride comme les ceintures), ce qui est plus solide que celui à boutons. Les poches arrières sont à rabat, qui peut être ou non boutonné. Ces poches à rabat en accolade inversée sont une bonne option pour les pantalons sports, comme ceux pour le golf. Par ailleurs, le dos présente deux pinces, ce qui est fortement indiqué dans le cas de fessiers marqués.

Sur ce modèle, le devant présente deux plis, ce qui est le nec plus ultra de l’aisance. Évidement, un tel pantalon sera également un peu large en bas (+ de 22cm) pour obtenir une ligne homogène, le seul point négatif étant son petit aspect ‘daté’ (certainement une question de mode…). Ici, les poches sont passepoilées et verticales. Ce genre de montage est idéal pour les pantalons de smoking, même s’ils n’ont pas vraiment besoin de poches… Pour ce qui est du dos, vous pouvez choisir de ne disposer qu’une poche, à droite si vous êtes droitier par exemple. Le fait est que ces poches ne sont pas d’un grand intérêt. Essayez de mettre un portefeuille la dedans et vous ressemblerez à un sac. Mais un pantalon sans poche fait un peu plus féminin. En revance, sur un pantalon en lainage fort, comme un whipcord ou un cavalry twill (le genre de pantalon que vous désirez garder trente ans), choisissez peut-être aucune poches dos, car c’est irrémédiablement un point de faiblesse! Un troisième type de poche dos peut-être passepoilée avec une languette de boutonnage.

Sur l’avant du pantalon, à droite sous la ceinture, peut aussi être disposé une poche gousset. C’est un petit logement grand comme une carte de crédit (d’ailleurs très pratique pour elle) que certains bons confectionneurs affectionnent. Cette petite poche gousset peut aussi avoir un rabat en accolade inversée, ce qui est du dernier chic! J’ai vu à Saville Row un tailleur porter un pantalon à deux plis avec bretelles et poche gousset à rabat, extraordinaire!

Enfin, vous pourrez demander, puisque c’est devenu la norme aujourd’hui, des passants de ceinture. En grande mesure, nous en disposons habituellement sept dont un ardillon. L’ardillon est un passant recourbé en forme de boucle qui surgit du bas de la ceinture au dessus la braguette, et qui sert à y bloquer la boucle de ceinture. C’est la plus merveilleuse invention du pantalon, qui évite que la ceinture ne tourne autour de la taille! Et pour ce qui est de la fermeture au niveau du pont de la braguette, les tailleurs recommandent deux crochets métalliques et un bouton de rappel. Les boutons ont en effet tendance à sauter, même avec une couture au fil de lin.

Voilà pour ce petit aperçu des possibilités d’un pantalon en terme de détail. Je rajouterai encore la possibilité de faire réaliser une baguette. Il s’agit, uniquement sur les pantalons dépareillés (qui ne constituent pas un costume), comme les pantalons de flanelle, de coucher la couture coté extérieure, et de la coudre, ce qui crée une baguette le long de la jambe. C’est un détail de goût. Enfin, si la mode des pantalons est aux modèles serrés, préférez tout de même l’aisance, car la laine n’est pas comme le coton et ne se comporte pas très bien lorsqu’elle est près du corps, surtout avec des vrais chaussettes qui montent jusqu’aux genoux, et qui agripperont le pantalon d’une désagréable manière une fois assis!

Enfin je finirai sur une petite question: dit-on un pantalon, ou un paire de pantalons au pluriel pour désigner une pièce unique??? C’est comme la salade verte, un mystère dirait Jean Carmet!

Julien Scavini

Le smoking blanc

Grande question ce soir, qui avait été soulevée par un lecteur – plutôt rude d’ailleurs – à la suite du long article sur le smoking. Cette tenue du soir est rarement bien portée et constitue pour beaucoup de puristes une hérésie. Pourtant, il est possible de réussir correctement cette mise, qui peut être, l’été, extrêmement adéquate. Non pas que le blanc repousse la chaleur – le soir, il n’y a plus de soleil – mais il correspond bien à l’esprit de certains lieux de villégiature anciennement fréquentés par nos amis d’outre manche comme la côte d’azur ou encore la perse. Mais il peut aussi être de bon ton pour un simple diner dans le jardin, ou plutôt apéritif au milieu du rotin.

Bref, le smoking blanc est d’abord et avant tout un dépareillé. N’est blanche que la veste! Et je tiens beaucoup à ce détail. Le pantalon, le nœud papillon, le cummerbund ou le gilet sont noirs. En fait, il s’agit du smoking normal, en grain de poudre noir, dont vous interchangez la veste. Après, il est possible que cette veste blanche soit droite ou croisée, mais ses revers seront en satin de soie blanc aussi. Enfin crème, car la laine blanche, ça n’existe pas. Yves Saint Laurent avait fait un smoking pour femme noir avec les revers blancs; c’était exquis, mais juste pour les femmes. Ici nous défendons une tradition britannique.

Nos amis d’outre atlantique ont une préférence visiblement pour le col châle, qui a connu un pique d’utilisation au cours des années 60/70. J’aurais tendance à dire que cette version est peut-être plus américaine qu’anglaise, très Miami ou New York estival. Il me semble aussi que dans le film ‘Attrape moi si tu peux‘ est donnée une fête de mariage dans un jardin sudiste, où tous les convives sont en smoking blancs. Cela donne une esthétique très ‘brooks brothers’, très policée.


Enfin, une erreur à ne pas commettre (pourtant c’est chic) est le port du spencer, cette veste très courte qui est habituellement réservée aux militaires ou pire, aux maitres d’hôtels et serveurs. Je regardais récemment l’adaptation des nouvelles de PG Wodehouse, Jeeves et Wooster dans laquelle le jeune maitre décidait d’arborer un spencer blanc acheté à Deauville lors de l’été 1930. A force de persuasions et surtout de félonies, Jeeves son valet finira par le lui faire retirer!

Julien Scavini