Il faut toujours rester à l’affut des tendances, et sans cesse continuer à regarder ce qui se fait. Mais pas n’importe où. Vous pensiez que j’allais vous parler de H&M ? Non. Quoiqu’au fond, c’est peut-être l’occasion pour moi là d’aller voir ce qu’ils produisent pour l’homme ? Blague à part, la bonne maison que je suis allé voir est Drake’s. Leur site internet. La présentation de la nouvelle collection, façon photos de studio est très sympa.
Dès la première page, j’ai été arrêté par ces trois personnages, habillés de costumes de velours légèrement (beaucoup ?) oversize. La première idée que j’ai eue, est que cela fait un peu copie des anciennes collections Ralph Lauren « Rugby ». Mais au fond, les bonnes maisons se ré-inventent dans les mêmes codes, donc, ce n’est pas grave. J’ai avancé. Et ces costumes en velours, à épaules napolitaines et pantalons à larges pinces sont revenus plusieurs fois.



Je suis resté un peu interrogatif face à ces vêtements. Qu’en penser ? A priori pas grand-chose au début, à part, « mais qui met ça ? » Le costume de velours n’est pas simple à porter. Il me rappelle les années 70 et quelques épisodes de Columbo. Là en plus, taillé grand, il ne se rend pas plus simple.
Et puis, un client m’ayant apporté le dernier numéro de The Rake, je me suis empressé de le feuilleter plus que de lire. Y est publiée une photo de Nick Foulkes posant avec ses deux fils. Le chroniqueur des élégances est habillé d’un costume de velours vieux rose. Avec une dégaine genre « je suis de la haute et pas vous vil manant ». Mais qu’importe. Ce costume de velours me poursuit. Et j’avais ainsi une réponse à ma question, mais qui porte ça !

Le costume en velours n’est en pas tout à fait un dans mon esprit. Le costume renvoie à une notion de travail et d’urbanité. A la différence du dépareillé dont la veste sport se prête à la décontraction du week-end et de la campagne. Le velours se classe dans cette seconde catégorie pour moi. C’est une étoffe molle, aux couleurs souvent proches de la terre, et synonyme de robustes vêtements d’usage.
Associer le costume et le velours, c’est donc prendre une sorte de licence, un droit d’outrepasser les convenances. Dans quel but ? Brouiller les codes bien sûr, et s’en amuser. Ce faisait, le velours impose au costume une décontraction et le désinhibe un peu. Le costume, vêtement normé habituellement si conventionnel, se drape dans la mollesse, avec une infime touche de laisser-aller.
Le costume en velours, c’est celui du châtelain. Esprit rustique mais digne tenue. Évidemment, Arnys était coutumier de cela. Et vendait donc saisons après saisons des costumes en velours. Un ancien de leurs clients m’en a commandé un il y a quelques temps. Au début bien sûr, je ne voulais pas le faire. A chaque fois que je travaille le coton en veste, je marche sur des œufs. La matière est chiante, il n’y a pas d’autre mot. Là toutefois, j’ai trouvé le velours côtelé de Loro Piana. Un poids un peu correct, et surtout un gramme d’élasthanne pour améliorer le tomber. Nous nous sommes jetés à l’eau avec l’honorable client.
Et le fait est que ce costume de velours – marine – fut formidable. J’en garde un excellent souvenir, je le trouvais superbe.
Mais je ne dois pas être assez libre dans ma tête pour lui, continuant de trouver l’association curieuse et en tout cas, pas pour moi. Un costume en velours, quelle idée ?!
Toutefois, c’est tentant. Le fait de le voir chez Drake’s, le fait de le voir sur Nick Foulkes, plus le souvenir de cet élégant modèle que j’ai réalisé, tout cela finit par me tenter à défaut de totalement me convaincre. Cette décontraction m’intéresse, tout en restant au fond, très sage. Nous ne sommes pas en train de parler d’un jean-basket.
Il est peut-être là le nœud de l’affaire. Le costume en velours, c’est un peu l’ensemble en jogging, mais chic. Le relâchement du coton, sa douceur, sa souplesse. Dans des lignes classiques faites pour rassurer et maintenir. Je me convaincs petit à petit du plaisir du costume de velours. Un ordinaire qui ne l’est pas trop. Une facilité sympathique et presque passe partout.
Finalement, ce costume en velours côtelé m’intéresse. Il faudrait que j’essaye. Oui. Avec une paire de mocassin à pompons, c’est l’apothéose du chic bohème. (Surtout en vieux rose). Toutefois, je garderai plutôt le richelieu bien lacé, moi. Et le marine probablement. Décidément, je ne suis pas assez libre dans ma tête !
Bonne semaine, Julien Scavini


























