Un mois et une semaine maintenant que j’apprends patiemment le métier d’apiéceur à l’AFT, et déjà mon troisème devant gauche de veste prend forme! Je suis tout à fait satisfait du rythme que l’on nous impose. L’occasion aussi de raconter par les images la façon d’une veste. Si d’aventure vous vouliez plus de photos, de meilleures qualités, n’hésitez pas à demander, il y aura d’autres vestes!
Tout commence par un bon décatissage de la laine que nous allons travailler. Au cours de cette opération, le lainage est déposé sur la table de presse, en double épaisseur, endroit contre endroit. Nous faisons attention à replacer les lisières (bords des lainages) les unes sur les autres et à reformer le pli marchand (pli résultant du pliage en deux des lainages sur les bobines). Puis application d’une patte mouille et pose du fer (de la presse) quelques secondes, pas après pas… la vapeur se dégage, la laine se rétracte, ce qui est indispensable pour travailler ensuite la laine correctement:
Ensuite, nous passons au dessin à plat de la veste. Nous nous servons de gabarits, taillés pour une mesure 44 (petit modèle donc). Après le détourage à la craie, nous découpons les laines, puis les piquons au fil de bâti:
A ce moment, nous surfilons les bords arrières et la pince du veston avant. Puis nous réalisons la pince (fermeture de l’espace laissé vide à la taille sur l’image ci dessus). Puis nous assemblons le lainage avant avec le petit côté: 
Le tissus de la veste que vous voyez ci dessus est un chevron noir et gris, provenant du grenier de M. Camps, qui a fait cadeau à l’AFT des lainages conservés par feu son grand père. Il s’agit en l’occurrence d’un tissu spécialement réalisé en écosse pour Camps dans les années 30. La photo en grand ICI.
Maintenant que les toiles avant sont réalisées, il faut s’occuper des toiles de plastrons. Pour donner du galbe à une poitrine et marquer ainsi la différence avec les produits tout plats du prêt à porter, il vous faut une chèvre, des moutons et un cheval… enfin les poils de ces animaux! 
En A donc, la toile mère, en gros lainage cardé (très rèche). B, de la toile de laine de mouton et de chèvre. Elle sent particulièrement ‘la ferme ‘lorsqu’on la décati à la patte mouille. C, de la toile de crin de cheval qui est assez lisse. D, du crin de cheval aussi, mais coupé en biais pour donner de l’élasticité à cette pièce qui s’appelle la patte d’éléphant, rapport à sa forme. Elle épaule la clavicule. Enfin E est un morceau de ouatine qui sert à adoucir le contact entre la doublure et les toiles rêches du plastronnage. Elle est remplacée par un morceau de mohair fin pour les tenues d’été.
Après quelques menus opérations, on bâti les différents plastrons sur la toile mère, sur un œuf ou coussin de tailleur: 


Maintenant que les étapes faciles sont réalisées, attaquons les chevrons de plastrons. Cette activité consiste à coudre des points de chevrons sur l’intérieur des plastrons pour leur donner un galbe, un bombé marqué. L’opération est quand même assez simple, mais très longue, vu le nombre de points. Les points de chevrons ont la caractéristique d’être plus court sur l’extérieur que sur l’intérieur (qui présent une diagonale donc). Ainsi, on fait naître un différentiel de tension entre extérieur et intérieur… les points sont plus tendus à l’intérieur, ce qui fait bomber les toiles de plastrons.
Ensuite, il faut passer une bonne demi-heure à la presse (au fer donc) pour finir de donner un galbe aux toiles. Et il s’agit véritablement d’un travail d’homme pour tirer comme un sonneur sur les toiles et les déformer… Un fer très lourd et une main très sérrée sont necessaires! Ne pas hésitez non plus à laisser le fer plusieurs dizaines de secondes au même endroit, pour bien faire sécher les épaisseurs:
Si l’on commence à plat contre la demi-lune couchée (le morceau de bois rond), on finit en revanche sur l’oeuf:
Ainsi les toiles prennent à vie une forme bombée, plus ou moins accentuée suivant le client… Demain, je réaliserai la poche plaquée (c’est une veste sport), ainsi que la mise sur toile (assemblage des toiles de plastrons avec le devant de la veste), les poches de garniture et le piquotage du revers, l’occasion de prendre d’autres photos…












Cela dit, il est notable qu’il revient quelque peu en grâce, porté par des marques comme Ralph Lauren qui communiquent allégrement avec lui. Il existe plusieurs sortes de nœuds papillons, faisons en le tour !





Tous les trois, travaillant comme vendeurs dans diverses maisons masculines, avaient pour coutumes de chiner à la poursuite de merveilles anciennes qu’ils pourraient mettre ou revendre à bon compte. L’histoire de Jeremy Hackett est notable à plus d’un exemple. Alors qu’il travaillait comme vendeur dans une enseigne londonienne de vêtements, la fripe l’occupait encore plus. Mais pas de n’importe quelle manière. Il était connu pour visiter les châteaux du Royaume Uni, à la recherche d’héritages encombrants de vieux lords et autres marquis, contenant de prestigieux habits comme les frack, les mornings suits ou encore les chaussures et les chapeaux. Il était d’ailleurs en cheville avec un revendeur des puces de Saint Ouen qu’il fournissait en ‘vintages’ dirait-on aujourd’hui.

Toute cette cuisine est compliquée me direz-vous. Il est vrai ! Allez-y pas à pas, soldes après soldes ; car une chose est sûre, sans complication il n’est point d’art, et sans art point de beauté !