La pattemouille

L’entretien d’un costume est une chose délicate qu’il ne faut pas traiter à la légère. Une laine bien entretenue durera, c’est là le point principal. Mais évidemment, les traitements différeront entre un costume thermocollé et un entoilé, surtout grande-mesure.

Le point principal est de s’occuper régulièrement et simplement de son costume ou de sa veste. Après une journée et de retour chez soi, je conseille de retirer le pantalon pour passer quelques chose de différents (un jogging de coton? :-)). Laissez reposer le lainage, comme vos chaussures en cuir qui doivent impérativement être garnies d’embauchoirs. Un valet de chambre en bois représente le nec-plus-ultra du confort pour vos habits. La veste sur son cintre pour galber les épaules et faire retomber la vapeur, le pantalon dans la presse pour faire disparaitre les plis de genoux.

Vous complèterez avec un petit coup de brosse pour enlever la poussière avant de ranger l’ensemble sur un cintre dans la penderie. Avec au minimum un costume par jour ouvré, la rotation est efficace. Plus vous aurez de costumes, moins ils s’useront! Idem pour les souliers (en fait, les plus riches sont d’une certaine manière économes sur ce poste de dépense…). Dans l’armoire (ou le placard), certains aiment les housses données par la boutique : uniquement pour les longs repos de contre-saison et pour y placer de l’anti-mite.

Pour le grand nettoyage, la chose de complique. Les grands tailleurs du ‘bespoke’ demandent souvent à leurs clients de rapporter les vêtements pour nettoyage. Le traitement commence par la brosse, puis la brosse humide. Ensuite la fameuse pattemouille entre en jeux. Cette fameuse pièce de tissu des tailleurs est généralement faite d’un grand bout de lainage doublé de coton. La laine va contre la laine. La patte-sèche, appliquée contre la veste est alors humectée et devient pattemouille. Il s’agit de commencer par l’intérieur en doublure, en particulier aux aisselles. Un peu de vapeur pour chasser les résidus n’est pas un mal. Puis côté lainage, la patience est de mise. Comptez une petite heure pour une veste. Celle-ci doit d’ailleurs être disposée sur un coussin tailleur ou œuf, qui est une sorte de grosse masse  rembourrée un peu gauche pour donner le galbe au veston pendant le repassage. On pose la patte-sèche, on mouille, on sèche. Cela fixe les fibres de laine en même temps que la saleté passe dans la pattemouille. Vous pouvez essayer si cela vous amuse. Attention à la vapeur dans ce cas. Les tailleurs font rentrer certains ‘trop pleins’ de laine appelés ’embus’ grâce au poids et à la chaleur du fer tailleur que la vapeur fait ressortir, créant des boursouflures, notamment sur le col.

En moyenne, un costume grande mesure doit être nettoyé une à deux fois l’an. Cela est permis par le grand nombre de pièces qu’ont les élégants assez fortunés pour ce type de service. Le pantalon un peu plus, qui lui est plus facilement rapportable au pressing.

Un costume thermocollé peut subir exactement le même processus. C’est d’ailleurs plutôt conseillé. Non pas que le nettoyage à sec soit particulièrement mauvais (quoiqu’à force, cela abime un peu les laines), mais plutôt le repassage qui est effectué à la vapeur. Celle-ci, par effet mécanique (la puissance du jet et aussi la forte chaleur) va décoller les toiles en quelques mois voire quelques années suivant votre rythme. Mais si vous y allez quatre fois par an, cela devrait tenir très bien le choc. Les pantalons eux peuvent subir un traitement maison. Je n’hésite pas à mettre les miens dans la machine, en cycle laine 10°c. Les fabricants d’électro-ménager ont fait tout de même de gros progrès, et cela ne détruira pas un pantalon. En revanche, vous aurez fort-à-faire avec le repassage, d’ailleurs toujours à la pattemouille pour prévenir le lustrage (effet de laine qui brille à cause de la chaleur). Sinon, si vous ne voulez pas mettre votre pantalon dans un tambour, vous pouvez intégralement le passer sous la pattemouille, ce qui est déjà un excellent nettoyage.

