Mais qui a tué le docteur Lenoir ?

Continuons ce soir avec la série d’articles légèrement ringards mais qui vont bien : parlons d’un jeu de société fort sympathique et plein d’attrait pour les amateurs de vie à l’anglaise. Top, je suis imaginé au début des années 40 par l’anglais Anthony Pratt à Birmingham et ma commercialisation intervient après-guerre. Je me déroule dans un manoir Tudor et emprunte beaucoup aux huis-clos à la Agatha Christie. Je suis  un jeu de société dans lequel les joueurs doivent se questionner à la recherche d’un meurtrier, je suis, je suis ?

Le Cluedo. Avec le Monopoly, le jeu dont petits et grands ne doivent pas se passer. Mais pour changer, je vais encore tourner nostalgique…  Car j’ai récemment acheté un Cluedo, de marque Hasbro à ma soeur pour son anniversaire. Pour dénicher une boite, j’ai dû fuir les grandes surfaces de jouets qui ne proposent plus qu’un Cluedo junior édulcoré et un Cluedo agent secret fonctionnant avec des boitiers électroniques… Heureusement, dans une petite échoppe tenue par un grand enfant, j’ai trouvé un Cluedo classique. Mais alors, quelle déception à l’ouverture de la boite : le manoir est transformé en Loft : la bibliothèque est devenue la salle de home-cinéma et le jardin d’hiver a été transformé en jacuzzi… où vais-je mettre mon mobilier en rotin, mon service à thé et mes petites cuillères en vermeil ? Bref, continuons à déballer. Diantre, les figurines n’existent même plus! A la place, de vulgaires rectangles de plastiques, colorés suivant les personnages…

Les personnages justement. J’en étais resté, pour les hommes, au colonel Moutarde, au révérend Olive et au professeur Violet. Remaniés eux aussi. Le professeur violet est asiatique. Why not, je ne suis pas contre la mixité. Si monsieur Olive est maintenant d’origine africaine, ce qui ne me choque pas plus, il n’est en revanche plus révérend. Pourquoi donc ? Et enfin pourquoi avoir dégradé le colonel au simple rang de Monsieur Moutarde ?  Pourquoi je vous le demande ?

Quant aux armes, ouf, les petites miniatures en métal sont toujours là. Mais nous avons perdu le fer à repasser (certes d’un modèle fort ancien) qui a été remplacé par la hache et une altère ; et surtout la clé anglaise. Oui, vous avez bien lus, la clé anglaise est passée à la trappe. Elle qui symbolisait à elle seule le jeu ! Au lieu de cela, on trouve un flacon de poison – pourquoi pas – et surtout un instrument contondant en forme de trophée… Je vous le donne en mille : un trophée de Star-Academy ! Passez-moi l’expression, dans quelle merde on est !

Bref, si par hasard, vous avez envie d’acheter un tapis de jeu de Cluedo pour passer un bon moment en famille ou avec des amis, achetez-en un vintage sur e-Bay ou dessinez le vous-même, mais fuyez Hasbro qui doit réaliser au moins 30€ de marge sur ces boites fabriquées en Chine!

Une courte annonce excessivement importante : à tous les amateurs de séries anglaise, la chaine TMC a décidé de diffuser en version française tous les samedi soir à partir de ce samedi-ci, la série de iTV intitulée Downton Abbey. Ce feuilleton événement imaginé par Julian Fellowes (co-scénariste de Gosford Park) décrit la vie de la famille Crawley et de leur domesticité à Downton Abbey, une demeure Anglaise dans les années 1910. Les héritiers de Downton Abbey ayant péri lors du naufrage du Titanic, la famille Crawley se retrouve dans une position délicate, les trois descendantes ne pouvant prétendre au titre de Lord Grantham. Or, le titre, le domaine et la fortune de la famille sont indissociables. Matthew Crawley, nouveau successeur et lointain cousin, arrive à Downton Abbey. Il y découvre un style de vie nouveau, avec des règles très strictes qui régissent la vie entre aristocrates et serviteurs.

Bref, un excellent moment de télévision, dans la droite ligne de Jeeves & Wooster ou Poirot.

Julien Scavini

La tête dans le trou!

