Soirée cuir !

Ce soir, penchons nous sur les pièces en cuir, éternellement à la mode et sur lesquelles je me penche depuis peu. Inutile d’espérer un discours sur le pantalon en cuir, non ; mais plutôt sur les blousons. Il est possible d’en trouver dans toutes les échoppes. Tous se valent ils, je ne sais pas. J’imagine que beaucoup des matières utilisées pour leurs confections viennent de chine. Par ailleurs, le processus de tannage  doit grandement influencer la durée de vie de la peau : effet du temps et donc de la patine, résistance à l’usure et aux plis. En revanche, au niveau de la coupe, il m’est possible de me prononcer.

Les blousons en cuir sont assez souvent attachés à la figure de l’aviateur. Si cette matière ancestrale a de tout temps été utilisée, elle a acquis des formes intéressantes grâce au travail des tailleurs des armées.  Le cuir est apprécié pour sa résistance, son endurance. Il est aussi thermiquement intéressant et (peut) protéger le corps des flammes. Deux modèles retiennent mon attention, deux classiques ! Le premier est le flying jacket heavy B3, datant de la seconde guerre mondiale. Avec, on pourrait vous croire descendant de votre bombardier, mais au moins, il est authentique ! Ce modèle-ci est d’ailleurs très reconnaissable à ses parmentures en moutons. Il possède traditionnellement une grande poche à cartes sur le devant et sa taille peut se resserrer grâce à des tirettes. C’est un blouson court, vous obligeant à porter un pantalon taille haute.

Le deuxième est un manteau croisé, plutôt court (pour la position assise) à grand col et manches raglantes, souvent ceinturé à la taille et possédant deux poches ventrales et une poche poitrine à rabat.  Ce modèle, digne des premiers temps héroïques de l’aviation est indéniablement élégant et très versatile.

Ces deux modèles sont trouvables aux puces, ou à défaut, la Mecque du surplus militaire : Doursoux qui en ré-édite de très beaux! Je ne suis pas spécifiquement un amateur de vêtements d’armées, mais quelques fois, c’est là que se nichent d’authentiques et robustes pièces. Puisqu’on me le souffle gentillement: Eastman Leather.

Ce soir également, une courte chronique de Stiff Collar Business :

  1. La marque Albert Arts dirigée par Albert Goldberg (article ici) réduit la voilure. Liquidation de l’enseigne à Paris (chez Old England) et baisse de capacité à Nice.
  2. Il semblerait que le groupe Richemont ait racheté les 2000m² du magasin Old England lui ayant par le passé déjà appartenu. L’idée serait d’en faire un vaste flagship dédié aux montres du groupe, dont Cartier. En recoupant avec l’information 1, Old England doit disparaitre. Triste nouvelle. Les touristes chinois sont visés par ce redéploiement à deux pas de la place Vendôme, sachant que leur panier moyen à Paris est de 1300€.
  3. Dormeuil a cédé toutes ses activités dans le prêt-à-porter et le sur-mesure à Smuggler. Aucune information sur le maintient à long terme de la marque Dormeuil. Par ailleurs, Dormeuil Drapiers Frères a déménagé l’intégralité de son business en Angletterre. Les tissus Dormeuil ne sont plus français (petit snif).
  4. La marque Brioni a été rachetée par le groupe de luxe PPR, qui compte en faire une marque de référence dans le luxe pour hommes. Notons également l’intention du fils de Bernard Arnault (groupe LVMH) de projeter Berluti sur une échelle globale, proposant en plus des souliers, des vêtements pour hommes.

Julien Scavini

Le pantalon pour l’hiver

Un client me demandait récemment un article sur le pantalon formel. Mais que veut dire cette expression ? A vrai dire elle ne signifie rien ! Le seul pantalon formel que je connaisse est celui de la jaquette, noir ou anthracite à rayures grises et blanches. C’est un pantalon seul, qui n’est pas du même tissu que le veston. Les grandes tenues formelles que sont la queue de pie ou le smoking sont elles unies, haut et bas. Le costume, nouvel habit formel, est également uni.

Reste donc les pantalons ‘sports’ dépareillés. Peut-on les classer du plus ou moins formel ? Peut-être. Au sommet, nous mettrons les flanelles foncées grises, de l’anthracite au clair. A utiliser avec une veste sport, petits chevrons marrons ou encore blazer bleu marine. En bas, les chinos et les jeans et entre les velours notamment les 500 raies, dans de nombreuses couleurs, plus volontiers vives.

