Manteaux pour l’hiver, I

Ce soir, nous allons étudier quatre pièces de dessus, quatre pardessus idéals pour affronter le froid, qui est enfin arrivé, et la pluie, qui est hélas arrivée! Ces modèles sont les plus classiques possibles, issus de la grande tradition britannique du vêtement d’extérieur, pour la ville en particulier.

Prenons ces deux modèles ci dessus. Le premier est un Chesterfield typique. Classiquement réalisé en gris, souvent dans un chevron, il arbore toujours un couvre-col en velours, noir de préférence. L’histoire raconte que le duc de Chesterfield, en solidarité avec les nobles français qui se faisaient décapiter pendant la révolution, eut l’idée de faire poser du velours sur son col pour évoquer, par la brillance de cette matière, le caractère sanglant de l’acte révolutionnaire. Les boutonnières devant, pour plus de chic, sont à gorge cachée.

Le deuxième est un crombie-coat. Taillé dans un drap épais de laine bleue marine, il est également droit mais son boutonnage est plus simple. Rappelons que les manches d’un manteau ne sont pas obligatoirement à boutonnières, mais peuvent arborer, ou bien rien, ou bien une patte à bouton.

Le troisième modèle ressemblant au chesterfield dans sa coupe est en réalité un cover-coat. Il est, à la différence du premier, réalisé dans un drap plus léger comme des twills, et arbore aux bas des manches et de l’ourlet quatre surpiqures parallèles, appelées ‘railroading‘. Il est généralement beige, mastic ou encore olive et son couvre-col n’est pas obligatoirement en velours.

Enfin, le dernier modèle est un dérivé du très militaire ‘British Warm‘, un manteau croisé, en lainage épais avec des pattes d’épaules. Ici, cette version croisée à col châle pourrait être en cachemire, couleur poil de chameau, un must-have cet hiver!

La semaine prochaine, nous étudierons trois autres modèles.

Julien Scavini

Le pantalon en détails

Le pantalon est certainement le parent pauvre de la culture générale sur l’art tailleur. Si les sujets sur la veste et quelques fois le gilet viennent en tête des articles et desiderata des lecteurs, cette longue pièce couvrante constituée de deux jambes est pourtant une pièce d’intérêt. Mais elle est difficile à décrire finalement. Nous allons essayer ce soir d’expliquer quelques grandes lignes de coupes et de détails, qui pourront vous être utiles lors de vos visites chez le tailleur.

Sur cette première image, on peut constater une coupe droite traditionnelle, à poches en biais (de 4 à 7cm de décalage sous la ceinture). La braguette peut-être à zip ou à boutons. Le devant présente deux pinces (ou aucune). La ceinture ne possède pas de passants de ceintures, mais un tirant à bouton. Au dos, nous trouvons deux poches passepoilées classiques à fermeture par boutonnière. La ceinture dos arbore un V d’aisance au milieu, adapté pour le port avec des bretelles. Il est possible de faire réaliser les bas de son pantalon avec un ourlet simple ou un revers. Pour ma part, j’aime les revers un peu haut, aux alentours de 5cm.

Ici, le devant présente un pli (en non une pince). Ce pli peut-être orienté vers l’intérieur (à la française) ou l’extérieur (à l’italienne). Le pli donne de l’aisance et évite au pantalon de coller, surtout aux lainages qui peuvent présenter un effet stretch à la longue, surtout en position assise. Les poches sont un modèle sport, apprécié des De Luca par exemple. Le tirant de ceinture est maintenant à glissière (avec une bride comme les ceintures), ce qui est plus solide que celui à boutons. Les poches arrières sont à rabat, qui peut être ou non boutonné. Ces poches à rabat en accolade inversée sont une bonne option pour les pantalons sports, comme ceux pour le golf. Par ailleurs, le dos présente deux pinces, ce qui est fortement indiqué dans le cas de fessiers marqués.

