La beauté et la fragilité

L’industrie textile produit une quantité astronomique de marchandises et il est souvent difficile de s’y retrouver. Pour les clients, la question du rapport qualité-prix, difficile à repérer toutefois, est un élément primordial de l’achat. Être dans son segment de prix, apprécier le produit, en voir les qualités à l’usage est plus que jamais nécessaire.

Mais lorsque toutes les devantures et échoppes croulent sous la marchandise, à des prix très variables, il devient difficile de s’y retrouver. Pour se dissocier du lot, il est alors possible de monter en qualité. C’est même primordial. Mais il existe un mais.

Le premier ‘mais‘ est évidement le prix. Rester dans un segment de marché sans devenir une niche inabordable est difficile. Lorsqu’on est détaillant, on peut bien sûr proposer seulement le plus beau. Mais si les clients n’achètent pas ou peu, on sombre très vite. Le volume à faible qualité est plus facile à faire. Paradoxalement.

Le second ‘mais‘ est plus insidieux et difficile d’ailleurs à avouer pour le commerçant, que je suis par ailleurs. Il est possible de proposer du très beau à prix serré. Les drapiers d’ailleurs ne se privent plus maintenant de faire des tarifs sur les super 150 et autres, si doux par ailleurs.

Mais ce très beau a une face cachée, sa fragilité. C’est assez impensable à vrai dire. Car souvent le beau est plus cher et plus fragile :

Le cachemire pour manteau, c’est somptueux. Mais le drap s’élime bien plus vite qu’en 100% laine. C’est une vérité. Inavouable. Mais c’est somptueux.

Les cotons égyptiens et sea island sont d’une douceur à peine croyable. Mais les poignets et les bords de cols affichent vite la fatigue. C’est une vérité. Inavouable. Mais c’est très agréable à porter.

Un pantalon en lin et soie ou même en flanelle, c’est bien mieux qu’un jean. Mais les fourches peuvent craquer pour un rien. C’est une vérité. Inavouable. Pourtant, c’est agréable à porter.

Une paire de souliers en cuir, c’est racé et confortable. Mais c’est très fragile si l’on use les semelles sans y prêter attention. Combien d’hommes dans la rue savent qu’il faut mettre des patins ou ressemeler? C’est une vérité. Inavouable. Une belle chaussure est chère. Et en plus il faut s’en occuper!

L’exemple des boutons en nacre sur les chemises est archétypal. Premièrement, ils sont d’un prix exorbitant par rapport à ceux en plastique, et en plus, ils cassent. Pour une marque qui fabrique 100 000 chemises, 5% seulement de retour est absolument inenvisageable.

Les surpiqures tailleur, que l’on appelle AMF dans l’industrie, est aussi un point de qualité sartorial en même temps qu’une fragilité…

Dernier exemple, un drap super 150, c’est fluide à porter et léger sur les épaules. Mais les genoux, l’entre-jambe et les coudes froissent vite. C’est une vérité. Inavouable. Malgré la prouesse technique des drapiers.

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Ce faisant, le client devient le propre acteur schizophrène de ce marché. Les marques, surtout de prêt-à-porter, sont obligées de suivre le mouvement. Je connais même une grande enseigne française de costumes qui s’est fait une spécialité des coupes affûtées et des tissus poids-plume. Les clients achètent précisément pour ces deux aspects, rejetés après, lorsque le pantalon craque. Et apparemment, c’est assez classique! La marque ne peut ni faire plus ample ni faire pus lourd. C’est son business modèle comme on dit.

Toute la difficulté est la compréhension de ce phénomène d’usure du beau. L’éducation. Il faut accepter les défauts d’un produit haut de gamme. Une Bentley est bien plus chère qu’une Renault et coûte un argent exorbitant à l’usage! Double peine.

Faire descendre les produits de luxe à un niveau plus accessible, faire découvrir des matières précieuses, faire aimer de l’exceptionnel ne marche que si le client le comprend. Combien ai-je eu de clients, souvent les dames, ne comprenant pas que ce soit « plus cher et moins bien« . Moins bien sous certains aspects seulement… et heureusement!

