Pour l’amour du vêtement

Je regrette que de nos jours, les vêtements ne soient plus vraiment montrés. Que vous preniez la presse, les vitrines ou les publicités, les belles matières et la beauté des coupes ne sont plus mises en valeur. Je ne vois plus beaucoup l’amour du vêtement, du beau vêtement. Au mieux a-t-on le droit à un produit. Les mises en scène sont de plus en plus léchées, certes. Mais elles mettent d’abord en avant des humeurs, des impressions ou ce que l’on appelle des concepts. Ce qui est gros mot, car en philosophie le concept est un contenu de pensée très important, bien plus que ces simples ‘idées’.

Bref, partout où l’on regarde, il me semble que le vêtement n’est plus important. Seule la marque compte et son univers… C’est du marketing. Pas du produit.

illus115

Cela commence avec les vitrines des magasins. Quel plaisir avais-je d’aller voir celles d’Arnys, d’ailleurs souvent photographiées sur le blog. Il y avait de la mise en scène certes, à la manière de natures mortes presque vaniteuses, mais les vêtements se laissaient voir et apprécier. Retournez au même endroit observer celles de Berluti, ce n’est que blague et ‘fameux’ second degré. Ce mois ci des vitrines sur le voyage, tel autre mois des vitrine hommages à Jacques Tati. Okay, c’est de l’art contemporain ou du vêtement que l’on vend? C’est du marketing ou un morceau d’étoffe bien cousu?  Ce n’est pas mieux dans les grands magasins où les vitrines sont fait pour épater et non pour plaire.

Autre sujet, autre lieu, les publicités. Comme celles-ci forment au moins la moitié du poids des magazines contemporains, autant s’y intéresser. Et jamais je ne critiquerai ce poids, car à vrai dire, lorsque l’on retrouve un magazine plusieurs années après, ce sont les publicités que l’on regarde et qui sont le véritable témoignage d’une époque. Donc les publicité peuvent être agréables et faire parties de l’agrément d’un journal, merveilleux témoignages de styles passés. Mais pardon, celles d’aujourd’hui à des très rares exceptions sont tellement en clair-obscur ou en épure qu’on ne voit rien. J’ai fait quelques photos au hasard, voyez plutôt… Je ne suis pas contre la mise en scène, loin de là, mais le vêtement ne doit pas être oublié.

Quant à la presse masculine de manière générale, comment dire… Ma mère m’envoie des hors-séries quand elle en lit, l’Express, Le Point ou ‘M’ spécial Homme. A chaque fois je me dis chouette, je vais découvrir les tendances et les beaux produits du moment. En dix minutes le tour est fait. Où est le vêtement? Où est le plaisir de découvrir du fond? Et même quand il y en a, les sujets sont si ‘tarte’ que je préfère passer mon chemin.

En plus, les magazines ne parlent que des annonceurs. C’est un gros problème. En était il autrement il y a cinquante an? Peut-être pas. La publicité a toujours fait vivre les publications. La courtoisie des journalistes était peut être moindre? C’est bien dommage, car personne n’est dupe. Et les blogs gratuits sur internet sont légions à grappiller peu à peu des parts de marchés. Car les blogs et les forums, eux, démontent et expliquent les vêtements.

Le vrai travail journalistique, c’est d’aller sur le terrain créer la nouveauté, enquêter, parler, voir, toucher. Chantal Thomass me disait récemment que les magazines étaient devenus fous, qu’il ne parle d’un marque que si un dossier de presse leur arrive tous les mois. L’actualité, toujours l’actualité. C’est à dire que la marque doit aller chercher les journalistes. Ce devrait être l’inverse.

Et tant pis si une marque se fâche et ne veut plus faire de publicité à cause d’un article critique. Il faudrait pourtant faire une sacré crasse pour que cela arrive. Il y a tant à dire de bon avant de parler du mauvais. C’est un peu comme les politiques qui refusent de se faire ‘rentrer dedans’ menaçant qu’ils ne viendront plus. Et bien tant pis. Car surtout, les critiques renforcent les éléments positifs. Si c’est trop avantageux, cela se renifle et renforce la suspicion de collusion.

Les bons magazines devraient montrer, décrire extérieur et intérieur, prendre des photos des détails, parler du style, parler de la mise en situation, parler de la mode. A la fois tout et pas grand chose. Dandy Mag s’y est essayé sans persévérer, comme ICI ou LA. Dommage, l’idée était géniale. C’est pourtant cela que les gens attendent. Qu’on leur parle de matière et de goût.

Dans les magazines encore, pardon pour eux, il y a aussi les shootings, vous savez ces albums photos à la fin que personne ne regarde plus de 20 secondes. Je suis pourtant sûr que c’est l’endroit le plus coûteux à réaliser (photographe, stylisme, habillage, maquillage, coiffure, lieu, matériel, ouf!). Et pourtant, ce sont toujours des salmigondis ineptes avec des mises en situations ridicules. Certes les vêtements sont cités un à un avec le prix, mais que voit-on?

Les deux shootings du supplément Des Echos spécial Homme. Il est question de vêtement.Si si… (c’est très mauvais pour être du vêtement, pas assez bon pour être de l’art contemporain dirais-je). En plus, c’est quand pour un lectorat BCBG… non?

Je n’ai pas la prétention de dire que je suis rédacteur en chef. Mais un truc tout bête qui intéresserait du monde et serait facile à monter : proposer des fac-similés de vieux catalogues de marques, avec quelques commentaires pour resituer le contexte stylistique, littéraire et cinématographique. Imaginez donc Monsieur vous présenter 4 pages du catalogues Ralph Lauren 1985 ou du catalogue Cerruti 1993. Une merveille du genre et sans fin en plus. Les marques seraient demandeuses. Y’a pas de travail à faire sinon rechercher dans les archives. Et pour le journaliste, il suffit juste de se demander en quoi la mise et actuelle ou ne l’est plus.