Enfin, il existe un nouveau procédé dans les pressings pour remplacer le perchloroéthylène (solvant) dans les nettoyages à sec qui consiste à utiliser du silicone… Pas eu de retour de cette technologie encore, même si ces techniques me laisse songeur. Patrick Nègre, Pdg d’Universal Music est un des investisseurs des ‘green pressing’, quand on voit ce qu’il porte…

Julien Scavini

J’aime assez le noir

Shocking! What!? Stiff Collar prône le noir???

Rassurez-vous, je ne bouge pas sur mes fondements! Explication. Hier soir, France 2 diffusait le dernier volet du téléfilm avec Lòrant Deutsch consacré à la vie de Fouquet, ce fameux sur-intendant de Louis XIV qui fut emprisonné pour crime de lèse-majesté. Les films en habits me plaisent toujours, moi qui cherche constamment des pistes pour renouveller ‘le style français’ grand siècle.

Dans ce téléfilm, j’ai noté la grande différence vestimentaire qu’il existait entre Fouquet ou Colbert et le reste de la cour. Ces deux personnages influents étaient vêtus de noir, de manière très présente, comme les ecclésiastiques du reste. Ce n’est pas une découverte que je fais là, le noir étant historiquement et traditionnellement la couleur des gens d’église, de justice et de service : clercs, avocats, banquiers ; bref, des bourgeois travailleurs et autres porteurs de ‘charges’ se différenciant là des aristocrates. Ce principe a continué jusqu’à nos jours. Ci-dessous, Jeeves en noir, la majordome, accompagne Wooster, en prince de Galles, le maître.

J’ai toujours condamné le port du vêtement noir uni, à l’instar du Chouan des villes ou de For The Discerning Few. Un gentleman ne porte pas de noir, sauf si celui-ci est entrecoupé de rayures ou alors pour certaines occasions comme les enterrements, ou alors s’il vit en 1930 et travaille dans une banque de la City.

Mais au fond, si les gens veulent porter du noir, cela ne me dérange pas le moins du monde. Architectes, artistes, présentateurs de tv ou cadre moyen : aucun problème, portez du noir!

Car se vêtir de noir, c’est accepter une chose : sa condition de subordonné (dans le système général ou dans le système judiciaire où la justice prédomine sur les hommes ou dans une chaine, par exemple, l’entreprise). Être un modéré (ce que je cherche), c’est ne pas en vouloir aux autres de ne pas faire ce que vous prônez. Dès lors j’accepte et lis leur comportement comme un aveux d’infériorité, un indice d’expression sociale.

Alors ne crachons pas sur les gens en noirs, ce sont nos obligés!

Julien Scavini

Pâte et poils

Rapide article ce soir pour faire le point sur les différentes matières qui s’offrent à nous dans les boutiques, sous la coupe croisée du marketing et de la musique trop forte. Les progrès de l’industrie ont permis de s’affranchir des matières naturelles, complexes et variables par essence, pour s’intéresser aux nouveautés ‘techniques’. Alors que le prix de la laine stagne autour des 3 à 6 euros le kilo, elle reste l’une des matières les plus abondantes et les plus facile à récolter. La terre entière veut déguster de la viande, le mouton nous fournit les deux! Hélas, elle a perdu beaucoup de son usage au profit du coton.

Mais en ces temps de questionnement écologique, celui-ci aussi n’est plus en odeur de sainteté, il n’y a qu’à voir la mer d’Aral pour comprendre. Alors même que la Terre cherche de l’eau douce, en quelques phrases, il est facile et amusant de placer problèmes et solutions en perspectives. Les hollandais ont la solution. C’est par ces mots qu’une récente chronique sur Europe1 cherchait des réponses à la limitation des ressources en coton, et accessoirement en caoutchouc, Adidas prévoyant une forte hausse de la demande mondiale. La réponse hélas n’était pas la laine, mais le bambou ou l’ortie. Et oui les voies des nouvelles technologies sont impénétrables.