Un produit de luxe, un produit raffiné est fragile. Le commun c’est la solidité et l’endurance.

Je reviens sur la flanelle. J’ai quelques clients, en prêt-à-porter (car je vends une large collection de pantalons) ou en mesure, qui parfois sont déçus de la faible longévité de l’article. Que puis-je leur répondre? Hélas, je ne suis pas Vitale Barberis Canonico. Ils fabriquent quelques millions de mètres de tissus par an. Oui, millions. Aux plus hauts standards de qualité. « N’empêche, comme dit mon artisan tailleur qui réalise les grandes-mesures, la flanelle, c’est pour les messieurs riches, ça s’use« . Vrai.

Vouloir du beau est légitime. Yves Saint Laurent disait qu’il faut vivre en beauté. Mais l’exceptionnel a un coût d’achat et un coût d’usage. Et il faut en avoir conscience.

Belle semaine, Julien Scavini

Le petit conseil amusant

Petit et amusant conseil de début d’année.

J’aime beaucoup les Eaux de Toilettes et les Cologne, même si curieusement, ma peau semble les faire disparaitre aussi vite que possible! A ce titre, je nourris depuis longtemps une certaine fascination pour les produits de la marque Mont Saint Michel, que l’on trouve généralement en bas des gondoles des supermarchés. Parfum bas de gamme de grande distribution peut-on penser? Les 250ml s’échangent en général pour 3 à 4€. Une paille comparée aux 100€ que demande Hermès pour la Gentiane Blanche maintenant…

Je m’amuse depuis longtemps à les tester avec gourmandise. Du pas cher qui sent bon. Génial! La Lavande Impériale était une sorte de perfection de grand-mère, hélas arrêtée il y a quatre ans. La Fraicheur Intense qui l’a remplacé est un peu fade, même si l’été sous les tropiques, elle est intéressante. Mais la Cologne Ambrée reste une valeur sûre. L’odeur des vieux messieurs d’une certaine manière. Toutefois, même si cela m’amuse beaucoup, pour suivre le courant général, j’utilise quantités d’autres parfums plus raffinés. Dit-on.

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Mais j’étais triste de ne pouvoir utiliser ces grands flacons. J’ai réussi à trouver un usage quotidien à ces Cologne miraculeuses et peu coûteuses : l’eau du bain. Grand amateur de cette détente du soir, j’ai pris l’habitude, amusante au début histoire de liquider les flacons, de verser un bouchon entier dans le bain. Lumineuse idée. A ce petit jeu, la Cologne Ambrée est la meilleure. L’eau sent bon et la salle de bain se charge du parfum. La peau reste discrètement chargée de cette petite effluve pour un bon moment. Un délice pas ruineux du tout. Et probablement meilleur que tous les bains moussants! Vous me direz si vous testez…?

Un plaisir digne d’Amélie Poulain!

Belle semaine, Julien Scavini

Bonne année 2019

bonne année 2019

Je vous souhaite une excellente année 2019.

Que j’espère chic et charmante, en bonne santé!

Je reprendrai les blog la semaine prochaine ou celle d’après, le temps de souffler et de reposer mes méninges encore quelques temps. Il n’est pas aisé de trouver chaque semaine un article pour ici et pour les colonnes du Figaro Magazine, en gardant de la fraicheur et de la spontanéité, parallèlement à une activité de tailleur assez éreintante. Les gens sont énervés je trouve. Enfin bref, passez une agréable semaine! Julien Scavini

La fiscalité du costume « de travail »

La période est à la jacquerie fiscale! Une révolte qui sur le fond, je l’ai constaté quotidiennement et avec amusement, met beaucoup de mes clients d’accord, et de tous les bords! Une révolte au petit goût poujadiste qu’il serait intellectuellement malhonnêteté pour un petit commerçant de désapprouver complètement. Mais une révolte qui tout de même sur la forme sabote moral et affaires!