Mais maintenant que l’hiver est là, il faut quelque chose de chaud pour couvrir les jambes. Cette pièce parait être le parent pauvre du vestiaire masculin de nos jours. Les hommes ne portent plus de laine et préfèrent le denim. Dommage. Pourquoi? Deux pistes me viennent à l’idée : la complexité au nettoyage (à sec au pressing) et la mauvaise coupe.

Pour le premier problème, je n’hésite pas à mettre les miens à la machine, en cycle laine froid. Pas à chaque port non, mais de temps en temps. Le plus dur est le repassage. La coupe ensuite, et là, gros point noir. Le pantalon, oui!, est peut-être la pièce la moins évidente à couper. Si la mode indique un bas étroit – ce que j’aime assez – le reste doit être assez ample surtout à partir des genoux. Le pli doit tomber droit.

Marre de ces pantalons de prêt-à-porter à effet moulant aux cuisses. Il suffit de regarder les catalogues. Les pinces ont disparu et c’est bien dommage. Un client récemment, à qui je conseillais la double pince, m’interrogea sur leur justesse par rapport à la mode actuelle. En effet, c’est ringard rétorquais-je, mais confortable ; que voulez-vous ? En position assise, elles s’ouvrent, laissant de l’aisance pour les cuisses et le postérieur. L’affaire fut tranchée.

Il commanda des modèles d’hiver, en whipcord. L’idéal. Épais et robuste. Pour ma part, j’ai actuellement en fabrication deux modèles en flanelles marrons, l’une chocolat, l’autre tabac. Ce sera parfait en complément de vestes marrons/ vertes et même bleues.

Julien Scavini

Les surfeurs portent ‘haut’

Ce soir, bref gronderie à l’encontre des fabricants de pantalons! Cet été, j’ai cherché un chino, c’est à dire un pantalon léger, en toile de coton et de couleur beige. Rien de bien compliqué, sauf que les stylistes, toujours eux! sont passés par là.

Premier arrêt chez Gap, petite affaire bien sympathique qui quelque fois produit des pièces simples. Et en effet, plusieurs coupes de chinos s’offraient à moi. J’essayai quelques modèles, qui hélas me défrisèrent! Taille basse, taille basse, taille basse! J’avais les hanches serrées et les choses de la vie compressées ! Et en plus, la mode actuelle veut que l’on y place des pinces, doubles même! Affreux. Mais quelle idée de placer des pinces sur une taille basse ? Who say that?

Arrêt suivant chez Dockers, autre maison connue pour ce genre d’article. Et là encore, mais cette fois-ci pour un peu plus cher, chino taille basse à double pince, et coupe droite… bref, vraiment pas palpitant. J’étais dépité. Cacharel rien de mieux, et après Ralph Lauren, trop cher pour la qualité. Bref, j’ai cessé de chercher!

Puis, en repassant cette histoire dans ma tête, j’ai prêté attention à deux pièces de ma garde robe : une vieux bermuda d’au moins 15ans et un short long de plage datant de l’année dernière, tous deux de chez Billabong, célèbre marque australienne de surfwear! Et mine de rien, ces deux ‘panta-court’ sont bien taille haute! Et s’ils sont longs – c’est la tradition actuelle chez les surfeurs – ils ne sont pas trop amples. Ils sont confortables, pas serrés du tout, parfaits aux fesses, mais pas amples! Et ils montent à la taille, en la serrant parfaitement! Une merveille de confort. Vraiment, je ne tarie pas d’éloge sur cette coupe!

Mais cela n’a rien d’étonnant ceci-dit. Car le short de baignade est un vêtement technique, qui doit rester bien en place, y compris dans les énormes rouleaux qui sont la norme dans ma région natale. Et évidemment, pour rester bien en place, il faut être à la taille naturelle… Comme quoi, la raison se niche parfois dans les endroits les plus insoupçonnés!

(Ceci est vrai pour les bermudas de bain, car les jeans de la même marque sont à taille basse!)

Julien Scavini

Le kit pour cricket

Le sport chic, terme à la mode à la ville ces temps-ci, terme en désuétude sur les terrains de sport. Le monde est fait ainsi qu’il est bourré de contradiction… Bon, malgré tout, il est toujours possible d’aller frapper quelques volants en tenue élégante! Les anglais possédaient tout un arsenal vestimentaire pour chaque circonstance sportive. Ce soir étudions les tenues de cricket, facilement réutilisables pour par exemple jouer… au croquet ?