Dans un trou vivait un hobbit. Ce n’était pas un trou déplaisant, sale et humide, rempli de bouts de vers et d’une atmosphère suintante, non plus qu’un trou sec, nu, sablonneux, sans rien pour s’asseoir ni sur quoi manger : c’était un trou de hobbit, ce qui implique le confort. Tolkien, au début de Bilbo Le Hobbit.

Alors que le froid nous tombe – que dis-je, s’abat –  sur nous et que le travail aussi en ce qui me concerne, l’envie du confort anglais se fait plus pressent. Et c’est systématiquement que je me remémore avec envie ces petites habitations et ce petit peuple de la Comté, en Terre imaginaire du Milieu, si agréablement mise en scène par Peter Jackson dans la trilogie du Seigneur des Anneaux. Une communauté de petits êtres attachants et attachés aux choses simples : la nourriture (la ‘boustifaille’), l’herbe à pipe (le bon ‘tobie’) et le plaisir de ne rien faire. Bref, le confort, ce qui implique aussi le vêtement.

Je ne sais comment Tolkien les a précisément décrit, mais chez les illustrateurs de la saga, le vestiaire des hobbits est directement issu de la tradition paysanne ouest-européenne et surtout anglaise des 17 et 18ème siècles. Sur un base de chemise avec ou sans col, certainement en lin : un gilet de longueur moyenne, puis un justaucorps (assimilable dans sa forme ici à une redingote, tout simplement avec des basques tombant droites), et s’il fait froid une grande cape. La culotte reprend la forme des braies courtes, autrement dit l’ancêtre des knickers, sans chaussettes évidemment, les hobbits n’ont pas de souliers mais des gros pieds velus.

Au delà, le semi-homme n’est pas mal fringué, bien au contraire, il ne rechigne pas à la coquetterie : velours moelleux, gilets rehaussés de broderies, fibules (agrafes) de cape en métaux précieux. Les formes également sont toutes en courbes, les cols des redingotes sont quelques fois châles et enveloppant. Certaines préciosités sont empruntées aux vêtements de l’aristocratie, ce qui ferait en fait des hobbits une sorte de classe moyenne paysanne, une société rurale rêvée.

Alors que les débats politiques nous parlent de retour au moyen-age et que les marchés financiers menacent de nous y envoyer pour de bon, je ne déteste pas voir dans ces vêtements folkloriques pleins de sources d’inspirations, notamment en ce qui concerne l’habitabilité (pouvoir varier le nombre de couche suivant la température par exemple) ou encore les couleurs. Les tons naturels de ces laines (que l’on imagine teintes artisanalement avec des mousses) sont très automnaux, assez agréables.

Le hobbit représentait une sorte d’anglais rêvé, quand les hommes (ceux du livre), cette sorte de ‘grande gent’ curieuse et lointaine figuraient les continentaux, nous par opposition. Le hobbit a construit une société à l’image de l’Angleterre rurale de Tolkien, loin de la mécanisation, et orienté vers ce terme tout british de cosiness pouvant signifier une atmosphère intime, douillette, mais assez intraduisible à vrai dire. Par exemple, l’architecte autrichien Adolf Loos utilisa tel quel ce terme pour décrire dans les années 10, sa conception des intérieurs, lui qui réalisa les salons tout en boiseries, en velours et en cuirs du tailleur viennois Knize… Ah le cosiness…

Finissons sur la fin de la citation, pour le plaisir : Il y avait une porte tout à fait ronde comme un hublot, peinte en vert, avec un bouton de cuivre jaune bien brillant, exactement au centre. Cette porte ouvrait sur un vestibule en forme de tube, comme un tunnel : un tunnel très confortable, sans fumée, aux murs lambrissés, au sol dallé et garni de tapis; il était meublé de chaises cirées et de quantité de patères pour les chapeaux et les manteaux – le hobbit aimait les visites.

Julien Scavini

Black Friday

> MAIL <

MàJ: Merci à tous pour votre rapidité.

Chaque lundi, je prends beaucoup de plaisir à écrire mon article. J’espère vous apporter autant d’envie que j’en éprouve. Si j’ai récemment lancé mon offre commerciale, c’est pour amener un produit de qualité, mais le meilleur prix est une notion difficile et tangente. Si je peux rendre un peu du soutiens que vous m’apportez, cher lecteurs, ici, c’est avec joie. Cette petite offre en était l’illustration…

Soirée cuir !