Quoiqu’il en soit, penchons-nous ce soir sur un point d’interprétation du Code Général des Impôts. Un sujet hautement brûlant! J’aime le piquant. Car, la question m’est très souvent posée. Pour de nombreux clients, le costume est LA tenue de tous les jours, celle du travail. Et un certain nombre sont leur propre patron. Soit de grosses sociétés ou au contraire, des indépendants libéraux, assureurs, avocats, agents commerciaux etc…

La question est souvent la même : « puis-je passer ce costume sur ma boîte? »

Autant le dire tout net, NON.

Explications.

Le fisc reconnait deux cas de figure pour qu’un vêtement soit reconnu professionnel, donc puisse faire l’objet d’une entrée comptable sur une société :

1- que le vêtement soit un vêtement technique. Pour cela, le vêtement technique ou le tissu le composant doit avoir une norme NF (traitement ignifugé, résistance à l’abrasion, tissu renforcé, etc…)

2- que le vêtement soit obligatoire. C’est par exemple le cas des tuniques de cuisinier, des robes d’avocat ou des blouses de médecin. Le cas du costume existe et l’administration a la réponse : un logo doit être brodé sur celui-ci de manière visible. Comme les agents de Sécuritas par exemple à l’aéroport. Toutefois, les serveurs qui portent obligatoirement le costume n’ont pas de logo pourrait-on faire remarquer.

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Il découle donc de ces deux points qu’un costume de tous les jours pour un avocat ou un vendeur automobile ne peut être pris en charge par la société. Toutefois, si vous le faîtes, il pourra être discuté avec l’administration le point suivant : le costume passe en fait dans les frais de représentation, fiscalement déductibles sous certaines conditions. Il conviendra de ne pas abuser. Car normalement, les frais liés à la présentation personnelle (achat de costume ou coiffeur) du gérant ne sont pas remboursables. La jurisprudence est très claire.

Tout est une question de tact et d’échelle. L’ampleur de la garde-robe ainsi acquise devra être en proportion 1- du chiffre d’affaire et 2- de la totalité des frais de représentation (incluant transport, restaurant, etc). Attention ainsi au coût du costume. Il pourra être argumenté que le Président a donné une référence. Ses costumes J. dont il a fait moult tweets coûtent 350€ environ. Aïe. Un bon costume vaut tout de même plus cher.

Si vous aviez abusé de la carte professionnelle pour vos costumes et que le fisc ne veut pas vous le laisser passer, l’administration pourrait qualifier l’avantage en revenue déjà acquis. Et les URSSAF (le faux-nez du RSI) se régaleront d’un avantage en nature chargé.

Car tous le monde le sait bien en France, il ne faut pas jouer avec l’administration. Le député Gilles Le Gendre* vient de nous le rappeler, le gouvernement est très subtil et très technique, et un en mot comme en cent, trop intelligent. Méfiance! En attendant, le gilet jaune va bien avec le costume marine. Je dis ça, je ne dis rien!

Il me reste à vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année! Profitez en bien.

Belle semaine, Julien Scavini

 

* Gilles Le Gendre qui pendant longtemps fut ‘sociétaire’ des Experts de Nicolas Doze, le matin sur BFM Business tout habillé en Arnys! Parfois en overdose, mais toujours de manière plaisante.

L’Orient Express à Paris

L’Orient-Express… voilà un nom chargé de magie et de plaisir. Et bien figurez-vous qu’il existe encore. Et même mieux, toutes les semaines, vous pouvez faire Londres-Venise avec. Départ le jeudi midi à Londres. Un simple Eurostar conduit les passagers à Calais où le mythique train et ses rutilantes voitures attendent. De là départ pour le grand chic.

Mettez cette petite mélodie de Richard Rodney Bennett pour vous mettre dans l’ambiance.