Voici des vieilles publicités Ralph Lauren. Une mine. Coup de cœur pour la dernière de l’automne 1981.

Bref, je me fais long et critique.

Mais il faut absolument remontrer les vêtements et les matières. Il faut communiquer l’amour des beaux habits. On ne parle pas de luxe ici. Simplement de travail bien fait, que le vêtement ait été cousu par un petit artisan transalpin ou une multinationale. Car même chez Uniqlo on peut trouver des sujets dignes.

Je suis navré de devoir dire des choses pareilles. La presse se veut trop généraliste. Il y en a pour tout le monde et au final pour personne. Le lectorat âgé n’en a certainement rien à cirer des hommes en kilts, et les hommes qui portent vraiment des jupes ne doivent pas lire cette presse.

J’ai bien conscience que je défends là une vision particulière de la presse et de la mode. Pas forcément contemporaine. Certes. Mais ce qui me navre, c’est le manque de pluralité. Que les journaux soient généralistes ou économiques, portés sur la culture contemporaine ou visant un lectorat bcbg, ils sont tous pareils et montrent tous la même chose en ce qui concerne le vêtement.

L’homme classique heureusement a le droit de feuilleter le catalogue de l’Homme Moderne, invariablement fourni avec Le Point. Certes des articles de médiocre facture mais qui ont au moins le mérite d’éveiller un vrai intérêt !

Bonne semaine, Julien Scavini

La Maison Scavini lance son premier e-commerce dédié aux pantalons !

pubs

Il y a un peu plus d’un an, à l’issue d’une longue et complexe réflexion sur mon développement, j’ai décidé de me jeter dans la bataille du e-commerce. Il m’est apparu plus intéressant de venir chatouiller le prêt-à-porter plutôt que d’ouvrir d’autres boutiques de mesure, avec des vendeurs qui ne feraient pas ce que j’aime.

Je me suis donc penché sur les divers produits à vendre. Cravates? Pulls? Chaussettes? D’autres l’ont déjà fait, et parfois très bien en plus. Par contre, personne ne s’est vraiment frotté aux pantalons. Et pourtant, que j’aime cette pièce. Il me semble que l’on en a jamais assez. D’autant plus que si l’on peut beaucoup varier le haut en terme de forme (veste ou pull-over) ou même se passer de haut et rester en bras de chemise, on est bien toujours obligé de porter un pantalon.

Et puis le jean, franchement, assez. Et alors quel plaisir de pouvoir chaque matin, suivant sa tenue, choisir le bon pantalon. Soit un modèle discret et urbain, laine s110 ou flanelle, soit un modèle plus décontracté, velours ou moleskine.

Quel plaisir aussi de pouvoir créer des tenues à partir de belles couleurs chatoyantes : prune, cerise, vert mousse, crème ou encore grège. Que de styles à explorer.

C’est ainsi que j’ai décidé d’investir dans un site de vente en ligne dédié aux pantalons. Un site immédiatement massif, avec une offre et un choix important, pour que chacun y trouve son plaisir ! J’ai l’honneur de vous présenter le dernier né de mon aventure entrepreneuriale :

http://pantalons-scavini.fr/

Le site est organisé ainsi : d’abord vous devez choisir une coupe. De cette coupe dépend des détails et options fixés, car il s’agit bien d’un prêt-à-porter, pas d’un système à la mesure. Ensuite, différentes matières vous sont proposées, lainages divers ou cotons. Il y a en a pour tous les goûts et tous les usages. Puis vous pourrez découvrir les couleurs qui vont bien!

J’ai réfléchi de long mois aux coupes idéales, car faire du prêt-à-porter impose de choisir. Choisir la coupe, donc choisir le client cible. J’ai dessiné trois coupes exclusives, dérivées de mon expérience de tailleur.

D’abord, ces trois coupes sont à ‘taille naturelle’, c’est à dire aux hanches. C’est tellement plus confortable !

Les coupes sont appelées S1, S2 et S3 :

  • La coupe S1 est assez proche de la jambe. Ce n’est pas une slim-fit pour autant. Une coupe ajustée, heureux mix entre un pantalon classique et le goût contemporain des jeunes qui aiment les jambes affinées.
  • La coupe S2 est dérivée de la S1 et s’adresse aux hommes qui comme moi, sont toujours entre deux tailles. Si vous êtes bien dans les pantalons en taille 42 mais que la ceinture est trop ample et qu’il vous faut un taille 40, alors le S2 en taille 41 sera idéal!
  • La coupe S3 est une coupe à pinces avec une fermeture déportée, comme les pantalons d’Ambrosi. Un détail très italien unique ne prêt-à-porter !

Les coupes S1 et S2 ont des passants de ceinture, une formule plus universelle. Ceux qui regrettent les ajusteurs seront heureux d’en trouver sur la coupe S3. Suivant les retours, nous seront amenés à faire évoluer certains choix stylistiques au fil des collections.

Les matières ne sont pas les mêmes suivant les coupes. A l’exception des laines s110 qui sont invariantes. Nous avons choisi les matières en rapport avec la coupe. Ainsi en coupe S1, flanelles et moleskines sont plutôt fines car le pantalon est près de la jambe. En S2, les flanelles et moleskine sont plus lourdes et le cavalry twill apparait. Quant à la coupe S3, elle fait la part belle aux matières de poids.