Sur ce modèle, le devant présente deux plis, ce qui est le nec plus ultra de l’aisance. Évidement, un tel pantalon sera également un peu large en bas (+ de 22cm) pour obtenir une ligne homogène, le seul point négatif étant son petit aspect ‘daté’ (certainement une question de mode…). Ici, les poches sont passepoilées et verticales. Ce genre de montage est idéal pour les pantalons de smoking, même s’ils n’ont pas vraiment besoin de poches… Pour ce qui est du dos, vous pouvez choisir de ne disposer qu’une poche, à droite si vous êtes droitier par exemple. Le fait est que ces poches ne sont pas d’un grand intérêt. Essayez de mettre un portefeuille la dedans et vous ressemblerez à un sac. Mais un pantalon sans poche fait un peu plus féminin. En revance, sur un pantalon en lainage fort, comme un whipcord ou un cavalry twill (le genre de pantalon que vous désirez garder trente ans), choisissez peut-être aucune poches dos, car c’est irrémédiablement un point de faiblesse! Un troisième type de poche dos peut-être passepoilée avec une languette de boutonnage.

Sur l’avant du pantalon, à droite sous la ceinture, peut aussi être disposé une poche gousset. C’est un petit logement grand comme une carte de crédit (d’ailleurs très pratique pour elle) que certains bons confectionneurs affectionnent. Cette petite poche gousset peut aussi avoir un rabat en accolade inversée, ce qui est du dernier chic! J’ai vu à Saville Row un tailleur porter un pantalon à deux plis avec bretelles et poche gousset à rabat, extraordinaire!

Enfin, vous pourrez demander, puisque c’est devenu la norme aujourd’hui, des passants de ceinture. En grande mesure, nous en disposons habituellement sept dont un ardillon. L’ardillon est un passant recourbé en forme de boucle qui surgit du bas de la ceinture au dessus la braguette, et qui sert à y bloquer la boucle de ceinture. C’est la plus merveilleuse invention du pantalon, qui évite que la ceinture ne tourne autour de la taille! Et pour ce qui est de la fermeture au niveau du pont de la braguette, les tailleurs recommandent deux crochets métalliques et un bouton de rappel. Les boutons ont en effet tendance à sauter, même avec une couture au fil de lin.

Voilà pour ce petit aperçu des possibilités d’un pantalon en terme de détail. Je rajouterai encore la possibilité de faire réaliser une baguette. Il s’agit, uniquement sur les pantalons dépareillés (qui ne constituent pas un costume), comme les pantalons de flanelle, de coucher la couture coté extérieure, et de la coudre, ce qui crée une baguette le long de la jambe. C’est un détail de goût. Enfin, si la mode des pantalons est aux modèles serrés, préférez tout de même l’aisance, car la laine n’est pas comme le coton et ne se comporte pas très bien lorsqu’elle est près du corps, surtout avec des vrais chaussettes qui montent jusqu’aux genoux, et qui agripperont le pantalon d’une désagréable manière une fois assis!

Enfin je finirai sur une petite question: dit-on un pantalon, ou un paire de pantalons au pluriel pour désigner une pièce unique??? C’est comme la salade verte, un mystère dirait Jean Carmet!

Julien Scavini

Le smoking blanc

Grande question ce soir, qui avait été soulevée par un lecteur – plutôt rude d’ailleurs – à la suite du long article sur le smoking. Cette tenue du soir est rarement bien portée et constitue pour beaucoup de puristes une hérésie. Pourtant, il est possible de réussir correctement cette mise, qui peut être, l’été, extrêmement adéquate. Non pas que le blanc repousse la chaleur – le soir, il n’y a plus de soleil – mais il correspond bien à l’esprit de certains lieux de villégiature anciennement fréquentés par nos amis d’outre manche comme la côte d’azur ou encore la perse. Mais il peut aussi être de bon ton pour un simple diner dans le jardin, ou plutôt apéritif au milieu du rotin.

Bref, le smoking blanc est d’abord et avant tout un dépareillé. N’est blanche que la veste! Et je tiens beaucoup à ce détail. Le pantalon, le nœud papillon, le cummerbund ou le gilet sont noirs. En fait, il s’agit du smoking normal, en grain de poudre noir, dont vous interchangez la veste. Après, il est possible que cette veste blanche soit droite ou croisée, mais ses revers seront en satin de soie blanc aussi. Enfin crème, car la laine blanche, ça n’existe pas. Yves Saint Laurent avait fait un smoking pour femme noir avec les revers blancs; c’était exquis, mais juste pour les femmes. Ici nous défendons une tradition britannique.