Vers 21h, le train arrive à la gare de l’Est à Paris, pour une escale technique et pour accueillir quelques passagers supplémentaires. 180 personnes peuvent prendre place à bord. Le premier service du diner est aussi donné. Le train repart vers 22h. Après une charmante nuit bercée par le cliquetis des rails, c’est le moment du petit déjeuner vers la frontière Suisse, puis du déjeuner au fil des Alpes et enfin de l’arrivée à Venise après un thé – champagne à 18h. Presque toutes les semaines d’avril à novembre.

Alors certes, ce n’est pas le grande voyage, mais c’est déjà pas mal. Le Londres-Istanbul a lieu une fois par an. Mais les hôtes dorment alors une à deux nuits seulement dans les voitures, le train s’arrêtant de nombreux soirs dans une capitale, Vienne, Prague, etc… La raison est simple : pratiquement aucune cabine n’a de salle-de-bain, un handicap au XXIème siècle.

J’ai eu le plaisir d’être invité à découvrir le train, lors de son passage éclair à Paris. En catimini en marge de l’exploitation commerciale.

Sachez-le. Presque tous les jeudi soir d’avril à novembre, vers 21h, le convois spécial arrive au quai numéro 5 de Paris-Est, le seul de la capitale ayant la longueur requise pour accoster les 17 voitures, soit 500m. Et tout un chacun peut aller zieuter, le quai accueillant par ailleurs un autre train ‘civil’.

Quel plaisir, quelle magnificence. A une époque où tout est moche et ordinaire, en particulier les trains, c’est vraiment un plaisir exquis.

Rendez-vous m’était donc donné par l’ancien directeur de la ligne à 20h50 dans une gare très calme.

Quel étonnement de voir un pareil train sorti d’un autre âge. Les lettres de laitons, les toits blancs et les boggies parfaitement nettoyés. Toutes les voitures sont d’époque. Elles ont été restaurées et entre chaque saison bénéficient de travaux généraux. La compagnie anglaise Belmond basée à Venise qui exploite cette ligne en possède 18. La SNCF en possède 4 également, mais en moins bon état, celles qui furent d’ailleurs exposées à l’Institut Du Monde Arabe en 2014.

Sautons-le pas et montons à bord. Les longs couloirs, les nombreuses boiseries, la moquette épaisse. Dans la première voiture, qui était à l’origine en mauvais état, trois suites avec de vraies salles-de-bain ont été réalisées. Les autres sleeping car présentent de simples compartiments où les banquettes s’escamotent en lit le soir venu, avec un étroit cabinet de toilette.

 

Descendons vite, les clients arrivent. Les trois voitures restaurants (vous reconnaitrez les décors d’Hercules Poirot) sont épaulées par trois voitures cuisines. Une sacrée logistique. Le diner ayant lieu, difficile de monter, à part dans une section vide ce soir là, où des panneaux de Lalique habillent les murs. Quelle beauté! Au menu, c’était homard en entrée, puis filet de bœuf à la truffe. Et smoking de rigueur.

 

Sur le quai, les services chargent de l’eau dans les voitures pour la toilette. Un peu de personnel s’affaire. Le chef de train est en queue-de-pie à boutons dorés, les stewards sont en livrée bleue et les serveurs du restaurant en spencer blanc. Une belle hiérarchie vestimentaire, à côté du poly-laine gris déprimant de la Société Nationale des Chemins de Fer Français…

 

Mais voilà déjà le coup de sifflet. Prêt au départ !

 

Merveilleuse semaine ! Julien Scavini

Un accroc, et alors?

Un client m’a récemment écrit pour demander que faire sur sa veste qui avait subi un accroc. Son costume de mariage a été altéré par une triste pointe dépassant d’un meuble. Cela nous est tous arrivé il me semble. L’ennui, c’est que lorsque l’incident s’est produit sur un pan de tissu et qu’il n’est pas lié à une couture déchirée, il est presque impossible d’intervenir. Un retoucheur peut faire et défaire des coutures, serrer ou desserrer des morceaux. Mais si un petit trou est présent au milieu d’un morceau, que faire..?