Bref, l’ensemble est principalement blanc! Du blanc, du blanc! Pratique à une époque où les matchs étaient rediffusés sur les téléviseurs noir et blanc et où la pelouse apparaissait foncée. Mais pas un blanc parfait non plus. Un off-white disent les anglais, voire du blanc crème pour la chemise, le pull en maille, le pantalon, les chaussettes, les chaussures etc… Seul le blazer que l’on enfile après le match, pour le thé, peut être en bleu, même si le blazer blanc est aussi un classique. Lui aussi est sous-tâché aux couleurs du club.

Passons sur la chemise, abordons le pull. Celui-ci présente invariablement un col en V avec une garniture colorée, aux tons des armoiries du club, c’est très important! Il peut être à manche ou sans. Ensuite, la pièce maîtresse, le pantalon à double pli et à ajusteurs de tailleur en flanelle blanche. Pantalon que les anglais appellent cricket flannels, ou simplement flannels car ce terme est l’expression même du pantalon mou, ample, doux en flanelle. De nos jours, le terme désigne un pantalon de survêtement en polyester blanc, pour le cricket… triste sire.

Cette flanelle blanche justement est devenue impossible à trouver. Plus personne n’en produit, ou alors des imitations en serge. C’est un tissu vintage diront certains, un tissu de grande valeur! J’avais demandé il y a quelques mois chez Gorina pourquoi ne pas proposer de flanelle d’une telle ‘couleur’. Il m’avait été répondu que pour cela, il fallait nettoyer l’intégralité des machines, celles pour carder la laine, celles pour la filer, celles pour la tisser etc… Bref, un coût et un temps monstrueux, pour un tissu qui vaudrait probablement plus de 200€ le mètre et se vendrait difficilement.

Ceci dit, j’ai entendu cela plusieurs fois, un espoir existe chez l’inventeur de la flanelle, la maison Fox Flannels située dans le Somerset qui produirait encore une telle référence. Ouf!

Julien Scavini

Les mains dans les poches

Et voilà, je ne publie pas le lundi soir et les bourses chutent le mardi matin! Diantre!! Mes excuses.

Bref, ce matin, une fois n’est pas coutume, étudions la façon de mettre la main dans la poche du pantalon. Cette anecdote m’a été soufflée par un ami. Je me suis empressé de la répéter lors d’un mariage récent, ce qui a mis beaucoup d’amis dans un profond doute : comment mettre ma main dans ma poche ? La bien séance veut d’ailleurs que l’on n’ait pas les mains dans les poches, votre grand mère vous le dirait! Mais bon.

Alors, petit croquis, avec une veste à deux fentes :

En A, la démarche anglaise. S’ils ont inventé la veste à deux fentes, c’est pour s’en servir. Il faut aller chercher loin les fentes, puis y insérer les mains en ramenant les pans de la veste. Ils se replient, le résultat est net.

En B, la méthode française, c’est à dire, aucune méthode. On cherche l’entrée du pantalon en soulevant la veste. C’est encore plus évident avec les vestes à une fente que nous adorons (enfin pas moi!)

Et la C, à l’italienne. Forcément nos amis ritals sont démonstratifs. Donc, il repousse la veste en arrière, ce qui découvre les garnitures avec le magnifique doublage. C’est éminemment ostentatoire mais c’est moins net que la manière du prince William. Ici, le tissu froisse, l’étoffe s’exprime.

Et vous, quelle est la vôtre ? Vous avez un doute? C’est fait pour 🙂

En France, nous sommes des gaulois latinisé envahis par des germano-saxons. Donc, nous pouvons choisir la méthode italienne ou la version anglaise, les deux seules variantes élégantes à mon avis.

Julien Scavini

Vestes dépareillées pour l’été

Si le répertoire des tweeds est très développé l’hiver, la saison estivale a elle aussi ses classiques, sport coats ou blazer. Mais leurs choix semblent souvent plus compliqués, peut-être est-ce dû au soleil et à sa lumière, qui normalement nous écrase… Nous préférons alors la clarté. Car si les motifs ne nous font pas peur d’habitude, nous avons tout de même quelques scrupules maintenant. Voici ce soir trois propositions toutes simples, classiques, presque des essentiels de la garde robe pour l’été. Les coloris sont volontairement unis, et cela pour faciliter les associations avec cravates et chemises. C’est la garantie de la longévité aussi, loin des caprices de la mode.

