Roger Stone

Cela fait longtemps que je voulais vous parler de ce personnage, plutôt sulfureux pour ne pas dire méphistophélique. Mais je n’en avais jamais trouvé l’occasion et surtout je n’étais pas sûr que sur le blog, ce soit une bonne idée. L’homme aiguise les esprit. Et donc j’ai décidé d’oublier un peu le sujet. Mais, la mise en examen et l’inculpation aux Etats-Unis de son ancien associé, Paul Manafort, me fait dire, me fait penser, que c’est le moment propice pour mettre en lumière Roger Stone!

C’est une sorte d’influenceur, de conseiller en image et en communication, de lobbyiste, de commentateur politique, une sorte d’homme de l’ombre de Washington, des médias et de la politique. Son métier en quelque sorte, c’est le para-politique. Lui y rajoute un adjectif : le para-politique louche, et même plus encore. Ses faits d’armes. Dans la vingtaine, il fait parti des plus jeunes inculpés dans l’affaire du Watergate. Dans son dos est tatouée la figure de Richard Nixon, le président démissionnaire. Il fut un grand soutien de Ronald Reagan et est à l’origine d’une certaine prolongation du renouveau de la pensée de la droite américaine, après la première vague initiée par William Buckley Jr et son magazine National Review.

La carrière politique de Roger Stone est marquée par l’exagération et la dérive droitière. Il ne s’agit même plus de néo-libéralisme. Mais de démagogie et d’hypocrisie dans les propos. Une virulence ‘cochonne’ et vulgaire. On ne peut même pas être sûr qu’il pense tout ce qu’il dit. On finit par se demander si ce n’est pas du second degré tellement c’est extrême parfois. Il est à l’origine de beaucoup de haine à l’encontre d’Hillary Clinton (dont la fameuse théorie de la maladie cachée). On se demande comment il peut dire des choses aussi énormes, aussi fausses et les croire! Il est, enfin et surtout, le principal soutien de Donald Trump. C’est lui qui a encouragé, pendant au moins deux décennies, le milliardaire à se lancer en politique. Sa chance est arrivée l’année dernière. Si Trump l’a écarté de la campagne (en le remplaçant par Paul Manafort), Roger Stone n’a jamais été très loin, par la manigance, la non-objectivité, l’irrationalité, l’abondance d’idiotie. Toutefois, il a quitté le parti Républicain pour se rapprocher du mouvement Libertarien. C’est le paradoxe de l’homme. Très conservateur par bien des points, mais très ouvert sur d’autres sujets, de société notamment.

Mais je dérive et finis par parler plus de politique que de vêtement. L’écueil est proche!

Roger Stone est un personnage curieux. Netflix a fait un documentaire d’un plus d’une heure intitulé Get Me Roger Stone qui le suit longuement, sans commentaire. Et là, on découvre un dandy incroyable!  Je n’aime pas le mot dandy, mais là, le terme convient bien, dans une acception américaine. Il est habillé très yuppie des années 80. Son vestiaire sent bon la belle époque du vestiaire masculin. C’est même un feu d’artifice de style. Mais pas un style wasp poussiéreux, non. Je ne suis pas sûr qu’il aime les vieilles élites de l’argent, au style plus discret. Lui en rajoute. Mi banquier d’affaire, mi mafieux, mi lord anglais excentrique, on ne sait trouver le registre exacte.

Dans les années 80 et 90, ils s’habillait comme les protagonistes de Wall Street le film, toujours impeccable, costumes bien coupés et un peu amples, cravates paisley, bretelles colorées, chemises bengal. De nos jours, malgré l’âge, il cultive toujours ce goût pour le chic, avec une touche ostentatoire importante. Roger Stone est adepte de culturisme, alors les vêtements lui tombent toujours bien. Le costume en seersucker apparait comme son habit iconique. Il aime aussi le madras et les draps beige en été, les tweed carroyés en hiver. Son chapeau Homburg fait bon ménage avec ses lunettes en écaille. On ne croise pas en Europe de personnages si élégants. Ici on dirait que c’est un peu outré. Mais qu’importe, cela sent les bons faiseurs, de Paul Stuart en passant par Ralph Lauren.

Et puis j’ai découvert son tailleur : Alan Flusser. Tiens tiens… La boucle est bouclée! J’ai compris d’où venait ce spectacle visuel. L’homme est la pire charogne que la terre est portée, mais ça en jette. Il sera secrétaire général du Pandémonium dans sa prochaine vie. Toujours est-il que dans celle-ci, il possède une centaine de costumes. Il n’aurait rien de prêt-à-porter depuis ses dix sept ans et serait le meilleur maître pour quiconque veut apprendre à faire des gouttes d’eau aux nœuds de cravates. GQ et Penthouse magazines ont écrit sur l’homme m’apprend Wikipédia. Il aurait aussi rédigé des articles pour dire qu’il n’aimait pas l’ascot et les jeans. Ah, j’aime! Il possèderait de nombreuses Jaguar et a dit un jour : « I like English tailoring, I like Italian shoes. I like French wine. I like vodka martinis with an olive, please. » Un homme de goût. C’est tout le paradoxe de l’affaire. Je vous laisse vous faire votre avis !