Nos amis d’outre atlantique ont une préférence visiblement pour le col châle, qui a connu un pique d’utilisation au cours des années 60/70. J’aurais tendance à dire que cette version est peut-être plus américaine qu’anglaise, très Miami ou New York estival. Il me semble aussi que dans le film ‘Attrape moi si tu peux‘ est donnée une fête de mariage dans un jardin sudiste, où tous les convives sont en smoking blancs. Cela donne une esthétique très ‘brooks brothers’, très policée.


Enfin, une erreur à ne pas commettre (pourtant c’est chic) est le port du spencer, cette veste très courte qui est habituellement réservée aux militaires ou pire, aux maitres d’hôtels et serveurs. Je regardais récemment l’adaptation des nouvelles de PG Wodehouse, Jeeves et Wooster dans laquelle le jeune maitre décidait d’arborer un spencer blanc acheté à Deauville lors de l’été 1930. A force de persuasions et surtout de félonies, Jeeves son valet finira par le lui faire retirer!

Julien Scavini

Quel costume l’été?

Pour faire suite au précedent article qui avait fait couler beaucoup d’encre sur le port du polo manche courte et du bermuda, nous allons ce soir nous intéresser aux costumes estivaux. Car évidemment, quand il fait, la tentation est grande de faire tomber la veste, mais ce n’est pas recommandé par la rédaction. Et surtout, au delà du costume, la coupe étant une question de goût, quelle matière?

La problématique de la couleur peut aussi être posée. Pour un costume de travail, difficile de se passer des gris et des bleus. Ils peuvent simplement être sélectionnés dans des coloris plus clairs. Également, il est possible de revêtir aussi des tons beiges, mais jamais marron en ville. La veste sport ou les blazers légers peuvent également être combinés avec des pantalons de flanelles légères ou de laines vierges, ou de coton blanc.

Par ailleurs, notons que le nec plus ultra des coloris estivaux est le blanc, plutôt le blanc cassé, complété par de nombreuses variantes allant du crème au caramel. En trois pièces, cela peut-être exquis. Les anglais, avec ces couleurs, ne jouent jamais le total ‘look’, ne s’habillent pas de la tête aux pieds en blanc, préférant les dépareillés. De la bouche d’un anglais, ce ‘style’ est italien!

Enfin et surtout, la matière. D’abord, je vais détruire beaucoup d’idéaux largement répandus dans l’opinion: non au coton et au lin. Oui à la laine. Et oui, techniquement, rien n’est plus fin que la laine, rien n’est plus léger (en dehors des polyester et de la soie). Le coton a un défaut (à part le tissage seersucker): il est tissé serré et n’est donc pas aéré, très peu utile pour les jours de chaleur. Le lin quant à lui, froisse, vous le savez bien. Et par ailleurs, ce qui est peu connu, le lin se gorge d’eau en milieu humide (je pense aux régions de bords de mers) et dès lors ne respire plus. Par ailleurs, les cotons et les lins sont lourds (300gr bien souvent). Aussi, un tailleur refuse de travailler ces tissus, qui sont terribles sous l’aiguille et et le fer.

Il ne reste que la laine, dont les fibres peuvent allier deux qualités: finesse et légèreté. En dehors des laines vierges et des tissages légers, il existe deux catégories de laines spécifiques pour l’été: les laines fresco et les mohair.

Les fresco d’abord désignent une catégorie de tissages techniques. Les fils de laine, avant leur tissage ensemble, sont sur-tordus, sont enroulés sur eux-même. Une fois tissé, le plus souvent sur une armure toile (très aérée), le drap a un comportement étonnant, avec beaucoup de nervosité. On dit que ses fibres frisent, ce qui est une image pour signifier la réaction du fil retors.

Ensuite les mohairs sont des laines de chèvres. De ce point de vue et comme beaucoup d’amis, vous devez trouver cela bizarre. Mais le poil de chèvre a un avantage de plus par rapport au lainage de mouton: il a du ressort et est très rigide. Le tissage en toile de kid mohair est d’une grande légereté (220gr) et est trés aéré. C’est une merveille, que je recommande véritablement, même si elle est un peu chère! Si il est possible de trouver des costumes en fresco dans le commerce (notamment chez Arthur et Fox à Paris), ceux en mohair sont plus difficile à dénicher. Mais allez-y les yeux fermés, en plus, ça ne froisse quasiment pas!

Julien Scavini

Frac contre smoking dans les 60’s.

