Une veste en Grande Mesure – 2

Après avoir découpé, marqué, puis surfilé certaines pièces, on coud! Première étape, le milieu dos (une facilité déconcertante) et les pinces devant, plus ardues. Ces pinces se trouvent au milieu du buste et commencent juste sous la poitrine. Elles sont une invention plutôt récente, disons de l’après guerre pour faire simple. C’est la première étape du cintrage.

Cette pince a un sommet, où elle meurt, et une fin où elle ne meurt pas, c’est à dire où sa valeur de retrait est conservée. Les moins couturiers auront du mal à comprendre, les plus expérimentés me suivent. Donc cette pince, qui débute à 0 d’un côté retire progressivement 2m. Comment résorber ces 2cm? Et bien voilà la grande invention des tailleurs : le mariage, saignée horizontale qui décale le panneau haut du devant par rapport au panneau bas, et que l’on masque… par la poche passepoilée. Vous comprendrez mieux en image, que voici.

Bref, une fois la pince réalisée (il existe plusieurs méthodes et toutes cherchent à compenser le haut de la pince, là où elle meure, pour éviter la petite bulle dans le tissu), on l’ouvre au fer. En tailleur, le repassage des coutures se fait en deux temps : on ouvre à la pointe du fer sec, puis on écrase, sans pattemouille mais avec de l’eau si l’on est sur l’envers. On laisse le fer pour ‘cuire’ la laine, cette dernière est revêche !

Après la pince, le petit-côté se raccorde au bord du devant, simple opération malgré une couture en contre-courbe. On clôt aussi le mariage, que l’on a contrôlé auparavant (pour ne pas avoir d’espace entre les deux lèvres).

Le devant est terminé. Vous pouvez aussi voir à quoi servent les crochets tailleurs (les fameux points de marques symétriques). Ils servent à voir le dessin final malgré les marges de couture généreuses et utiles aux essayages !

 Ce devant, pour être rigidifié doit être soutenu. Il doit y avoir une structure interne. La technique moderne consiste à thermocoller le devant et ceci directement à la coupe. Pour ma part, j’utilise seulement le thermocollant dans les rabats de poche, sous le mariage à l’emplacement futur des passepoils et aussi des boutonnières main, ainsi que ça et là, pour x ou y raison.

Pour ma part, je travaille à l’ancienne, j’entoile! Ah l’entoilage, quel poème. Ce dernier permet 1- de rigidifier le devant 2- de supporter le poids des choses que l’on met dans les poches. C’est en effet la toile qui récupère le poids, car les fonds de poches y sont cousus. Et le fait que la toile soit en laine et simplement posée sur le tissu et non collée garde toute la souplesse au tissu. Le tissu respire, le bonhomme aussi, la veste vieillit mieux, le bonhomme aussi !

Cette toile est constituée d’un grand pan de toile proprement dite, la plupart du temps 100% laine. Cette toile en droit-fil va de haut en bas et reprend grossièrement la forme du devant (en étant un peu moins large). Au niveau de la poitrine jusqu’à l’épaule, cette toile est renforcée par une ou plusieurs couches, les plastrons, la plupart du temps, un mélange de laine et de crin de cheval ou de crin de chèvre, pour le côté ressort. Ce point est particulièrement important pour garder à vie un joli bombé sur la poitrine. Enfin, une couche de ouate recouvre les plastrons, qui sont capables de piquer à travers la doublure.

Pour lier les couches, il est possible de faire une multitude de points de chevrons, chose que j’ai expliqué il y a bien longtemps. Pour ma part, j’aime acheter des toiles préfabriquées, à la bonne taille. Les matières sont tout de même nobles et cela me fait gagner du temps. Elles sont à la fois fines et rigides, j’aime ça.

L’entoilage est une étape délicate que je ne saurais expliquer en détail. Il faut placer le tissu du devant sur la toile, en s’assurant que le tissu de la veste est bien tendu. Il faut nettoyer comme on dit en tailleur, c’est à dire tendre sur le bombé du torse. En revanche, à d’autres endroits, il faut mettre plus de tissu que de toile, pour créer des embus. La mise sur toile se doit d’être impeccable ! La taille doit être bloquée, tout comme une ligne verticale passant près de la pince. D’un tailleur à l’autre, les mises sur toile varient, mais ces deux lignes de bâtis restent. On repasse.

Je contrôle la mise sur toile le lendemain, après repos et sur le mannequin, pour vérifier le droit-fil et l’aspect général qui est très important. Il faut que ce soit beau ! Et aussi joli que les industriels, sinon à quoi bon le faire à la main si c’est pour avoir quelque chose de moche !