Bonne semaine, Julien Scavini

Tout en nuances

Pour certaines personnes, le costume représente un temps passé et surtout un temps oppressant, celui de l’habit unique, signe d’obéissance et de servitude. Pourtant, à y regarder de plus près, nombreuses et variées sont les nuances. Bien sûr, une étude superficielle du sujet fait ressortir une couleur, le noir, souvent terne. Mais chez le tailleur et les bons faiseurs, les tissus sont plus précieux, plus variées.

De nos jours, au moins 70% des costumes sont bleus. Là encore, le bleu marine passe pour écrasant, mais c’est faux. Plus foncé est le bleu encre, presque noir et très habillé. A peine plus clair est le bleu air-force avec ses touches de gris, que l’on appelait bleu ardoise en France. Les italiens proposent des bleu marine assez vifs, avec une touche de violet et les anglais des bleus navy plus apaisés. Il y en a pour tous les goûts. Plus la laine est luxueuse, plus elle est lumineuse. La flanelle, grattée en surface est bien plus mat. Et plus chaude aussi, parfait pour l’hiver. Ainsi, deux bleu marine identiques pourront être différents par leur simple surface.

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Quant au gris, un peu moins apprécié de nos jours, à tord, il sait aussi se dégrader. De l’anthracite au gris clair en passant par la teinte moyenne – le gris souris – les nuances sont importantes. Le tissu peut être teinté à la pièce ce qui donne un aspect très uni et lisse ou par les fils, ce qui donne des nuances de fils à fils. D’où l’appellation. Les motifs caviar ou chevron apportent par ailleurs un relief et effet d’échelle important.

Avec deux coloris principaux, la penderie des hommes peut être déclinée à l’infinie. A cette question cruciale du tissu se rajoute ensuite la coupe, veste droite ou croisée, boutonnage haut ou bas, poches horizontales ou en biais. Un peu comme dans un alphabet, les ligatures des caractères donnent des pièces uniques.

Enfin, le costume n’est que la base de la tenue. Bien évidemment, il faut y adjoindre chemise, cravate, chaussettes et souliers. Certes, par simplicité, les chemises blanche et bleu dominent. Mais la cravate – lorsqu’elle est encore portée – apporte fantaisie et esprit personnel. Dès lors, cet habit, loin d’être un uniforme, devient propre à chacun. L’esprit général est cohérent et ordonné – ce ne sont pas des gros mots – et les personnalités ressortent. Même si l’esprit contemporain aime l’hybride, l’incertain et les antagonismes.

Bonne semaine, Julien Scavini

La chemise de smoking

Le sujet est assez courant et de nombreux clients me posent la question. Que ce soit pour leur mariage ou un évènement particulier, quelle chemise faire ou acheter pour mettre avec le papillon noir? (ou bleu selon.)

La question principale qui revient souvent est l’usage ou non du col cassé. Les français, curieusement, restent assez attachés à cette variante typée et ancienne. Autant le dire, je suis contre et je trouve cela moche! Avec un smoking, le mieux est de jouer la carte de la simplicité. C’est l’essence même de ce vêtement, créé pour la haute aristocratie dans les années 1880, qui voulait quelque chose de plus simple que la queue de pie, très empesée.

Mais que l’on se comprenne bien. Je suis contre le faux col-cassé, celui qui fait corps avec la chemise, qui est petit et tout mou (image de gauche). C’est la version ridicule du vrai col cassé, celui qui est séparé de la chemise et que l’on rapporte avec deux goujons métalliques. Ce col cassé est généralement en très fin coton et est amidonné à l’ancienne, c’est à dire qu’il est rendu dur et cassant comme une mince lame de bois (image de droite). Évidemment, plus personne ne sait amidonner comme cela. Car c’est une technique qui n’a rien à voir avec la bombe Fabulon! Non, là il faut une table en marbre de confiseur, une casserole, une sorte de petite truelle et surtout le savoir-faire, pour couler l’amidon chauffé sur la mince lamelle de coton, puis la mettre en forme en séchant. L’amidon colle tout, il faut alors procéder dans un chambre presque stérile. Bref, un dur labeur oublié, sauf chez Wartner à St Cloud dit-on, qui réaliser l’amidonnage des cols durs de Karl Lagerfeld. Ça, c’est un vrai col cassé. Le reste, c’est du pipi de chat.

Alors autant faire simple. Les James Bond, notamment les premiers avec Sean Connery consacrent le smoking. C’est l’habit de 007! Et quel est le col? Un col classique avec retombée. Pour les anglais éduqués, le col de chemise du ‘dinner jacket’, c’est le col avec retombée. Pas le col cassé, qui fait très ‘charly‘ comme dirait James Darwen dans ‘Le chic anglais‘.

Passé ce détail, que dire de plus sur la chemise du smoking? Et bien tout simplement que vous pouvez utiliser un modèle très simple, dans un popeline luxueuse. Les boutons en nacre se voient? Et alors, ce n’est pas grave.

L’autre option, c’est la gorge cachée (image ci-dessous). Une étroite bande de tissu recouvre les boutons. A vrai dire, je trouve l’astuce empesée. Elle est plus voyante encore que les boutons de nacre visibles. Elle a ses adeptes, pourquoi pas.