Ce soir, penchons nous sur les pièces en cuir, éternellement à la mode et sur lesquelles je me penche depuis peu. Inutile d’espérer un discours sur le pantalon en cuir, non ; mais plutôt sur les blousons. Il est possible d’en trouver dans toutes les échoppes. Tous se valent ils, je ne sais pas. J’imagine que beaucoup des matières utilisées pour leurs confections viennent de chine. Par ailleurs, le processus de tannage  doit grandement influencer la durée de vie de la peau : effet du temps et donc de la patine, résistance à l’usure et aux plis. En revanche, au niveau de la coupe, il m’est possible de me prononcer.

Les blousons en cuir sont assez souvent attachés à la figure de l’aviateur. Si cette matière ancestrale a de tout temps été utilisée, elle a acquis des formes intéressantes grâce au travail des tailleurs des armées.  Le cuir est apprécié pour sa résistance, son endurance. Il est aussi thermiquement intéressant et (peut) protéger le corps des flammes. Deux modèles retiennent mon attention, deux classiques ! Le premier est le flying jacket heavy B3, datant de la seconde guerre mondiale. Avec, on pourrait vous croire descendant de votre bombardier, mais au moins, il est authentique ! Ce modèle-ci est d’ailleurs très reconnaissable à ses parmentures en moutons. Il possède traditionnellement une grande poche à cartes sur le devant et sa taille peut se resserrer grâce à des tirettes. C’est un blouson court, vous obligeant à porter un pantalon taille haute.

Le deuxième est un manteau croisé, plutôt court (pour la position assise) à grand col et manches raglantes, souvent ceinturé à la taille et possédant deux poches ventrales et une poche poitrine à rabat.  Ce modèle, digne des premiers temps héroïques de l’aviation est indéniablement élégant et très versatile.

Ces deux modèles sont trouvables aux puces, ou à défaut, la Mecque du surplus militaire : Doursoux qui en ré-édite de très beaux! Je ne suis pas spécifiquement un amateur de vêtements d’armées, mais quelques fois, c’est là que se nichent d’authentiques et robustes pièces. Puisqu’on me le souffle gentillement: Eastman Leather.

Ce soir également, une courte chronique de Stiff Collar Business :

  1. La marque Albert Arts dirigée par Albert Goldberg (article ici) réduit la voilure. Liquidation de l’enseigne à Paris (chez Old England) et baisse de capacité à Nice.
  2. Il semblerait que le groupe Richemont ait racheté les 2000m² du magasin Old England lui ayant par le passé déjà appartenu. L’idée serait d’en faire un vaste flagship dédié aux montres du groupe, dont Cartier. En recoupant avec l’information 1, Old England doit disparaitre. Triste nouvelle. Les touristes chinois sont visés par ce redéploiement à deux pas de la place Vendôme, sachant que leur panier moyen à Paris est de 1300€.
  3. Dormeuil a cédé toutes ses activités dans le prêt-à-porter et le sur-mesure à Smuggler. Aucune information sur le maintient à long terme de la marque Dormeuil. Par ailleurs, Dormeuil Drapiers Frères a déménagé l’intégralité de son business en Angletterre. Les tissus Dormeuil ne sont plus français (petit snif).
  4. La marque Brioni a été rachetée par le groupe de luxe PPR, qui compte en faire une marque de référence dans le luxe pour hommes. Notons également l’intention du fils de Bernard Arnault (groupe LVMH) de projeter Berluti sur une échelle globale, proposant en plus des souliers, des vêtements pour hommes.

Julien Scavini

La question à 100 sous [Part II]

Mon mac ayant rendu l’âme de manière subite et désespérée, me voilà contraint de bouleverser quelque peu mon programme. Ce soir donc, un article principalement illustré, reprenant les propositions des lecteurs émises la semaine dernière à propos d’un questionnement vestimentaire : que mettre à l’Opéra, un samedi après-midi pour une sortie scolaire ? J’ai essayé de dessiner en suivant au mieux les idées de chacun. J’ai quelques fois modifié et je m’excuse par avance si je n’ai pas réussi à respecter l’idée de chacun… Donc, voici les illustrations, à la fin le cartouche. J’attends vos votes 😉

1 – Sur une proposition de H : blazer droit (avec ou sans boutons dorés dirons-nous), pantalon chino, chemise bleu clair, cravate club, pochette blanche, richelieus ton chocolat.