Il n’y a plus qu’à assembler les deux devants avec le dos. Ces étapes de bâtissage sont importantes. Il faut coudre de manière temporaire aussi bien que de manière définitive. Car à l’essayage, il faudra de la précision pour voir les défauts. Donc, on bâti finement, proprement, en respectant bien les valeurs de couture et les relarges s’il y en a. Il faut mettre en place la toile parfaitement à l’épaule, puis une petite épaule qui sera là à la fin. Oui la pente d’épaule dépend de l’épaulette, il ne faut pas l’oublier. Celle-ci est en ouate et fait 1cm d’épaisseur.

Une veste avec épaulette même fine est toujours préférable à rien du tout. Le tombé est meilleur, la clavicule se place mieux. C’est aussi plus simple pour le tailleur qui sinon s’arrachera les cheveux !

Voici le corps. Je vais maintenant fabriquer les manches. C’est assez simple. Il faut commencer par coudre la couture avant de la manche, appelée composé de saignée. Un peu technique, mais les techniciens comprendront : la manche est courbe. Mais la couture n’est pas sur cette courbe, elle est 2cm derrière. Dès lors, pour éviter que la manche tire ou vrille, il faut étirer, détendre le tissu du composé de saignée au fer. Le repassage de cette couture se fait toujours sur le même schéma, dessus de manche plissé trois fois pour la courbe. Je monte vite fait le bas de manche après.

Le dessous de col est réalisé avec un sandwich de feutre de laine et de toile de lin très rigide. Le patron papier ébauche une forme très généreuse. Le sandwich est lié par des points de chevrons, toujours les mêmes, qui traversent à peine pour ne pas être vus. Une fois cette tâche ingrate terminée, on détend le tout au fer (la toile de lin est en biais, le feutre n’a pas de sens !) D’abord on casse le col contre son pied de col, puis on détend la courbe pour l’allonger.

Quand les accessoires sont là, petit bâti rapide du sous col en place (il faut y rentrer de l’embu aussi) et raccord aux futurs revers, et mise en place des manches avec une cigarette pour apprécier le volume de tête de manche.

Le veston est prêt pour le premier essayage ! En tailleur, jamais de toile, direct dans le tissu. Les hommes ne varient pas beaucoup dans leurs mesures, aussi le patron tombe juste. Si toutefois le tailleur pensait son client plus mince qu’il ne l’est, il agrandit avec les relarges judicieuses. Et il faut aussi noter que la toile de coton est une cochonnerie qui ne partage aucune qualité avec la laine. Raide, elle se travaille mal et ne permet pas vraiment de mettre des embus.

Voici l’essayage, je ne suis pas tombé trop loin de l’arbre ! Il faut dire que mon honorable client expérimente ma petite mesure italienne depuis 3 ans ! Je contrôle le cintrage, l’horizontalité de la veste, sa symétrie droite et gauche et le cas échéant son asymétrie si le client est bancal, l’aisance générale, le placement des épaules, l’aisance de la manche et l’aplomb de la manche !

Ensuite, je démonte ces dernières ainsi que le col, je remets à plat l’ouvrage pour faire les corrections et les noter également sur le patron, pour les fois prochaines.

J’emballe tout pour expédier à mon ouvrier, avec une fiche détaillée et des morceaux du patron de base. Celui-ci va réaliser les poches, les revers, mettre en place la garniture ainsi que les doublures. Bref, tout le travail du corps, c’est le travail de l’apiéceur ou du façonnier. La veste me revient, nous sommes à un stade plus avancé ! Il me faut maintenant songer à la suite, rebâtir les manches avant de terminer.

La suite du roman sera donc pour plus tard, quand le client aura essayé cela… 🙂

Une veste en Grande Mesure – 1

Les semaines à venir, je vais vous présenter un travail de grande mesure que j’ai mené au mois de Juin, et qui continue encore, au rythme des essayages du client.

Pour ce dernier, presque un ami, j’ai accepté après moult discussions de passer à l’étape supérieure, la grande mesure ! Cela signifie que j’allais réaliser dans mon atelier (avec des aides) un vêtement cousu main, de A à Z. Un travail de longue haleine et surtout périlleux. Car si la réussite donnera au client entière satisfaction, ainsi qu’à moi-même, l’échec sur un travail aussi minutieux peut être rageant, au mieux décourageant.