Sinon, les boutons peuvent être noirs. Il existe trois trucs à ce sujet :

1- les caches boutons, qui se clippent sur la nacre, comme les dessus des punaises colorées

2- les boutons perles, ou simili, qui sont cousus à la chemise.

3- les vrais goujons métalliques qui se vissent. Le devant de la chemise est alors dépourvu sur des quatre premiers boutons. A la place, il y a une boutonnière. Les deux boutonnières sont alignées et le goujon y est vissé. Un goujon, ou stud en anglais, ressemble un peu à un pin’s en plus plat.

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Les goujons du smoking sont en argent avec insert de nacre noir. Les goujons de la queue de pie sont dorés, avec insert de nacre blanche.

Enfin, la question se pose de savoir s’il faut un plastron ou non. Là encore, la simplicité me pousse à dire sans. Mais l’histoire aime le plastron. Il s’agit d’un empiècement, sur le devant, qui épaissit la chemise. Le tissu du plastron peut être  le même que la chemise, ou un tissu plus épais, plus luxueux (image de gauche).

Evidemment, au siècle dernier, les plastrons étaient amidonnés, sur la même technique que précédemment. Très compliqué à entretenir, cet apparat vestimentaire s’est perdu. Parfois, le plastron était amovible, se fixant au col cassé et aux bretelles, en étant maintenant en bas dans le gilet. Un amusant pour les pauvres qui ne pouvaient se payer une vraie chemise dédiée avec le plastron cousu. Une astuce typique des dessins animés, Tom & Jerry ou autre, où le chef d’orchestre se prend dans le menton le plastron qui rebique!

Dans les années 60, le plastron avec des petits plissés était apprécié (image de droite ci-dessus). C’est un type intéressant et sobre. Parfois, le plastron est réalisé en coton gaufré type marcela. J’aime moyennement cette variante, qui empiète sur la queue de pie, mais à la limite, ce n’est pas grave.

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Quelle chemise type se dégage finalement de ce portrait? Ce n’est pas facile à dire et cela dépend beaucoup des goûts et des couleurs. Passé le détail du faux col cassé que vraiment, j’ai du mal à aimer, tout le reste se discute et se sous-pèse. Pour ma part, j’aurais tendance à porter une chemise très simple. Presque même une chemise blanche de costume. La question qui reste en suspend dans mon esprit est la question des boutons. La gorge cachée, je n’aime pas. Alors je prendrais les goujons. Peut-être. A voir.

Bonne semaine, Julien Scavini

Du nouveau à la boutique, Grande Mesure

Chers lecteurs,

certains me l’ont déjà demandé mais je n’ai jamais voulu tenter l’expérience. Je n’ai moi-même pas assez d’ancienneté dans le métier et de temps pour réaliser des vestes et costumes en grande-mesure. Mais il se trouve qu’un tailleur de mes connaissances, d’un âge avancé – il est à la retraite et ne veut pas reprendre de boutique – m’a proposé de réaliser pour moi des grandes mesures. Voilà un arrangement idéal. Lui adore cela pour garder la main et l’esprit et je peux vous faire profiter d’un service d’une qualité supérieure à la demi-mesure.

Après un premier rendez-vous avec moi pour définir les contours du vêtements et prendre des premières mesures, il prend la main et réalise lui-même les pièces. Il fait aussi les essayages, vous profitez ainsi d’un œil aiguisé. La seule chose que je fais est la milanaise. Il ne sait pas la faire.

Pour avoir testé la coupe, elle est très classique. Pas étriquée, pas trop ample. Vraiment classique. Le style est au choix, cran parisien ou revers sport. L’épaule est plutôt naturelle, avec juste ce qu’il faut de padding. La manche est montée avec une cigarette (rollino). Pas d’épaule napolitaine ou de style étriqué, le maître ne fait pas. Une coupe intemporelle à laquelle je souscris totalement, dans la droite ligne du style des tailleurs parisiens.

Question tarif, on essaye d’être raisonnable, compte tenu du temps de travail, environ 60h pour réaliser le costume à la main :

2600€ ttc le costume – tissu compris

2000€ ttc la veste – tissu compris

pas de pantalon seul en grande mesure

Je vous laisse observer une de ses vestes, un tweed Donegal chiné beige. Pour ma part, je finis une veste en coton bleu pour un ami. Certes j’y arrive de temps en temps dans mon emploi du temps occupé. Mais je ne peux le faire très souvent.