Cet article est extrait du très célèbre magazine masculin ADAM n°262, décembre/janvier 1960/61, aux éditions Condé Nast. J’ai tout à fait apprécié le ton du journaliste (non crédité) à propos d’une soirée parisienne. Il fait suite à la série d’articles sur le frac et le smoking. L’occasion de vous le retranscrire, et de l’illustrer:

« Faut-il le déplorer? L’habit perd pied dans les soirées parisiennes. Le gala de la première représentation de l’International Ballet du marquis de Cuevas justifiait pourtant le port du frac dans le magnifique théâtre des Champs Elysées. Mais les smokings y étaient représentés dans une proportion de 99%. Le marquis lui même était en smoking, alors ses invités se sentaient parfaitement dans le ton. Où est-il, le temps où les habitués de la Salle Garnier ne pouvaient se rendre à l’Opéra autrement qu’en cravate blanche, manteau noir et haut de forme mat? On ne les compterait même pas sur les cinq doigts d’une main lors des soirs habillés actuels. Il faut la présence du chef de l’État pour un gala donné en l’honneur d’un hôte illustre, de passage, pour que réapparaissent les habits – sur lesquels les brochettes de décorations jettent leur éclat coloré. Mais alors combien on s’attristera, lors de l’entrée du théâtre, en voyant nos contemporains gravir les marches de l’escalier d’honneur sur lesquelles les gardes républicains – eux, en grande tenue – saluent de l’éclair de leur sabre les hautes personnalités, vêtues de manteaux de pluie, trench-coats, pardessus beiges en poil de chameau, contrastant si pauvrement avec les visons, les brocarts, les soies des riches manteaux féminins. que de va-nu-tête! Que de gants maculés (bien sûr, le chevreau ne s’accorde guère au contact  du volant). On ne voudrait pas être, ici, censeur impitoyable et grogner une fois encore sur l’évanouissement des traditions d’élégance. Pourtant, que diable! un manteau noir n’est pas un luxe! Il peut être en vigogne, en cachemire, mais aussi en drap d’honnête qualité ; il devient alors à la portée de toutes les bourses.« 

Julien Scavini

Un costume vintage

Récemment, un jeune lecteur m’a écrit pour me poser une question à propos d’un ancien costume, qu’il a récupéré de son grand-père. Cette pièce qui fut réalisée par un tailleur de Savoie est pour notre goût contemporain (dont les sources sont principalement anciennes) difficile à utiliser, c’est pourquoi je me tourne vers vous.

Ce costume trois pièces est réalisé en velours noir. Le pantalon et le gilet sont de facture classique. En revanche, la veste arbore trois poches plaquées et ses revers sont généreux, dans la goût des années 70. La fermeture est réalisée par deux boutons sur l’avant et trois boutons aux pieds de manche (factices). Le dos présente une fente.

Le jeune homme pensait porter ce costume pour l’opéra ou encore un rendez-vous de travail.

De prime abord, je ne sus quoi répondre tant cette pièce est loin de mes a priori esthétiques. Si l’opéra ne me semblait pas le lieu approprié, où le frac et le smoking seraient plus ad hoc, il me fallait tout de même esquisser une réponse.

Les poches plaquées me font indéniablement penser à un usage sportif, même si à cette époque, il était d’usage de les placer sur nombre de modèles. De même pour le cran de revers classique (ou droit ou sport). Et le noir étant une couleur, traditionnellement réservée aux deuils ou aux cérémonies, j’émis l’idée que ce costume serait adéquat pour une soirée du motor-boat club, bref pour une soirée dans un environnement sportif… Pourquoi pas, mais à essayer de catégoriser une telle pièce, on en devient forcément restrictif, ce qui n’est plus dans le goût de l’époque.

Donc évidemment, que voir au delà de cette lecture classique? Faisons abstraction des poches plaquées et concentrons-nous sur l’élément le plus fort, le noir. Il oblige à porter ce costume dans des conditions spécifiques dont effectivement les soirées font parties. Le velours ras est une très belle matière, dont les reflets soyeux provoquent évidemment l’admiration. D’ailleurs, petite anecdote de tailleur: il est connu que les industriels cousent leurs velours avec le poil vers le haut (au lieu logiquement, de le disposer vers le bas). Car il se sont rendus compte, notamment pour les pantalons, que le poids de l’eau au séchage, arrachait les poils, d’où une durée de vie moindre, propice aux achats.