Bref, pour cette première veste sport après de lointains essais (ICI), mon estimable client a arrêté son choix sur un natté Vitale Barberis Canonico. 280grs, donc un tissu pas trop léger. C’est mieux pour un premier essai main. Les tissus plus légers, comme 230grs ne me donnent aucune satisfaction, même quand façonnés par les plus grandes manufactures de costumes.

La première étape consiste à collecter les éléments de la veste :

  1. le tissu
  2. la doublure, en l’occurrence une veloutine changeante de chez Lafayette Saltiel
  3. la doublure de manche (mignonette)
  4. fil de couture et cordonnet pour boutonnière, fil de bâti (coton blanc)
  5. boutons de corne
  6. percaline (coton pour fonds de poches) et bougran (coton renfort divers)
  7. un peu de thermocollant pour des endroits précis, à minima.
  8. les toiles tailleurs (toile, plastron, crin, ouate etc…)
  9. épaulette ouate
  10. feutre de col et toile de lin pour col

Je ne crois pas avoir oublié quelque chose dans cette liste. Ensuite, il faut dresser un patron. Pour ce faire, j’utilise encore mon logiciel d’architecture pour tracer. Je peux ainsi, à loisir, modifier mes tracer et les regarder, les observer pour sentir telle ou telle courbe, tel ou tel détail. Ce patron, je le fais tirer sur un A0, une grande feuille. C’est très précis ainsi. Je découpe les pièces :

  • A- Devant (comprenant une pince, une courbe en bas, un revers avec emplacement de col en haut)
  • B- Petit-côté (qui se raccorde au devant et se voit greffer la poche côtée)
  • C- Demi dos (qui comme le petit côté se voit adjoindre les fentes)
  • D- Dessus et dessous de manche.
  • + des petits patrons pour les rabats de poche par exemple.

La première étape consiste à préparer le tissu. Celui-ci arrive du stock mal plié. Ainsi, il convient de le remettre en place, endroit contre endroit, lisière contre lisière. La lisière est le bord du tissu avec des écritures. Les tissus font en général 140cm de large. Ce repli en deux vous donne un tissu ‘dossé’ de 70cm de large. Ce tissu a besoin d’être décati. En effet, durant le tissage, les tissus sont tendus et enduits d’apprêts. Et sous l’action future de la chaleur et de l’eau, le tissu pourrait rétrécir. Pour se prémunir contre ce risque, il convient de décatir le tissu, c’est à dire le passer avant coupage à la vapeur. Un bon coup de vapeur suffit. Les tissus d’aujourd’hui bougent certainement beaucoup moins qu’avant!

Une fois ce travail effectué, on place les patrons. Comme je n’ai qu’une veste et beaucoup beaucoup de tissu (on sait jamais!), je prends mes aises. Un tailleur plus expérimenté saura mieux rentabiliser son achat. Les patrons doivent être placés dans le droit fil. Le tissu a un sens (l’horizontale et la verticale) qui dépend des fils qui le composent. Le sens vertical est appelé droit fil. Les patrons sont tracés en prenant en compte l’aplomb naturel du tissu. Donc, le droit fil du patron doit toujours être parallèle aux fils verticaux du tissu. Ce placement est essentiel, comme la mise en place du tissu dossé, pour couper d’un coup droite et gauche en symétrie.

Après un placement correct, il faut tracer à la craie. D’abord détourer les patrons. Ensuite marquer les crans de montage pour la suite. Puis retirer les patrons et tracer les éléments cachés, poches, pinces. Enfin, il faut ajouter des relarges, c’est à dire des valeurs de couture en plus, pour par exemple modifier le cintrage ou augmenter la largeur d’épaule. 2cm en plus, à certains endroits est classique.

Après avoir tracé, on coupe ! Avec un ciseau de coupe, c’est à dire un grand ciseau, c’est plus facile et en faisant de grandes saignées avec les lames, pas de hachage ! La lame fine est vers le bas, la plus haute vers le haut. La pointe de la lame fine reste sur la table. On ne bouge pas trop le tissu en coupant sous peine de déplacer les couches, que l’on aura tout de même épinglées.

Ce travail chez les tailleurs est réalisé par le détacheur. Ce dernier détache les pièces du vêtements et les empile pour l’ouvrier suivant. Les pièces une fois découpées sont marquées (Notam, il est aussi possible de marquer avant la coupe comme je l’ai fait). Le marquage consiste à réaliser avec le fil de bâti des ‘crochets’, plus simplement, des bouclettes. Vous passez un fil vers l’avant, en laissant du mou à chaque point. Ainsi, après découpe, en écartant les deux couches, vous obtenez un devant droit et un devant gauche, marqué au même moment. Ces marques resteront par la suite, car vous coupez les bouclettes entre les deux couches.