 

Bonne réflexion, Julien Scavini

 

Petite réflexion sur notre temps

Je lisais cet été un livre de Paul Andreu, l’architecte qui a construit l’aéroport de Paris Charles de Gaulle et je me suis longuement arrêté sur trois citations que je vous donne :

« Comme les habits sur un corps, comme les fards et les bijoux, les matériaux du second œuvre sont utiles, nécessaires et agréables, s’ils ne trahissent pas les structures qui les supportent, s’ils sont comme elles, et avec elles, au service d’une idée générale et d’un travail d’ensemble qui prennent, grâce à eux, un sens plus complet et profond.« 

Cette première citation est typique des architectes, qui essayent de distiller une question moralisatrice à travers les bâtiments en essayant de rendre l’argumentaire universel. En l’appliquant en l’espèce au vêtement. Adolf Loos déjà dans les années 20 puis Le Corbusier ont cru bon d’impliquer l’habit dans leurs discours, avec – je trouve – une absolue crétinerie. Paul Andreu évite l’écueil ceci dit en parlant aussi du fards et des bijoux. Les accessoires donc. Qui ne devraient en effet pas dénaturer la structure sous-jacente. Pourquoi pas. Par contre, pourquoi un vêtement ne devrait-il pas trahir le corps? Au contraire, c’est une construction baroque que l’on applique à l’homme. Certes il est à sa mesure, pas hors de proportion. Il y a donc une certaine vérité. Mais ensuite, matières et couleurs sont gratuites. Pourquoi du coton plus que du polyester, pourquoi du bleu plus que du fuschia? Un costume d’homme classique est triché. On y place des épaulettes pour égaliser les épaules et rendre le mouvement de la manche plus confortable. On coupe la veste assez longue pour cacher les fesses. On donne au pantalon une aisance telle qu’on peut s’asseoir avec. L’ensemble est fait pour lisser le corps. Ce n’est pas le trahir. Au contraire, c’est peut même et souvent l’embellir. Les habits féminins sont parfois beaucoup plus baroques que nos costumes. Là, la triche est revendiquée, recherchée, par effet de style. L’architecture triche elle aussi. Elle n’est que triche d’ailleurs. Le ciel ouvert est une vérité par contre. Qui mouille. Mais passons. Penchons nous sur la suite, captivante.

« Une préoccupation très voisine est de rechercher un bon équilibre entre le coût des matériaux et celui du travail nécessaire pour les définir et les mettre en œuvre : l’importance des détails tient à ce qu’ils sont le produit d’un suite de réflexions et d’actions qui chargent la matière et la pensée. Le monde moderne, parce que le coût du travail y est devenu très élevé, a tendance à substituer la richesse du matériau à la qualité de l’étude et à celle de la mise en œuvre, et une perfection industrielle devenue une fin en soi à la qualité de l’exécution, notion moins précise il est vrai, et moins mesurable, mais dont les imperfections et les défauts, ni différents ni quelconques, parce qu’ils révèlent l’effort et l’attention, font partie intégrante.« 

La phrase est longue. Elle demande d’être reconstruite dans la tête pour en suivre le développement. Mais elle est lumineuse. Et elle peut s’appliquer au vêtement.

Car c’est toute l’histoire de l’habit jusqu’à nos jours qui défile ici. Pendant des siècles, deux choses comptaient : un matériau de qualité (donc souvent très rare et cher) et un faiseur de qualité (donc souvent rare et cher). Ainsi, seules la haute aristocratie puis la haute bourgeoisie avaient la capacité de se faire tailler des habits dans des draps de qualité supérieur. Velours de soie sous l’ancien régime ou laine de grande valeur ensuite. Les artisans étaient doués : coupeurs, apiéceurs, brodeurs etc… Les pauvres citadins et les paysans s’habillaient de seconde main. Ils ne faisaient que rarement faire et rapiéçaient souvent.

Avec la révolution industrielle et surtout depuis les années 50, ces deux critères ont disparu. Les matières sont devenues communes et partagées. C’est le progrès qui veut cela. Même le cachemire se trouve à Monoprix maintenant. Les bons artisans ont été remplacé par des usines. C’est aussi le progrès qui a voulu cela. Je ne connais pas un seul tailleur âgé qui souhaitait que ses enfants suivent sa voie. Le métier est dur. Paul Andreu le dit : la richesse du matériau et la qualité de l’exécution.

Ainsi donc, ces deux critères ont été remplacés par deux autres: le développement du stylisme (l’étude au sens de Paul Andreu) et la perfection à grande échelle (l’industrialisation). Dans notre monde, une notion est très importante : celle de la valeur ajoutée. Elle doit être égale au monde d’avant. Sinon nous nous appauvririons tous. Les stylistes passent donc leur temps à cogiter et à inventer des trucs. C’est purement intellectuel. Et ça l’est de plus en plus, un phénomène d’ailleurs décrié par plusieurs grandes personnalités dans le milieu de la mode. Cette étude détachée du monde crée de la valeur ajoutée. Le vêtement n’est plus que réflexion, développement, adéquation commerciale, cible, etc…

De même dans les usines, la montée en gamme permanente, la capacité à toujours soutenir des cahiers des charges toujours plus contraignants (perfection des lignes, montage laser, tissus techniques) devient une fin en soi, ce qui crée aussi de la valeur ajoutée.

Le tailleur qui coupait dans un joli drap onéreux a été remplacé par un styliste qui demande à une usine de couper dans un drap pas cher. Mais c’est la ligne du styliste et la qualité de l’usine qui donnent un vêtement. L’effort et l’imperfection du tailleur est gommé. Les grandes maisons de mode se retrouvent ainsi condamnées à toujours aller plus loin dans la technicité, dans la difficulté de réalisation et dans le nouveau. Pour toujours créer une valeur ajoutée par rapport au mass-market. C’est une ligne de crête dangereuse.

