Petites pensées de rentrée

L’été est passé et son mois de vacances aussi. Il est temps de redémarrer pour une nouvelle année à peine entrecoupée par la pause de Noël. En général, chez le tailleur, les mois en -bre sont chargés. C’est en effet la période où les hommes font faire massivement les costumes de travail, plus qu’à d’autres moments. A l’inverse, avril, mai et juin voient les jeunes hommes venir pour réaliser des costumes de mariage. C’est un thème que j’apprécie et dont j’ai souvent parlé sur Stiff Collar.

Le blog a commencé en septembre 2009, au moment même où je suis entré à l’école des tailleurs, AFT, où j’ai passé une délicieuse année à apprendre comment on fait une veste de A à Z. L’idée de Stiff Collar était au début de servir de journal de bord de cet apprentissage, pour donner envie à d’autres de suivre le chemin et aux passionnés de mieux comprendre la construction d’un vêtement de qualité. Peu à peu, j’ai étoffé le blog d’article sur les maisons de prêt à porter et surtout sur les différents usages attachés à la penderie masculine classique.

A l’époque, il existait un blog connu : Faubourg Saint Honoré (FSH) qui m’a beaucoup appris sur le sujet, de même que les forums De Pied en Cap et En Grande Pompe. J’ai ainsi compulsé les informations que je trouvais éparses sur internet sous forme d’articles synthétiques. Parisian Gentleman est né à peu près à ce moment là, de même que Le Chouan des Villes qui a hélas arrêté son activité avant de trouver un nouveau souffle sous une nouvelle forme (au mieux espérons le).

L’arrivée de Stiff Collar dans le paysage des blogs consacrés à la garde robe masculine tombe à un moment clef où les hommes ont eu envie de s’habiller de nouveau. Curieuse phase qui arrive on ne sait comment, d’un coup les hommes veulent ré-apprendre, se sentir guider. Cet engouement suit une sinusoïde. La fin des années 80 et début des années 90 furent également un moment où les hommes faisaient attention. De nombreux traités et guides sortirent et une myriade de marques émergèrent, Ralph Lauren en tête. Le look de l’agent de change de Wall Street était adoré, avec ses mocassin Gucci, ses bretelles colorées, ses lunettes rondes en métal doré et ses grands costumes croisés Valentino. C’est à ce moment que les stylistes et certains tailleurs s’attaquèrent au costume et à sa veste. De la coupe classique et sans erreur, ils tirèrent des figures de styles outrés, cran super bas, épaules trop larges, encolures larges et pantalons à triples pinces en élastiss.

ILLUS84S’ensuivit une curieuse phase de vache maigre, comment l’expliquer? Il faut déjà se demander si l’inesthétisme qui a suivi était partagé par toutes les couches de la population. Je n’en suis pas sûr. Ainsi, une certaine élite a toujours eu l’habitude d’aller chez le tailleur. Or, cet artisan est un homme sage, rarement enclin à suivre les effets de mode. On le lui reproche parfois. Oui le tailleur est triste et buté sur ces principes. Mais ce faisant, un homme élégant le reste. L’homme classique a traversé les années 2000 sans prendre une ride. D’ailleurs ses photos ne sont pas datées. Car celles de l’homme en doudoune mauve ou en blazer rouge pétard le sont. Mais ces mêmes là trouvaient l’élégant classique ringard. Et pourtant, ce sont ces autres là qui l’étaient. Amusant 🙂 Ils suivaient la mode, cette étonnante chose qui née dans le bruit, vie dans la rapidité et meurt dans l’indifférence. Ce que le podium et le styliste décide se répand dans la population par l’intermédiaire de toute une chaine complexe de valeurs. Ce qui est beau et génial finit vendu par une foule de boutique plus ou moins bonnes. Ce qui parait génial en haut devient laid en bas. Le client final fait un acte d’achat instantané. Au final, ce processus rapide se retourne contre lui-même. D’une frénésie d’achat bien conseillée et souvent aidée par madame, il reste un costume défraichi dont personne ne veut. Songez à tous ces costumes aux crans très bas et aux épaules trop larges qui emplissent les bacs des fripiers.

Un jeune styliste a récemment répliqué à un vieil article sur les tailleurs vs les stylistes. Ces propos étaient intéressants. Mais je répondrais simplement que l’art tailleur répond à un art du canon, un académisme en somme, qui a pour but de fixer un certains nombre de règles (applicables à son art : la façon et applicables à son mode : ses clients). Ce corpus idéologique vise au meilleur tout en en englobant le plus de monde. Un mauvais tailleur ou un très bon tailleur peuvent tous les deux réussir un costume très classique et très ‘mettable’. Un client simple ou un grand dandy peuvent tous les deux réussir une mise correcte voire élégante. C’est tout à fait différent des stylistes, car leur formation confine au génie. Le but n’est pas de créer des règles pratiques pour rendre le monde beau, le but est d’abolir les règles pour forcer l’individu à penser. Certes, mais la pensée n’est ni universelle ni égalitaire. Si bien que d’un a priori d’idéal on crée une folie du sur-homme superstar que les autres doivent admirer et copier. Je ne suis pas sûr d’aimer cela. Au contraire, je préfère m’amuser dans mon univers restreint quitte à en chatouiller les limites, mais cela se fait une génération, voire deux. Il faut du temps ; il faut lisser la courbe. L’élégance en toute chose, c’est le temps du goût et le goût du temps.

Il faut donc se méfier de cette fameuse sinusoïde. A l’envie succède le dégoût. C’est ainsi que l’on fabrique des cycles économiques dans la mode. J’entendais récemment un journaliste me dire que le goût classique pour homme, tel qu’on en parle ici et ailleurs est en queue de comète. C’est une question que je me pose souvent. Cela fait plusieurs années que j’en parle, avec d’autres. Trop de conseil peut-il tuer l’envie? C’est un écueil auquel il faut faire attention, c’est très vrai. C’est pourquoi jamais je ne me suis montré trop prescriptif. Ce qui me fut reproché gentiment à propos de mon livre ModeMen, très généraliste. La bonne intelligence est de piquer ce que l’on a envie là où il faut, tout comme on ne s’habille pas dans une seule maison, pour ne pas avoir le goût de son habilleur. Je tâcherai donc pour une année encore de donner à voir et à goûter, sans jamais ni assommer ni obliger.

Je compilerai donc mes idées et connaissances avec modération, un lundi sur deux peut-être. Cela me laisse ainsi le temps de réfléchir à ma colonne dans Le Figaro Magazine, pour lequel je dois trouver des sujets également.

Je vous souhaite une belle rentrée.

Bonne semaine, Julien Scavini

Visite des usines II

Après la visite de l’usine de costumes, j’ai eu la chance de visiter la fabrique où le tissu prend vie. Une usine immense et bruyante. Le tissu, quelle industrie ! Cette unité produit 7 million de mètres par an. Oui vous avez bien lu. Et un jour Zara a commandé un seul coloris en  300 000m ! Située à quelques encablures de mon usine, ce fut une vraie opportunité pour moi d’être invité à voir comment on fait du tissu ! Si j’utilise presque uniquement des 100¨% laine, cette draperie produit principale des lainages courants pour le prêt à porter, en mélange poly-laine, laine-viscose ou laine-lycra, et quelques fois au hasard des collections et du prix proposé par les grands acheteurs, des pures laines ou des mélanges coton, laine et lin par exemple. Tout est une question de prix dans une industrie aux marges très serrées.

Tout commence avec un dessin. Le styliste d’une maison de prêt à porter ou les techniciens maisons proposent des motifs, sélectionnent des fils et les assemblent suivant deux schémas incontournables : la toile ou la serge (dont dérive le chevron). L’harmonie, la densité, le poids, la colorimétrie sont des points très importants. Les fils de base arrivent principalement de Turquie qui est devenue en quelque année un acteur incontournable. L’Allemagne reste en pointe sur les fibres techniques et le Portugal n’est pas en reste, profitant d’une ancienne tradition textile restée vivace grâce au coût du travail bas.