Lorsque toutes les pièces ont été découpées, marquées puis séparées, il faut surfiler les valeurs de coutures les plus fines, celles où l’on a pas ajouté de relarges, car exemple les coutures petit-côté et devant, la pince, les emmanchures etc. Ce surfil rapide se fait à la main, c’est plus simple, plus fin, et plus propre. Les points ne sont pas trop petits !

Il faut ensuite penser au montage, nous le verrons la semaine prochaine !

Bonne semaine, Julien Scavini

ModeMen, le livre de Stiff Collar !!

Cher(e)s ami(e)s, enfin ! Après deux ans à écrire et à dessiner, mon pavé est enfin sorti ! Il s’intitule ModeMen, aux éditions Marabou.

Je suis très heureux du résultat. Légèrement inspiré des ouvrages de Bernhard Roetzel, j’ai reconditionné des articles publiés ici, mais largement revus et corrigés ainsi que des nouveaux. Ils sont organisés par chapitre : la chemise, les pulls, les vestes, les accessoires etc.

Le fil conducteur du livre est Antoine, jeune homme fraichement diplômé qui débarque en entreprise, et se rend vite compte que le jean basket, ça le fait pas !

MODEMEN

Évidemment, le propos est entièrement illustré ! Pas de photos, seulement des dessins.

Je vous laisse le découvrir, sur Amazon ou La Fnac, au prix de 16€90. J’en aurais aussi des exemplaires en vente à la boutique, que je pourrais évidemment signer !

Inspiration et éducation

L’une des principales difficultés lorsque l’on se rend chez le tailleur, en particulier la première fois, et d’appréhender le choix du tissu. Et oui, choisir le tissu de son costume sur un petit coupon de quelques centimètres n’est pas simple. Le choix se révèle un peu plus facile lorsque des costumes d’autres clients sont là, à côtés en train d’attendre leurs livraisons.

Le choix peut s’avérer aussi très difficile pour les novices en ce qui concerne par exemple la forme et la position des poches. Tous les détails représentent alors une difficulté.

L’inspiration ! Être inspiré ! La question du désir se cache dessous. De l’envie. Comment faire naître cette envie ? Par la connaissance. Le savoir permet de palier aux difficultés des premières commandes. Des blogs comme Parisian Gentleman, Milanese Selection, ou le mien aident. Les magazines le peuvent aussi, The Rake, GQ ou Monsieur. Surtout les publicités d’ailleurs. Je propose également aux novices peu sûr d’eux d’aller taper des mots clefs dans Google Image. Le défilement des propositions permet de se faire une idée plus précise.

Seulement, il faut prendre une décision. Une décision financière d’abord, qui à cause du coût peut parfois rebuter. Une décision de style ensuite. Et c’est peut-être là qu’est la plus grande difficulté. Car pour beaucoup, jeunes et moins jeunes, il est aisé que le choix vienne d’ailleurs. Je prends l’exemple des poches à rabat par exemple. Plusieurs fois, des clients n’en ont pas voulu, sous le même prétexte énoncé par l’un d’eux en particulier : « je ne suis pas sûr de les assumer ».

Je me suis longuement interrogé sur cette formule tranchante. Elle m’a laissé pantois mais n’a cessé de me travailler. Assumer ! A – ssu – mer ! Pourquoi ? Ces rabats ne sont pourtant que l’entrée d’un temple du classicisme. Tout l’inverse d’une invention délirante ! Est-ce l’expression d’une frilosité ?

ILLUS55

Et puis je me suis dit, mais non. Ce n’est pas la faute du client qui n’arrive pas à choisir. C’est la mienne. Faute de n’être qu’un tailleur. C’est à dire un professionnel qui écoute et non dicte. Qui laisse le choix ! Erreur de ma part. Choix et libre pensée sont-ils tout à fait de ce monde ? Ou le monde est-il celui du préconçu voire du tout cuit, un monde vestimentaire où c’est le styliste- star fait l’œuvre.

Quand Paul Smith ou Agnes B inventent des dispositifs, des coutures spéciales, des formes bizarres, le questionnement change. Car s’ils le font, c’est bien. Mais attention ! La fantaisie se doit de rester discrète !

La boutonnière de revers colorée (voire deux boutonnières) sur une veste noire fade plutôt qu’une veste pimpante en tweed à carreaux colorés ?