2 – Sur une proposition de Tanguy : pantalon de velours côtelé aubergine, gilet bleu (en coton/cachemire?), veste de petits chevrons de cachemire gris, cravate dans le ton du pantalon, pochette idem, chemise bleu pale, chukkas en veau-velours couleur tabac.

3 – Sur une proposition de Vincent : costume gris bleuté avec veste gansée de noir, nœud papillon parme, chemise à fines rayures parme et à col blanc, derby noirs.

4 – Sur une proposition d’Armand : l’habit ! Évidement, vous êtes sur Stiff Collar ! Barathea noire, revers de faille de soie, pantalon à double galons, gilet et nœud papillon de marcella, chemise plastronnée à col détachable, opera pump.

5 – Sur proposition du même Armand : costume gris clair, chemise à fines rayures bleues, cravate en tricot de soie, pochette blanche, richelieus cuir marron feu.

6 – Sur une proposition de Luis : blazer croisé à boutons dorés, pantalon blanc, chemise bleutée, cravate bleu rayée gris, pochette de soie blanche et tassel loafer en veau-velours.

7 – Sur proposition du même Luis  légèrement modifiée :  pantalon blanc, veste noire, pull à carreaux noirs, chemise et pochette blanches, cravate d’un noir moiré, mocassins bicolores noir & blanc.

8 – Sur une proposition de Nicolas : tout de même de velours côtelé noir, veston sport sans revers à col Danton, chemise et pochette blanches, foulard de soie rouge Hermès, sneakers noirs.

9 – Sur proposition du même Nicolas : pantalon et gilet de flanelle anthracite, veste un bouton de flanelle bleu, chemise bleu, cravate club bleu rayée gris, pochette bleu ciel, richelieus cuir marron foncé.

10 – Une deuxième proposition de ma part : costume à bleu marine rayé violet, chemise lavande et col blanc, nœud papillon violine, richelieus balmoral noirs.

à vous !

Julien Scavini

La question à 100 sous

Je vous soumets cette semaine une question posée par un client et qui me laisse encore assez perplexe. Que mettriez-vous pour une après-midi à l’Opéra Garnier, organisé par l’entreprise pour les enfants du personnel… Oui, rien que ça ! Que mettre, quoi mettre, comment ;  telles sont les questions. Pas évident.

Au premier abord, je dirais un costume. Évidemment, nous sommes en ville, encore mieux à l’Opera de Paris. Cela implique des souliers noirs et une certaine prestance. Mais, j’ai bien senti que ce n’était pas la réponse espérée. Une tenue dépareillée donc, un peu ‘décontractée’ est plutôt envisagée. Oui, car c’est une après-midi autour des enfants. Voilà typiquement le genre de cas qui fait voler en éclat n’importe quel code un tant soit peu ancien. Alors j’ai fait marcher ma petite cervelle, à la fois à contre coeur (j’ai ma réponse 1) et avec intérêt (que vais-je trouver de bien ?). Le fait est que j’ai eu du mal et que j’en ai encore. Pour illustrer cet article, j’ai dessiné une tenue bicolore, autour d’une veste bleu nuit à légers carreaux violets, accompagnée d’un pantalon de moleskine violette également. Chemise et pochette blanches, souliers marrons foncés (voire même veau-velours), cravates à pois discrets.Qui dit mieux ? Certainement beaucoup d’entre vous ? J’aurais pu retirer la cravate et choisir une chemise violet clair. J’avais aussi pensé à une veste en shantung de soie (soie sauvage). Mais je bute sur le pantalon et les souliers à associer. Je ne voulais en revanche pas tomber dans un ensemble trop sport, comme les vestes en tweed. Quoiqu’encore, un costume en tweed donegal bleu soit envisageable… Bref, je continue d’y réfléchir! A vous 😉

Julien Scavini

The Artist

J’ai eu ces derniers jours la bonne idée d’aller voir The Artist, le dernier film du duo Dujardin – Hazanavicius. Vous avez sans doute entendu parler de ce fabuleux film en noir et blanc et muet ! Autant de qualificatifs qui me plaisent! Et force est de constater que c’est une franche réussite. Dire que j’aime ce film est en dessous de la vérité ! Une pure merveille. Peut-être pas le chef d’œuvre du siècle, il manque pour cela un peu plus de profondeur intellectuelle – nous ne sommes pas ici chez Resnais – mais  indéniablement une réalisation hors du commun.