Toutes les étoffes proviennent de mes fournisseurs habituels. Ce sont des tissus chers rarement vus en prêt-à-porter. Je me suis fournis chez Vitale Barbeis Canonico, chez Gorina et chez le meilleur cotonnier anglais. Et tous les intérieurs sont réalisés en tissus de chemises. C’est bien plus joli ainsi. Mais quel travail pour trouver toutes ces matières. Plus d’un an qu’on y est.

Question prix, j’ai serré les budgets pour penser à tout le monde. A partir de 110 euros, ce qui je l’espère vous permettra étoffer votre garde-robe. Pour commencer, nous ne pouvons prendre en charge les retours gratuits pour ne pas pénaliser le prix. Il aurait été possible d’augmenter le prix pour tout le monde, mais je ne le voulais pas.

En contre-partie, nous réalisons gratuitement l’ourlet ou le revers à votre mesure grâce à un outil développé spécifiquement par notre prestataire internet. Attention toutefois, soyez sûr de vous.

Et enfin, nous envoyons en Chronopost ou en RelaisColis suivant vos disponibilités.

Il ne vous reste plus qu’à faire marcher votre souris. Le stock partira vite !

PS : pour ceux qui veulent essayer avant d’acheter, nous allons organiser une après midi de découverte un samedi de décembre. Restez à l’écoute !

A bientôt et bonne semaine. Julien Scavini

Trois chemises fantaisies, discrètes et polyvalentes

Lorsque l’on décrit la garde robe qu’un débutant doit avoir, il est logique de citer les chemises blanches et bleu, unies et rayées. Avec de tels modèles, tous les accords sont possibles dans le cadre d’un costume de travail. C’est simple, efficace et discret.

La question est plus épineuse lorsqu’il s’agit de proposer des chemises plus décontractées. Bien sûr, le bleu uni est idéal avec une veste dépareillée ou un cardigan. Et toutes les chemises fantaisies sont permises, composées principalement de carreaux. Pour ce répertoire plus décontracté, il est difficile de cerner quelques modèles iconiques à avoir.

Par ailleurs, il peut paraitre difficile de rester fixé sur deux ou trois chemises types : la blanche, la bleu unie et la bleu rayée. Pour un débutant, c’est un choix raisonnable mais qui manque de piment. Y’a-t-il alors un moyen de trouver des chemises fantaisies et en même temps versatiles? Gageure.

Et surtout, lorsque l’on a une garde robe d’un volume raisonnable, c’est le cas des débutants, il est tout à fait ennuyeux et couteux de devoir séparer les chemises de travail de celles moins habillées. A force de nombreux essais, j’ai identifié trois chemises légèrement fantaisies et en même temps tout à fait essentielles :

  • le micro pied de poule bleu
  • le petit carreau marron
  • la fine rayure rouge

 

1- Le micro pied de poule bleu

L’avantage du pied de poule bleu ciel, c’est qu’il crée une texture, un relief vu de près. C’est un motif qui se voit et apporte une touche décontractée. En étant plus amusant qu’un simple oxford.  Mais en même temps, à un mètre, il apparait comme uni. Bien souvent en plus, le pied de poule est réalisé dans des cotons plutôt soyeux et moelleux, ce qui en fait une chemise très confortable.

Sa capacité à faire uni de loin permet de porter le pied de poule sans problème avec un costume de travail. Par ailleurs, ce motif étant tout petit, il ne pose pas de problème si le costume est rayé ou carroyé. Et le week end, avec une belle veste à carreaux ou un cardigan, il apporte une heureuse touche décontractée, presque italienne.

illus113-6

2- Le petit carreau marron

Il est toujours très difficile de trouver une chemise qui va bien avec du tweed. Bien sûr, la simplicité se porte vers la chemise bleu ciel. Mais ça fait un peu Ivy League ou trop italien, pas assez anglais. D’un autre côté, les chemises tattersall sont vraiment très old school.

Aussi le discret petit carreau marron ou bordeaux permet de rester dans la même harmonie de couleurs, celles des feuilles mortes. De près, le motif se voit et le petit carreau a l’avantage de faire sport.

Mais comme le blanc domine, à un mètre, la chemise apparait comme légèrement éteinte, presque poudrée, ce qui va très bien avec le tweed et les tenues de week-end.

En même temps, ce discret carreau marron devient complémentaire d’un costume gris porté avec des souliers en veau-velours. La chemise apparait alors mi-rouge mi-grise. L’harmonie générale est excellente.

illus113-5

3- La fine rayure rouge

La chemise rayée est par excellence bleu ciel. Cette rayure à peine large est appelée bengal et elle va avec tout et quasiment en toutes circonstances.

Mais enfin, si les modèles et les bleus peuvent être d’une infinie variété, on peut quand même avoir envie d’autre chose. La rayure rouge discrète est un bon choix. Elle rehausse le teint et donne bonne mine. Par ailleurs, elle complète autant un costume marine que gris. C’est d’ailleurs mon choix préféré avec un costume gris. Je trouve la chemise blanche trop dure et le bleu trop froid. Le gris étant un peu éteint, le rouge apporte du peps’!

Et le week-end, si votre veston est uni comme un blazer ou si vous portez un cardigan, le rouge donne un esprit sport certain. C’est une couleur chaude qui va à merveille avec un chino beige ou marine ainsi qu’avec un pantalon de tweed marron.

illus113-4

Alors certes, ce ne sont pas forcément des chemises faciles à trouver. Mais une fois achetées, elles ne seront pas regrettées, tant elles vont en toute circonstances et avec tout.

Que pensez-vous de ces trois essentiels à la fantaisie discrète et polyvalente? Il y en a peut être d’autres…?