Alors certes, chaque client n’est pas un styliste-star en herbe. Chaque client n’est pas obligé de se sentir créateur pour se faire confectionner une veste. Alors comment faire ? Précisément en revenant aux classiques, en les apprenant puis en les ré-interprétants. Bref, en s’éduquant.

S’éduquer à un sujet, c’est s’éloigner des stéréotypes, des poncifs, de la platitude, bref du vulgus, au sens latin : s’éloigner de l’Ordinaire. L’ordinaire, tout le contraire d’une visite au tailleur !

Bonne rentrée. Julien Scavini.

C’est l’été

C’est l’été, et donc les vacances. Si mon activité professionnelle continue encore quelques temps, le blog lui se met au repos après une année bien chargée ! Je vous dis donc à tous et à chacun : bel été, bon repos ! Je vous laisse en compagnie de l’orchestre du Titanic, qui interprétera pour vous quelques rag time pour faire passer le temps …

TITANIC

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Réhabilitons la chemise à manches courtes

Décidément, je vais me faire taper dessus par les puristes, mais comme je suis assez têtu je vais comme l’année dernière en remettre une petite couche sur la chemise à manches courtes, la bien nommée… Eh non je ne dirai pas son nom, qui à mon avis galvaude déjà l’idée, le suffixe sonore -zette n’aidant vraiment pas. Mais d’où vient donc cette haine de la part des élégants pour la chemise à manches courtes ? Les anglais qui sont des maîtres de l’élégance ne l’étaient-ils pas aux Indes, en Égypte ou ailleurs sous des chaleurs humides écrasantes ? Nos militaires ont-ils l’air ridicules vêtus de la sorte l’été ? Je m’interroge encore, d’autant que des années 20 à 60, il était tout à fait commun d’en porter. Les américains en étaient très friands ; les acteurs d’Hollywood (il me semble avoir déjà vu Cary Grant ainsi) ou des présidents américains en portaient.

Alors certes, la chemise à manches courtes ne se porte pas avec une cravate, ni même avec un costume. C’est d’abord et avant tout un vêtement décontracté. Avec le col boutonné sous une veste, oui c’est assez ridicule. Mais seul, cela peut être d’une grande élégance. Le col doit rester ouvert. D’ailleurs les militaires ont sur leurs chemises manches courtes des cols requins, dépourvus de boutons de col, qui s’ouvrent largement et sont écrasés sur les côtés.

Questions détails, la chemise manches courtes possède assez souvent une poche, pour y glisser les lunettes (ce qui est mieux que de les abimer en les coinçant dans les cheveux). Elle peut présenter à la base des manches des revers, avec parfois une patte de boutonnage, détail issu des chemises type sahariennes. Cette patte peut être remplacée par une épaulette boutonnée pour les modèles plus sports.

Elle peut se porter à mon avis de deux manières. Un de mes clients (d’un certain âge) se présente toujours à mon échoppe l’été, vêtu d’élégants pantalons clairs à double pinces. Il rentre sa chemise dans le pantalon, et additionne l’ensemble d’une belle ceinture de cuir marron, parfois tressée ! Ses chemises manches courtes de chez Charvet sont toujours en popeline blanche et quelques fois en lin. Il respire la décontraction. Il est aussi possible de porter la chemise manches courtes hors du pantalon. Ceci est particulièrement adapté pour cacher un peu l’embonpoint. Car oui, les hommes peuvent avoir de la bedaine et éviter l’effet saucisson peut être salutaire parfois. A ce moment là, la chemise doit être coupée avec un bas horizontal et fendue sur le côté.

ILLUS54

Et au fond, réfléchissons bien. Quand il fait très chaud, que porter? Une chemise à manches longues que l’on retrousse ? Idiotie, car le roulé comprime alors le biceps, empêchant l’air de passer, on a alors encore plus chaud. Un client me disait récemment que la chemise manches courtes présentait le désavantage d’un polyvalence restreinte. Oui, mais on ne fait pas sa vie sur 4 chemises. Je possède une quinzaine de chemises à manches courtes (popeline blanche, bleu gendarme, rayé blanc/bleu ou à carreaux, certaines en lin) que je ne sors que l’été. Le reste de l’année et surtout l’hiver j’ai quelques coloris très différents. Et puis à Monoprix, les chemises manches courtes bien coupées ne valent pas très chères…