Un métier aujourd’hui presque disparu s’était fait une spécialité de ce genre de petite réparation : le stoppage, souvent pratiqué par des dames travaillant chez elles. Les stoppeuses-remailleuses étaient des fées aux doigts d’or. En récupérant quelques fils sur les coutures à l’intérieur, elles pouvaient reconstituer le trou, de manière totalement invisible. De la magie! Que le trou soit l’œuvre de satanées mites ou d’un clou mal placé. Mais hélas, je n’en connais plus aucune. Et je ne connais personne qui a pu apprendre ce métier.

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Alors que faire si un petit trou est apparu à la surface d’un beau costume?

Pour ma part j’ai tranché, je m’en fiche royalement. L’année dernière, en sortant le matin de chez moi, j’ai entendu un gros crrrr en passant la porte cochère de l’immeuble. Mince. La manche de mon costume de flanelle bleue s’était accrochée à une épaisse pointe placée sur la crémone. Quel déception. J’aurais pu bien sûr renvoyer la veste à l’atelier pour refaire une manche. Et puis à quoi bon. Cela ne se voit pas. J’aime ce costume ainsi, avec son petit défaut.

Mon ancien collaborateur avait eu de son côté une mésaventure miteuse. Les mauvaises avaient dévoré au moins 2cm² de son blazer, sous la poche devant. Il a cousu une pièce, à la manière du Prince Charles. Regardez bien sa photo, à gauche en bas de la veste…

Car la vérité est que, lorsque l’on aime un vêtement, on l’aime tel quel. Rien n’est parfait en ce bas monde. Et puis, souvenons nous du conte d’Andersen. Le Vilain Petit Canard. Qui n’a pas été touché par ce petit mis de côté? Alors, pourquoi abandonner un vêtement si précieux à nos yeux? Pourquoi le jeter?

Évidemment, dans une société du jetable et du remplaçable, ce genre d’idée est un peu bizarre. Mais quand le costume vaut cher et qu’il est agréable, il est impensable de le jeter pour si peu. Un petit trou dans le devant visible? Et alors?

Le panache fera oublier cet accroc! Une cravate très digne, une pochette merveilleuse, des souliers bien glacés, si la mise est parfaite, c’est un joli toupet que d’arborer cette décoration de la vie. Les nouveaux riches avec leur costume à trois sous parfois très chers peuvent bien le jeter pour le remplacer par une autre cochonnerie du même genre. Mais quand on construit patiemment une penderie de qualité, on garde son vilain petit canard. Il y a plus important dans la vie!

Peut-être avez-vous peur d’une réflexion, du qu’en dira-t-on? Riez-en. Soyez bien au dessus de tout cela. Tant que vous êtes propre et polis. Le Prince Charles s’en fiche bien lui. Pourquoi pas vous?

Belle semaine, Julien Scavini

Combien faut-il avoir de costumes?

C’est une question délicate, que me posent parfois les clients et devant laquelle je suis toujours très interrogatif moi-même. Car la réponse dépend grandement de la sensibilité du client au sujet vestimentaire. Il ne s’agit pas d’effrayer en disant quinze à quelqu’un qui pense trois. En même temps, parfois en disant cinq, on me répond, « je pensais dix! » Évidemment, la réponse la plus cartésienne serait beaucoup. Plus l’on possède, moins l’on use. Les riches le savent bien. Mais je ne voudrais pas  tomber dans une lutte des classes mal placée.

Il évident que de nombreux hommes perçoivent le costume comme une charge ennuyeuse et coûteuse. Et qu’ils n’en ont presque pas. Je repense à l’histoire d’un de mes collaborateurs, ancien employé de banque, dont le responsable à l’époque, n’avait qu’un costume et deux chemises blanches. Il tournait la semaine avec. Là, franchement, de qui se moque-t-on? Pourquoi pas venir en sabot et en braie?