 Bonne semaine. Julien Scavini

Les pois

Au fil de l’histoire, les tissus ont été plus ou moins recouverts de motifs. Très tôt dans l’antiquité, ils furent brodés, manière de disperser un ornement suivant un dessin bien particulier. Le tissage lui-même, chez les peuples du Nord de l’Europe, en Asie mineure ou aux Amériques était sujet à fantaisie, en intercalant simplement des fils de couleurs différentes. Le moyen-âge en Europe a vu le développement des motifs semés, petits symboles brodés ou imprimés à intervalles réguliers. Similaire à l’art de l’héraldique, les motifs semés renvoyaient une image positive, à la différence de la rayure, comme nous l’avions vu dans un article dédié, ici.

Pourtant, le vestiaire masculin anglais tel qu’il s’est construit à partir du règne de Victoria n’a laissé que peu de place aux motifs semés. Les cravates ont été les seules à conserver le plaisir des petits motifs. Les petits fleurettes stylisées ont toujours eu le vent en poupe, comme les palmettes cachemire. Les années 30 et 40 apprécièrent les motifs géométriques, petits carrés et losanges dispersés à intervalles réguliers.

illus112-2

Parmi les motifs semés pour cravate, les pois ont toujours eu le vent en poupe. Dès le XIXème siècle, ce motif à la fois simple et hypnotique fut recherché par les amateurs pour son esprit à la fois sobre et classique et en même temps dynamique.

Les anglais appellent ce motif le ‘polka dot’, d’après la danse du même nom. Curieuse étymologie. L’idée de répartir des petits ronds sur un tissu fut très en vogue au siècle dernier, en particulier pour les dames. Chez les hommes en dehors de la cravate, le polka dot n’est pas allé plus loin.

Pour nos cravates, le polka dot classique est de la taille d’une tête d’épingle, deux à trois millimètres environ. Le canon est blanc sur fond marine, comme les noeuds de Winston Churchill.

illus112-3

Les pois peuvent être plus gros qu’une tête d’épingle. Dans les années 30, un portrait présente Maurice Ravel avec une cravate à gros polka dot. Les années 70 ont aussi apprécié ce style, très graphique, comme l’attestent de nombreux clichés de star, du Duc de Windsor en passant par Otto Priminger. Et de nos jours, Tom Ford fait toujours un grand usage des grands pois, en ton sur ton d’ailleurs avec les chemises qu’il recouvre également de ron, pour un effet très psychédélique.

Le polka dot classique peut-être pratiquement ton sur ton, ce qui donne aux cravates ainsi faites une belle profondeur. Généralement, il est blanc sur marine ou blanc sur gris, mais le rouge sur marine est aussi très apprécié. En fait, toutes les couleurs peuvent ainsi être appliquées, le résultat est un motif dé-multipliable à l’infini, suivant les moments et les envies. C’est un tissu de cravate à la fois très formel (notamment en gris ou marine) mais qui est en même temps d’une relative fantaisie. De mon point de vue, les petites fleurettes stylisées, assez petites et discrètes, sont plus formelles.

illus112

La nuée de points irréguliers, plutôt appelée ‘spot pattern’, n’a jamais vraiment eu le vent en poupe. Le polka dot en revanche est tellement à mode de nos jours que même les chemises sont ainsi recouvertes. Plutôt décontractées, ces chemises portent sur elle l’ornement. Inutile alors de porter une cravate. C’est une conclusion amusante. A l’heure où les cravates sont moins portées, ce joli motif, juste équilibre entre discrétion et fantaisie reste toujours dans le coup !

Bonne semaine. Julien Scavini

Les ceintures de pantalon

Un pantalon se termine invariablement, en haut, par une ceinture. Cette ceinture cousue, car je parle là de la partie terminale du pantalon et non de l’accessoire en cuir, fait traditionnellement 4cm de large. Les pantalons de paysans et d’ouvriers ont tendance à être bien plus large, pour apporter un soutien lombaire. Les deux pans gauche et droites se rejoignent à l’arrière où ils sont cousus ou bien partiellement cousus, pour donner une certaine souplesse. Devant, ils se chevauchent pour se boutonner ou s’agrafer l’un à l’autre.

La ceinture est coupée en droit-fil, c’est à dire dans la verticale du tissu, sens toujours le moins déformable, le moins extensible. De la vertical, la ceinture se retrouve donc à l’horizontal pour garantir l’indéformabilité de la taille du pantalon. Celui-ci serre bien sans s’agrandir.

Généralement, un pantalon se coupe avec un petit peu d’aisance par rapport à la taille du client. Ainsi, si l’on mesure 88cm, il est bon de coudre un pantalon qui fait 89 à 90cm de tour de ceinture suivant le désir de chacun. Certains aiment être serrés, d’autres aiment être au large. C’est une affaire de goût.

Il est surtout vital d’avoir un peu de mou lorsque l’on s’assoit. Sinon, gare aux maux de ventre. Comme les pantalons ne sont pas élastiques (du moins historiquement, car dans les années 60, de nombreuses marques se développèrent sur la mode du pantalon stretch dit ‘élastis’, comme Bruno Saint Hilaire), il fallut bien inventer des systèmes pour facilement serrer ou desserrer le pantalon. Le ceinturon en cuir fut donc inventé.