Les lots de bobines arrivent près teintées des filatures. Les fils sont testés (torsion, teinte, section et densité, élasticité etc) en interne et par un laboratoire indépendant pour pouvoir faire un rapport au client final et pour s’assurer des qualités de tissage de fibres. Les bobines sont stockées dans des locaux climatisés pour garantir la fixité des fibres.

Ensuite, les bobines sont placées dans de grandes cages aux multiples dévidoirs. L’opération est manuelle et prend plusieurs heures aux ouvrières. Il faut enfiler chaque bobine sur son support et emmené son fil vers l’ourdissoir. Cet immense rouleau rotatif placé au bout de l’outil permet de dérouler l’intégralité de la chaine. Rappelez vous de la structure d’un tissu. Les fils en long, en droit fil sont appelés fils de chaine, ceux qui sont en travers, dans le petit côté fils de trame. L’ourdissoir permet de préparer la longue chaine, parfois jusqu’à 5000m.

Lorsque le fil arrive à l’ourdissoir, on en profite pour le graisser un peu, pour qu’il soit plus facile à travailler ensuite. Un fois la très très grosse bobine crée, on va la diviser en bobines plus petites prêtes à être installées sur les métiers à tisser. C’est la même machine qui exécute l’opération. Regardez ces harpes de fils. Comprenez qu’à ce stade, le tissu existe déjà. Si le tissu est rayé, cette grosse bobine sera rayée. Il s’agit vraiment de la disposition finale. Cette étape de positionnement des bobines est donc cruciale pour le dessin final. Si un fil casse, la machine numérique le détecte automatiquement et l’ouvrière en poste recherche la cassure et fait un nœud plat. Quelle patience.

Une fois la bobine constituée, on va à la salle des métiers à tisser. Alors là, comment vous décrire. Imaginez un stade de foot immense, couvert, où il fait 50°c toute l’année et où des machines battent la mesure au point de faire vibrer le sol comme si un métro passé dessous. Inouïe. Environ 100 métiers se trouvent dans cette salle surveillée par une technicienne pour 6 métiers environ. Les métiers frappent environ 400 coups à la minute, ci-bien que le niveau sonore est d’environ 90 décibels. Les protections acoustiques sont obligatoires ! La salle est par ailleurs sous vide d’air pour empêcher les poussières de polluer les tissus. Des grilles au sol aspirent les résidus de tissu et des aspirateurs robots se promènent depuis le plafond pour aspirer l’air ambiant. Quelle aventure !

Les métiers à tisser de cette usine moderne ne travaillent plus avec des navettes qui distribuent le fil de trame d’un côté à l’autre du pan de tissu. La navette est remplacée par des bras pneumatiques (un de chaque côté) qui se rejoignent au centre pour s’échanger un fil. Les métiers les plus modernes utilisent une jet d’air pour se faire. L’électronique régule tout. La encore, si un fil casse, le métier s’arrête instantanément pour que la technicienne recherche la cassure et fasse un nœud (toujours placé sur l’envers du tissu).

Un métier fonctionne simplement : la bobine mère d’un côté et sa harpe qui entre dans le métier, des petites bobines placées sur le côté entre pour réaliser la trame (sur le principe de la navette qui va de gauche à droite) et un peigne tasse le tout (jusqu’à 400 fois par minute, si bien que vous ne voyez qu’un flou au niveau des peignes, ça va trop vite pour l’oeil humain). De l’autre côté, le tissu s’enroule sur une bobine finale.

Les rouleaux en sortie doivent faire 25kg environ, pour faciliter la manutention humaine. Certains pays ne respectent pas de ce bon sens. Le tissu passe alors un premier contrôle visuel et au toucher. Tous les métrages, oui ! Un travail fastidieux réalisé devant une forte lumière blanche.

Ensuite, le tissu va subir un lavage. Un lavage à l’eau sur de grandes machines semblables à celles employées dans la papeterie. A l’issue, on a une énorme bobine de tissu sec. On peut aussi faire un lavage sous vide au perchloréthylène (cette machine avec des tuyaux partout, un des deux seuls modèles visibles en Europe !)

Après le lavage, les tissus techniques avec des fibres artificielles (lycra, élasthanne, polyester etc) subissent une thermofixation entre des rouleaux chauffants (comme un grand four à biscuits) pour fixer les fibres en longueur et en largeur. Une étape très importante. Enfin, les traitements de surface sont appliqués. Cette partie intéressera les tailleurs. Avec une laine basique, on peut obtenir un panel de lainage différents, de terne à brillant en passant par feutré etc… jusqu’à 50% du travail de création d’un tissu est réalisé ici, sur une très large variété de machine. Des apprêts peuvent être déposés pour rendre lumineux le tissu. Le tissu peut-être battu par des barres de fer pour lui donner du gonflant. Sa surface peut être grattée avec des chardons métallique pour donner l’aspect flanelle etc. C’est sur ce point que se joue la match entre tissu anglais et italiens, les anglais aiment les tissus ternes, plus proche de la laine et les italiens l’aspect satiné. Les italiens de mauvais goût comme D&G par exemple adorent les tissus brillants (suivi dans cela par une foule de petites marques pas chères). Facile : le tissu est cuit en autoclave. Vous savez ce que ça fait lorsque vous oubliez le fer sur une veste, elle lustre. Et bah là, c’est pareil !

Voilà, la route est presque terminée. Les tissus sont enroulés de nouveau en rouleaux de 25m et un dernier et très important contrôle visuel et au toucher est effectué. Entre 1h et 10h par rouleau suivant le besoin. Les techniciens peuvent réparer des trous, couper les nœuds, remailler des points et disposer des sonnettes (petits brins de fils colorés) pour alerter d’erreurs non réparables et qui doivent ci-besoin être évitées à la coupe. La plupart des clients s’en fichent, sauf les clients allemands qui demandent trois niveaux de sonnettes (erreur légère, à placer au bon endroit pour que le vêtement ne soit pas altéré / erreur moyenne, à placer au bon endroit ou à supprimer suivant grade de qualité / erreur importante à supprimer ou à placer à l’intérieur du vêtement par exemple). La qualité allemande commence ici, c’est amusant.

Avant l’expédition, un rapport de tissage est réalisé pour le client. Des laboratoires (interne et externe) testent les tissus : respect de la couleur, toucher, déformation, élasticité, rétrécissement après lavage, résistance au fer à repasser, capacité à être cousu à la machine et à quelle vitesse,  résistance à la déformation, à l’abrasion, résistance à une déchirure amorcée (boutonnière par exemple), résistance en tension etc… (avec des protocoles européens ou américains, c’est selon).

Voilà, comme vous le voyez, que de technicité et d’ingéniosité. Que de ressources aussi pour alimenter boutiques et tailleurs en matière première. C’est sidérant. J’espère que ce voyage vous a intéressé. Il est, à mon avis, toujours très important de se cultiver des choses de la technique. Il me semble que la culture générale en France à propos de l’industrie est assez faible ce qui est dommageable. Voyez d’où viennent vos vêtements. Quel périple !

Sur ces entrefaites, je vous laisse vous reposer cet été et profiter pleinement du beau temps et du temps libre des vacances. Pour ma part, il reste un mois de travail avant celle-ci. Je rechargerai mes batteries pour mon retour en septembre !

Bel été, Julien Scavini

Visite des usines

La semaine dernière, je n’ai pas pu faire mon article car je visitais l’atelier qui réalise mes costumes en demi-mesure. C’est l’occasion de vous faire découvrir comment est produit un costume à la chaine, quelles sont les étapes et les impératifs. J’ai aussi pu visiter une autre usine de tissage. Découvrir comment le tissu est créé fut passionnant et là encore, très très technique. Petit tour d’horizon commenté.