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Paul Andreu finit ainsi :

« Des rapports qu’établissent entre eux l’économie et la vie sociale, dépend beaucoup l’architecture. Celle des pays industrialisés a changé à mesure que s’est substitué au travail sur le chantier, qui était personnel et relevait de ‘l’exécution’, au sens que ce mot peut avoir en musique, l’ensemble de deux travaux de plus en plus séparés, celui de la fabrication en usine, et celui du montage sur le chantier, tous deux plus impersonnels, chargés seulement de mettre en forme des idées devenues de ce fait dominantes« .

Un dernier parallèle avec le vêtement peut être tenté : des rapports qu’établissent entre eux l’économie et la vie sociale, dépend beaucoup la mode. Celle des pays industrialisés a changé à mesure que s’est substitué au travail dans l’atelier d’un couturier, qui était personnel et relevait de ‘l’exécution’, au sens que ce mot peut avoir en musique, l’ensemble de deux travaux de plus en plus séparés, celui de la fabrication en usine, et celui de la commercialisation en boutique, par des équipes dédiées, tous deux plus impersonnels, chargés seulement de mettre en forme des idées devenues de ce fait dominantes.

Les idées dans la mode sont devenues des concepts. Les concepts ont donné naissance au marketing. Et le marketing a… choisissez vous même la conclusion.

Bonne semaine, Julien Scavini

Rondeurs et revers

Le devant d’une veste suit une géométrie ancestrale qui malgré les essais des stylistes ne varie guère. A part la veste croisé qui présente un devant rectiligne et un angle droit en bas, la veste droite a toujours le même visuel : une courbe, un méplat vertical au niveau des boutons, puis un revers qui s’épanche vers le col. La courbe du bas de la veste évolue très peu. C’est une forme gauche, enchainement de plusieurs arc de cercles qui s’enchainent par leurs rayons diraient les architectes. Une anse de panier diraient les amateurs de géométrie. Cette courbe plus ou moins aplatie, plus ou moins évasée est très ancienne. Les premières vestes courtes présentent assez rapidement cette ouverture arrondie, certainement créé pour faciliter le mouvement des jambes. A l’inverse, les vestes militaires, qui se finissent souvent à angle droit ‘volettent’ à chaque pas.

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Les vestes au dessin classique présentent généralement un arrondi peu important, presque écrasé. C’est le cas des vestes italiennes du meilleur style comme Brioni. Les faiseurs plus contemporains aiment ouvrir les vestes. Hackett m’a longtemps intéressé pour cette raison. Cela donne plus d’allant aux vestes je dirais. La courbe débute généralement au niveau du bouton du bas, celui qu’on ne ferme pas. Les tailleurs la trace à l’aide d’un sabre, sorte de règle courbe. Un col de cygne, outil aussi utilisé par les architectes fait l’affaire.

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Passé le méplat où sont disposés boutons et boutonnières, le revers se retourne gentiment sur lui-même et file vers le col. Mais le dessin du bord du revers suit aussi une géométrie variable. Lorsque le revers est remis à plat, la ligne du bord peut s’observer et se confronter à la ligne générale du devant de la veste. Classiquement, le revers file dans la continuité du méplat. C’est la façon la plus conventionnelle de tracer une veste. Dessin A.

Il est aussi possible de bomber un peu cette ligne. Cela donnera un revers plus généreux. Les italiens apprécient ce style. Dessin B.

De leurs côtés, les tailleurs parisiens ont développé une sorte de spécificité que je n’ai jamais vu ailleurs. Il s’agit de bomber la base du revers, là où il démarre. Ainsi, lorsque le revers roule, cela amplifie le mouvement. C’est une ligne très caractéristique. Je crois qu’Arnys usait beaucoup de cet artifice. L’effet est très ampoulé, presque précieux et convient assez peu à des vestes simples en tweed. Un costume très habillé convient mieux. Dessin C.

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Cette caractéristique du revers – d’être bombé ou pas – se lit particulièrement lorsque le revers est en pointe. Si la ligne est très rectiligne, cela donne un revers plutôt discret et efficace. C’est typique des modèles de Ralph Lauren. Les revers sont très fins à la base. Un variante assez rare chez les tailleurs. Dessin D. Cela donne presque l’impression que le haut des revers, les pointes s’évasent comme des fleurs qui ploient sous leur propre poids.

Chez Tom Ford en revanche, la ligne est à peine bombé. Elle est plus conventionnelle. Dessin E.

Et chez l’avant-garde italienne du Pitti Uomo, la ligne du revers est très galbé, que le modèle de veste soit droit ou croisé. C’est presque une blague à la fin, tellement les revers sont ventrus. Un style très affecté mais qui plait beaucoup ces temps-ci. Et qui plaisait dans les années 30, on parlait alors des ‘ailes de requin’. Ci-dessous trois croisés. Un très Ralph Lauren-nien, un second canonique, un troisième digne d’un faiseur de Naples.

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Vous le voyez, cette simple ligne peut avoir plein de signification. Pourtant elle est peu de chose. Diantre, l’art tailleur est plein de ressources!