Pour faire tenir le ceinturon en place, les tailleurs disposèrent autour de la ceinture du pantalon un certain nombre de passants, petits languettes de tissus. Classiquement, ils sont au nombre de 6 à 8. Plus 1 : le porte ardillon disposé devant au dessus de la braguette. Celui-ci sert à maintenir l’ardillon, c’est à dire la partie mobile de la boucle de ceinture, le pivot, à sa place.

illus111-1

Les jolis pantalons des tailleurs ont des passants de ceintures qui sont cousus de part et d’autre de la ceinture. C’est à dire que les extrémités des passants disparaissent sous la ceinture et dans la doublure en haut. C’est plus fin que le manière industrielle de coudre le passant à vif, laissant toujours quelques effilochures.

illus111-2

Une autre façon de serrer la ceinture a été développée, peut-être même antérieure à la ceinture de cuir : les ajusteurs latéraux. Ceux-ci se présentent sous la forme de languettes de tissus qui s’ajustent au travers d’une boucle métallique. Il y a un ajusteur de chaque côté. Les vieux pantalons qui présentaient un dos montant pour bretelles pouvaient avoir un seul ajusteur, situé derrière.

illus111-3

Notons également que les ajusteurs peuvent se présenter sous la forme de pattes boutonnables. Ce dispositif peut se présenter sous deux aspects: classique sans élastique, ou moderne avec élastique intégré. Je n’avais jamais été vraiment convaincu jusqu’à ce qu’un client me demande cela. La patte à bouton émerge d’une découpe dans la ceinture. A l’intérieur de cette ceinture tunnel est placé un élastique relié à la patte. Et bien je dois admettre que ce détail est super pratique. Car si l’on ajuste la ceinture en boutonnant au plus serré, il est possible de garder une belle souplesse lorsque l’on s’assoit, l’élastique joue son rôle à plein ! C’est une vraie trouvaille je dois avouer !

illus111-4

Pour aller plus loin, je note aussi que certains industriels et tailleurs ont décidé de ne plus coudre de ceinture intégrée. Le pantalon se termine ainsi tout simplement. la rigidité à l’horizontal, la fameuse indéformabilité de la ceinture est alors apportée par la doublure intérieure, qui est en droit-fil. C’est aini qu’Uniqlo coud ses chinos ou que le tailleur STEED réalise ses pantalons, voyez plutôt.

Enfin se pose la question du style. Est-il préférable de porter une ceinture ou vaut il mieux l’abandonner?

D’aucun émet l’hypothèse que la ceinture en cuir a tendance à couper la silhouette en deux alors que les tirettes ont l’avantage d’être plus minimalistes…? C’est un point de vue dogmatique. Car je n’ai jamais trouvé que le style d’une personne était altéré par cette démarcation.

Une chose est sûre, si votre pantalon est à la bonne taille, la nécessité de serrer est faible. Ceinture comme ajusteurs sont alors superflus et ne servent principalement qu’à décorer, qu’à habiller le pantalon. La ceinture de cuir constitue un accessoire qui, s’il rappelle le cuir des souliers, est très élégant. Et l’été, la ceinture peut être un ruban coloré ou tressée.  Les ajusteurs sont par ailleurs si rare en prêt à porter qu’ils sont alors un point positif du sur-mesure.

Bref, je peux lister tous les arguments que possibles, chacun doit se faire sa propre idée… Suivant l’usage, vous pouvez aussi varier les plaisirs. Avec tel costume la ceinture, avec tel autre, en particulier trois pièce, des tirettes. Le tweed va bien avec une ceinture de veau-velours et le pantalon de velours-côtelé avec des tirettes. C’est selon…

Bonne semaine. Julien Scavini

Remplacer le tweed l’été

Un lecteur m’a écrit un peu avant l’été pour me questionner sur une alternative au tweed en été. En effet, Pascal de son prénom, vit entre la ville et la campagne et affectionne particulièrement le style anglais, dans le genre Barbour et chapeau de feutre. Mais comme il me dit, lorsque les beaux jours arrivent, le tweed parait complètement décalé, en style d’abord, en chaleur ensuite. Deux solutions s’offraient à lui : émigrer en Ecosse ou demander à Stiff Collar.

Je n’ai pas pu écrire immédiatement l’article. Car c’est une bonne question dont la réponse n’est pas évidente. Car tout dans le tweed s’oppose à la période estivale. Il y a la texture d’abord, laineuse et broussailleuse, qui donne chaud rien qu’au regard. Il y a ensuite la palette de couleur, des tons allants des mousses pâles aux mousses tendres, en passant par les oranges fanés. Bref, des tonalités bien opposées à la clarté estivale.

illus110-1

Bien sûr, les drapiers proposent une foule de tissus d’été, unis ou à carreaux genre prince de Galles. Mais ce sont des tissus plus francs, qui sont moins en rapport avec le tweed. A moins d’y regarder de plus près. Car à bien y réfléchir, on peut par l’argumentaire trouver des solutions.

Si l’on parle de texture par exemple, le côté rugueux  du tweed peut être retrouvé dans les mélanges lin et soie. Car il ne faut pas imaginer que ces draps luxueux sont brillants et lisses. Au contraire, les vestes réalisées ainsi ont l’air rugueuses et pleines d’imperfections. En plus, ce sont des draps plutôt lourds, assurant un bon tombé.

Si l’on parle de couleur par ailleurs, se pose d’abord la question du style. Car s’habiller dans le goût ‘nature, chasse et pêche’ renvoie à une certaine conception épicurienne de l’habillement.  C’est une manière de faire vivre l’idée du gentleman anglais qui est intemporelle. Pourquoi alors ce même gentleman ne pourrait il pas s’habiller comme savaient le faire les anglais l’été ? Avec des couleurs plus claires? Il existe par ailleurs une foule de teintes poudrées qui d’une certaine manière rappellent les teintures douces des tweeds. Un beau parme par exemple? ou un vert sauge? Arnys savait faire ça très bien, dans le genre campagnard élégant. Seulement, c’est moins passe-partout que le tweed et le pantalon de moleskine. Car cette recherche stylistique sera remarquée! Mais est-ce un mal?