De la maille, donc des pulls, des chaussettes, des vestons tricotés en bambou ou en ortie? A première vue, le premier une fois tressé donne l’impression de revêtir une côte de maille en rotin, pas très aisé. De très bons paniers existent, mais difficile de s’en vêtir. La deuxième, si elle est bonne en soupe, n’en demeure pas moins urticante. Alors par quel mystérieux procédé ont ils procédés?

La réponse est toute simple, ils ont remis au goût du jour cette bonne vieille étoffe des familles qu’est la viscose! Eh oui, vous vous demandez certainement très souvent ce qu’est la viscose de vos doublures de costumes: de la pâte à papier! Prenez n’importe quelle source abondante de fibres cellulosiques, broyez là, lavez-là, triturez-là, chlorez-là et vous obtiendrez cette chère pâte blanche découverte par les chinois il y a quelques millénaires. La viscose donc, matière molle et peu coûteuse, dont on peut tirer des fils ou des feuilles (in-tissé de fibres). Au fond, c’est un peu la même chose que la laine, dont on peut tirer des fils ou des feuilles (in-tissé de fibres de laine = feutre). Ceci dit, la viscose, pardon, le bambou, c’est plutôt doux!

De l’autre côté de la chaîne industrielle, on trouve les partisans des fibres animales donc. Ceci, poussés par l’irrésistible envie de ‘luxe’ aime proposer du cachemire à qui mieux mieux. Comment est-il possible de trouver des pulls en cachemire à 39 euros dans les devantures, alors même que la production mondiale chute, à la fois comme contre-coup de la sur-production et des guerres dans cette région qu’est le cachemire..? (Rappelons qu’une chèvre cachemire produit 100 à 150gr de laine par an, uniquement obtenue par peignage, la tonte étant impossible). Envoyé Spécial avait produit un bon reportage sur le sujet. L’adjonction de soie était alors soulevée comme point principal de ce mensonge du marketing. Le cachemire n’est pas une matière démocratisable, même si cela ne plait pas!

Au fond, pourquoi ne pas ajouter de la soie, c’est une noble matière, relativement économique qui plus est. Ce qu’oubliait le reportage, c’est la question du tissage. Le cachemire est caractérisé par ses longues fibres, ce qui rend le produit fini soyeux et doux. Plus la fibre est longue, plus la laine est douce. Ce qui caractérise aussi les mérinos. Les bonnes filatures tissent donc à partir de la belle matière première de fibres longues. Il leur reste sur les bras, après cardage et peignage une sorte de ‘bourre’ de fibres courtes, effectivement de cachemire, mais de piètre qualité. C’est cette matière qui est ensuite achetée par le marché du cachemire démocratique. Car comment expliquer la différence de prix entre un pull à 300 euros et un à 39 euros? Ceci dit, notons par exemple que Ralph Lauren vend à 300 des produits valant 39, sans trop exagérer… Un test simple à vérifier sur vos propres pulls: est-ce qu’ils boulochent? surtout en bas des manches? présentent-ils de petites peluches aux endroits d’usure, que certains pressing prétendent raser? Cette présence manifeste souligne la qualité moyenne d’une matière, la bourre, difficile à tisser, ressortant.

