C’est un sujet qui revient régulièrement à la boutique, et qui nous fait rire : le jean à pli. Je m’explique. Un jean est l’assemblage de deux choses :
- une coupe spécifique, souvent dite cinq poches (deux arrondies devant plus une poche briquet ou montre, deux plaquées derrières,) qui se caractérise par une fourche très courte qui plaque le fessier, en bref très différente d’une coupe de pantalon de ville
- une matière, le denim, sergé dont la teinte du bleu au noir fait apparaitre une côte blanche.
Seulement voilà, si le second point est essentiel et logique, le premier ne va pas de soi. Coupe pas assez haute, cuisse trop serrée, inconfort sur les hanches, les griefs peuvent être nombreux et variés. C’est en particulier mon cas, n’aimant vraiment plus porter le jean. Le chino m’apparait bien plus confortable, qu’il vienne de chez Uniqlo, Ralph Lauren ou de chez moi. J’aime la coupe de pantalon de ville et surtout les deux poches discrètes au dos. Ces deux poches plaquées sur les fesses sont massives et pas d’un esthétisme fou, je trouve.
Certains clients me rejoignent. En particulier après 40 ans dois-je admettre toutefois.
Et donc que faisons-nous? Et bien un pantalon de ville, mais dans du denim. La coupe est classique et droite, le montant idéal sur les hanches, les poches et finitions aussi discrètes qu’un pantalon de costume. En bref, la simplicité.
Dès lors, ce mode de fabrication induit que ce pantalon soit marqué au fer devant et derrière, que le pli soit fait. Comme un pantalon de costume. Ce que nous appelons alors un jean à pli.
J’ai deux clients, travaillant dans les affaires à haut niveau, qui ne veulent porter que du jean. Toutefois pour être sobre, ils ont choisi cette option du jean de ville. Ils ont la matière, finalement assez discrète si marine foncé, et présentent une coupe classique similaire à leurs collègues en costume.

Un proche aime bien se moquer gentiment de ce goût. On en rigole bien car en effet, jamais un jeune n’aurait l’idée de faire cela. Je confesse toutefois y avoir pensé souvent pour moi. Je n’aime pas le jean pour ses empiècements et ses épaisseurs, ses coutures grossières et sa coupe inconfortable. Au final, avec une veste ou un pull, personne ne peut s’apercevoir que la coupe n’est pas celle d’un ‘vrai’ jean. Seules les poches diffèrent, en plus de l’absence des surpiqures de couleur.
Cet attelage d’un pantalon de ville et d’un jean est né probablement grâce à de petits boutiquiers comme moi. Car bien souvent, les fabricants de jean, pantalon archi simple et très normé, imposent des minimas de commande assez élevés pour être rentable. Or lorsqu’on est un petit détaillant, 50 pièces suffisent déjà amplement. Et les fabricants de pantalons de ville sont eux outillés pour des petites séries. Il est donc facile lorsqu’on est un ‘petit’ de proposer un pantalon de ville en denim.
Finalement, où est le mal à couper des pantalons de ville dans du denim? Une question d’âge et donc de ringardise sous-jacente? Je note que des tailleurs italiens s’amusent souvent à faire des pantalons double pinces avec du denim et plein de détails sartoriaux. Esprit de provocation? Ou volonté d’allier l’utile et à l’agréable? Je n’irais pas jusqu’à en proposer en prêt-à-porter car ce serait probablement un four. En me le demandant quand même… En serait-ce un?
Belle semaine, Julien Scavini