Quelques tissus d’été, dont beaucoup de lin et soie et à l’allure campagnarde :

Le plaisir du tweed renvoie à une autre notion, celle de la solidité. Car une telle veste est endurante et peut durer des années. Une veste d’été ne le pourrait elle pas? C’est sûr qu’un drap léger de laine et soie n’est pas très durable. Mais par exemple, un fresco en mohair est super solide. Quant à la veste de lin irlandais, elle permet d’affronter les années sans beaucoup changer. Au contraire, comme le tweed, elle s’adoucit avec le temps. Les chics anglais du siècle passé savaient porter le lin.

Par ailleurs, il est possible l’été de sortir du registre de la veste classique. Si elle est adapté pour le tweed, avec ses revers et ses petites poches à rabat, on peut pour l’été préférer l’ampleur d’une veste d’ouvrier, plutôt carré avec sa forme de chemise et ses poches plaquées. Plus proche du blouson et réalisée dans une toile de coton, on peut y retrouver à fois le confort mou du tweed, sa résistance et son aspect passe-partout.

illus110-2

Il faut donc pour répondre à cette question s’en poser plusieurs. Le tweed me procure du bonheur : pour sa texture campagnarde? pour sa couleur poudrée? pour sa solidité à toute épreuve? Avec ces réponses, il est possible de composer une esthétique toute en finesse, avec plusieurs choix à la clef.

Bonne semaine. Julien Scavini

Mario Dessuti

Il est des marques dont on entend jamais parler sur internet. Car la blogosphère fonctionne finalement sur le principe du poisson pilote, elle va dans le sens du courant. Ainsi, deux sortes d’enseignes sont fêtées : d’un côté les très grandes et très connues (et beaucoup du luxe) et de l’autre les toutes petites, souvent jeunes, ultra-connectées et à l’esprit branché.

Pourtant, il existe au milieu toute une palette de maisons jeunes et moins jeunes, qui faute de dirigeants à l’aise avec l’internet, sont laissées de côté, alors même qu’elles proposent de bons produits. C’est le cas de l’enseigne Mario Dessuti.

J’ai eu la chance d’être présenté récemment au directeur général de cette marque parisienne. Et vous me connaissez, je suis toujours avide d’apprendre de nouvelles choses. J’ai donc rencontré Raphael qui ne veut pas qu’on parle de lui mais de son travail. Soit, en avant !

Mario Dessuti est une marque de costumes créée en 1988 par M. Michel Golzan. Le nom est un client d’oeil à Nino Cerruti, le célèbre styliste italien. Car les beaux costumes sont toujours italiens !

Le concept à l’époque était très simple : prix unique attractif et boutique luxueuse. La première fut inaugurée au 26, rue de Berry à Paris. A l’époque, Mario Dessuti vendait les costumes à 1000Fr (150€), ce qui était une très bonne affaire, alors que le marché se situait plutôt vers 2500Fr (380€). Le succès a été immédiat et d’autres boutiques furent rapidement ouvertes.

Mais attention, qui disait prix bas ne disait pas mauvaise qualité. Car c’est ici que ce joue le nœud de l’histoire : un produit de qualité ! A l’époque, tous les costumes étaient confectionnés en France, dans le Nord. Une gageure. Il eut été plus facile d’aller en Tunisie, en Turquie ou en Chine, mais le créateur ne le souhaitait pas.

De nos jours, toutes les usines de France ayant hélas fermées (quand enfin nos politiques prendront-ils le taureau par les cornes??), les costumes sont manufacturés en Roumanie. Les tissus sont toujours 100% laine vierge et d’Italie. Mario Dessuti se fournit presque exclusivement chez Vitale Barberis Canonico et Reda. Les costumes sont thermocollés. Mais la Rolls du thermocollé comme un technicien de l’usine me l’a dit : entoilage en laine des Lainières de Picardie, avec crin de cheval en renfort de plastron et doublure toujours en viscose (et non en polyester). Bref, un joli produit vendu à prix très serré : 180€ (150€ au passage à l’euro, soit une augmentation très raisonnable quand on compare avec le reste du marché.)

La clientèle a toujours été très mélangée. Les jeunes qui débutent fréquentent autant les magasins que les hommes bien installés qui viennent chercher ici leurs classiques. Raphael aime parler d’un fond de garde-robe. Ainsi, la moitié de la collection de costumes est saisonnière. Le reste est constitué de classiques gris et bleus qui représentent 50% des 30 000 costumes vendus annuellement. Il n’y a jamais de solde ce qui est très normal à ce tarif. Ce sont des achats de besoin, très liés au temps. Ainsi, les boutiques sont toujours très fournies, pour en mettre plein les yeux. Prix unique et choix énorme !

Bien sûr, Mario Dessuti produit des séries de costumes plus fantaisies, rayures discrètes et princes de Galles ainsi que des vestons sports élégants. Ces vêtements ‘clin d’oeil’ comme on dit dans le métier se vendent bien plus le samedi, car c’est le jour où les dames accompagnent ces messieurs !

La maison découpe ses collections en trois coupes : slim, ajusté et classique, ainsi chaque homme suivant son âge, son gabarit ou son besoin d’aisance trouve le costume qui lui faut.

Mario Dessuti vend aussi quantité de chemises, qui sont renouvelées tous les deux mois pour une quarantaine d’euro. Et là encore, rien n’est laissé au hasard et le client n’est pas moqué : tissus 100% coton égyptien!

illus109

Pour arriver à ce miracle, la structure économique est très simple. En dehors des 25 vendeurs répartis sur les 6 boutiques, seules trois personnes gèrent le siège : Raphael le directeur qui fait le sourcing mais aussi le style, un chauffeur livreur et un contrôleur de gestion.

