Petit article humoristique ce soir, en forme d’interrogation.
De nos jours, les produits sont des consommables. Mais au delà d’être consommables et jetables, ils sont aussi – et heureusement – plus confortables. C’est le bénéfice du progrès.
Prenons une paire de souliers classiques en cuir. C’est un objet magnifique et c’est un objet fabriqué avec une grande technicité. Un soulier en cuir dure des années, pourvus qu’on l’entretienne bien : changement de talons et de patins réguliers, alternance régulière des modèles, pose de fers etc…
Pour autant, nombreux sont les messieurs qui se plaignent d’avoir mal au pieds. Moi le premier. Les américains ont compris ça depuis longtemps, regardez les avec leur baskets. Les italiens ont encore mieux compris ça, admirons les avec leurs souliers classiques à semelles de gomme.
Il est possible de ne pas avoir mal au pied dans une chaussure classique si on y met le prix. Le jour où j’ai acheté mes premières Alden (dans la bonne pointure), j’ai découvert le grand confort. Pied bien tenu, voûte plantaire soutenue, semelle moelleuse.
Pour autant, est-ce que c’est la chaussure que je prends pour partir en voyage et pour arpenter les rues des sites touristiques où je me rends? Eh bien non. Pour plusieurs raisons:
– c’est un soulier lourd dans la valise
– je ne suis pas tout à fait sûr du confort pendant une journée entière de marche
– je ne voudrais en aucun cas abîmer le soulier ou rayer la surface du cuir (très important !)
– une paire de baskets légère genre Le Coq Sportif est bien plus confortable
– ça fait bip bip au passage de la sécurité à l’aéroport (soit à cause des œillets, soit à cause de je me demande bien quoi)
Car admettons le, une paire de petites baskets est bien plus agréable. Un ami est récemment venu me voir à la boutique pour une commande. Il a travaillé chez Corthay et dans de nombreuses maisons de cuir et est toujours habillé d’élégants pantalons de laine ou de coton que je lui fais, taille haute. ll avait aux pieds une paire de New Balance. Quel amusement : « eh bien j’en ai marre d’avoir mal au pied » m’a-t-il répondu. Et le fait est. Je conseille à ceux qui n’ont pas essayé : associer la basket (molle et confortable) au pantalon de laine légère (mou et confortable), c’est le pied. Bon d’accord ce n’est pas très présentable. Mais mais mais, c’est rudement agréable.
Je vous rassure, je ne travaille pas encore comme ça, on est pas chez Cucinelli ici !

Et cette réflexion m’en a inspiré une autre, que je vous laisse méditer. Je suis assez amateur de voitures de collection, le genre grosses berlines anglaises. Comme notre ami Chato Lufsen qui lance actuellement son affaire de cravates et de boutons de manchettes.
Les voitures d’aujourd’hui sont confortables. En plus, elles se pilotent un peu toute seule grâce au régulateur de vitesse, à l’aide au stationnement et à la boite automatique. Elles sont formidables et la sellerie très agréable. En plus elles consomment peu et sont d’un entretien très raisonnable. Et on les garde au final assez peu, une génération faisant passer la précédente pour ringarde tous les cinq ans. C’est ainsi.
D’un autre côté, les vieilles voitures sont belles. Magnifiques même. De vraies sculptures avec leurs chromes, leurs pneus à flancs blancs et leurs poupes plongeantes. Une Rolls Silver Dawn ou une Bentley S2, mais quelles beautés frissonnantes!
Pourtant, elles consomment 20L au cent pour certaines, elles sont capricieuses, dures à conduire et à freiner et leur entretien est incessant. Il faut changer l’huile, graisser les bielles, surveiller les raccords, entretenir les cuirs (ça me rappelle quelque chose), etc… En plus, l’intérieur est même pas plus confortable que ça et les ceintures de sécurité absentes.
A l’issu de ce match, le gentleman raisonnable ne sait comment choisir. Entre l’ultime et difficile beauté ou entre le confort et la relative praticité.
Autant de parallèles qui m’ont amusés. Les propriétaires telles mécaniques sont rares et forment une élite automobile. Les propriétaires de souliers bien entretenus avec passion sont aussi rares. Nous sommes des amateurs éclairés ! On sait comment les entretenir et comment oublier le mal de pied. Nous avons un savoir-faire et en connaissons les avantages et les limites. Et comme sur les belles mécaniques anciennes, on sait qu’un beau cou de polish (pardon de cirage) rend l’objet sculptural !
Reste à dire, que le gentleman raisonnable utilise les deux (enfin s’il en a les moyens, pour ma part pas encore). La grande Jaguar le week-end (en fait, des Edward Green en semaine) et une petite Peugeot en semaine (en fait, des Adidas le week-end)! Ouf.
Et comme les grandes anciennes, les souliers existent parfois bicolore 😉
Bonne semaine, Julien Scavini