Vous pourriez donc avoir dans votre penderie, dans l’ordre, un blazer, une simili-saharienne, une veste couleur ‘ficelle’:Trois propositions simplismes donc. Le blazer tout d’abord, croisé ou droit (plus facile à porter), est bleu mais peut varier dans cette tonalité, comme ici dans une proposition de Brooks Brothers. Historiquement et au bord de la mer, on faisait confectionner des pantalons dans les anciennes voiles de pêcheurs, souvent de couleur vieux rose. Avec, espadrilles de toile et une chemise à rayures bleues, vous complétez l’ensemble simplement.

La saharienne – qui d’ailleurs n’en est pas vraiment une – avec ses nombreuses poches plaquées à rabats est très utile pour partir en vadrouille ou prendre l’avion. Vous pourrez fourrer à l’intérieur de celle-ci tous vos accessoires, téléphones, clefs, cartes, portefeuille etc. qui seront en sécurité et ne risqueront pas de tomber si vous défaites le veston. En blanc, elle se complète aisément d’un chino sable ou khaki, ou bien bleu. C’est une pièce en coton polyvalente!

Enfin, la petite veste toujours utile, celle à poches plaquées en laine moyenne de couleur ficelle. C’est l’accompagnatrice idéale du jeans. Comme elle reste unie, elle peut être complétée à l’envie et suivant le moment : carreaux, rayures, couleurs diverses, petits motifs etc.

Notons que ces propositions peuvent varier énormément, en restant sur la même base classique, grâce à une multitudes d’accessoires et souliers. Et vous, quel veston utilisez souvent? Avez-vous d’autres idées?

Julien Scavini

Blazer de régate

Lors des célèbres régates de Henley, dans l’Oxfordshire, il est traditionnel de sortir une autre pièce vestimentaire oubliée de son placard : le boating blazer quelques fois appelé rowing jacket, ou blazer de régate. Intéressons-nous aujourd’hui à cette curieuse veste dépareillée et bariolée, très estivale.

Traditionnellement, chaque club sportif possédant ses couleurs, il les décline sous toutes formes, de la cravates regimental à la veste en passant par les boutons de manchettes et les rubans de canotiers. Il s’agit en quelque sorte de l’ancêtre des maillots d’équipes qui peuvent valoir si chers à l’heure actuelle. Chaque club, pour se reconnaitre, éditait donc un tissu pour couper… des blazers. Ceux-ci étaient parfois même rehaussés d’armoiries à la poitrine. D’ici provient l’une des origines du blazer bleu ; bleu car sans appartenance particulière… Le boating blazer donc, se présente principalement sous la forme d’une veste droite à trois boutons, sans fente et à poches plaquées. Il est confectionné soit un tissu à bandes verticales (et il existe dans ce répertoire de nombreuses variantes très très très (trop) colorées), soit dans un drap uni (rouge, jaune, vert etc) dont les bords sont sous-tachés (gansés) d’une autre couleur (principalement le blanc). L’effet est immédiat, you’re a sport !

Difficile de nos jours de trouver une veste de régate, plus difficile encore de l’associer dans une tenue, sauf pour les harmonies de coloris les plus minimalistes. Ces articles peuvent être dénichés occasionnellement, au détour de collections comme chez Hackett ou Ralph Lauren. Sinon des spécialistes existent, comme Walters à Oxford ou New & Lingwood à Londres, ou encore Jack Wills. Autrement, ils peuvent être confectionnés sur mesure, faut-il encore pouvoir trouver le tissu. Enfin, ils sont admirablement complétés par le canotier (straw boater, que l’on peut acheter sur le site de Darcy Cloth) ou la casquette regimental (rowing caps).

Julien Scavini

L’homme le plus élégant du monde est …

Pour Stiff Collar, l’homme, que dis-je l’être supérieur, le plus élégant du monde est Sa Majesté l’empereur du Japon, plus connu sous un nom qui ne se prononce pas, Akihito. Fils d’Hirohito, il accéda au trône en 1989 et ouvrit alors l’ère Heisei du calendrier administratif nippon.