La réalisation est assez impeccable et certains plans empruntés à Citizen Kane ou encore au cinéma de Fellini sont époustouflants. J’ai en tête cette scène très architecturale dans l’immense cage d’escalier grouillante d’un immeuble de bureau ou encore la découverte par George Valentin de son important mobilier stocké sous des voiles de cotons blancs ! Des séquences magnifiques, qui empruntent tour à tour aux registres du suspence, de l’épouvante, de la romance etc… Tout y est, même une sorte de course poursuite sans poursuite à la fin! Et la musique, un ravissement à l’ancienne.

J’ai passé 1h40 en apesanteur ! Hors du temps ! Et que dire des voitures, des voitures !!! Du charme dans chaque plan. Et heureusement, les costumes étaient à la hauteur, la grande hauteur ! Impeccable grâce à Mark Bridges. En dehors de menus erreurs sur l’habit (avec nœud blanc et non noir), ils étaient tous très bien choisis. Pour les plans du matin en intérieur, Jean Dujardin nous offrait un défilé de robes de chambre et de pyjamas Sulka. En extérieur, alternance de costumes trois pièces en donegal (avec souliers bicolores s’il vous plait!) et de queue de pie. Quant au propriétaire du Kinograph, interprété par John Goodman, il arborait de belles rayures, celles des producteurs de cinéma et le chauffeur, James Cromwell arborait les parfaites livrées, avec le surtout croisé col claudine et les grands gants de conduite. Pourquoi d’ailleurs les chauffeurs ne sont ils plus habillés de la sorte de nos jours ?

Jean Dujardin est encore une fois merveilleusement habillé dans un film. Car avec les OSS 117, il figure maintenant dans les références, au même titre que Sean Connery ou Lino Ventura. Pourtant, à la ville et sur les marches de Cannes, peut mieux faire mieux dirons nous. Pourquoi donc les acteurs de nos jours ne sont ils plus élégants ? Il fut un temps où les costumières n’avaient pas besoin de les relooker pour apparaitre à l’écran. Clark Gable était le même à la ville et à l’écran. Et puis comment peut-on mentalement assumer une si belle tenue devant la caméra et se présenter devant le public vêtu comme un as de pic ? Telle est la question…

Julien Scavini

Le pantalon pour l’hiver

Un client me demandait récemment un article sur le pantalon formel. Mais que veut dire cette expression ? A vrai dire elle ne signifie rien ! Le seul pantalon formel que je connaisse est celui de la jaquette, noir ou anthracite à rayures grises et blanches. C’est un pantalon seul, qui n’est pas du même tissu que le veston. Les grandes tenues formelles que sont la queue de pie ou le smoking sont elles unies, haut et bas. Le costume, nouvel habit formel, est également uni.

Reste donc les pantalons ‘sports’ dépareillés. Peut-on les classer du plus ou moins formel ? Peut-être. Au sommet, nous mettrons les flanelles foncées grises, de l’anthracite au clair. A utiliser avec une veste sport, petits chevrons marrons ou encore blazer bleu marine. En bas, les chinos et les jeans et entre les velours notamment les 500 raies, dans de nombreuses couleurs, plus volontiers vives.

Mais maintenant que l’hiver est là, il faut quelque chose de chaud pour couvrir les jambes. Cette pièce parait être le parent pauvre du vestiaire masculin de nos jours. Les hommes ne portent plus de laine et préfèrent le denim. Dommage. Pourquoi? Deux pistes me viennent à l’idée : la complexité au nettoyage (à sec au pressing) et la mauvaise coupe.

Pour le premier problème, je n’hésite pas à mettre les miens à la machine, en cycle laine froid. Pas à chaque port non, mais de temps en temps. Le plus dur est le repassage. La coupe ensuite, et là, gros point noir. Le pantalon, oui!, est peut-être la pièce la moins évidente à couper. Si la mode indique un bas étroit – ce que j’aime assez – le reste doit être assez ample surtout à partir des genoux. Le pli doit tomber droit.

Marre de ces pantalons de prêt-à-porter à effet moulant aux cuisses. Il suffit de regarder les catalogues. Les pinces ont disparu et c’est bien dommage. Un client récemment, à qui je conseillais la double pince, m’interrogea sur leur justesse par rapport à la mode actuelle. En effet, c’est ringard rétorquais-je, mais confortable ; que voulez-vous ? En position assise, elles s’ouvrent, laissant de l’aisance pour les cuisses et le postérieur. L’affaire fut tranchée.