La chemise manches courtes à l’extrême avantage de faire circuler l’air sous les bras et le long du corps. Par ailleurs, comme elle s’enfile par le devant et se boutonne, même lorsque l’on transpire fort, elle reste facile à retirer. J’ai déjà expérimenté le polo dans de telles circonstances, il faut alors se débattre pour en sortir. Le jersey petit piqué à de ce point de vue beaucoup de progrès à faire. Il est assez lourd et prend l’humidité, à la différence d’un tissu fin de coton. D’autres désavantages du polo sont son aspect saucisson sur les corps pas trop musclés et un pied de col très bas difficile avec certains physiques, comme les cous longs. Un ami me dit récemment que la chemise manches courtes n’est pas chic. Lui porte des polos avec un gros logo brodé dessus. Mais enfin de qui se moque-t-on? La chemise à manches courtes doit en plus se repasser, signe d’un certain train de vie estival. Alors que le polo sèche sur un cintre seulement.

Enfin il y a le t-shirt, mais je vous laisse dresser la liste de ses défauts d’élégance…

Bref, pour ma part, je continue de porter mes chemises à manches courtes, elles sont tellement fraiches quand il fait chaud. Et regarde amusé mes contemporains retrousser leurs manches 😉 Je vous laisse y réfléchir d’ici la semaine prochaine, pour un dernier billet illustré qui marquera la fin de la saison !

Bonne semaine, Julien Scavini

La laine solaire

L’été, lorsqu’il fait chaud – ce qui est assez loin d’être atteint cette année – la question vestimentaire devient cruciale, surtout si vous devez être habillé classiquement, j’entends par là le contraire de la combinaison t-shirt et pantacourt. Le port du costume peut même devenir une vraie plaie si les températures grimpent trop. Je me souviens à ce titre d’un agent revenant du Pitti Uomo l’année dernière à Florence qui m’avait amusé en parlant de, je cite, tous ces gugusses sappés en croisé sous 35°c à l’ombre. Le-dit agent vendait du sportswear, ceci expliquant peut-être cela.

Et en parlant de Pitti, l’une des grandes trouvailles depuis deux ans maintenant dont on parle partout est le Solaro. A ne pas confondre avec le Solano, un étoffe britannique ressemblant en texture à du lin mais composé de 50% de laine, de 25% de coton et de 25% de lin, très frais et peu froissable, à l’aspect assez brut.

ILLUS53

Bref, le solaro, vous connaissez tous je pense. Il s’agit d’une étoffe de laine. Mais pas d’une étoffe de laine froide. C’est d’ailleurs la grande incongruité de ce tissu. Réalisé en serge simple ou en chevrons, il n’est pas particulièrement respirant. En revanche, il renvoie bien la lumière grâce à son tissage mêlant deux fils de couleurs différentes. Le solaro est une matière dite changeante. Sa couleur et ses nuances varient suivant l’angle du regard. Cela en fait une étoffe rare et amusante.

La plupart d’entre vous connaissent le solaro dans sa version ‘tumblr et autres blogs’, c’est à dire rouille, un mélange de rouge et de vert. Mais je pense que peu savent en revanche que le solaro existe dans toutes les couleurs. En voici quelques exemples, à carreaux et chevrons, à chevrons et en serge simple.

Cette matière assez solide du fait qu’elle n’est pas une toile permet de réaliser des veste et des pantalons, et donc des costumes. Les costumes sont toujours les plus simples, limitant l’accord de couleur à la cravate et à la chemise. Mais une belle veste en solaro peut constituer une alternative intéressante à la veste sport en tweed de l’hiver. Car l’été, il est assez difficile de trouver des étoffes pour réaliser des vestes seules. Trop unie, trop fade, trop épaisse, le choix de l’étoffe sport de l’été se réduit souvent au natté bleu ou au lin beige. Et bien maintenant, vous avez la laine solaire !

Bonne semaine, Julien Scavini

Aux couleurs de l’Union Jack !

Récemment, je faisais une recherche sur Albert Golberg, créateur de Façonnable et qui se consacre maintenant à sa nouvelle danseuse, Albert Arts, une marque implantée à Nice, sur la côte d’Azur. Albert Arts propose comme j’ai déjà pu l’évoquer ici et là, des articles de grande qualité. Mais surtout des articles hyper brandés et reconnaissables par l’utilisation d’une palette de couleur extrêmement restreinte : les couleurs de l’Union Jack, qui sont déclinées à l’envi. Ces couleurs sont au nombre de trois : rouge, blanc, bleu.

Vous connaissez depuis longtemps ma passion pour les harmonies de couleur. Le bleu reste la couleur la plus masculine qui soit. A partir d’un bleu de prusse ou d’un bleu marine, par adjonction de blanc, il est possible d’obtenir des nuances plus claires, pétrole ou azur par exemple. Tous ces bleus s’associent entre eux à merveille, chinos marine avec chemise ciel, complétés parfois par des souliers en veau-velours cobalt ou une veste en seersucker rayée barbeau.