Posséder quelques costumes est une question d’arbitrage personnel. Je rappelle qu’en 2016, il s’est vendu en France 22 200 000 Smartphones, pour une moyenne par an de 326€, moyenne montant pour les possesseurs de téléphones Apple à 529€ par an. Sans parler de l’abonnement. Trois petits points de suspension. A titre de comparaison, un bon costume Mario Dessuti, c’est un à dire un habit porté de 8h à 20h environ, coûte 190€… Il participe à l’esthétique et à l’image de la personne de manière plus qu’évidente. Mais nous sommes le pays des sans culotte, où le costume est plus vécu comme un asservissement que comme un signifiant social et courtois.

Revenons à la question. Être objectif n’est pas facile, moi qui ai la chance d’avoir de nombreux costumes. (Même si les mêmes sortent toujours).

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Je dirais que trois costumes tout à fait classiques est un bon départ. Si les costumes ont deux pantalons, alors, c’est remarquable. De quoi couvrir largement les cinq jours ouvrés de la semaine. L’idéal toutefois serait d’aller plus loin, avec un ensemble blazer pantalon, et pourquoi pas un costume plus hiver (une flanelle) ou un plus été (une laine froide, une laine-mohair ou de coton).

Une telle penderie me parait excessivement équilibrée. Les anglo-saxons diraient a genuine wardrobe , dans le sens de sincère. Trois costumes et trois bonus.

Évidement, le cran du dessus serait cinq costumes, un par jour ouvré. Trois bleus, deux gris par exemple. Bleu marine, bleu fil à fil, caviar bleu, gris anthracite, gris clair. Pourquoi pas un chevron? Ces cinq costumes pourraient être aussi complétés d’ensembles un peu plus saisonniers, un ou deux été, un ou deux hiver. Ainsi, ces cinq costumes de base s’useraient moins, relayés par saisons.

Construire un cœur de penderie compacte autour de trois à cinq classiques permet de ne plus penser au costume, qu’il devienne une facilité du matin, le bon vêtement que l’on met sans y réfléchir et sans se faire remarquer.

Car moins vous avez de costumes, moins il faut se faire remarquer. Avoir un costume gris à carreaux rouge est très bien. Vous passerez pour un élégant au bureau. Le mettre tous les deux jours et votre préciosité sera alors moquée (en même temps qu’un petit portefeuille évident et maladroitement révélé). Il est toujours délicat d’avoir les goûts d’un milord et le budget d’un curé de campagne.

Il faut de la patience pour bien faire. Et tout le plaisir consiste à se faire plaisir une fois de solides fondations établies. Il faut savoir équilibrer l’utile et l’agréable. Des classiques sobres sont utiles, il faut les rendre agréable par l’association de chemises et cravates variées. Le large prince-de-galles, l’authentique rayure craie, le très expressif carreau, brefs, les pures plaisirs viendront ensuite épauler la structure déjà bien en place. Mais ce n’est qu’un avis.

Au final, il est délicat de quantifier précisément les besoins. Ils dépendent de l’envie et de goût. Mais ce n’est pas prioritairement une question d’argent, ni de volume excessif, et peut-être même pas forcément de qualité. Il s’agit de volonté, une volonté de faire avec ordre et méthode, avec soin.

Belle semaine, Julien Scavini

La dent dure pour le PR

Quel été! De buzz en buzz, comment notre pauvre petit cerveau a-t-il pu trouver le répit. La coupe du monde a été chassée par le buzz Benalla, story qui a été ensuite brûlé par un poste électrique à la gare Montparnasse, buzz qui a rapidement été cogné par Booba et Kaaris à Orly, histoire hallucinante chassée là encore par le buzz d’une #metoo italienne accusée à son tour… Puis, nouveau buzz : Jupiter trouve les Gaulois récalcitrants. Et enfin, un matin, sans prévenir, un chasseur a rendu un ministre biodégradable. Pfouuu c’est décoiffant tout ces buzz.

Heureusement, il y a Findus. Et les sujets super frivoles pour se remettre. Par exemple, la tenue du Président de la République, PR pour les intimes, au dîner d’État donné par la Reine du Danemark.