Bref, pour en finir avec ce complet, je finis par proposer toutes sortes de ports, surtout en soirée où il pourrait faire merveille. En journée, difficile d’arborer du noir. Peut-être serait-il possible de le porter pour le travail? Les classiques grinceront évidemment des dents, les limites de ce goût étant dépassées. Ceci dit, bien porté, il peut aussi être d’une grande élégance, bien loin de l’élégance à minima que nous cotoyons tous les jours!

MàJ: de récentes photos nous en disent plus. Le marchand à Paris est Ivy oxford Co. Je pense qu’il s’agit plus d’un faiseur que d’un tailleur, car je ne connais pas cette maison. En ce qui concerne la veste, la poche poitrine n’est pas plaquée, mais traditionnelle. Cela change-t-il grand chose? oui peut-être, attenuant l’effet sport. Quant aux revers, ils sont encore bien plus large que dessiné, ce qui en fait une belle pièce d’histoire du vêtement!

Julien Scavini

Le crépon de coton

Sous ce nom amusant du logiciel de traduction se cache en fait le fameux seersucker tant apprécié des anglais et des américains. Parlons en ce soir.

Le seersucker de coton est un tissu généralement rayé, utilisé pour confectionner des tenues estivales. Ce terme anglais découvert en Inde provient du perse  « shir o shekar », qui signifierait « de lait et de sucre », probablement du à la ressemblance de ses raies alternées lisses et grossières. Le seersucker est surtout reconnaissable à son tissage curieux. Les fils de trame et de chaîne ne sont pas tendus de la même manière sur le métier.Peu de fabricants existent encore sur ce type de matière, son tissage étant long et complexe. Car une fois les fils bleus (par exemple) insérés dans le tissu, la laize produite est détendue, donnant au drap une apparence froncée le long des rayures blanches. Cette caractéristique facilite la dissipation de chaleur et la circulation d’air. Il convient évidemment de ne pas repasser un seersucker. En revanche il a un côté pratique car infroissable et lavable en machine.

Il est possible de trouver de nombreux articles en seersucker, allant des costumes aux bermudas, en passant par les peignoirs. Les couleurs les plus communes, outre le blanc de fond, sont le bleu et le marron. Mais il est également possible de trouver des raies vertes ou violettes, toujours légèrement plus large que des têtes d’épingles.

Ce sont les commerçants musulmans qui ont rendu célèbre cette étoffe qui fut popularisée dans les chaudes colonies britanniques. Il fut également utilisé pour les uniformes des infirmières durant la deuxième guerre mondiale. Les Américains l’apprécièrent aussi avant le développement de la climatisation. Si son origine dans ce pays fut relativement difficile, il devint à partir du début du siècle la tenue par excellence des gens du sud. Peu à peu les gentlemen du nord le portèrent, popularisé également par les étudiants qui y voyaient à la fois une nouveauté pratique et une occasion de se démarquer des traditionnels costumes. Les journalistes politiques rendirent également honneur au seersucker, en commentant les débats à Washington, ville relativement chaude l’été.  Il est toujours à noter qu’au mois de Juin, il est habituel pour les sénateurs américains de porter des costumes en seersucker, lors des bien nommé seersucker thursday.

S’il est véritable (et donc non lisse), ce tissu constitue une agréable solution pour l’été, à utiliser certes avec modération, mais qui peut faire un effet certain. Voir un élégant porter un costume de cette matière annonce certainement le printemps et le retour des chaudes journées ensoleillées. Traditionnellement, vous trouverez cet article chez Brooks Brothers, bien que de nombreux autres confectionneurs en vendent également.

MàJ: dans le dictionnaire du textile, on trouve aussi à l’onglet historique la définition suivante: tissus de soie, d’or et argent à l’effet ondulé originaire de l’inde et destiné aux habits de cérémonie. Il fut importé en Europe aux alentours de 1746 et devint très recherché à la cour du roi louis XV(1764) – dictionnaire international des tissus.article du journal du textile du 6 avril 1998. Voilà qui n’est pas forcément contradictoire avec son histoire anglaise.

Le pantalon dépareillé

Au cours d’une visite récente dans une grande surface de l’habillement, un ami m’a demandé ce que je pensais d’un pantalon anthracite à rayures violettes vendu seul, sans veste; et je dois dire que j’ai été bien incapable de me prononcer sur le sujet: mais avec quel type de veste et dans quelle occasion un tel pantalon pourrait-être porté? De même pour nombre de références en prince de galles (très à la mode apparemment) ou à rayures multiples. Donc voici l’occasion de revenir aux fondamentaux en terme de pantalon.