Bref, Albert Arts use et abuse du drapeau anglais qu’il plaque sur beaucoup de ses créations. Par là, le ‘petit’ façonnier de Nice se rappelle l’âge d’or de la promenade des Anglais. L’Union Jack fait symbole et il n’est pas le seul à l’avoir compris : Hackett et Barbour au Royaume-Uni utilisent la même tactique, de même qu’un nombre très impressionnant de couturiers. Certains utilisent l’emblème par attachement conservateur, pour véhiculer un idéal de qualité et de respectabilité, distillant par là même un esprit tailleur, celui de Savile Row et Jermyn Street. D’autres en revanche le dérobent dans un esprit pop, libéral et novateur, détracteur ou rebelle aussi. C’est l’Union Jack de l’esprit rock, des Beatles et du renouveau post-industriel.

gilet rouge

La maison de Nice se situe certainement plus dans la première catégorie. Et à partir de ces trois couleurs tisse un véritable dialogue de nuances. Les cravates, la plupart du temps magnifiques alternent marine et rouge avec marine et blanc. Les tonalités se croisent et se conjuguent donnant à l’ensemble des produits proposés une véritable homogénéité. Qui plus est dans une gamme masculine. Je loue cet effort qui est fait. Au fond, pourrait-on dire qu’en dehors du bleu et du blanc, point de salut ?

Ceci étant dit, il convient de remarquer le rôle pivot du rouge dans cette dialectique. Une couleur pas évidente car parfois criarde, en tous cas toujours forte. Une cravate rouge ou une paire de chaussette rouge, cela réveille et parfois choque. Tout autant qu’un pantalon rouge, sans parler d’une veste rouge ! Une couleur à laquelle beaucoup d’hommes préfèrent le violet, plus discret.

Je voulais vous faire part de ce court sentiment après avoir vu la photo d’une mise avec un gilet rouge, superbe ! Cette touche de couleur rehaussait toute la mise, sport d’ailleurs. Elle l’égayait et lui donnait une vraie personnalité. Sans être de trop, l’ensemble parait à la fois classique et légèrement désinvolte.  Enfin, je souhaitais parler de l’Union Jack pour faire remarquer et pour s’amuser du fait que les couleurs de notre drapeau – étant l’exact inverse, bleu, blanc, rouge – sont bien moins souvent placardées sur les vestes que le drapeau de l’Union !

Bonne semaine, Julien Scavini.

LE CONCOURS – LE RESULTAT EN IMAGE !

Bien ! A l’issue de cet important concours par son nombre de participant et de votants, les résultats ont clairement départagé les vainqueurs, qui sont :

  • 1er – ALEXANDRE K, qui gagne une cravate 7 plis, de la collection actuelle ou à venir, ainsi qu’une bouteille de Crozes-Hermitages E. Guigal 2010 rouge.
  • 2ème – ADes, qui gagne une cravate 7 plis, de la collection actuelle ou à venir.
  • 3ème – RoSaCe, qui gagne une pochette roulottée main de la collection ou à venir.

J’en suis heureux pour eux et les recevrai à la boutique dès qu’ils m’en feront la demande. Voici donc un dessin reprenant les tenues.

Alexandre K a écrit une veste, sorte de Norfolk d’été en coton beige, une sorte de mélange de saharienne et de blazer.  Une veste ceinturée, à poches plaquées à soufflets et rabats (poche poitrine également), une extension de la contre anglaise pour fermer le col si relevé. Bref, une belle veste de voyage. Avec une chemise blanche, col cutaway, poignets simples. Pantalon et gilet de fine laine à motif vichy beige et marron. Le pantalon repose sur le haut des hanches, sans pinces, avec side adjusters et revers relativement large. Une paire de boots, assez solide, en cuir grainé marron. Cap Toe à l’avant. Le pantalon est taillé un poil court pour mettre en valeur les boots. On ne vois pas les mi-bas. Cravate en maille d’un vert foret ainsi qu’une casquette 8 Cotes en lin beige. Enfin un sac de voyages en cuir.