Première étape pour réaliser un costume, le tracé du patronage. En demi-mesure, la fiche saisie par le client est traitée d’abord par une assistante commerciale qui traduit la commande en langage d’usine (codification interne comme le type d’épaule, le type de toile, références tissus et fournitures, étiquettes et positionnement des poches, spécificités clients etc.). La commande passe ensuite entre les mains d’un technicien modéliste, qui à partir de la base standard va faire les modifications de dimensions et d’attitude dans l’ordinateur, sur un logiciel dédié. Le patron ainsi créé est conservé au nom du client. Il est imprimé sur un grand papier lequel est disposé sur le tissu pour être coupé. La coupe peut aussi être réalisée sans papier, directement par le cutter depuis l’ordinateur. Le tissu est étalé sur le ban de coupe et un film plastique est déposé, car la coupe se fait sous-vide, pour éviter que le tissu se déforme. C’est le cutter à guidée laser qui réalise les raccords de motifs (rayures et carreaux).

Le tissu est coupé. Mais il faut aussi couper les éléments annexes : doublures, fonds de poches, renforts divers, toile tailleur, feutre et toile de col etc. Une quantité de petits patrons est utilisée. C’est pour cela que des modifications diverses comme les fonds de poches, leur largeur ou la forme de la doublure sont compliqués à mettre en place à l’unité. Ce faisant, on crée une buche, c’est à dire un paquet constitué des éléments prêts à l’emploi sur la chaine. Une séparation se fait à ce moment entre les diverses chaines de montage : chaine corps veste, chaine manches, chaine pantalon, chaine gilet etc.

Ensuite, le montage commande. La première étape consiste à disposer des petits renforts collants sur le tissu. Un classique, même en entoilé intégral. Il faut ensuite réaliser les pinces sur les devants, puis les poches. Les rabats de poches sont réalisés grâce à des formes métalliques appelées matrices. Ces matrices coûtent très chères à fabriquer. Elles permettent de piquer les rabats avec une forme très régulière, à l’aide d’une machine à coudre dotée d’une crémaillère, qui pique toute seule. C’est pour cela qu’il est impossible de changer la forme du rabat par exemple. Les passepoils sont cousus par un automate à positionnement laser. La poche poitrine est aussi tracée par une ouvrière, à la main à l’aide d’un patron standard. Le rabat de la poche poitrine est préformé au fer par une ouvrière avec un petit gabarit.

La poche poitrine est piquée manuellement, ce qui demande à la couturière une grande dextérité, surtout pour les raccords. La poche plaquée est difficile aussi, il faut de nombreux gabarits papier. Une fois ces tâches effectuées, les devants sont terminés, ils sont repassés dans une presse en forme.

L’étape la plus importante, mais qui n’est pourtant qu’une petite parmi les 150 étapes pour réaliser une veste est la mise sur toile. L’ouvrière spécialisée est formée spécifiquement pour cette tâche. Il faut déposer la toile bien à l’aplomb, commencer par faire un grand point de bâti sur la pince devant, puis faire une succession de lignes de bâtis à divers endroits suivant un schéma ancestral développé par les tailleurs. Il faut évidemment placer des souplesses et des embus (trop plein de toile à l’épaule pour faire ‘avancer’ celle-ci, trop plein de toile au pied du revers pour faire rouler celui-ci etc, passement de tension de la cassure revers). La mise sur toile se fait de concert avec la machine ‘double plongeur’ qui fait les points invisibles pour faire rouler le revers.

A la suite de cette grande opération, il faut régler la pose de la garniture, c’est à dire le tissu intérieur au bord de la veste, qui revient sur le revers. C’est une autre opération très délicate, car de la minutie de la couturière dépendra la ligne de votre veste et la finesse du cran de revers. On trace au bic sur un petit renfort collé blanc pour mieux voir. Là encore, modifier la ligne du revers pose problème sur la chaine de production qui voit défiler entre 100 et 200 costumes par jour. Des techniques me permettent de vous proposer de faire varier la largeur du revers à l’envie. Mais pas la hauteur ou la forme par exemple. Une fois la garniture piquée, la couture devant veste est ouverte sur un ‘ouvre-fourreau’ à vapeur. Les doublures qui sont déjà là sont positionnées et recoupées. On assemble les deux devants avec le dos, et la veste émerge. Une contremaitre la bichonne et en vérifie les côtes.

Voilà, il ne reste plus qu’à piquer les épaules et le corps est là. Il faut alors monter le col. Ceux-ci sont préparés en amont, avec les bonnes dimensions. Car ce point est crucial. L’ouvrière en charge du montage doit faire preuve de beaucoup de minutie pour que votre veste soit belle. Elle vérifie systématiquement la symétrie par exemple.

Les manches arrivent ensuite d’une autre partie de l’usine et grâce à la magie des codes-barre, les deux se retrouvent. Il faut les piquer. Cette opération très très complexe demande des mois de réglages à l’usine et aux techniciens. Les crans de montage doivent être précis et nombreux. Les machines doivent être finement réglées pour avec un beau développé de la tête de manche. Pour passer l’embu, c’est à dire coudre plus de manche que d’emmanchure (toujours le même problème technique évoqué mille fois sur Stiff Collar), diverses machines existent : machine à double entrainement (haut et bas) ou machine à jet d’air comprimé pour faire avancer la manche plus vite. Une fois la manche posée, il faut terminer la mise sur toile de l’épaule, placer la cigarette (le boudin de tissu que l’on met en haut de manche pour la rendre volumineuse), adjoindre la petite épaulette (qui est fabriquée dans l’usine même) et préparer le rabattement de la doublure de manche, appelée mignonette. Je n’ai que peu de photos du montage à proprement parler, la méthodologie est top secrète.

Au détour de la chaîne, je vois un tissu Drapers qui me dit quelque chose. Je regarde dedans :

Voilà, il ne reste plus que quelques étapes, comme la réalisation de boutonnières, diverses coutures à la main et enfin le bichonnage, c’est à dire le repassage final dans les presses. Un travail presque aussi long que la réalisation de la veste, car un bon repassage compte beaucoup, tous les tailleurs vous le diront.

Il faut une bonne petite semaine pour coudre tous les éléments, même si en temps cumulé 5h suffisent à monter une veste. Les 200 ouvriers de la chaine, dans cette partie de la moldavie commencent leur journée à 6h du matin et la finissent vers 15h. C’est une tradition en Europe de l’Est où le travail aux champs l’après midi est monnaie courante. Dans l’usine, il fait entre 25 et 40°c à cause du nombre de presses à vapeur. Dehors, la température varie de -30°c à + 40°c, c’est une drôle de contrée.

Je souhaite que ce court reportage vous aura intéressé et fait voir d’une autre manière la confection et la demi-mesure de qualité. Un travail de longue haleine, qui demande des mois voire des années aux ateliers pour bien faire. Les étapes sont très nombreuses et les ouvriers tournent peu, car sont très spécialisés. Chaque jour chez Scavini nous avons le plaisir de livrer un costume sortant de cette chaine. Je m’y rends le plus souvent possible pour y mettre mon grain de sel et pour toujours mieux vous servir.

Dans quelques jours, la seconde partie de l’article sur la draperie que j’ai visitée.

Julien Scavini.

Le revers ‘faux trois boutons’

Le Pitti Uomo qui se déroule en ce moment est l’occasion de se pencher sur un petit détail particulier et si cher aux italiens, la veste ‘faux trois boutons’ ! Car derrière ce petit détail se cache en réalité tout un art ! Et une multitude de problématiques pour le tailleur et son client. Je constate en effet souvent que ces derniers hésitent sur le vocabulaire à utiliser pour demander ce détail. L’hésitation révèle aussi une certaine méconnaisse de ce qu’est une vraie ‘faux trois boutons’.