Traditionnellement chez les hommes, nous avons en résumé deux tenues: le complet (de ville ou de campagne) autrement appelé costume et la tenue sport. Si la première est évidemment unie, le pantalon et la veste étant coupés dans le même drap, la seconde ouvre des possibilités infinies de combinaisons. Nous appelons habituellement et par extension vêtement de sport les vestes réalisées dans des tissus différents des étoffes de villes (plutôt bleu marine ou gris/noir, à rayures ou pas) car souvent plus épaisses et peut-être moins unis en terme de motifs. Du gros chevrons aux carreaux en passant par le glencheck plaid, le répertoire est important pour cette composition vestimentaire des instants de détente. Nous comptons également dans ce registre les blazers, droits ou croisés, même si l’assemblage est osé!

Bref, dès qu’une veste est vendue seule, elle peut être catégorisée dans les vestes de sport. C’est une appellation avant tout, ayant perdu ses origines depuis les clubs. Avec ces vestes, que portons nous en bas?

  • La première possibilité, évidemment, est le pantalon de flanelle grise (unie). Historiquement portée l’été, cette étoffe s’est rendue indispensable pour compléter les vestes aussi bien que les blazers. Il s’agit du canon de l’élégance masculine, incontournable aux quatre coins du monde occidental. La flanelle peut se présenter en plusieurs épaisseurs et diverses nuances, de l’anthracite au gris clair. Ce pantalon doit arborer un pli de repassage et peut avoir des revers;
  • Les pantalons en gros chevrons peuvent constituer une réponse ad hoc à la campagne et pourquoi pas à la ville, à vous de tenter, de même pour les pantalons en tartans.
  • Nous classerons en troisième le chino de coton, très utile et qui s’est fortement démocratisé sans être aussi vulgaire que le jean. De couleurs variées, du bleu marine au beige en passant par le blanc, il propose une lecture plus décontractée de la tenue de sport, sans son pli marqué et sa résistance accrue, notamment au lavage mécanique. Nous noterons que le cavalry twill, une forte armure de laine souvent en beige ou mastic, reste l’ancêtre toujours usité du chino.
  • Les velours côtelés constituent une importante catégorie de possibles, dans de nombreuses couleurs mais restent plutôt hivernaux, de même que les moleskines.
  • Enfin pour l’été, un nombre important de laines froides ou de laines vierges pourront compléter les vestes légères en soie ou en lin, dans des motifs souvent unis.

Voilà pour l’état des lieux des classiques possibles et qui laissent entrevoir de nombreuses variantes malgré tout, dans un cadre tenu de modèles. Pour autant je n’ai pas répondu à la question préliminaire du pantalon à rayures violettes. Car la rayure est un motif de ville par excellence, et le collisionner avec des attributs sportifs (synonyme de dépareillé donc) me pose problème. Je n’ai pas d’idée, comme pour le pantalon noir uni par exemple, à part peut-être de le completer avec une maille, pull ou cardigan, mais je n’ai jamais été un admirateur de ces pièces, à la différence des créateurs actuels appatés par les volumes à prix réduits qu’ils permettent de réaliser. Une veste coûte en effet plus chère, surtout si vous cherchez à en avoir autant que de tricots, mais l’effet est plus construit, plus recherché et nécessite un peu de goût, entre la pochette et la cravate, car oui, une cravate est toujours utile, au moins pour tenir le cou au chaud!

Le bon tweed pour les highlands

Concentrons nous ce soir sur ce vêtement, ou plutôt cette étoffe si chère aux gentlemen, qu’ils soient farmers ou urbains, le tweed!

Si l’on en croit la légende, le mot tweed proviendrait du mot tweel en scots, signifiant tissage ou tissus, et non de la rivière du même nom que les premiers marchands ont confondu à cause du fort accent des écossais. Cette matière encore très artisanale est obtenue à partir d’une laine vierge cardée, qui possède encore tous les suints, c’est-à-dire les apprêts naturels graisseux qui confèrent aux poils des qualités d’étanchéités thermique et aquatique. Cette matière simplement travaillée, est encore de temps à autres nettoyée à même les ruisseaux et teintée à l’aide de mousses et autres herbes de la lande donnant des tons naturels (verts, marrons, orangés etc…) et mats.