Le mardi 28 août 2018 avait donc lieu un diner d’État. Pour le protocole, c’est l’un des moments les plus prestigieux de la rencontre entre deux chefs d’État. Par exemple, si la rencontre se fait lors d’un voyage officiel, le degré en dessous, il n’y a pas de diner d’État. Juste un diner, sans (grande) pompe et tralala.

Et évidemment, il faut se saper un peu. Pour un diner lors d’un voyage officiel, le costume peut suffire (en France!) mais généralement le smoking est de rigueur. Pour un diner d’État en revanche, il faut sortir l’habit. Ou ce que l’on appelle plus communément, la queue-de-pie. Et elle oblige, la queue-de-pie! C’est comme construire un bateau, il faut du temps et suivre des règles.

Et notre aimable Président, c’est triste à dire, s’est latté. Bon d’accord, le site PurePeople dit que « Le couple présidentiel français a fait preuve d’une grande élégance« . Mais peut-on laisser des philistins en juger? Je ne commenterais pas la robe de Mme, il y a des spécialistes. Mais la queue-de-pie de monsieur. Ah! (Et je ne commente pas ce baise-main qui s’apparente à une poignet de main virile).

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La grande erreur vient de la veste. Car pour le gilet et le papillon, il avait bon : blanc. La queue-de-pie (abréviée ‘cravate blanche’ ou ‘white tie’ sur les cartons d’invitation) est un ensemble de vêtements très anciens. La partie haute, disons la veste, est échancrée et fuyante à la taille. Cette taille, placée très haut, oblige à avoir un pantalon qui monte sous les aisselles, au moins.

Or, M. Macron ne portait pas une queue-de-pie, il portait un jaquette. La jaquette, qui se porte le jour, pour les mariages ou les enterrements, est arrondie. Ce n’est pas le même vêtement, voyez plutôt : à gauche la queue-de-pie et à droite, la jaquette. D’ailleurs la queue-de-pie a des revers satiné et ne se boutonne pas.

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Mais en fait et au fond, je m’en fous bien comme de l’an 40. Le Président fait bien ce qu’il veut. Seulement, je suis navré de deux choses.

La première est que la France, quand même, est le pays du bon goût et du savoir-vivre. (Soit-disant). Ne pas faire la différence entre une queue-de-pie et une jaquette, c’est comme ignorer la différence entre l’appellation ‘Village’ et ‘Premier Cru’. Les deux sont bons, c’est sûr. Qu’un chef d’État originaire d’un pays dont ce n’est pas la tradition vestimentaire, ne sache pas, est pardonnable. Mais le Président de la République Française, tout de même…

Deuxièmement, et c’est ce qui est encore le plus triste, personne n’est donc là pour donner son avis et éclairer le sujet? Il n’y a pas un majordome à l’Élysée ou un fonctionnaire de haut vol pour venir l’expliquer? C’est tout un monde. Et on vient nous argumenter ensuite qu’on trouve des fonctionnaires de haut vol pour savoir comment gérer l’impôt à la source? tso tso, laissez moi tousser. Ils n’arrivent pas à voir clair question fringue mais genre algorithmes à 40 milliards, si?!

Mais rassurons-nous, côté incurie vestimentaire, notre Président n’est pas le premier de la lignée.

François Hollande il me semble n’a jamais porté l’habit. Dieu nous en préserve. L’Empereur du Japon, cet homme ô combien élégant, a préféré organiser un simple diner officiel en smoking. Il savait qu’il recevait un sans dent. A la différence de François Fillon, trèèèèès dignement vêtu pour recevoir le « Grand Cordon de l’Ordre du Soleil Levant ».

 

 

 

Nicolas Sarkozy était lui absolument ridicule en queue-de-pie. Son pantalon ne montait vraiment pas assez haut. Pire il le portait avec une ceinture de cuir. Diantre! Des bretelles. Le résultat : tout dégueulait sous le gilet comme disent les tailleurs. Et on ne le dira jamais assez, le gilet blanc ne doit pas dépasser. A gauche, Sarkozy, son habit trop court, son gilet trop long ; à droite, le duc d’Édimbourg, le gilet parfaitement réglé sur l’habit.