ADes avait stipulé une veste de weed irlandais uni olive clair (lumineux pour le printemps) ; deux boutons ; trois poches à rabat ; deux fentes d’aisance. Une chemise à col italien ; vichy bleu ciel pour célébrer le printemps encore une fois. Un pantalon chino avec ceinture beige clair avec ourlets ; ceinture marron à boucle argent. Des derbies marron simples ; mi-bas bleus marine. Et autour du cou, une cravate bleue marine en tricot (fin « plate ») complété d’une pochette blanche à liseré bleu ciel portée en « double triangle ».

RoSaCe m’avait en plus fait un croquis explicatif très réussi.  D’abord une veste croisée dépareillée 4X2 transformable. Le tissu est un prince de galles caramel avec des grandes fenêtres bleu ciel. L’épaule est romaine et les poches sont plaquées (sauf la poche poitrine, qui elle est « barchetta ». La chemise a un col boutonné, à l’italienne, peut-être déboutonnée? Le tissu est léger, et elle est bleu ciel. Le pantalon est en laine froide ivoire, avec une ceinture en cuir tressé dans les caramel. Le pantalon a un revers de 4 cm. Le veau velours se prête assez bien aux voyages, et aux climats méditerranéens. Sans doute une paire de chukkas, couleur moutarde. Les mi-bas sont des Mazarin en fil d’écosse bleu ciel, mais on ne les voit pas. Dans la poche de la veste: une pochette exquisite trimming rouge et jaune, rappelant une vieille réclame de la ville de Lyon. Sur l’épaule enfin, un sac de weekend en cuir grainé.

Voici donc l’illustration, dans laquelle j’ai ajouté mon grain de sel, un costume, pour changer. J’ai pensé pour ma part à une veste souple, un bouton et poches plaquées accompagnée d’un pantalon à revers, réalisés dans un prince de galles brun fenêtré bleu en fine flanelle, avec chemise bleu et cravate ancient madder et chaussé de doubles boucles en veau-velours.

ORIENT EXPRESS 3

Cette petite assemblée à fière allure n’est-il pas? Un petit côté Pitti Uomo 😉

Après, j’avais envie de commenter les tenues une à une mais je vais me retenir, car cela donnerait une désagréable impression de maître d’école à élèves. Par contre, je peux donner quelques accessits du point de vue de Stiff Collar, blog ô combien classique. Ainsi, je tiens à concéder une première distinction pour le port du costume, à Matthieu, le Chiffre et Adrien, pour lequel j’aurais voté, malgré les souliers mal choisis (j’aurais mis des bucks blanches avec ce bleu ciel). Je tiens également à honorer les solutions simples (et que j’adopterai certainement si je prenais l’Orient Express demain matin) de Guillaume hautcoeur ou Alexandre C. Je tiens aussi à lever mon chapeau à 2M et le bibliothécaire pour l’ajout d’un cardigan sous la veste. Enfin, Loic, Etienne L et Arthur mérite une remarque dans la catégorie couleur !

Merci à tous pour votre participation. Le vote fut certes un peu déséquilibré par les appels au vote ici et là, mais l’essentiel n’était là. A le semaine prochaine, et d’ici là, habillez vous (bien). Julien Scavini

LE CONCOURS – LES RESULTATS !

Mesdames (il y en a, oui oui!) et messieurs, ce concours fut très amusant et a donné à chacun le moyen de laisser libre court à son imagination. La planche est très belle. Peut-être qu’un jour elle sera éditée avec l’intitulé , prouvant à quel point les réponses peuvent être multiples et la plupart du temps de bon goût.

A l’issu des votes par commentaires, rehaussés pour chaque participants d’un point (le sien), VOICI LE GRAPHIQUE TANT ATTENDU !  Ah je suis content. J’ai senti dans les dernières minutes de ce concours une réelle excitation des participants. Les votes se sont enchainés à un rythme très soutenu. Ce fut très amusant à suivre derrière ma console. Nous y sommes :

1er – ALEXANDRE K, gagne une cravate 7 plis, de la collection actuelle ou à venir, ainsi qu’une bouteille de Crozes-Hermitages E. Guigal 2010 rouge.

2ème – ADes, gagne une cravate 7 plis, de la collection actuelle ou à venir.

3ème – RoSaCe, gagne une pochette roulottée main de la collection ou à venir.

vote-finalePour ma part – je suis sûr que vous vous en fichez – mais j’aurais voté pour …

… vous le saurez au prochain épisode ! Lundi. Je finis le dessin tranquillement et vous livre une conclusion complète, avec mes coups de cœurs et mes remarques diverses. Et merci pour votre franche camaraderie durant cet exercice. J’ai été un peu dépassé par l’ampleur de l’événement, mais je crois que chacun en sortira diverti 😉

Julien Scavini