Bonne semaine, Julien Scavini

Le col en velours

L’hiver semble s’installer plus vite qu’on ne l’aurait souhaité. Hélas. La saison du manteau est déjà lancée à la boutique. Il faut dire que plus le temps passe, plus les clients pensent à passer commander tôt. Compte tenu des délais, un manteau décidé en décembre ne sert pas à grand chose hélas.

Lors de la commande, il est souvent question du col, en velours ou pas? Je dois dire avoir été pendant très longtemps étranger à ce goût que je ne connaissais pas. Mais je constate qu’il est assez commun et que beaucoup de messieurs me posent la question, même si a priori, ce n’est pas leur goût spontané. Un marqueur de l’anglicisme des français en matière vestimentaire? L’idée est assez ancrée : un beau manteau aurait un col de velours. Vrai ou faux?

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Le mythe dit que les aristocrates anglais ont inventé cet usage stylistique comme une marque de souvenir envers les nobles français étêtés à la révolution. Je pense qu’il n’en est rien l’histoire l’atteste. Sauf qu’elle ne donne pas de raison. A mon avis, c’est tout simplement pour une raison pratique que cette mode est apparue. Les manteaux lorsqu’ils sont beaucoup portés ont tendance à s’élimer au bord du col. La raison principale est le frottement contre l’écharpe qui crée une abrasion. Les millions de petits mouvements du cou au cours d’une vie de manteau érodent le bord du col. Comment remplacer celui-ci? Soit le tissu n’existe plus, soit le nouveau tissu n’est pas de la même teinte. En posant une pièce de velours, on résout cette question. Un peu comme une coudière maquille un trou dans une manche. Le velours peut se remplacer souvent pour toujours garder au manteau une allure impeccable. Ça c’est aristocratique!

Dès lors le truc du tailleur devient une mode, plus ou moins marquée suivant les époques. Alors peut-on faire un manteau avec un col en velours dès le départ? Je dirais que oui, car c’est très élégant et raffiné. Le velours, dense et profond apporte une touche de dignité à un manteau, une marque statutaire intéressante.

J’aurais tendance à penser qu’il n’est pas nécessairement lié à une attitude décontractée ou formelle. Sur un manteau anthracite ou marine, poser un velours noir ou bleu nuit ne rend pas le manteau plus sport. Bien au contraire. Et à l’inverse, poser un velours marron sur un cover-coat olive ne le rend pas plus habillé. C’est donc un signe presque égale de mon point de vue.  Quant à l’idée de poser un velours d’une autre couleur que la dominante générale, je préfère laisser cela aux stylistes, je trouve que c’est un truc bien gratuit et excessif. La sobriété est la mère de l’élégance.

Bonne semaine, Julien Scavini

L’envie et le besoin

Pour la plupart des hommes, s’habiller est un besoin. Aussi se couvrent-ils simplement, sans recherche particulière et sans envie particulière. Souvent d’ailleurs, les achats sont fait par madame et l’homme se laisse faire. Il serait d’ailleurs possible de se vêtir exclusivement chez Mistigriff et dans d’autres solderies sans difficulté aucune. Il y a tout ce qu’il faut.

Par contre, les amateurs de beaux-vêtements le savent très bien, au delà du besoin, il y a l’impérieuse nécessité de bien s’habiller. Et par là même, cela forge des besoins d’un ordre nouveau, guidés par l’élégance. Le vêtement devient une envie.

L’envie peut être de plusieurs ordres. Envie de posséder une pièce en particulier pour le week-end ou pour un gala, c’est le besoin du moment. Encore plus loin, envie de posséder une pièce pour sa simple beauté, il n’y a plus de besoin. Seule l’envie gratuite reste.

La difficulté survient lorsque le portefeuille n’aide pas. Il faut se restreindre. Tâche difficile. Il y a les besoins primaires mâtinés quand même d’une envie (avoir un nouveau costume bleu, pourquoi pas prince de galles discret) et les envies (avoir un costume très élégant avec gilet croisé difficile à mettre tous les jours). Ce n’est pas simple. Les clients me demandent souvent comment je fais avec tout ces tissus sous les yeux… Je réponds que je suis très relativiste dans la vie et que celle-ci est longue. Oui c’est beau, et alors… Tous les tissus sont beaux d’une certaine manière. Et puis j’ai le temps.

Seulement, il faut du détachement. Certaines de mes connaissances ‘sartoriales’ n’ont aucune réserve et sont parfois à la limite de la névrose concernant le vêtement. Ce n’est jamais assez, jamais assez bien, il faut toujours un nouveau costume, une nouvelle veste, une nouvelle paire de bottines…

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Ce dont j’ai envie et ce dont j’ai besoin. Pourquoi une telle dissociation? Pourquoi ne pas rapprocher les deux et les fusionner? Cela s’appellerait-il vivre raisonnablement?

Toute la difficulté réside dans la fusion des deux concepts. Il faut arriver à aimer le besoin. Contre mauvaise fortune, bon cœur dit l’adage. Certains y arrivent, d’autres pas. Appliquée à tous les aspects de la vie, cette pratique pourrait peut-être contraindre au misérabilisme ceci dit. Ce n’est donc pas une tâche facile. Il faut  définir des priorités et des aspects plus soumis à l’envie que d’autres. Je reste convaincu qu’un besoin bien intellectualisé peut devenir une envie.