Enfin, ce petit tableau récapitule les différents types de matières textiles. Il est recopié du livre ‘Technologie des Textiles » de I. Brossard aux éditions Dunod:

Julien Scavini

Les tweeds

L’une des catégories de laine les plus connues est certainement le tweed. Cette étoffe, souvent lourde est appréciée pour son confort thermique et sa durée de vie, très importante. Ce tissage cardé est d’une robustesse rare. Il existe trois grandes catégories de tweed: les Harris Tweed, protégés par la Harris Tweed Authority, les Saxony Tweed issus de moutons de race saxony (originellement issus de Saxe donc) et les Donegal Tweed, tissés en Irlande et reconnaissables à leurs petites imperfections de couleur dans le tissage. Certains de ces tweeds peuvent aussi être homespun, c’est à dire tissés directement chez l’habitant, à la maison ‘home’. C’est en effet l’une des caractéristiques d’origine des tweeds que d’être fabriqués directement sur les exploitations agricoles, appelées ‘croft’ dans les îles hébrides.

Tout commence avec la matière, la laine brute. L’une des plus reconnues et des plus protégées provient de deux îles des hébrides : Lewis et Harris. Les divers ballots de pure laine vierge sont mélangés (blended). Ensuite l’ensemble est transporté à l’usine pour la filature du fils avec lesquels on tissera les laizes. Le premier traitement consiste à laver à l’eau clair, mais pas trop pour ne pas retirer les suints (graisses du mouton) qui imprègnent la matière. Cette opération est parfois réalisée à même les cours d’eau pour certains homespun. Puis intervient la teinture dans la masse, à l’aide de colorants naturels le plus souvent, comme les mousses et les lichens pour obtenir des teintes douces.


Ensuite le cardage permet de dresser les fibres dans le même sens. Le traitement à ce niveau sera court, ce qui donnera au tweed cet aspect très rêche, peu travaillé. D’autres types de tissages plus doux sont ensuite peignés par exemple. Le cardage permet de tirer les fil,s qui le plus souvent sont liés par deux, pour obtenir un double retors. Les fils ne sont d’ailleurs pas positionnés sur des bobines comme à l’habitude mais sur des clefs en bois, qui les tendent. Des centaines de fils concourent finalement au métier à tisser, pour l’étape du ‘weaving’.

Cette étape est exclusivement réalisée sur des métiers manuels dans des ‘croft’ en ce qui concerne les Harris Tweed, étape nécessaire pour obtenir l’appellation d’origine protégée. Les tisserands produisent généralement des laizes de 85 yards, soit 78 mètres, en petite largeur (74cm) ce qui en fait un tissu cher et compliqué à couper. Traditionnellement, le tissu tailleur a une largeur de 2x 75cm soit 150cm vendu ‘dossé’, c’est-à-dire replié lisière contre lisière.

Enfin, comme tous les tissus, le tweed subit une étape de finition, le ‘finishing’ pour 3 à 4 euros du mètre. Il est lavé une dernière fois, les impuretés sont enlevées à la main et des contrôleurs reprennent les mailles sautées. Différents traitements peuvent être appliqués à la surface, comme un dernier cardage ou un brossage aux chardons.

Vous êtes maintenant renseignés sur les diverses étapes qui permettent d’aboutir à ce tissu d’exception, qui grâce à un montage efficace par le tailleur, durera des années.

Julien Scavini

Boutiques italiennes

Une fois n’est pas coutume, l’article est photographique ce jour. J’étais en fin de semaine en Italie, dans une ville moyenne des Dolomites pour mettre l’avant dernière main à mon projet. L’occasion de faire un tour nocturne dans la ville et d’être étonné par la qualité des boutiques pour homme. Voici les photos, uniquement des revendeurs indépendants. J’ai laissé de côté les boutiques de grands groupes, comme Trussardi ou Calvin Klein. Figurent donc seulement les vitrines des magasins de vêtements classiques (hors sportwear et vêtements techniques) ; de toutes les vitrines que j’ai pu voir (7 échoppes dans le centre ville). Je reste bouche bée devant la qualité des produits et l’excellence de leur présentation, sobrement, efficacement. On sent qu’ils ont lu Apparel Arts, ce fameux magazine qui éduquait les boutiquiers.