Revenons aux origines. Depuis quelques décennies il existe deux grandes catégories de vestes : deux et trois boutons. C’est simple :

ILLUS83La position du bouton est fixée par le point d’entrainement du revers. Ce point est situé en France chez les tailleurs classiques 2 cm au dessus du bouton principal ou du troisième bouton. On met 2 cm (entre A et B2 sur le dessin 1) pour donner au revers du ‘gonflant’, du ‘roulant’. Car si le bouton est au pied du revers, le revers va tendre.

Le long de cette ligne qui part au col, la toile tailleur à l’intérieur est bordée par un ruban droit fil qui permet de bien tenir la cassure (dessin 2) et de toujours la retrouver, même sans repère. Voyez cette photo. C’est à cause de ce ruban que l’on ne peut pas modifier une veste trois boutons en deux boutons. Car ce ruban bloque.

Cette ligne en biais définit donc le bord du revers. Ensuite pour maintenir ce dernier en place, on réalise le col avec un angle définie ( ° sur le dessin 3). Le col tire le revers, le force à rouler (différence en A’ et A »). C’est encore pour cela que l’on ne peut pas vraiment repasser une veste 3 boutons pour en faire une 2 ou l’inverse.

ILLUS83-3Voilà pour la théorie. Revenons au style. Durant la seconde guerre mondiale et même un peu avant, de grands acteurs d’Holywood, du cinéma en noir et blanc ont pris pour habitude de ne pas fermer le troisième et dernier bouton de leur veston. Au fil du temps et vous pouvez en faire vous même l’expérience, le point d’entrainement évoqué plus haut va avoir tendance à descendre un peu. L’effet trois boutons va s’amoindrir, car le col qui tend la ligne fait ouvrir un peu la poitrine (veste en tweed brun). Il en résulte un état un peu intermédiaire où la veste parait se fermer uniquement sur deux boutons, la troisième et dernière boutonnière était factice. Cet effet de style fut appelé ‘revers américain’.

Les italiens ont récupéré l’idée en réalisant, sur une veste vraie deux boutons, une troisième boutonnière, prise dans le revers. Cette boutonnière n’est pas réalisée sur l’endroit de la veste mais sur l’envers du revers, soit l’endroit si vous suivez. Alors, la boutonnière est ‘fausse’ et uniquement décorative (veste en tweed à carreaux). Elle ne sert qu’à donner une impression de trois boutons. Mais il est impossible de boutonner celle-ci, car cela va faire vriller le col. C’est dû à l’angle du revers.

ILLUS83-2La confusion vient de là. Voici toutes les variantes :

– veste deux boutons

– veste trois boutons, qu’il est possible de fermer jusqu’en haut ou au choix seulement sur le bouton du milieu. Auquel cas, la veste finira pour doucement s’ouvrir au niveau du troisième bouton. C’est la version que je vends le plus. Mais il s’agit vraiment d’une veste trois boutons, construite comme telle. Il suffit juste de laisser faire le temps. L’ouvrant est intermédiaire et en deux temps : un peu ouvert depuis le bouton central puis très ouvert vers le col.

– veste deux boutons avec une fausse boutonnière dans le revers. C’est la version italienne et un peu artificielle de l’effet. La plupart des clients qui me parlent de cette version pense en fait à celle du dessus. Les rares fois où je l’ai réalisé, ceux-ci ont été étonné du résultat. Et pour cause, l’ouvrant est deux boutons, donc assez échancré.

Si vous forcez une veste deux boutons en trois boutons, par repassage, le col va tirer, il manque un petit peu de tissu à l’angle °° sur le dessin 4. L’inverse est aussi vrai, si vous cherchez à ouvrir plus une veste trois boutons, le revers va pousser le col, celui-ci va décoller, il y a un excès de tissu.

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La nuance en grande mesure entre une veste trois boutons italienne et une française vient de la position du troisième bouton en haut. En France, les tailleurs placent le point d’entrainement du revers 2cm au dessus du dernier bouton (B »). Le revers et le col vont se placer ainsi en position trois boutons quasiment toujours sans beaucoup s’évaser avec le temps. M. Guilson pour ne pas le nommer tracerait ainsi car c’est ainsi, point ! Les italiens sont plus décontractés sur ce point. Ils n’hésitent pas à placer le point d’entrainement sur le bouton (B’), voire même un peu avant. L’effet est immédiat, le revers roule sur le bouton. S’il n’est pas boutonné, hop l’effet évasé apparait. Magique !

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La laine froide

Lorsque les températures montent, il est intéressant de se pencher sur les moyens de rendre plus ‘vivable’ le costume. Il est bien sûr possible de passer de la laine au lin par exemple. Mais cette dernière matière se prête assez mal à une utilisation ‘business’. Et la laine reste toujours la matière qui a le meilleur rapport finesse / solidité. La laine est légère, la laine est solide, la laine froisse peu et possède de très bonnes qualités thermiques. Faut-il encore adopter la bonne laine.

Pour l’été, les drapiers ont inventé il y a déjà très longtemps les laines froides, autrement appelées fresco. Penchons nous sur cette dénomination qui parait encore mystérieuse pour beaucoup.

Petit rappel d’abord, un tissu se tisse grâce à deux fils. Un qui est ‘vertical’ et l’autre ‘horizontal’. Ces fils s’entrelacent à 90° pour créer un tissu. Quand un fil horizontal passe au dessus d’un fil vertical et juste après en dessous d’un fil vertical et que ce motif très simple se répète, vous obtenez une armure toile. Armure = type de tissage. Si l’entrecroisement est plus complexe et donne pour effet de créer des côtes diagonales, on parle d’armure serge. Si l’armure est encore plus complexe, on peut obtenir un satin (non le satin n’est pas une matière). Ces armures peuvent être utilisée pour tisser différentes matières : toile de laine et ou toile de soie (souvent appelée taffetas alors), serge de laine ou serge de coton, satin de viscose ou satin de soie, par exemple.

armuresLa serge fut développée car elle est solide et résistante. Elle s’use assez difficilement et résiste aux éraflures. La toile est beaucoup plus fragile, car plus lâche. Mais elle permet plus d’aération, c’est pour cela que les laines froides sont le plus souvent réalisées dans une armure toile. L’air passe à travers. La peau respire et garde sa fraicheur (si la veste est entoilée et non thermocollée bien sûr). Voyez la transparence dans les photos plus bas. (J’ai volontairement laissé la lisière du coupon pour comprendre l’échelle).

Ainsi, vous allez me dire, toutes les laines tissées en toile sont des laines froides, des fresco? Et bien non. Car il existe des toiles d’hiver au demeurant très jolies. Ce qui va faire la différence, c’est le travail sur le fil avant le tissage du tissu.

Premièrement, la fibre de laine utilisée provient souvent du mouton mérinos. Les professionnels parlent à son sujet d’une frisure exceptionnelle. Car elle est revêche, elle ne se plie pas facilement. Les tissus en mérinos possèdent un gonflant remarquable, ils drapent bien et possèdent une grande élasticité naturelle. Ainsi, une simple passage à la vapeur permet de défroisser un lainage mérino.

Deuxièmement, les laines froides ne sont pas constituées de fibres haut de gamme type super 120’s et supérieur. Petit rappel, plus la fibre est longue, plus elle est fine au toucher et donc douce. Le chiffre super XXX’s vient de là. Plus le chiffre est grand, plus la qualité au toucher est soyeuse. Mais plus la laine est fragile aussi. C’est pour cela que les laines froides sont plutôt réalisées dans des fibres courtes et rugueuses, super 60’s, super 80’s et rarement plus de super 100’s.

Troisième point, les fils constituant les laines froides sont tordus, vrillés avant tissage. Cet effet mécanique donne au drap de laine la propriété de ne pas ou peu froisser. Le tomber est toujours impeccable, c’est pratique pour les clients qui voyagent beaucoup. En plus d’être vrillés, ils sont souvent vrillés par paire, tissus appelés ‘high twist’, pour créer des fils ‘double retors’, vous connaissez le terme.