Pour ma part j’essaye au maximum d’apprécier mes costumes simples qui répondent à ces besoins simples. Évidemment, je pourrais en avoir cent, tous plus extravagants. Mais les apprécierais-je vraiment? Une fois par an, je réalise quelque chose de plus osé, un costume en seersucker ou une flanelle rayée. Point trop n’en faut. Car pour conserver le goût des belles choses, celles-ci doivent rester rare. A trop fréquenter le beau, on se lasse ou on veut mieux. Mais là, il faut les moyens!

 

Belle semaine, Julien Scavini

 

L’Ampleur

Depuis quelques temps trotte dans ma tête que le goût pour les vêtements amples pourrait bien revenir. Et que le costume un peu plus large va réintégrer le devant de la scène. Déjà depuis trois-quatre ans, les stylistes des grandes maisons proposent des vêtements plus volumineux, pantalons à pinces d’un côté, manteau « loose » de l’autre. Si l’expression visuelle de ces modèles est critiquable, le terrain se prépare. Même si pour l’instant, ce goût ne transparait qu’assez peu dans la rue.

Des amis qui travaillent dans le textile, de retour du Japon où ils ont passé trois semaines cet été m’ont d’ailleurs rapporté avoir été surpris par ce qu’ils appellent « le style mou », caractérisé par une belle ampleur tombante des épaules et des pantalons droits. Que ce soit en costume ou en plus « casual ». Un signe de plus peut-être.

Pour ma part, j’ai commandé l’hiver dernier une veste en tweed avec une taille de plus par rapport à l’habitude. Un 50 au lieu d’un 48. Si au début j’étais interrogatif, notamment sur le ressenti face au miroir, force est de constater que visuellement la différence n’est pas flagrante. Mais par contre niveau confort c’est bien mieux. Les esprits chagrins me répondront que j’ai grossi. Que nenni, mes costumes actuels et passés en 48 me vont toujours parfaitement.

C’est bien le drame de l’art tailleur. Il n’existe pas de règle concernant le volume et l’aisance. Ce qui est vrai à une époque ne l’est plus après. Les effets de mode régulent la coupe tailleur, comme le reste. Ainsi, les plus grands tailleurs des années 20 faisaient de l’étriqué. D’autres dans les années 30 ont fait du volume. Dans les années 50, la norme était aux épaules gigantesques. Les années 60 ont réduit les proportions mais les années 80 ont de nouveau forcé le trait. Et ainsi de suite. Un costume Cifonelli coupé en 2017 n’a certainement que peu de rapport avec un autre coupé en 1980. Mais aucun des deux n’est faux.

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Je m’amuse toujours des pseudo blogs qui vantent les mérites de telles coupes ajustées et les ravages de l’ampleur par ailleurs. Ces mêmes personnes qui dans dix ans expliqueront le contraire. Les encolures de veste qui n’encadrent pas bien le col de chemise sont souvent pointées comme un défaut. Alors que c’était une qualité dans les années 80. Un beau costume Cerruti de l’époque baille. Le canon était ainsi.

Ces mêmes bonimenteurs qui expliquent que telles mensurations ou tel gabarit ne sera pas bien habillé avec une veste ample expliqueront le contraire le moment venu. Car simplement le paradigme aura changé. C’est celui qui portera encore le costume étriqué qui passera pour ringard. C’est assez cocasse.

Il n’existe pas de règle pour considérer qu’une veste ou un pantalon a une ampleur juste. L’histoire de la mode masculine et de la coupe tailleur nous le montre. Un livre de coupe de 1950 et un exemplaire de 2015 n’ont tout simplement pas la même vision du vêtement. C’est assez difficile à conceptualiser j’en conviens.

Les meilleurs arguments sont pour moi les photos d’époques. Prenons l’exemple de ces clichés des années 80 et 90. Certes les photos ont vieilli. Le style a vieilli. Mais comment oserait-on dire que ces photos sont ringardes? Le style est très honnête. Pierce Brosnan porte un superbe croisé plongeant. Dustin Hoffman, Matthew Broderick et Sean Connery ont la classe sur la couverture de Family Business. Bernard Tapis osait autant en affaire qu’en vestimentaire. Et que dire de Mickael Douglas dans Wall Street. Observez le col de sa veste qui décolle ou son pantalon généreux.

Cet été lors de mes petites vacances en Angleterre où j’ai eu le plaisir de visiter les plus beaux châteaux possibles (Blenheim, Chatsworth, Howard Castle), j’ai pris plaisir à regarder le soir à la télévision les rediffusions de l’excellente série Frasier. Et de me souvenir que le petit frère de Frasier parle assez souvent de son tailleur ou de ses mocassins à glands, spécialement réalisés par un petit bottier d’Italie. Un signe de goût, pour une époque que l’on regarde avec méprise de nos jours. Pourtant, quel style, quel panache. Revers larges, cravates audacieuses. Et quel confort. J’en rêve. Mais pour l’instant le goût n’est pas prêt à grossir… Attendons encore un peu.