Commençons par la première, vendant entre-autres de magnifiques costumes de marque Kiton et St Andrews (un des plus grands façonniers italiens, pour 950€ en solde) :

La suivante, un chouillat plus contemporaine, mais efficace également. Notons toujours les étiquettes de prix directement sur les vêtements :

La quatrième. Nous sommes dans un même rayon de 50m depuis le début. Très classique, pour un prix modéré ici (350€ la veste) :

Encore 50m plus loin (la densité de tels commerces est incroyable pour une ville moyenne), une fastueuse maison, qui distribue des souliers Tricker’s :

Plus loin, c’est au tour des chemises sur mesure :

Puis, d’une autre boutique de vêtement masculin/féminin à la rencontre entre classique et sportwear :Et enfin :

Quel étonnement de trouver à chaque coin de rue une nouvelle boutique de vêtements masculins, et plus encore quel émerveillement de constater la qualité visuel de l’ensemble. Difficile de trouver un équivalent en France et même au Royaume-Uni. Les italiens sont passés maître dans la démarche personnelle qu’est l’habillement. Ceci-dit, ils y mettent le prix. Non pas que les prix généraux soient plus hauts qu’en France, mais plutôt que de nombreuses boutiques proposent des produits nettement plus chers, mais de qualité !

Julien Scavini

Le bon produit

Certains d’entre vous, lecteurs attentifs et désireux de qualité, me contactez pour en savoir plus sur l’état de mon idée: apporter un service de mesure de grande qualité à prix placé pour reprendre une expression de Parisian Gentleman. Le billet de ce soir vous rassurera, le projet avance très bien et j’approche de la fin.

Le cahier des charges est simple : pouvoir confectionner vestes et pantalons avec des techniques traditionnelles, sans passer par la Grande Mesure. Point essentiel de la façon : fuir le thermocollant sous les devants qui donne aux vestes (même en entoilage semi-traditionnel) un aspect cartonneux surtout sur le bas des devants. Ce thermocollant, en vieillissant, fini par se décoller. La vapeur aggrave ce problème alors même qu’elle est utilisée par la majorité des pressings. L’effet visible est l’apparition de cloques ou de boursouflures sur les vestes.

Originellement, j’imaginais plus qualitatif de faire fabriquer en France. Hélas, il n’existe dans l’hexagone que trois sociétés produisant des vestons, dont deux qui ne font pas l’entoilage intégral. La troisième que je suis allé visiter possède une longue histoire, renommée pour sa qualité. Mais constatant qu’aucun modèle n’était élégant et que la flexibilité n’était pas au rendez-vous, il m’a fallu continuer les recherches. Il est d’ailleurs bien triste de découvrir qu’une fois encore, en France, on ne sait plus faire de la qualité. Alors que l’Italie est passée devant nous en volume de produits de luxe exporté, nous ne prenons pas le chemin du meilleur, par l’innovation et la qualité. D’autres maisons française de renoms font fabriquer cette fois-ci au Portugal ou dans les pays de l’Est.

Direction l’Italie, pour découvrir et essayer des produits d’une qualité inégalée (à l’image des machines-outils allemandes). Et heureuse constatation, leurs prix ne diffèrent pas tellement des plus haut prix de Made In France. Alors? Pas de fatalité! Pourquoi n’arrivons-nous pas à faire la même chose? Coût du travail? Je n’en suis pas sûr lorsque l’on voit l’imbroglio étatique de nos amis italiens. Je dirais simplement un manque de courage de notre part, de directions qui ne cherchent pas, ou n’ont pas l’idée, du meilleur! J’étais même révolté des conditions tarifaires que me proposait cette fameuse usine du Nord. Encore un pan de l’industrie qui finira par quitter notre territoire, dans l’indifférence générale hélas.