En parlant de style, Raphael ne fait jamais sa sélection de tissus seul. Il se fait aider par son industriel et surtout, il présente toujours ses idées aux directeurs de boutiques. Ainsi, les collections ne sont jamais décalées. Je trouve cette démarché très honorable, dans un monde du luxe où les ’boutiquiers’ sont la dernière roue du carrosse, méprisés par la hiérarchie et les bureaux de style. Jouer collectif n’est jamais mal. C’est même une façon très 2.0 de procéder.

Hélas, car il y a toujours un hélas, Michel Gozlan le créateur est décédé en 2012, à 66ans des suites d’une grave maladie. Raphael dès lors se charge de tout. Heureusement, le fils et la fille de M. Gozlan ont repris l’affaire et entendent bien faire prospérer le groupe. Car oui, il s’agit d’un groupe, où les enfants occupent des postes de direction dans la compagnie sœur jumelle : Loding. Car oui, Loding fut aussi créé par ce monsieur, avec le même principe : très bon produit, prix accessible et boutique luxueuse…

Mais c’est une autre aventure que je vous conterai peut-être un jour !

> http://www.mario-dessuti.fr/ <

Bonne semaine. Julien Scavini

Le poignet simple à boutons de manchettes

Depuis que la chemise existe (je crois que les Egyptiens les premiers ont créé le vêtement), il est de bon ton d’utiliser des éléments précieux pour la boutonner. C’est ainsi que pendant longtemps la nacre a été perçue comme très supérieure aux boutons de bois. Mais une infinité de matière a dû être utilisée à travers les âges : or ou argent, os ou ivoire, pierres précieuses.

Au XIXème siècle, la grande bourgeoisie qui aimait étaler sa richesse a développé l’usage des boutons précieux à rapporter. Non cousus sur la chemise, il était alors possible d’en posséder de grandes panoplies. Cet usage de goujons amovibles (studs en anglais) fut rendu nécessaire par l’amidonnage des chemises. En effet, les plastrons, cols et poignets étaient si durs qu’on ne pouvait pas tordre le tissu pour passer la boutonnière. Les cols séparables étaient maintenues par deux goujons à pivots, ceux du devant se vissaient sur eux-mêmes et aux poignets, les boutons de manchettes étaient soit fixes soit articulés.

De ce que j’ai pu voir et apprendre sur le tas, les poignets à boutons de manchette anciens ne sont jamais doubles comme les mousquetaires. Ils n’ont qu’une épaisseur et les anglais l’appellent le ‘barrel cuff‘ ou ‘single cuff‘. C’est pour moi le modèle le plus chic, celui que l’on devrait porter avec le smoking par exemple. Lorsqu’il était amidonné, ce poignet était rigide comme du carton. La tenue était alors impeccable.

illus108-1

Je pense que le poignet mousquetaire ‘french cuff‘ fut inventé dans les années 20 pour palier à la fin de l’amidonnage. Car après la première guerre mondiale, cette pratique des cols et poignets durs s’estompa très vite. Les vêtements gagnaient en confort et en facilité d’usage. Le col finit par être cousu sur le corps et on abandonna les goujons, au moins dans la vie courante avec le costume qui émergeait aussi. Mais dès lors que le poignet est mou, il ne tient plus bien avec un bouton de manchette. L’idée est assez facile à suivre.

Un chemisier de génie (peut-être un français si l’on en croit l’appellation anglaise) a donc eu l’idée de doubler le poignet, pour créer le mousquetaire. L’histoire n’a pas retenu qui. J’ai bien appelé Mlle Colban de chez Charvet, mais elle ne sait pas non plus.

Et depuis un demi-siècle au moins, le poignet mousquetaire plait aux élégants du monde entier.

Seulement, il m’apparait aujourd’hui comme trop lourd, trop épais, pas assez fluide. Et je lui préfère mille fois le poignet simple à boutons de manchettes, le fameux single cuff. Plus souple, plus léger, il est parfait et supporte très bien de petits boutons de manchettes par trop volumineux. C’est un poignet également plus discret qu’il est possible d’utiliser sous un pull : il suffit de l’enrouler autour du poignet à la manière des chemises conventionnelles.

illus108-2

La maison Arrow est spécialisée dans ce modèle, qu’elle vend sous l’appellation poignet mixte, car elle coud un bouton au bord de la boutonnière pour utiliser le poignet avec ou sans boutons de manchettes!

Pour ma part, j’arrive presque à chaque coup à vendre à mes clients mariage des chemises avec de tels poignets. Ils apparaissent comme plus minimalistes et modernes.

Si vous voulez essayer ce modèle, c’est très simple. Prenez une de vos chemises à boutons et faites réaliser par un retoucheur une boutonnière en lieu et place du bouton de poignet. Vous aurez ainsi une poignet simple !

Bonne semaine. Julien Scavini

Le montage ‘slack’ [MàJ]

Cet été, je suis parti au Vietnam. Pays magnifique et gens très accueillants.  J’ai aussi testé les températures tropicales (très chaud et très très très humide) et je peux vous dire que l’élégance était loin derrière moi, tout vêtement étant parfaitement insupportable! Je supportais à peine la chemise à manche courte et le simple fait de rester assis sur un banc suffisait à me faire transpirer à grosses gouttes.

[MàJ] Puisqu’on me le demande, quelques photos du Vietnam :

Mais pour autant je suis resté attentif aux vêtements de mes contemporains. Et je me suis très vite rendu compte que personne ne porte la veste durant la saison chaude, trop chaude. Chemise et t-shirt semblent être les vêtements universels. Les jeans rencontrent un succès plus léger que chez nous en revanche, la faute je pense à une matière trop lourde. Par contre les jeunes affectionnent les chinos. Particularisme inédit : les bas de pantalons ont souvent un élastique genre jogging pour resserrer le bas et découvrir la cheville sans chaussette. Un peu à la manière de ce qu’avait testé Duke & Duke.

