Un lecteur m’a écrit un peu avant l’été pour me questionner sur une alternative au tweed en été. En effet, Pascal de son prénom, vit entre la ville et la campagne et affectionne particulièrement le style anglais, dans le genre Barbour et chapeau de feutre. Mais comme il me dit, lorsque les beaux jours arrivent, le tweed parait complètement décalé, en style d’abord, en chaleur ensuite. Deux solutions s’offraient à lui : émigrer en Ecosse ou demander à Stiff Collar.
Je n’ai pas pu écrire immédiatement l’article. Car c’est une bonne question dont la réponse n’est pas évidente. Car tout dans le tweed s’oppose à la période estivale. Il y a la texture d’abord, laineuse et broussailleuse, qui donne chaud rien qu’au regard. Il y a ensuite la palette de couleur, des tons allants des mousses pâles aux mousses tendres, en passant par les oranges fanés. Bref, des tonalités bien opposées à la clarté estivale.

Bien sûr, les drapiers proposent une foule de tissus d’été, unis ou à carreaux genre prince de Galles. Mais ce sont des tissus plus francs, qui sont moins en rapport avec le tweed. A moins d’y regarder de plus près. Car à bien y réfléchir, on peut par l’argumentaire trouver des solutions.
Si l’on parle de texture par exemple, le côté rugueux du tweed peut être retrouvé dans les mélanges lin et soie. Car il ne faut pas imaginer que ces draps luxueux sont brillants et lisses. Au contraire, les vestes réalisées ainsi ont l’air rugueuses et pleines d’imperfections. En plus, ce sont des draps plutôt lourds, assurant un bon tombé.
Si l’on parle de couleur par ailleurs, se pose d’abord la question du style. Car s’habiller dans le goût ‘nature, chasse et pêche’ renvoie à une certaine conception épicurienne de l’habillement. C’est une manière de faire vivre l’idée du gentleman anglais qui est intemporelle. Pourquoi alors ce même gentleman ne pourrait il pas s’habiller comme savaient le faire les anglais l’été ? Avec des couleurs plus claires? Il existe par ailleurs une foule de teintes poudrées qui d’une certaine manière rappellent les teintures douces des tweeds. Un beau parme par exemple? ou un vert sauge? Arnys savait faire ça très bien, dans le genre campagnard élégant. Seulement, c’est moins passe-partout que le tweed et le pantalon de moleskine. Car cette recherche stylistique sera remarquée! Mais est-ce un mal?
Quelques tissus d’été, dont beaucoup de lin et soie et à l’allure campagnarde :
Le plaisir du tweed renvoie à une autre notion, celle de la solidité. Car une telle veste est endurante et peut durer des années. Une veste d’été ne le pourrait elle pas? C’est sûr qu’un drap léger de laine et soie n’est pas très durable. Mais par exemple, un fresco en mohair est super solide. Quant à la veste de lin irlandais, elle permet d’affronter les années sans beaucoup changer. Au contraire, comme le tweed, elle s’adoucit avec le temps. Les chics anglais du siècle passé savaient porter le lin.
Par ailleurs, il est possible l’été de sortir du registre de la veste classique. Si elle est adapté pour le tweed, avec ses revers et ses petites poches à rabat, on peut pour l’été préférer l’ampleur d’une veste d’ouvrier, plutôt carré avec sa forme de chemise et ses poches plaquées. Plus proche du blouson et réalisée dans une toile de coton, on peut y retrouver à fois le confort mou du tweed, sa résistance et son aspect passe-partout.

Il faut donc pour répondre à cette question s’en poser plusieurs. Le tweed me procure du bonheur : pour sa texture campagnarde? pour sa couleur poudrée? pour sa solidité à toute épreuve? Avec ces réponses, il est possible de composer une esthétique toute en finesse, avec plusieurs choix à la clef.
Bonne semaine. Julien Scavini





