L’Italie donc, où j’ai déniché un atelier familial proposant quantité de modèles (droit cran sport, droit cran aigu, croisé, en versions vestes ou manteaux; queue de pie et jaquette; pantalons avec mille détails) et une façon à la hauteur avec un entoilage intégral souple, des doublures et des cols rabattus mains. L’idéal! Rajoutez la dessus des tissus anglais avec un beau tombé, comme ceux d’Holland & Sherry ou d’Huddersfield Cloth ou des laines solides et épaisses comme celles de Gorina et vous obtiendrez un ensemble sur-mesure exceptionnel. Cette structure produit occasionnellement pour Brioni, c’est vous dire! Enfin les finitions que j’appliquerai à la main complèteront le tableau, notamment au niveau des boutonnières à la milanaise. Je traiterai moi-même les gilets, en grande mesure si j’ose dire.

Le prix de départ est toujours maintenu à partir de 1600€, soit moitié d’un grand prêt-à-porter italien.

Patientons encore deux mois, il faut de la patience pour sélectionner le meilleur. Les beaux projets prennent du temps. En temps voulu, je communiquerai sur la disponibilité et tâcherai d’organiser un apéritif autour de vous, chers lecteurs attentifs. Julien Scavini

Paletot contre redingote en 1830

De plus en plus, les recherches en mode masculine et les préférences d’achat des consommateurs s’orientent vers ce que l’on appelle communément le sportswear.  Quasiment toutes les bonnes marques de costumes proposent maintenant des vestes de sport à tendance parka ou blouson, avec des emmanchures italiennes rabattues, des hybridations avec des parmentures zippées camouflées. Ce répertoire que je nomme ‘de la veste facile’ est vaste et de plus en plus présent, y compris dans l’environnement de travail où les vestes de costume non-doublées, non épaulées fleurissent. A vrai dire, je comprends parfaitement cette aspiration au souple, au léger, au confort. Que le veston ne nécessite plus de valet en bois pour garder son galbe est à la fois une tristesse et une chance. Nos pièces de dessus sont pour certaines de vrais foulards que l’on dépose négligeament sur le lit ou un accoudoir de fauteuil.

Nous pourrions nous attrister de cette disparition de la tenue, au sens propre et figuré. Pourtant, l’histoire étant un éternel recommencement (concept fumeux, mais je l’utilise ici), j’étais amusé de constater à la lecture Des Modes et Des Hommes de Farid Chenoune que le début du XIXème siècle vit se poser exactement les mêmes questions.

La bourgeoisie de travail commençant à se répandre dans la société, formant une crypto-classe-moyenne, les usages du vêtements changèrent. Les aristocrates de la campagne ou des salons n’avaient plus tout à fait la mise et cela se remarqua dans les attitudes. L’époque était celle des pantalons et gilets avec redingotes. Cette longue pièce à taille constituait la ‘veste’ de l’époque, à revers divers et variés, à boutonnage croisé ou droit. Elle était près du corps, tout comme les pantalons, tuyaux de poêle à sous-patte sous la chaussure. Nous avons tous en mémoire ces tableaux de romantiques dépeignant Liszt ou Byron.

L’envie de souplesse se fit jour et l’on vit apparaitre vers 1850, au grand dam des tailleurs de l’époque, le paletot. Originellement porté par les artistes de la plume ou du pinceau, il fut rapidement utilisé par une bonne partie de la population. Sa vocation démocratique s’inscrit dans ses lignes amples, généreuses et ses quelques gros fermoirs.

Le paletot était généralement fait de tweed clair ou foncé (importé à cette époque, donc la prononciation était encore incertaine ‘twine’? ‘twouid’?), avec un intérieur en flanelle. Il arbore, je cite Farid Chenoune: « des parements et collets de velours, bordé parfois d’une torsade ou d’une ganse ‘câblé’, doublée de soie noire ouatée à capitons carrés ou en losanges« .