Récemment, je regardais la chaîne d’information continue NHK World lorsque j’aperçus la cérémonie de remise des lettres de créance des ambassadeurs à l’Empereur et fus saisi par l’implacable netteté des habits au palais de Tokyo. La jaquette, ou morning coat, y est portée mieux que partout ailleurs, à la fois par le personnel et par sa majesté – normal me direz-vous -. Il m’a même semblé que l’esthétique et la rigueur dépassaient de loin celles du palais de Buckingham.

Si les membres de familles royales sont souvent habillés pour le mieux, je trouve que rien ne surpasse en maitrise et en classicisme les mises de l’héritier du Trône du Chrysanthème. Car il n’a pas un physique facile, étant petit, fort et – surtout avec le temps –  légèrement voûté. Il possède également un cou très court. Bref, une physionomie pas évidente à habiller. Et pourtant, et pourtant, quelle prestance! Ses tailleurs ont réussi la gageure de la lui procurer. Même si la précision et le maintien japonnais aident beaucoup.Ces trois tenues que j’ai dessiné ce soir représentent un peu la quintessence de son répertoire. Il pourrait être aisé de rapprocher celui-ci de la garde robe d’un autre royal gentleman, le duc de Windsor, frère ainé abdicateur de George VI. Ils ont un peu les mêmes physiques courts et se ressemblent en jaquette. Mais au japon, point de motifs bariolés, point de vestes sport.

Trois tenues donc. A la ville, il me semble qu’il porte systématique le costume veste croisé sur pantalon large et droit. Ses vestons sont coupés sur deux boutons fonctionnels. Ce qui passerait pour un vieux croisé des années 80 prend ici tout son sens et augmentant le V des revers. Additionné à une veste courte, cela fait oublier sa taille. Et il ne se sert pas, malgré son rang ô combien important, de talonnettes comme M. Sarkozy.

Le costume d’apparat est aussi issu d’une tradition britannique. Il est d’ailleurs marquant de voir à quel point les codes anglais ont été intégrés à la culture japonaise, et pas de travers en plus! Costume donc constitué d’une queue de pie portant décorations, à l’instar de nombreuses Maisons européennes.

Enfin, toutes cérémonies appellent le port de la jaquette et là encore d’une divine façon. La couture de taille permet d’épouser les formes au mieux. Le pantalon à rayures, le gilet croisé, les gants, le haut de forme complètent l’ensemble.

J’entends souvent dire que telle ou telle tenue n’est pas adaptée à telle ou telle morphologie. Souvent par excès de pudeur. Tout peut aller à tout le monde pourvu que ce soit revendiqué et évidemment, bien coupé! Nous le voyons ici.

Julien Scavini

Les méthodes de doublure

Qu’il fait chaud, mais qu’il fait chaud! En ces temps incertains où les orages doivent arriver, impatiemment guettés comme au milieu des plaines africaines, il est bon de s’interroger sur sa veste de costume. Comment en effet concilier prestance au travail et modération thermique? Pour ceux d’entre nous qui travaillent à la clim’, aucun problème. Mais pour les autres? Notons également que l’air conditionné, vendu depuis les années 50 par nos amis américains trouve actuellement, dans la crise de l’énergie sa limite. Le premier ministre japonnais a en effet et depuis quelques semaines décrété un ‘cool biz’ – comprenez être cool au travail, c’est-à-dire venez sans veste – en raison de l’arrêt de nombreuses centrales nucléaires, et du manque d’électricité qui en découle. Les grandes tours de bureaux, révolution moderne du travail, se transforment alors en immense grille-pain.

Le coton peut-être un atout, bien qu’il respire assez mal. Mais il a l’avantage sur la laine, de s’entretenir mieux, notamment le pantalon, qui s’il est bien fait, pourrait supporter un cycle en machine. Les coupes amples (pas trop grandes!) facilitent aussi la vie, avec une sensation moindre sur la peau. Chemises et costumes trop cintrés sont à proscrire, alors que l’hiver ils sont intéressants.

Enfin et surtout, que mettre à l’intérieur. Comment alléger au maximum la veste? Choisir un coton léger (240gr) peut déjà être une base. Passez ensuite à la doublure. Quatre grandes options s’offrent à vous : A – la doublure intégrale, évidemment la plus courante, en viscose, en acétate, en polyester, en soie etc. Elle permet de réaliser les ‘propretés’, càd camoufler les coutures et l’intérieur (fonds de poches, toiles, coutures, etc).