Voici dont les trois caractéristiques d’une laine froide aussi appelée fresco. Les poids sont ensuite importants. Comme l’armure toile n’est pas trop solide, il vaut mieux privilégier les gammes 260 (comme Cape Horn lighweight de chez Holland & Sherry) à 320grs (comme Crispaire du même drapier). Les tissus plus fins (vers 240grs et moins) sont légions mais je ne leur fais pas confiance. Les anglais adorent les toiles lourdes de plus de 340grs, mais il ne faut pas exagérer tout de même.

Les laines froides, à cause de l’armure toile, sont souvent sobres dans les dessins. Car le tissage toile ne permet pas de réaliser une infinité de motif. C’est ainsi que l’on trouve beaucoup d’unis et de fils à fils, appelés parfois ‘petit moulinés’ dans les liasses italiennes comme celles de Vitale Barberis. Les rayures sont bien présentes ainsi que les Princes de Galles. Inutile en revanche de chercher un caviar ou un chevron. Les petits pieds de poule sont très appréciés dans anglais, ainsi que les ‘nailshead’.

Quand la toile de laine est un peu grossière, les américains appellent cela un ‘hopsack’.

 Lorsque la toile ne possède pas toutes l’un des trois caractéristiques décrites avant, le drapier peut aussi faire une laine froide en ayant recours à un artifice, comme par exemple l’association de deux fils épais, non vrillés mais simplement accolés en parallèle, pour créer un dérivé de la toile, le natté. Le natté est très beau mais fragile. Ses ‘mailles’ peuvent s’accrocher facilement mais il est ultra aéré ! On ne peut réaliser de pantalon dans cette matière. (Un cousin du natté est le reps, souvent en soie, qui raye très facilement, souvenez vous des cravates Arnys).

Enfin, en sortant légèrement de la catégorie stricte des laines froides, on trouve les mélanges laine et mohair. Le mohair est le poil de la toison de la chèvre mohair. C’est un poil très rêche, très retors, assez rugueux ou toucher mais qui a la qualité d’être très solide et infroissable. Avec le mohair, on peut ainsi créer des tissus à l’armure très aérée et à la résistance à toute épreuve. Mais le mohair est rêche et pique. C’est pourquoi les fabricants ont souvent recours au ‘kid mohair’, le poil des petites chèvres jeunes. Mais cette matière est plus couteuse. On utilisait auparavant le poil de l’alpaga pour sa douceur.

Les mélanges laine mohair sont souvent un peu brillants et très lumineux au soleil. On utilise jamais plus de 30% de mohair. Parfois même, la toile laine mohair est double retors, ce qui signifie que le tissu est indestructible ! Mais raide.

Enfin, si l’on ne veut pas de laine froide et que l’on préfère un tissu plus solide, il est possible d’utiliser une gabardine de laine. Si elle est réalisée en mérinos, elle peut être très très légère. Et dans une quantité de couleurs… voyez cette liasse de Bateman Ogden :

Bonne semaine, Julien Scavini

Le bermuda

Il fait chaud, il fait chaud. Ce dimanche après midi pour me reposer et voir un peu de verdure, je suis allé me promener autour du Grand Canal à Versailles. Ce fut l’occasion d’y constater la tenue officielle en vigueur les jours de chaleurs : chaussure bateau, bermuda, ceinture et polo (le plus souvent rentré dans le short). Les tons sont classiques, marine et blanc ou col colorés (vert, rose). J’ai vu aussi quelques plus lointains visiteurs en pantacourt… Ouhla, je ne préfère même pas commenter. Quelques scouts portaient également le bermuda, assez court sur la cuisse. J’ai également croisé des messieurs qui faisaient de la course à pied, en mini mini short. Je me suis alors questionné sur la longueur du bermuda et son histoire. Quelle est la norme de longueur de cette pièce. Aux genoux? Au dessous? Très au dessus? Étudions cela quelques instants.

L’histoire de cette pièce aérée est difficile à tracer. Le short sur les courts de tennis serait apparu durant les années 30. Plus précisément, l’auteur Josh Sims rapporte que ce serait le champion Bunny Austin qui aurait le premier coupé son pantalon lors des championnats américains de 1932. Est-ce vrai? Il est certain que les sportifs aux quatre coins du monde ont du y penser, très tôt je pense.

Les anglais ont une autre histoire et estiment avoir inventé la pièce. Ce serait les militaires en poste au Bermudes (alors siège de la Royal Navy pour l’Atlantique Nord) qui auraient demandé à raccourcir leurs pantalons jugés trop chauds pour les tropiques. L’Amiral Mason Berridge aurait accepté qu’une telle chose fut faite. Pour son propre agrément aussi. Mais en contrepartie du raccourcissement du pantalon en short dit ‘bermuda’, le port de chaussettes très hautes devint obligatoire. Cela rappelait un peu l’élégance en culotte à l’ancienne et bas de soie. Le bermuda ainsi créé doit avoir des pinces et pouvait être porté aussi bien le soir qu’en journée, chose très étonnante. La mode fut si populaire que les habitants des Bermudes firent du bermuda un élément du costume national et les policiers étaient ainsi vêtus.

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Dans le détail, je n’arrive pas à savoir la longueur exacte de ce bermuda militaire. Josh Sims rapporte qu’il doit être coupé à 7,5cm au dessus du genou (peut-être le milieu). A l’inverse, wikipédia anglais dit 1 inch au dessus, soit 2,5cm au dessus (peut-être à partir du haut du genou). Du coup cela reviendrait un peu au même. Dans la marine nationale française, le bermuda se porte très court, je pense 10 à 15cm au dessus du genou. Il faut avoir de belles cuisses bronzées pour ça !

Une chose est sûre, plus il est long, plus il doit être large. Car s’il est étroit, en position assise, le genou sera bloqué. Cela explique que les bermudas de surf, très long et en dessous du genou, sont aussi très larges. A l’inverse, plus vous montez le long de la cuisse, plus le diamètre peut-être étroit. Il peut par ailleurs être terminé avec un ourlet simple ou alors avec un revers.

Enfin dernière chose, pour les anglais et les américains, il est tout à fait admis – sous des latitudes chaudes – de porter le bermuda dans des occasions formelles. Il doit alors être complété d’un blazer et d’une cravate. C’est amusant !

Retour de New-York

J’ai pris récemment de petites vacances aux Etats-Unis et notamment à New-York où je n’ai pas manqué d’ouvrir mes yeux, en voici un compte-rendu. Évidemment, ce n’est pas un relevé scientifique mais simplement une constatation qui généralise un peu.

La première chose qui frappe lorsque l’on se promène dans la ville est l’importante quantité de messieurs en costume. Un peu comme lorsque l’on se promène à Paris La Défense. Le statut de mégalopole du commerce aide certainement. En comparaison, je ne vois pas autant de costume dans Paris. Et de fait, le nombre de magasin en rapport est très important.

Deuxième point, on voit aussi énormément de messieurs portant des odd jacket, c’est à dire des vestes dépareillés, souvent dans des tissus clairs ou colorés (c’est le printemps) et avec des carreaux plus ou moins visible. Avec des pantalons gris clairs, cela semble être du plus grand chic, notamment sur les messieurs ‘installés’ (à savoir plus de 40 ans et avec une corpulence en rapport à leur importance sociale). D’ailleurs les boutiques vendent une quantité importante de telles vestes, que l’on voit assez peu à Paris ou que l’on voit toujours comme des contre-exemples d’élégance. Le blazer bleu marine à boutons dorés est souvent vu.

Troisième point, les new-yorkais adore en particulier le motif Prince de Galles. Je me souviens d’un parcours en métro durant lequel j’ai croisé trois messieurs avec. Et pas des PdG discrets comme ici, non non, des modèles très voyant. D’ailleurs Ralph Lauren en propose toujours de beaux modèles.