Il commanda des modèles d’hiver, en whipcord. L’idéal. Épais et robuste. Pour ma part, j’ai actuellement en fabrication deux modèles en flanelles marrons, l’une chocolat, l’autre tabac. Ce sera parfait en complément de vestes marrons/ vertes et même bleues.

Julien Scavini

Cravaterie!

Si j’ai pour habitude de porter des nœuds papillons, je reste néanmoins extrêmement attentif aux cravates, leurs matières, leurs couleurs, leurs formes et leurs montages. Il existe une multitude de maisons qui en vendent, et toutes ont des différences. Le foisonnement d’inventivité pour un ‘simple’ bout de tissu sans utilité – a priori – est fascinant et défie la science ! Peut-être qu’un jour aurons-nous droit à un prix Nobel de la cravate ?

Bref, je m’interroge, et c’est l’occasion ce soir de nous questionner mutuellement. Plusieurs choses sont sûres dont la plus importante : la cravate est un reliquat ornemental, à porter par essence avec détachement. Ce n’est pas une corde que l’on se passe autour du cou pour aller se pendre (2). Pour une fois, la décontraction pourrait presque guider cette tâche du matin. Presque, car il reste à faire preuve de bon sens et d’un peu de goût dans les associations. C’est par ce biais que l’on exprime un peu de soi par dépassement de l’uniforme-costume. Cela tient chaud au cou et c’est aussi un moyen de ne pas tâcher sa chemise comme le rapporte James Darwen dans Le Chic Anglais. Je conseille d’ailleurs la relecture du chapitre qui nous concerne.

En France, il me semble que l’on affectionne les faux unis. Cela tombe bien, je n’aime guère les unis qui donnent l’impression de porter une pagaie en travers du corps (3). Mais quels faux unis? De nos jours, les mélanges soie-laine apportent des réponses intéressantes. Sinon, des hybridations de couleurs poudrées et de tissages chevrons peuvent apporter un peu de variété. Les pois n’ont plus tellement la côte à vrai dire et les rayures Club font très anglo-saxon. Les petits effets à motifs blancs sont également intelligents mais les cravates peintes sont à proscrire. Je ne suis pas un fan des cravates imprimés, même si elles peuvent se révéler très fines et raffinées, faut-il encore savoir les porter.

Pour le nœud, plusieurs options mais un gros non : le double Windsor symétrique (1- quand je parlais de pagaie…). En revanche le demi-windsor (4) est intéressant et au fond, le nœud simple (si la triplure est épaisse) reste le plus … simple (5).

Le montage après. Beaucoup de propositions, même si l’on trouve principalement des cravates de soie alourdies par des triplures de laines. Celles-ci confèrent un beau tombé à l’ensemble, quelque fois appelé 3 plis, mais peuvent vite devenir compliquées avec des triplures multiples et épaisses. C’est ce que je reproche à ma Breuer. Très en vogue actuellement aussi, les 7 ou 9 plis. Elles peuvent être doublées comme les Marinella ou juste roulottées comme les Arnys ou Ralph Lauren. Et là je ne sais que choisir. Les premières sont traditionnelles, les secondes plus inventives, plus techniques… Et vous? Une chose est sûre, 8 cm de large, c’est parfait!

Enfin, le modèle que j’affectionne le plus date des années 80. Sauvée de la corbeille du père d’un ami, c’est une cravate fine des années 80, qui permet un petit nœud, comme j’aime et un beau volume juste en dessous, avec de nombreuses ‘gouttes d’eau’ (6). A la manière de la cravate de Blake, comme illustré ci-dessous. La finesse et la souplesse, telles sont les caractéristiques importantes à mon idée… ?

Julien Scavini

Vidéo de Jeremy Hackett

Courte mais intéressante interview réalisée par la chaîne The Luxury Channel. J. Hackett aborde plusieurs thèmes : son marché, ses débuts, le renouveau ‘nationaliste’, ses passions. Ils donnent aussi des conseils : good shoes, good suits… Oui mais lesquelles? Notons par ailleurs que J. Hackett est un passionné de souliers Weston, même si ça marque vante les Crockett & Jones – normal me direz-vous. Regardons celui que je considère comme … mon idole ?  😉

Julien Scavini