 

 

 

 

Jacques Chirac lui était assez fin. Comme il portait l’habit, en bref une queue-de-pie, mais de jour, il a donc choisi un gilet noir, chose qui peut se faire, comme d’ailleurs le Président Pompidou.

Parceque la queue-de-pie est plutôt considérée pour le soir et la jaquette pour le jour. Or, quand on doit porter la queue-de-pie de jour, comme lors de grands évènements protocolaires, il peut être admis de mettre alors un gilet noir.

Admirez cette cérémonie officielle où Pompidou parle! Quel poème vestimentaire. Pompidou en grand habit (-de Président-), les Ministres en jaquette, les huissiers en culotte à l’ancienne.

 

 

 

Finalement, il faut en revenir à De Gaulle, pour trouver un homme qui savait manier avec tact les convenances : la jaquette de jour et l’habit officiel le soir. En journée, pour les grandes cérémonies, plutôt que la queue-de -pie, son uniforme de Général était plus souvent de sorti.

 

 

 

Ci-dessous, Pierre Messmer et Maurice Couve de Murville en jaquette, De Gaulle en Général. Les Préfets, Militaires et tutti en uniformes respectifs. Quand même, pour des français, c’est la classe et ça devrait être normal.

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Voilà, j’ai fini.

 

PS : j’oubliais aussi à propos du diner au Danemark. Bruno Lemaire. Lui, sait ce qu’est une queue-de-pie. Hélas il est grand. Et sa queue-de-pie était trop courte, découvrant allègrement son gilet. Dommage! Car avec son cordon autour du cou, il avait du panache!

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Belle semaine, Julien Scavini

Bel été

L’été est là, il est temps de relâcher un peu le rythme, à défaut d’être tout à fait en vacances. L’année fut riche et tumultueuse. Je vous souhaite alors un bel été.

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Je profite de ce dernier billet avant l’automne pour vous encourager à voir un film, Julie & Julia, comédie dramatique américaine datée de 2009.  Ce film tout à fait délicieux relate le destin croisé de deux femmes : l’une a fait découvrir aux américains la cuisine française dans les années 50 et 60, l’autre a remis au goût du jour ces recettes dans les années 2000. Le film entrecroise les deux époques et les deux récits d’une manière très honnête.

Julia Child est peu connue en France. Cette américaine, qui ressemble assez à Maïté dans la façon d’aborder poulets et autres victuailles, s’est prise de passion pour notre gastronomie dans les années 50, lorsqu’avec son mari diplomate, elle s’est installée à Paris. Elle n’a eu de cesse dès lors d’apprendre à cuisiner et surtout de faire aimer la bonne cuisine et les produits frais aux américains. Un destin hors du commun. Elle présenta même pendant 10 ans une émission télévisée sur le sujet. Elle est jouée par une Meryl Streep au sommet de son art, mariée à Stanley Tucci, déjà vu sur Le Diable S’Habille en Prada. La mise à l’écran du Paris des années 50 est absolument formidable, un délice suranné plein de fraicheur, un bonheur. Les costumes de Stanley Tucci, mélange de conservatisme bureaucratique et de décontraction américaine, sont très élégants.

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Julie Powell, de son côté, s’était lancée comme défis dans les années 2000 de refaire toutes les recettes françaises – et elles sont nombreuses – du livre de Julia Child Mastering the Art of French Cooking.  Au delà des mets absolument délicieux cités à l’écran (ah cette sauce hollandaise!), elle est l’une des pionnières du blogging. Et la première personne dont le blog est devenu le sujet d’un film, de ce film. Réalisation qui mêle donc les thèmes : deux femmes qui s’ennuient à deux époques différentes, deux manières différentes de s’occuper et surtout, deux manières de partager son savoir. Un film rafraichissant, plaisant et gourmand. Petites audiences à l’époque, c’est dommage. Un film gastronomique qui devrait plaire aux français pourtant, il met à l’honneur leur art, l’élégance culinaire !

 

Bel été ! A bientôt. Julien Scavini