Tissé artisanalement dans des crofts (fermes) dans les hébrides, il sort sur des métiers à tisser en (environ) 70cm de large, ce qui oblige à en utiliser deux fois plus et peut alors avoir l’origine géographique controlée d’Harris tweed, provenant des îles Lewis ou Harris. Mais il existe une infinie variété de tweed, dont le très célèbre Donegal irlandais, connu pour son poids moyen et son effet de chiné gris, avec des pointes de couleurs. Nous noterons également l’existence du reconnu saxony tweed dont la laine provient des moutons de saxe (à l’origine).

Le tweed reste pour autant un tissus choquant pour les non-initiés à cause de son touché très rêche et de son poids souvent jugé excessif. Au premier abord, vous pourrez avoir l’impression d’un matière en spontex alourdi… Mais bien sûr, c’est nécessaire pour aller chasser, lors de parties où l’attente et la patience le disputent souvent au froid cinglant, ou encore dans des relais ne possédant qu’un chauffage succinct. Ou même lors des derniers grands froids en France, quel plaisir que de sortir son complet en tweed, qui vous procure une réelle impression de chaleur!

Le code vestimentaire autorise le tweed à la campagne et rarement en ville, bien qu’il ait fait dernièrement une apparition comme tenue de week end. Il est en revanche la marque des étudiants et professeurs et rappelons nous du cousin de Charles Ryder dans Brideshead lui conseillant le bon tweed plutôt que le costume urbain pour Oxford.

Traditionnellement, le complet en tweed comprend un veston à trois boutons (voire quatre) avec une fente dans le dos. Le cran du col n’est pas placé trop haut pour permettre de le rabattre comme un col officier en cas de vent. Une patte peut permettre éventuellement de fermer la veste autour du cou ce qui redonne à la boutonnière de revers son usage. Le gilet quant à lui possède cinq à six boutons, dont une boutonnière verticale pour la chaine de la montre, ainsi que quatre poches (du type poche poitrine ou à rabats). Il arbore également souvent des revers, à l’instar de la veste. Le pantalon est pour sa part assez serré, et non doublé au royaume uni (ce qui gratte…). Les boutons sont en cornes et non en cuir, ces derniers étant l’apanage des tailleurs américains cherchant la ‘différence’. Les tissus habituels pour la chasse sont à carreaux (pour ne pas être confondu avec la végétation) et ceux plus urbains unis.

Deux bonnes maisons proposent à Londres des complets de tweed et se nomment Bookster et Cordings. Notons également les italiens de chez Beretta dont les vestes de tweed doublées de gore-tex sont d’un grand secours sous le crachin!

Du côté du board: le stroller

S’il est une tenue aussi formelle qu’inusitée, c’est bien du stroller qu’il s’agit. Ce complément du smoking se porte le jour uniquement, et se distingue ardemment du complet de ville. Totalement tombé en disgrâce, cet ensemble n’en demeure pas moins intéressant, complétant  admirablement le vestiaire de gentlemen, pour toutes les occasions où vous souhaiterez remiser votre costume, pour un vernissage ou même le mariage d’un ami.

Il se constitue d’un veston droit à un bouton (certaines fois deux ou trois) sombre voire noir, d’un gilet, droit ou plutôt croisé en gris clair (ou coordonné sur le veston), et surtout d’un pantalon à rayures, du même type que celui que l’on porte avec la jaquette. Il partage d’ailleurs ces codes avec le morning coat, à la différence que l’habit à basques longues est remplacé par une veste courte.

Ce vêtement a eu une histoire courte, notamment chez nos amis grands bretons où il est appelé Black Lounge, ne trompant pas sur sa couleur. Les américains qui le nomment stroller ont véritablement fait perdurer son usage, comme les japonnais pour qui le director’s suit représente l’élégance suprême des membres de conseils d’administration. Quant à nos amis germaniques, l’ancien chancellier Gustav Stresemann a donné son nom à cette version plus pratique du morning coat.

L’association du veston droit avec le pantalon formel à rayures constitue le stroller. Son usage diurne comme tenue semi-formelle a pris le pas de nos jours sur son ancien usage par les majordomes et autres employés de direction. Interressant pour changer du costume, n’est-il pas?