Et le paletot me rappelle beaucoup le veston husky type Barbour matelassé. Le paletot préfigure également la future smoking jacket ou encore plus tard interior jacket.

Julien Scavini

Brooks Brothers

L’univers du vêtement masculin est maintenant englué dans la mode. La mode masculine est partout! Paris en est même la capitale d’après le Figaro Magazine. J’estimais plus pour ma part le Pitti Uomo… Le plus effrayant est peut-être la capacité des maisons ‘traditionnelles’ à se couler dans le moule du bouleversement permanent. J’estimais beaucoup la maison Hackett. Force est de constater que l’acharnement commercial qu’elle manifeste va à l’encontre de son message initial: qualité et ‘humeur’ britannique, c’est à dire calme, flegme et dignité. On y trouve plus que de la camelote.

J’ai alors cherché une autre maison ‘grande marque’ et me suis intéressé à Brooks Brothers, et force est de constater que je n’en démords plus! I say, what a insteresting brand it is! Située à Paris au 372, rue St Honoré, face au futur palace Mandarin Oriental, elle tient la dragée haute à toutes ces marques vulgaires qui ont envahi ce shopping mile des plus renommés!

Brooks Brothers n’est pas une marque anglaise, bien qu’elle en ait beaucoup de marqueurs. Vieille de près de 183 ans, elle fut fondée à New York et a habillé quasiment tous les présidents américains. Plus qu’une maison, il est possible de parler d’institution pour la décrire, institution fortement enracinée au cœur de la bonne société de la côte Est. Brooks Brothers est le fournisseur de toutes les familles que l’on pourrait qualifier d’aristocratie américaine.  Ralph Lauren, qui s’appellait alors Ralph Lifschitz y travailla avant de fonder les cravates Polo.

Son esthétique discrète est au service des hommes, des garçonnets mais également de la gent féminine. Chez Brooks, vous pourrez vous habiller de la tête aux pieds. Le costume trois boutons, ou sack suit, est le plus classique du monde et une référence de très bonne facture. Vous y achèterez aussi les chemises, avec une prime pour le fameux modèle ’bouton down’. Chaussettes, caleçons, chemises de nuit, chapeaux, maroquineries et accessoires s’y trouvent aussi. La célèbre maison Alden pourvoit quant à elle aux souliers. Chez Brooks, j’aime aussi et surtout la capacité à proposer des produits de toutes les gammes. A la différence des marques précédemment citées où tout est cher, trop cher. Vous trouverez en effet des vestes aussi bien à 350€ qu’à 800€. Suivant votre budget et vos envies, vous trouverez votre bonheur, surtout en solde (entre 30 et 60% dès le premier jour). L’enseigne à Paris propose également un service de chemises  et de costumes sur mesure de bonne facture. Les produits viennent à la fois d’Amérique, d’Angleterre ou d’Italie. Et fin du fin, ayez confiance en une maison qui propose des jaquettes ET des queues de pie. On en achète jamais, mais cela signe la présence d’un esprit supérieur entre les murs: le temps de l’élégance.

Enfin, Brooks Brothers propose la plus belle gamme (classique à prix modéré) de cravates et de nœuds papillons que je connaisse. Les ‘Rep Ties’ comme ils les appellent ont été importées des ‘Regimental stripes’ anglaises, en inversant le sens de la diagonale. Et leurs motifs colorés sont extrêmement reconnaissables! Songez aux nœuds papillons à nouer soi même, qui à 48€ sont parfaits! C’est mon repère! Car en vérité je vous le dis: fuyez ces grandes marques commerciales qui chaque saison jettent le bébé avec l’eau du bain. L’élégance masculine est faite de temps et de patience, non de renouvellement annuel. Aimez les marques où rien ne change, où d’une année à l’autre vous retrouvez la même sobriété, la même simplicité; c’est le cas ici.

Julien Scavini

N’hésitez pas à vous perdre sur le site internet de e-commerce, vous pouvez tout voir!