Les années 80 et 90 sont souvent regardées avec mépris. Pourtant, l’élégance était entière. Les usages étaient respectées. Les proportions étaient certes généreuses, mais pas ridicules. Ce qui a été ridicule, c’est la reprise par les maisons bas de gamme de l’ampleur tailleur. Les mauvais faiseurs en ont rajouté, en rendant extravagantes et décadentes les coupes.

Enfin qu’on se comprenne bien. Je ne suis pas en train de dire que la tendance actuelle est moche. Non, elle est une tendance. Je m’habille près du corps car c’est ainsi. J’aime cela en ce moment tout en ayant conscience que c’est une passade de l’histoire de la mode. Pas un absolu. Est-ce un relativisme? Non, c’est un essai d’objectivité !

Bonne semaine et belle reprise ! Julien Scavini

(Un grand merci à Archie Ruston pour le temps passé à chercher les photos des années 80)

La chemise dans ou hors du pantalon ?

Un lecteur m’a écrit récemment pour me poser cette question. Intéressante. Car je dois également reconnaitre me poser cette question existentielle : dois je mettre la chemise dans ou hors du pantalon ?

Car il me semble maintenant, la réponse n’est pas si évidente que cela.

De prime abord, les gentlemen portent plutôt leur chemise à l’intérieur d’un pantalon, parfaitement et dignement ceinturé. C’est une manière chic de voir les choses.

Pour ma part lorsque je fais ainsi, j’ai toujours l’impression d’être engoncé. Et à chaque fois que je me relève, il faut remettre la chemise en place. Au final, je ne me sens pas plus à l’aise que ça dans une telle tenue. Il y a des messieurs qui arrivent à faire cela très bien. Leurs chemises apparaissent perpétuellement repassées, ils ont l’air d’un sou neuf et je les envie. Leur physique souvent svelte leur permet un tomber parfait de la tenue, ils ont toujours l’air chic. J’admire cette capacité à rester digne.

De mon côté, lorsque la tenue commence ainsi, j’ai rapidement l’impression d’être souillon, les vêtements sont froissés et je ressemble à rien de chic.  Est-ce à dire que je gigote plus?

Du coup, j’ai été très attentif aux jeunes gens de mon âge dans la rue aux États-Unis lors de mon dernier voyage. A l’université de Virginie, c’était le dernier jour avant les vacances et tout le monde était décontracté. Lunettes de soleil, bermudas et chemises Ralph Lauren en pagaille. Et bien tout le monde avait la chemise en dehors du pantalon ou du short. Je suis assez intéressé par cette capacité à avoir la tenue ad hoc à tout moment. Le blazer et la cravate sont une institution aux États-Unis, bien plus qu’ici, mais lorsqu’il faut être ‘off’, ils savent tout aussi bien s’y prendre.

Il semble que cette pratique de la chemise hors du pantalon chez les jeunes soit assez répandue outre atlantique. Où il est aussi notable que la chemise se porte toujours par dessus un mince t-shirt blanc. J’ai déjà écrit à ce sujet ici.

Dès lors, la chemise devient un vêtement de dessus, une sorte de veste nouvelle génération.

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Souvent je me prends à rêver du futur de la garde robe, en me disant bien que la veste telle qu’on la connait vit une époque charnière. Inventée dès le début du XXème siècle, elle était considérée comme vulgaire et très utilitaire au début (en comparaison des habits longs, jaquettes et fracs). Puis elle est devenue dans les années 30 la tenue de référence, pour apparaitre à l’orée du XXIème siècle comme l’attribut d’une seule classe sociale élevée ou … des mariés. Et dans l’histoire du vêtement, on le sait, lorsque un habit devient référent pour les mariages, c’est l’antichambre de la fin. Enfin, je rigole, je ne pense pas que la veste disparaisse si vite. Quoique…

Tout de même, j’ai trouvé cette manière de mettre une chemise pas trop boutonnée par dessus un t-shirt (qui lui est utilitaire, il prend la transpiration et se lave à 60°c ou plus) intrigante. C’était exactement la même chose au XIXème siècle, la chemise était le sous-vêtement lavable que l’on cachait par un gilet très couvrant. La chemise portée ainsi apparait comme le vêtement décoratif de dessus, d’apparat et camoufle l’utilitaire, le petit maillot de corps.

Et du coup, je me suis mis à faire la même chose.

Il serait possible d’objecter que c’est une mode du chiffonné. Car il est évident que tout cela manque de tenue. Certes, mais l’époque aime le froissé et le pas net. La netteté tailleur des années 50 et la belle laine qui drape a laissée la place à des matières naturellement froissables et froissées (coton, nylon etc.) et des coupes plus lâches (le jean, le blouson).

Mais enfin, je ne tranche pas la question de savoir si la chemise se porte dedans ou dehors. Chaque homme trouvera suivant son âge et son physique la formule idoine. Je pense qu’il est plus intéressant d’être rigoureux sur le port du costume, de la cravate et des accords de couleurs que sur le vestiaire décontractée. Tant que vous n’optez pas pour les chaussettes blanches + claquettes Adidas, tout va bien !

Là dessus, je vous souhaite un été reposant et ensoleillé, nous nous retrouvons en septembre !

Bel été, Julien Scavini