Quatrième point, la cravate unie bleu ciel ou rouge représente l’essentiel de la garde robe des hommes. Un esprit de Sénateur du congrès, cf. mon article amusé sur le sujet. Mais au delà de cette simplicité d’apparence, leur répertoire cravaté est bien plus important qu’à Paris. A New-York, on voit TOUTES les cravates possibles et imaginables. Unie, club, à pois, à petits motifs, gros motifs, avec des paisley petits et très grands, dans des tons clairs, dans des tons foncés, dans des tons chamarrés, avec bon goût ou mauvais goût, c’est un défilé permanent. Et cette variété, si elle questionne parfois l’élégance, ressort très plaisante.

Cinquième point, dans un mode mineur de la cravate, le papillon vit encore très bien au quotidien là bas. Je dois dire que pour en porter souvent, je me sens un peu seul et regardé curieusement dans le métro. Là bas, il est tout à fait commun de voir des messieurs en porter, souvent dans des motifs très classiques comme je les aime et comme Brooks Brothers sait en faire. Dans le métro, en bas des tours, dans les boutiques, jeune ou moins jeunes portent naturellement le papilon. Et j’en suis ravi.

Sixième point, la pochette est appréciée également. Certes parfois dans le même tissu que la cravate, mais tout de même, ils en portent. La pochette est souvent en soie, très colorées, dans un ton radicalement différent. L’effet est souvent ‘un peu trop’, mais l’effort est louable.

Septième point, les new-yorkais en particulier en dessous de 40ans sont très ‘lookés’ pitti uomo. Ils suivent la mode italienne et cela se voit. Les camaïeux de couleurs sont très étudiés et les vestes aux motifs italiens (pieds de poules, carreaux fenêtres, flanelles etc…) sont légions. Les pantalons sont coupés très courts et les souliers double-boucles très à la mode. Le tout porté sans chaussette, évidemment. D’ailleurs les marques jeunes mettent cette mode très en avant.

En conclusion intermédiaire, il ressort de toute cela que les américains et en particuliers les New-Yorkais font l’effet d’être élégant. Ils aiment s’habiller et le montrer. Ils le font avec un classicisme anglais que je m’attendais à trouver (la veste dépareillé avec pantalon gris, le costume très classique) mais en y apportant une touche ‘un peu trop’, comme une cravate très osée ou une pochette criarde. Les jeunes dans leur comportement très italien sont à leur manière aussi classique avec une touche osée.

Mais Mais Mais, tout n’est pas rose, et il y a un point en particulier qui a attiré mon attention, les souliers. Mais que diable les américains portent-ils aux pieds ? Voyez plutôt ces godasses vendues chères dans les rayons de Macy’s, grand magasin. Ces affreux modèles sont portés par 70% au moins des messieurs croisés dans la rue, exception faites des jeunes à la mode italienne et des messieurs bien installés qui sont un peu plus à la mode européenne. Un tel goût et surtout une telle offre sont très étonnants. En France par exemple, il existe une foule de marques proposant avec plus ou moins de succès de belles lignes anglaises, comme Bexley, Lodding, Finsbrry, Bowen, Markowski, Altan etc…

D’une manière générale, le gros mocassin à plateau, avec renforts élastiques et double semelle caoutchouc arrive en haut du podium. Il est suivi de près par le derby à bout carré, tout aussi grossier et vulgaire. C’est vraiment très étonnant et cela ruine à chaque fois l’effort de classicisme réalisé. Je pense que cela tient au côté pratique. Premièrement c’est confortable (un peu comme leur préférence pour les énormes 4×4 Escapade avec chauffeur plutôt que les Mercedes classe S. Sur les chaussées défoncées et l’hiver avec la neige, ça craint moins). Deuxièmement pas besoin de se baisser pour faire les lacets, c’est un plus dans un pays où beaucoup d’hommes sont en surpoids. Troisièmement, les semelles moulées à chaud ne nécessitent pas d’entretiens. Et c’est assez important, car on ne trouve pas beaucoup de cordonniers dans ces contrées.

C’est d’ailleurs le fait le plus étonnant. Les petits métiers comme cordonnier ou retoucheur ne se trouvent pas facilement et sont chers. Peut-être un signe de l’ère du service digital post-industriel. Des amis tailleurs là-bas me racontaient qu’un retoucheur salarié coûte plus de 6000$/mois à payer et que donc il faut passer par de très rares indépendants qui facturent chers et ne font pas grand chose. Etonnant.

S’il est possible de trouver dans le climat des explications sur l’achat de tels godillos, il faut reconnaître que cela gâche sensiblement le plaisir des belles mises. Car les américains, s’ils s’habillent un peu trop grands, s’habillent tout de même dans des qualités qui se voient. Les costumes tombent souvent très bien, ceci peut-être grâce à l’importance des conformations dans leur prêt à porter. Regular, Short et Long, parfois Extra Waist pour les plus forts, ce qui permet dans une même taille 50 par exemple d’habiller une foule de gens. Leur offre est un vrai plus à l’élégance.

Question boutiques, j’ai remarqué la présence très importante des habilleurs anglais dans la Grosse Pomme. Charles  Tyrwhitt et Pink ont plusieurs boutiques, souvent très grandes. J’ai préféré voir des produits purement américains. (Même si je suis rentré chez The Suit Supply. J’ai été agressé par je ne sais combien de vendeur (il doit y en avoir un par mètre carré de vente. J’ai aussi été agressé par la musique à fond. Je n’y ai enfin rien trouvé, il y a trop de choses, tout en serré, je n’ai même pas eu envie de demander plus de chose, au bout de 2min, je tournais les talons). J’ai donc visité :