Alors certes, l’hiver hanoïen peut être très rude, donc il est possible de porter de lourds vêtements. C’est ainsi que Dior, Vuitton, Paul & Joe et d’autres n’hésitent pas à mettre des manteaux et des pull-over en vitrine. Chez Ralph Lauren, ils cherchent carrément à vendre des vestes en tweed et des pantalons de velours qui paraissent complètement décalés.

Dans les faits, les riches vietnamiens vivent dans l’air conditionné, entre la maison, le bureau et la voiture. On ne les voit pas beaucoup. Et une certaine culture tailleur existe, résultat des influences française, américaine et japonaise. Certaines villes comme Hoï An sont mêmes spécialisés en sur-mesure. Mais tout de même, il est rare de croiser des vestes durant la saison chaude.

Au delà de ces quelques remarques triviales, je me suis aussi rendu compte d’une autre culture du vêtement. Pas dans les codes, mais dans les usages. Car ces beaux vêtements, me suis-je dit, doivent bien être nettoyés… Et cela m’a frappé, je n’ai pas vu beaucoup de pressing. La chose m’a été confirmé par mes amis vietnamiens bien que les réponses varient beaucoup suivant les classes sociales. Il doit bien  exister des pressings que je n’ai pas vu.

Au Vietnam, la machine à laver est partout comme en Europe. Et d’une manière je trouve plus importante que chez nous, un bon vêtement là bas doit passer en machine. Que ce soit chez les pauvres ou chez les riches (chez ces derniers, les femmes de ménage utilisent la machine).

J’ai mieux compris pourquoi un ami vietnamien à son arrivée en France mettait les vestes de costume à la machine. Évidemment le résultat n’était pas probant.

Cela influence donc le vêtement, sa vente et sa fabrication. Un avant-poste du futur dans nos contrées. Car il faut bien l’avouer, les pressings (les bons) tendent à disparaitre, en partie à cause de la dureté du travail (souvent réalisé par des immigrés, les français étant rares dans la partie) et des normes de plus en plus draconiennes, pour la santé et l’environnement (disparition du perchloréthylène en particulier).

Ainsi, cette envie de lavage en machine entraine-t-elle deux constats au Vietnam :

D’abord les matières utilisées sont souvent synthétique. C’est ainsi que la plupart des pantalons habillés que j’ai vu (dans les hôtels, les endroits à touristes, les serveurs etc…) étaient en polyester. J’ai même fait la remarque au directeur de la croisière en baie d’Halong, qui était trempé de la tête au pied : au moins aurait-il pu porter une laine froide… L’avantage est que ces matières synthétiques permettent de garder une bonne allure, non froissée sans excès de repassage. Car même repasser doit être dur avec de telles chaleurs.

Deuxièmement, le montage (c’est à dire la couture) des vêtements est très influencée par le passage en machine à laver. Il me faut faire un petit point technique d’abord.

L’industrie des pantalons et vestes est séparée en deux univers : le ‘sartorial’ d’une côté et le ‘slack’ de l’autre. Derrière ces termes, deux mondes qui se complètent. Les usines ‘sartoriales’ fabriquent des vêtements comme chez les tailleurs, avec une très haute technicité et un but unique : camoufler les points de couture. On ne voit pas les fils de la machine. Il faut ainsi ruser pour tout camoufler et des machines très perfectionnées sont utilisées.

illus107

De l’autre, les usines ‘slack’ cousent les choses de manières visibles, comme les jeans, les chinos ou les vestes déstructurées. Tout est cousu avec la même machine à coudre, avec des points plats visibles. L’aspect des vêtements ‘slack’ est plus rustique, plus brut (bien que certains manufactures italiennes excellent dans le rustique ‘chic’).

Cela a une conséquence importante : l’entretien. D’un côté, le vêtement n’est pas forcément fait pour aller en machine mais il est raffiné, de l’autre le vêtement peut endurer des centaines de cycles mais est moins délicat. C’est toute la différence entre un chino de tailleur et un chino Uniqlo.

Ce montage slack est très apprécié ces dernières années pour les vestes en coton lavées. Toutes les bonnes marques en proposent, signe aussi qu’en Europe ce sujet de la facilité d’entretien intéresse les acheteurs. La marque J. Keydge s’est par exemple spécialisée là-dedans. Pour les pantalons, le sujet se discute toujours, les modèles ‘slack’ étant moins raffinés.

Ces vestes slack, montées sans doublure et sans toiles, pour mieux être entretenues ont été inventées très tôt au cours du XXème siècle, bien souvent pour des habits utilitaires. L’invention de la machine à coudre fut une bénédiction pour les tailleurs à la fin du XIXème siècle, et il n’est pas rare de trouver de vieux vêtements entièrement cousus à la machine plutôt qu’à la main, préfigurant cette mode. Mais c’est véritablement les étudiants américains dans les années 50 qui ont popularisé ce goût des vêtements très solides et très ‘cousus’ en référence aux nombreuses coutures visibles partout. Ces vestes sont immanquablement associées au style Ivy League. Ceci dit, dire que le vêtement passe ainsi en machine est un argument ultérieur.

Au final, ce petit trait d’usage m’a paru intéressant. Car il y a là matière à renouveler l’élégance tailleur, dont le simple montage (coutures délicates) rend l’usage complexe et couteux (lavage). C’est une piste d’étude intéressante pour l’avenir du textile. Comment coudre des vêtements élégants et fins sans pour autant montrer les coutures. Ou bien comment les montrer joliment? Avec quel type de points, en couleur ou ton sur ton? Toute une étude en somme…

 Bonne semaine. Julien Scavini