B – le non-doublé dos, quelque fois appelé 1/4 dos. C’est déjà une avancée. Vous conservez la jouissance des poches de la garniture, et un empiècement doublure finit le haut du dos.

C – le non-doublé. Ici, plus de doublure pour camoufler les fonds de poches etc. Une grande garniture de tissu double le devant, dans laquelle sont réalisées les poches portefeuille. Les poches extérieures possèdent des fonds de poches (donnant sur l’intérieur) en tissu, à la manière des poches de pantalons. C’est une jolie méthode qui donne à voir, tout en étant relativement minimaliste! Les ‘propretés’, càd les coutures sont camouflées par des ganses ou surpiquées-couchées comme dans une chemise.

Dans ces trois méthodes, vous bénéficiez de l’entoilé et d’une épaulette, ces méthodes n’étant pas contradictoires.

D – le non-doublé intégral, quelque fois appelé veste foulard. Ici, il n’existe plus aucune poche à l’intérieur. De même la toile disparait, comme les épaulettes. Le montage de la tête de manche est plutôt comme une chemise. La structure disparait, la veste est molle, effectivement comme un foulard, ce qui peut être idéal pour des cachemires bi-faces bi-colores.

Julien Scavini

Manches courtes

Non, nous n’allons pas aborder ce soir le sujet des chemisettes – je sens déjà les tomates pourries arriver – mais bien celui des manches de vestes, irrémédiablement trop longues ! Je crois qu’à tous les prêt-à-porter, je retirerai 1,5cm de longueur ; mais ils sont issus des mêmes tables de gradation.

Il est de tradition de laisser entrevoir 1 à 2 cm du poignet de chemise – tradition détestée en Asie, honnie chez les militaires – mais les tailleurs anglais nous ont appris cette règle, alors autant se la tenir pour dîtes. Dès lors, et comme les vestons en p.à.p. ont des manches généreuses, les chemises s’adaptent en étant plus longues encore, jusqu’à recouvrir la moitié de la paume de la main quelques fois.

Il n’existe pas vraiment de règle parfaitement tranchée en la matière, pour juger de la bonne longueur ou non au demi centimètre près. Soyons pratique : quel est le résultat de manches trop longues (même si la chemise dépasse, donc encore plus longue) : la sensation de chaleur. Il est un fait : recouvrir la veine qui relie la main au bras donne une abominable sensation de chaleur, ou du moins amplifie celle-ci. Et je crois que l’aisance dans ce cas est tout ce qui compte!

La plupart, sinon tous les vendeurs et petits tailleurs prennent la longueur de manche avec le bras coudé à l’horizontale. Je pense que c’est une erreur. Finalement, prêtez-y attention, nous sommes le plus souvent bras vertical, notamment en déplacement. Il convient à ce moment d’avoir de l’allure. Sinon, accoudé à votre bureau, la problématique est différente. Donc je prends la mesure bras tombant. Et comme repère, je me fixe sur le petit os (en fait le sommet du cubitus, opposé au pouce, sur la face externe du bras). J’imagine la veste s’arrêter au dessus, la chemise en dessous, d’où 1,5cm de différence. Rajouter exactement +1,5cm pour un port classique, question de volonté du client vis à vis de son tailleur.

Pour vérification, je place (bras vertical, comme sur l’illustration) la main perpendiculairement au bras, et la fait aller de droite à gauche. Elle doit frotter le poignet de la chemise, mais pas le faire remonter, encore moins la manche veste.

Alors je vois poindre d’ici les critiques : quoi, une manche comme ça? mais elle est trop courte? Oui en effet, la manche est courte, et toutes vos chemises seront irrémédiablement trop longues (je le sais d’expérience). Mais lorsque quelques vestons correspondront à quelques chemises, vous vous sentirez à l’aise, sans jamais de surchauffe à ce niveau et une aisance parfaite pour serrer des mains ou tenir votre sacoche à bout de bras. Évidement, bras coudé, cela fera court, mais cette posture est généralement admise devant un clavier d’ordinateur où c’est un avantage. Et puis personne ne remarquera jamais que vos manches sont plutôt courtes tant que l’harmonie générale est correcte : veste à la bonne taille ni trop longue ni trop courte. Quelqu’un qui est à l’aise et en confiance dans son costume se remarque ; quelqu’un qui a chaud sous un costume trop long, mal adapté ne sera ouvertement pas à l’aise. Monsieur Hulot lui était à l’aise 😉

Julien Scavini