  • Jos. A. Bank. C’est une enseigne très courante là-bas mais parfaitement inconnue en Europe et c’est assez dommage. Cette maison assez ancienne propose un prêt à porter très important et très classique. C’est une sorte de Brooks Brothers bis où les vêtements sont très abordables. 400 à 600$ le costume, 140$ le pantalon de laine froide. On peut y trouver des bermudas de coton très attractifs aussi, des vestes en seersucker et une foule d’autres articles.
  • Brooks Brothers sur Madisson Avenue est une immense boutique sur trois niveaux. Tellement immense qu’elle paraît trop grande. Une certaine impression de vide m’est apparue en me promenant dans les allées. Je n’ai pas ressenti d’émotion particulière et la décoration très récente (notamment les gondoles en faux acajou et les décors en laiton) m’a fait l’impression d’une marque sans histoire. C’est un peu fort tout de même pour une maison qui est peut-être l’une des plus anciennes à habiller les hommes. Rien ne m’a inspiré.
  • Ralph Lauren en haut de Madisson propose un véritable manoir dédié à l’homme. C’est ‘huge’ et insensé. Quatre niveaux d’un luxe et d’une sophistication époustouflantes. On y est très bien accueilli et il est possible de visiter toutes les parties. J’ai pu regarder, toucher, discuter avec le tailleur de Purple Label. Celui-ci m’a révélé que le Made to Measure commence à 5000$, accrochez vous ! Il faut se rappeler tout de même que le pouvoir d’achat américain est assez élevé. Un costume à 3000€ est rare en PàP à Paris. C’est monnaie-courant à NYC, en particulier dans les grands magasins. (Il ne faut pas oublier des droits de douane à l’importation, en particulier d’Europe et d’Italie, assez élevé).
  • Les souliers Alden possèdent dans mon imaginaire une sorte d’aura. C’est l’équivalent américain de Crockett & Jones. Sur Madisson la boutique est minuscule et très artisanale. J’ai cru à une boutique de cordonnerie. Mais quelle beauté à l’intérieur. Des cuirs épais et souples à la fois, des Cordovan (cuir de cheval) sublimes et des veau-velours au grain si fin et si beau …. Si le débord des semelles est exagéré (1cm de débord), les souliers Alden sont quand même extrêmement beaux. La coupe est sublime. Les bouts droits sont très courts comme j’aime et la forme ronde est captivante pour un amateur de formes anglaises. Ils sont vendus à partir de 509$ là bas, ce qui est très intéressant avec le taux de change (je signale qu’Upper Shoes les vend en France à partir de 765€ !!)
  • Les souliers Allen Edmonds semblent bien plus connus et reconnus qu’Alden et les boutiques sont plus nombreuses et plus belles. Mais en revanche, les formes sont très américaines, très pataudes. Voyez vous-mêmes. Les lignes sont très rondes, les bouts droits trop longs. On pourrait croire à des chaussures pas chères.
  • Enfin, la dernière boutique que j’ai vu – et je finirai par ça – est Paul Stuart. J’ai aperçu les vitrines en arrivant dans Big Apple depuis la fenêtre du taxi. La boutique occupe au moins 8 vitrine le long de la rue, j’ai donc eu un sacré aperçu. J’y suis retourné tranquillement plus tard. Je suis entré, accueilli par un gentleman anglais du XVIIIème en bois sculpté taille réel! J’ai trouvé l’intérieur immense. Un peu vieillot années 70 mais pas grave. Au mur des tapisseries d’Aubusson, d’épais tapis au sol, un air de jazz en fond. J’ai commencé mon tour, immédiatement attiré par les robes de chambre immenses et épaisses en soie brocard et les vestes de fumoir en velours vert et revers matelassé. Un signe! Puis j’ai déambulé au milieu des cravates, des papillons et des pochettes. Je pense qu’il y en a au moins autant que chez Charvet. Le choix est pléthorique, toutes les couleurs, tous les styles. 139$ tout de même, c’est le lieu qui fait ça. Puis j’ai continué mon tour. Les vieux vendeurs vous saluent discrètement. Certains portent le croisé avec le papillon à merveille. J’ai ainsi pu vagabonder sans que personne me demande quoique ce soit, à la différence de The Suit Supply. La plupart des produits sont italiens. Les boutonnières sont cousues à la main. La collection de costumes  supérieurs s’appelle Phinéas Cole et est très inspirées. Souvent la poche ticket est placée en arrière, un détail à l’ancienne. La maison manie beaucoup les couleurs par ailleurs. Un vrai feu d’artifice et quel plaisir. Les pièces sont inventives et colorées, tout en restant classiques et discrètes. Voyez par vous même. Finalement, Paul Stuart m’est apparu comme une maison au charme suranné, à l’élégance chic et le plus souvent discrète. Car Paul Stuart est bien une maison américaine pour ça, si le goût est classique, il y a toujours un petit quelque chose et en particulier uen cravate un peu trop osée pour ruiner la mise… Chaque maison a ses défauts. Une sorte de mélange entre Charvet et Arnys, rien que ça, imaginez bien !

En bref, presque mon meilleur souvenir de voyage ! J’étais tellement ravi et reposé, que j’ai pris une cravate 😉

Bonne semaine, Julien Scavini

Quelques livres

Mes amis(es), je pose à peine mes valises de retour de vacances. Je pensais pouvoir faire un article ce soir, mais le décalage horaire me fait encore tourner la tête.

ILLUS81Donc, pour patienter, je vous propose une critique de trois ouvrages dernièrement lus. J’ai fait la critique, très dure d’un ouvrage sur Gieves & Hawkes récemment, je me rattrape avec uniquement des livres que j’aime.

L’éternel masculin : Icônes de mode et vestiaire idéal de  Josh Sims, aux éditions de la Martinière. A ne pas confondre avec L’éternel masculin d’un autre auteur allemand bien connu. Cet ouvrage retrace vêtement par vêtement l’histoire des pièces incontournables de la garde robe masculine. Il énumère tous des classiques comme le covertcoat Crombie ou le costume, évoque des pièces plus récentes comme le blouson et le jean, et passe en revue le trench, la chaussure bateau et sans oublier, la chemise hawaïenne ! Si le livre penche – à mon goût – un peu trop du côté du sportwear vintage, il comporte une masse d’informations captivantes. Les illustrations sont bien sélectionnées et imprimées en grands. Le propos est clair et le livre bien organisé. C’est au final un livre que l’on prendra plaisir à lire, et à feuilleter. Je mets 7/10.

Vintage Menswear : a collection from the vintage showroom, toujours du même auteur, mais en anglais cette fois-ci, aux éditions Laurence King. J’ai acheté cet ouvrage sur une simple recommandation d’Amazon sans trop regarder au fond ce que j’achetais. Je ne suis pas un passionné de workwear et de vêtements vintage à vrai dire. Mais force est de constater qu’il s’agit d’un des plus jolis livres que j’ai eu l’occasion de feuilleter. Feuilleter car ici, le texte n’est pas consistant. Peu importe, le travail qui a été fait est colossal. Il s’agit d’un catalogue très complet d’une boutique de vintage, et tous les vêtements (du classique complet trois pièces en tweed des années 30 au blazer gansé en passant par de vieux blousons de motards et des tuniques militaires) y sont représentés avec soin et amour. Les photos sont belles. Plans larges, gros plans, comparatifs avec d’autres pièces similaires, l’ensemble est bien organisé, l’ensemble est beau et c’est la boutique entière que l’on aurait envie d’acheter. Je recommande aussi chaudement. J’accorde 8,5/10.

L’évolution dans le vêtement, de George Darwin, réédition chez Allia d’un ouvrage de la fin du XIXème siècle. L’auteur est le fils du célèbre théoricien de l’évolution Charles Darwin, et tout comme son père, il s’intéresse à l’évolution, mais cette fois appliquée au vêtement. Dans un langage d’époque, mi-scientifique mi-philosophique, il décrit comment des vêtements ont été créés, ont évolués, se sont abâtardis, se sont transformés. Si le propos est difficile à vraiment cerner compte tenue des pièces décrites (anciennes comme le frack et la redingote), il n’en demeure pas moins passionnant, car il peut s’appliquer à l’époque moderne. Par ailleurs, la lecture (plutôt courte) est très distrayante. Et comme pour l’évolution humaine, on découvre que ce n’est pas forcément la force des choses qui crée des nouveautés, mais plutôt des accidents et des gratuités qui deviennent utiles. Mais l’utilité et la mode… Tel est tout le débat posé par Darwin. Instructif pour les plus passionnés. 6,5/10.

Bonne semaine, à bientôt. Julien Scavini.

Les retouches

Vous n’imaginez pas le nombre de clients que je vois qui ignorent absolument que oui, un vêtement se retouche. Etant un tailleur prolifique en tenue de mariages, j’écrème une certaine quantité de clients souvent jeune. Je m’amuse à les sonder et reste toujours étonné devant leurs habitudes.

Ainsi, une veste ne sera pas fermée, car en fait elle est trop petite. ‘Oui mais les épaules sont belles‘. NDLR : en fait elles sont étriquées…

Ainsi une chemise sera portée avec le col ouvert car en fait il ne peut se fermer. ‘Oui mais la taille est bien cintrée‘. NDLR : en fait elle colle à la peau… ou pourquoi ne pas avoir les deux ?

Ainsi un pantalon ne permettra pas de s’asseoir. ‘Oui mais c’est plus stylé comme ça sans tissu en trop derrière la cuisse’. NDLR : plus serré, il faut demander au toréador…

Donc avoir tout est un luxe en somme. Le col qui ferme ET le cintrage, c’est un luxe de nos jours ?

Vous n’imaginez pas les trésors d’ingéniosité que je dois mettre en œuvre pour les persuader du contraire. Et la patience… (mais c’est la composante essentielle du métier de tailleur).

On ne le répétera jamais assez, il vaut mieux un bon vêtement bien retouché qu’un vêtement acheté trop serré. C’est d’ailleurs un pli vicieux qu’ont pris les français, ils n’aiment pas faire retoucher. Dès lors, ils sont légions avec les manches trop longues. Payer pour ce service n’est pourtant pas superflu.

Il découle de cette fainéantise deux choses :

1- les marques intègrent les retouches, mais font alors payer cher le produit. Ou elles baissent les prix dans une course compétitive et cherchent alors absolument à vendre le produit sans retouche. La conclusion est la suivante : le client ressort mal habillé. La marque y est poussé par le marché. Cher avec service ou moins cher sans service ? Devinez l’orientation ! Une maison sérieuse et pas trop chère comme Boggi n’intègre pas les retouches. Les clients crient au scandale.

2- les marques segmentent leur offre. Le directeur artistique en relation avec le marketing édicte un drop (c’est à dire une relation de proportion entre la taille et le cintrage) pour viser telle clientèle ou telle autre. Bien souvent, les personnes d’un certain âge ou volume sont exclues. Cherchez une chemise taillée avec de l’aisance à prix abordable maintenant… Non, les modèles sont taillés pour des garçonnet crayon. Ceux là même qui me disent, je ne comprends pas, chez The Kooples, je tombe parfaitement dans le modèle. Et chez Ralph Lauren je trouve que c’est un parachute. En effet. Il en résulte qu’une bonne part des clients de ces maisons qui n’ont pas le ‘drop’ mais y vont par mode ont les bourrelets apparents… L’ennui est que la cible est très mince ces temps-ci. Le minet des villes a le vent en poupe. L’idée de tomber dans le modèle séduit les clients, ils n’ont pas à payer la retouche.

Notez toutefois que les femmes sont assez souvent pousse au crime. Les hommes à leur goût sont souvent habillés trop grand. Ce petit commentaire est le fruit de mon observation mais ne vaut pas généralisation.

Rappelons alors une évidence, un vêtement confortable cintré juste à l’endroit qu’il faut est plus agréable qu’une taille de moins.

Remarquons que si les jeunes prennent une taille de moins, les messieurs âgés abusent en sélectionnant une taille de plus…

Bref, lorsque je finis par convaincre mon interlocuteur qu’être à l’aise compte beaucoup, c’est gagné. En mesure, c’est facile, mais en prêt à porter?

Une chemise par exemple se retouche bien. Ce qui compte, c’est de prendre le bon tour de cou. C’est primordiale. Ensuite si vous trouvez la chemise trop ample, vous pouvez au choix : faire cintrer le modèle par les coutures côtés pour une grosse reprise, ou faire cintrer le modèle en exécutant deux pinces dans le dos, pour une petite reprise, ou bien additionner les deux. Ce n’est pas très cher et vous conservez un certain coffre pour la poitrine. La longueur des manches ainsi que la largeur se révisent aussi. Soit vous pouvez recoudre le bouton pour serrer plus le poignet qui tombera au dessus de la main, soit vous pouvez faire raccourcir la manche par le poignet, ce qui est plus fin. Demandez à votre retoucheur de quartier, il saura faire. Demandez un devis. 20 à 30€ pour ces opérations. Oui ça coûte.

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Une veste se sélectionne à partir de l’exact tour de poitrine divisé par deux. 96cm = taille 48FR. Ou taille 46IT. Ou taille 38UK. Une veste trop petite ou étriquée est juste ridicule. Prenez garde à la largeur d’épaule aussi. Si vous êtes plus large, prenez une taille au dessus. Car après, vous pouvez faire cintrer la veste. Par la taille, au niveau des deux coutures côtés. Par le milieu dos si besoin, mais cette retouche doit uniquement s’ajouter aux deux autres reprises. Si trop de carrure dos, cela se reprend aussi. Si vous avez les épaules hautes, une petite retouche de la ligne de col et des épaules est facile aussi. Les manches peuvent aussi se cintrer et se raccourcir.

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Enfin le pantalon. Il doit avoir un peu d’aisance derrière la cuisse, pour s’assoir quand même. S’il est trop long, cela s’ajuste. Finir à un doigt du talon à l’arrière n’est pas déraisonnable. Si vous appréciez les bas très étroits, vous pouvez. Mais il faudra laisser l’aisance au genoux. Car si le tube est étroit, le mollet qui est rond va attiré le pantalon qui va casser en dessous du genoux. Une coupé légèrement carotte est préférable je pense.

ILLUS80-5Après ça, n’hésitez plus, un bon vêtement se retouche toujours et on peut tout faire. Plus la peine d’aller dans des marques que vous n’aimez pas pour bien tomber dans le modèle. Travaillez un peu à votre allure, vous en tirerez une certaine satisfaction.

La semaine prochaine, petites vacances. Je reviens vite. Bonne semaine, Julien Scavini.

Le violet

J’avais déjà traité de la couleur verte dans un article et je voudrais aujourd’hui évoquer le violet, une couleur peu employée et pourtant pleine d’attrait.

La première des choses à faire pour parler de violet est de caractériser cette couleur. A priori le violet est une teinte assez intense, plutôt proche du bleu dans la gamme chromatique. Car plus l’on s’éloigne du bleu, plus le violet rougi. Il devient alors fuchsia ou pourpre suivant l’éclat, puis mauve ou parme s’il est atténué de gris, avant de devenir franchement rouge puis rose. C’est une chose très intéressante que de qualifier les couleurs et en particulier le violet. La colorimétrie internationale s’y prend d’ailleurs les pieds depuis plus d’un siècle. Une chose est sûre, voilà une couleur qui a de la ressource en habillement.

ILLUS79-7Comme couleur sœur du bleu, le violet se mélange admirablement avec. Un costume bleu peut ainsi être complété d’une chemise parme ou d’une chemise aux rayures violettes. La cravate peut être soit bleu, soit bleu avec du violet, un assemblage profond et piquant à l’œil.

ILLUS79-1Le costume peut aussi être gris foncé voire anthracite. Le contraste est divin. D’ailleurs, Ralph Lauren ne s’y est pas trompé en dénommant un de ses département Purple Label. Une cravate noire avec des pois violets, ça fonctionne très bien. Noir ou bleu et violet, voilà en costume un accord gagnant. Regardez d’ailleurs Michael Douglas dans Wall Street II (le film n’a aucun intérêt par ailleurs) et vous apprécierez sans doute ses tenues. Le violet apporte à une tenue l’éclat des couleurs chaudes et mais permet la discrétion des couleurs foncées.

ILLUS79-2Et je voudrais bien insister sur la chemise parme. Pour en avoir une, je peux vous garantir de sa sobriété et de son équilibre. Elle pourrait presque devenir le pendant de la chemise bleu ciel. Elle a par ailleurs l’avantage sur la chemise rose de ne pas faire rougir la carnation, point crucial quand on a la peau claire.

ILLUS79-3Bien évidemment, il ne viendrait à l’idée de personne de faire un costume violet. Toutefois, certains draps bleus s’accommodent bien d’une fine rayure tennis violette.

Dans le registre sport, les qualités du violet sont certaines. Un veston sport peut se présenter uni, par exemple en lin. Il s’accordera alors à merveille avec d’autres nuances comme le parme voire même le grège pour atténuer l’ensemble.

ILLUS79-4Je pense aussi qu’un drap bleu avec des carreaux violets peut être attractif. Associé avec un pantalon de flanelle anthracite, le trio de couleur est intéressant. Dans ces tonalités de couleur, un pantalon violet en velours à fine côtes est très utile en complément d’un col roulé noir. Une mise très urbaine et décontractée. Ou au contraire, un pull col V violet avec un pantalon de laine bleue. Simple et efficace.

ILLUS79-5Je note enfin la qualité du violet à s’accorder avec le vert. L’accord était apprécié de la maison Arnys. L’accord n’est guère évident et fait très vite ‘apprêté’ mais il est plaisant, aussi bien si c’est le haut ou bas que l’on interchange. Plus simplement, avec un complet de tweed vert, il est simple et de bon ton d’avoir une chemise à carreaux violets. En habillement, il faut savoir, tout en adoptant la modération propre au gentleman, prendre des risques !

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Belle semaine, Julien Scavini.